Ici est le point central autour de quoi se joue ce que nous avons à penser de la fonction de (a), et bien sûr il convient d’y revenir encore, et de vous rappeler le mythe dont nous sommes partis - je dis "mythe" - ce mythe que j’ai fabriqué pour vous cette année au moment du Banquet, de "la main qui se tend vers la bûche".
Quelle étrange chaleur, cette main devrait-elle porter avec elle pour que le mythe soit vrai, pour qu’à son approche jaillisse cette flamme par quoi l’objet prend feu ? Miracle pur contre lequel s’insurgent toutes les bonnes âmes, car si rare soit-il, ce phénomène, il faut - encore qu’il soit considéré comme impensable - qu’on ne puisse pas, en tout état de cause, l’empêcher. C’est en effet le miracle complet qu’au milieu de ce feu induit, une main apparaisse. Elle est l’image toute idéale, c’est un phénomène rêvé comme celui de l’amour.
– Chacun sait que le feu de l’amour ne brûle qu’à bas bruit.
– Chacun sait que la poutre humide peut longtemps le contenir sans que rien n’en soit révélé au dehors.
– Chacun sait, pour tout dire, ce qu’est chargé - dans Le Banquet, le plus gentiment bêta [Agathon] - d’articuler de façon quasi dérisoire : que la nature de l’amour est la nature de l’humide, ce qui veut dire justement, dans sa racine, exactement la même chose que ce qui est là au tableau, que le réservoir de l’amour objectal, en tant qu’il est amour du vivant, c’est justement cette Schatten, cette ombre narcissique.
La dernière fois, je vous avançais la présence de cette ombre, et aujourd’hui j’irai bien jusqu’à l’appeler, cette tache de moisissure, de moisi peut-être mieux nommé qu’on le croit, si le mot moi est inclus. Nous irions y rejoindre toute la spéculation du tendre FÉNELON, lui aussi - comme on dit - ondoyant, quand il fait aussi du moi le signe de je ne sais quel apparentement à la divinité.
Je serais tout aussi capable qu’un autre de pousser très loin cette métaphore et jusqu’à faire de mon discours un message pour votre drap. Cette odeur de rat crevé qui affleure du linge pour peu qu’on le laisse séjourner sur le rebord d’une baignoire doit vous permettre d’y repérer un signe humain essentiel. Mon style d’analyste, ce n’est pas uniquement par préférence que je lui préfère des voies que l’on qualifie, que l’on stigmatise d’"abstraction", cela peut être simplement pour ménager chez vous un odorat que je saurais aussi bien chatouiller qu’un autre.
Quoi qu’il en soit, là derrière, vous voyez se profiler ce point mythique - qui est sûrement bien celui né de l’évolution libidinale - que l’analyse, sans trop savoir jamais bien le situer dans l’échelle, a cerné autour du "complexe urinaire" dans son rapport obscur avec l’action du feu : termes antinomiques, l’un luttant contre l’autre, jeu de l’ancêtre primitif.
Comme vous savez que - notre ancêtre - l’analyse a découvert que son premier réflexe de jeu à l’endroit de l’apparition de la flamme avait dû être de pisser dessus, renouvelé dans le Gulliver. Rapport profond de "uro" : je brûle, à "urina" : je pisse dessus. Tout cela s’inscrit au fond de l’expérience infantile : l’opération du séchage des draps, les rêves du linge énigmatiquement empesé, – plutôt de l’érotique de la blanchisseuse chez M. VISCONTI, pour ceux qui ont pu aller voir sa splendide mise en scène de tous les blancs possibles, illustrant sur la scène, matérialisant pour nous, le fait et la raison de savoir pourquoi Pierrot, sur scène est en blanc. Bref, c’est un petit milieu bien humain qui fait bascule autour du moment ambigu entre l’énurésie et les premières pollutions. – C’est là autour, que se joue la dialectique de l’amour et du désir dans ses racines les plus sensibles.
L’objet central, l’objet du désir - sans vouloir pousser plus loin ce mythe placidement incarné dans les premières images dans lesquelles apparaît pour l’enfant ce qu’on appelle la petite carte géographique, la petite Corse sur les draps que tout analyste connaît bien - l’objet du désir s’y présente, au centre de ce phénomène, comme un objet sauvé des eaux de votre amour.