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nature

Le rôle écologique des espèces rares est unique De nombreuses espèces rares jouent un rôle écologique unique, et sont, de ce fait, irremplaçables, même dans les écosystèmes les plus diversifiés de la planète. C'est ce que vient de montrer une équipe internationale menée par des chercheurs du CNRS, de l'Université Montpellier 2, de l'INRA, de l'EPHE et de l'IRD. À partir de données issues de trois écosystèmes très différents (récifs coralliens, prairies alpines et forêts tropicales), les scientifiques ont découvert que les fonctions écologiques uniques (comme une résilience exceptionnelle au feu et à la sécheresse) sont majoritairement portées par les espèces rares et sont donc particulièrement vulnérables à l'érosion de la biodiversité. Ces fonctions pourraient s'avérer cruciales pour le fonctionnement des écosystèmes en cas de changements environnementaux majeurs. Publiés le 28 mai 2013 dans la revue Plos Biology, ces travaux montrent que la sauvegarde de la biodiversité dans son ensemble est capitale pour la résilience et la survie des écosystèmes. Les milieux où la biodiversité est élevée sont caractérisés par un grand nombre d'espèces rares, c'est-à-dire qui présentent une faible abondance locale ou une aire de distribution limitée. Leur importance fonctionnelle est souvent perçue comme secondaire: elles sont considérées comme ayant une influence mineure sur le fonctionnement des écosystèmes et comme n'offrant qu'une "assurance" écologique en cas de disparition d'espèces plus communes. Les travaux publiés dans Plos Biology viennent réfuter cette idée. Les chercheurs se sont intéressés aux traits fonctionnels d'un très grand nombre d'espèces d'animaux et de plantes. Ces traits permettent, en écologie, de décrire une espèce: est-ce un animal carnivore ou herbivore, diurne ou nocturne, fouisseur ou volant ? Est-ce une plante résistante ou non à la sécheresse, cherchant ou pas la lumière directe, préférant les sols acides ou basiques ? L'ensemble des traits fonctionnels d'une espèce sous-tendent sa fonction écologique. Les scientifiques ont ensuite testé l'hypothèse selon laquelle les espèces rares assureraient des fonctions originales dans les écosystèmes. Pour cela, ils ont croisé les informations biologiques et biogéographiques de 846 espèces de poissons de récifs coralliens, 2 979 espèces de plantes alpines et 662 espèces d'arbres tropicaux originaires de Guyane. Leur hypothèse s'est révélée juste: les espèces qui présentent des combinaisons exceptionnelles de traits fonctionnels et qui, par conséquent, jouent un rôle écologique unique, sont majoritairement des espèces rares. Trois exemples permettent d'illustrer leurs résultats: la murène géante javanaise (Gymnothorax javanicus) se nourrit la nuit de poissons et invertébrés cachés dans les labyrinthes coralliens. Elle permet ainsi l'élimination de proies, souvent fragilisées, inaccessibles aux autres prédateurs. Le saxifrage pyramidal (Saxifraga cotyledon), une plante alpine, constitue quant à lui une ressource unique pour les pollinisateurs des parois rocheuses. La sapotacée Pouteria maxima, arbre massif de la forêt tropicale de Guyane, présente une exceptionnelle résilience au feu et à la sécheresse, ce qui permet la recolonisation par la forêt d'espaces dévastés par le feu. Ces espèces rares n'ont que peu d'équivalents fonctionnels dans leurs écosystèmes respectifs. Portées par des espèces vulnérables, les fonctions uniques pourraient disparaître alors qu'elles peuvent s'avérer importantes pour le fonctionnement des écosystèmes en cas de changements environnementaux majeurs et déterminer leur résistance aux perturbations. Ainsi, ce travail souligne l'importance de la conservation des espèces rares et la nécessité de mener de nouvelles expérimentations permettant de tester explicitement l'influence de la rareté sur les processus écologiques.

Auteur: anonyme

Info: sur http://www.techno-science.net, 30 mai 2013

[ survie ] [ harmonie ] [ sciences ] [ niches ]

 

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interdépendance

Complexité des écosystèmes: un gage de résilience face au changement
Le fonctionnement d'un écosystème s'articule autour de relations de natures diverses entre une myriade d'espèces. Identifier de manière exhaustive ces interactions et le rôle qu'elles jouent dans le fonctionnement d'un écosystème demeure toutefois peu évident.
Dans une étude publiée récemment dans PLos Biology, une équipe internationale menée par deux chercheurs de l'Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier (ISEM, CNRS / IRD / EPHE) et du Laboratoire Biométrie et Biologie Evolutive de Villeurbanne (CNRS / Université de Lyon) a pu étudier l'ensemble des relations trophiques* et non-trophiques entre les espèces présentes dans la zone de balancement des marées de la côte centrale du Chili.
Ce travail inédit, basé sur la modélisation mathématique des réseaux, montre que ces interactions sont fortement structurées selon une organisation qui assure la résilience de la communauté. Il confirme ainsi l'importance de prendre en compte la diversité des relations interspécifiques d'un écosystème pour prévoir ses réactions face à des perturbations de grande ampleur comme le changement climatique.
La plupart des travaux scientifiques qui s'intéressent au fonctionnement des milieux naturels se sont jusqu'ici focalisés sur les relations trophiques entre les espèces qui les composent. Or d'autres formes d'interactions comme le mutualisme ou la compétition pour l'espace semblent jouer un rôle tout aussi important. Ces relations non-trophiques sont pourtant rarement prises en compte dans les études portant sur les réseaux écologiques.
Avec l'aide des scientifiques chiliens du Center for Marine Conservation et du Center for Applied Ecology and Sustainability, qui analysent depuis plusieurs décennies les interactions entre les espèces qui peuplent la côte du centre du Chili, des chercheurs français et américains sont parvenus à visualiser pour la première fois un réseau écologique dans toute sa complexité. "En traitant l'importante masse de données collectée par nos collègues chiliens à l'aide de puissants outils de modélisation statistique des réseaux, nous avons pu dresser une cartographie précise des relations s'établissant entre les 106 espèces qui peuplent cette zone intertidale", détaille Sonia Kéfi, chercheuse en écologie à l'Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier et cosignataire de l'article.
Les scientifiques ont ainsi constaté que les interactions non-trophiques comme la compétition pour l'espace ou la création d'habitats étaient deux fois plus nombreuses que celles correspondant à la consommation directe d'autres organismes. L'équipe a ensuite réparti les 106 espèces impliquées dans ces interactions en différents groupes au sein desquels les espèces sont très proches sur le plan taxonomique. Chacun d'eux rassemblait des organismes entretenant le même genre de relations avec les autres êtres vivants de la zone de balancement des marées.
A partir de cette représentation simplifiée du fonctionnement de l'écosystème, les chercheurs ont élaboré un système dynamique simulant l'évolution de sa biomasse totale et de sa biodiversité en fonction de l'organisation initiale de ce réseau d'interactions. "Lorsque nous introduisions de l'aléatoire dans la structure du réseau, nous observions à chaque fois une diminution de ces deux variables au cours du temps, détaille Sonia Kéfi. La structuration observée dans la nature conduisait quant à elle au maintien de la biodiversité et à une biomasse totale élevée."
Les résultats de cette étude mettent ainsi en avant l'importance de la complexité des relations entre les espèces qui composent une communauté écologique. A l'avenir, ce genre de travaux devrait aider à mieux comprendre la réaction des écosystèmes face à des perturbations comme le changement climatique ou l'exploitation, par l'Homme, des ressources naturelles.

Auteur: Internet

Info: http://www.techno-science.net, Vie et Terre, Posté par Isabelle, Lundi 19/12/2016,*qui concerne la nutrition des organes et des tissus -

[ complémentarité ] [ biotope ]

 

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plasticité phénotypique

Vous voulez une preuve moderne de l’évolution ? Regardez les éléphants du Mozambique

L’évolution est souvent perçue comme un phénomène lent et graduel qui a pris des millions d’années pour façonner la vie sur Terre. Cependant, certains événements peuvent accélérer ce processus de manière spectaculaire comme l’illustre l’évolution des éléphants dans le parc national de Gorongosa, au Mozambique.

Qu’est-ce que la sélection naturelle ?

La sélection naturelle est un mécanisme fondamental de l’évolution qui a été décrit pour la première fois par Charles Darwin au dix-neuvième siècle. Ce processus repose sur plusieurs principes clés. Tout d’abord, dans chaque population d’êtres vivants, il existe des variations entre les individus. Ces variations peuvent surgir à la suite d’erreurs lors de la réplication de l’ADN, ce qui conduit à des modifications génétiques aléatoires. Ces changements, qu’ils soient bénéfiques, neutres ou nuisibles, sont essentiels, car ils sont transmis aux descendants qui héritent des caractéristiques de leurs parents.

Dans un environnement donné, certains traits peuvent alors conférer un avantage aux individus. Ces derniers ont alors plus de chances de survivre et donc de se reproduire pour transmettre leurs traits avantageux à la prochaine génération. Au fil du temps, ces traits favorables deviennent plus fréquents dans la population. Ainsi, la sélection naturelle agit comme un processus dynamique qui favorise les caractéristiques bénéfiques pour la survie et la reproduction, permettant aux espèces de s’adapter continuellement à leur environnement.

Toutefois, l’évolution est généralement perçue comme un processus lent qui s’étale sur de nombreuses générations et où de petites modifications s’accumulent au fil du temps, souvent trop subtiles pour être remarquées au cours d’une seule vie humaine. Néanmoins, dans des situations exceptionnelles, les effets de la sélection naturelle peuvent se manifester en seulement quelques années. C’est précisément ce qui s’est produit chez les éléphants du Mozambique.

L’impact de la guerre civile sur les éléphants de Gorongosa

Entre 1977 et 1992, le Mozambique a été dévasté par une guerre civile qui a entraîné la mort de près d’un million de personnes et une forte diminution de la biodiversité dans la région. Le parc national de Gorongosa, autrefois riche en faune, a notamment subi des pertes dramatiques de ses populations d’animaux, en particulier les éléphants. Ces derniers étaient en effet chassés pour leur ivoire qui pouvait être vendu sur le marché noir pour financer les factions en guerre. Les conséquences ont été dévastatrices : la population d’éléphants a chuté de plus de 90 % à cette époque.

Cependant, cette période difficile aura également ouvert la voie à une évolution rapide. Une étude publiée en 2021 a en effet révélé que la fréquence des éléphants femelles nées sans défenses avait considérablement augmenté. Avant la guerre, seulement 18,5 % des éléphants femelles n’avaient pas d’ivoire ; après le conflit, ce chiffre a grimpé à 50,9 %.

L’évolution en action

Ce phénomène s’explique simplement par le processus de sélection naturelle. Les éléphants sans défenses avaient de meilleures chances de survie. Et pour cause, en l’absence d’ivoire, ils n’étaient pas ciblés par les braconniers, ce qui leur permettait de vivre plus longtemps et de se reproduire. Ces éléphants sans défenses ont donc eu l’opportunité de transmettre leurs gènes à leurs descendants. Ainsi, la proportion d’éléphants sans défenses a rapidement augmenté au sein de la population.

Les processus par lesquels aucun éléphant mâle sans défenses n’a été observé dans la population de Gorongosa ne sont pour l’heure toujours pas clairs. Cependant, cela pourrait être lié à un gène spécifique impliqué dans le développement des défenses connu sous le nom d’AMELX. Il est en effet associé à un trait létal dominant lié au chromosome X pour les mâles. En d’autres termes, les fœtus mâles qui portent cette mutation ont peu de chances de survivre à la grossesse, car contrairement aux femelles, ils ne disposent pas d’un second chromosome X qui pourrait atténuer les effets du gène AMELX.

En somme, l’exemple des éléphants de Gorongosa souligne à quel point les actions humaines peuvent influencer l’évolution d’autres espèces. Les guerres, le braconnage et la destruction des habitats créent en effet des pressions de sélection qui peuvent entraîner des changements rapides dans les populations animales.



Auteur: Internet

Info: https://sciencepost.fr/, Brice Louvet, 18 octobre 2024

[ résilience écologique ]

 

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microbiote

La décomposition humaine : un ballet universel de la vie microbienne

La décomposition des organismes, ce processus fondamental qui rythme la vie et la mort sur terre, demeure l’une des grandes énigmes biologiques. Certes, la décomposition des végétaux a longtemps captivé l’attention, tant son rôle dans les cycles écologiques est majeur ; pourtant, la transformation des cadavres animaux, humains en particulier, reste un continent largement inexploré, obscurci par les mystères d’une microbiologie encore en gestation. Dans cette étude d’une ampleur rare, les auteurs ont suivi le destin de trente-six cadavres humains, déposés en pleine nature sur trois sites aux États-Unis, différents par leur climat, leur géographie et leur saisonnalité, afin d’ouvrir la " boîte noire " de la décomposition animale.

Au cœur de ce travail, ils mettent au jour l’émergence, au fil de la disparition des chairs, d’un réseau microbien universel et singulier, assemblé malgré les contraintes du climat, de la localisation et de la saison. Les communautés microbiennes qui se regroupent autour des cadavres semblent animées d’une logique propre, transcendant les contingences écologiques pour orchestrer collectivement l’effacement de la matière vivante.

Un réseau microbien universel et spécialisé

Au contraire des environnements non soumis à la décomposition, où la diversité microbienne est dominée par des acteurs polyvalents et généralistes, la mise en évidence d’un réseau de décomposeurs spécifiques marque une rupture majeure : ce sont des groupes rares, presque absents en dehors des épisodes de décomposition, qui prennent le relais pour métaboliser les produits issus de la chair et des os. Ces microbes, tant bactériens que fongiques, se spécialisent dans le catabolisme des protéines et des lipides, nécessitant un arsenal enzymatique distinct de celui, plus orienté vers la cellulose, des décomposeurs de végétaux. L’étude montre que ces décomposeurs ne sont pas seulement propres aux humains : on les retrouve dans la transformation de cadavres de porcs, de bovins et de souris, soulignant un véritable déterminisme de la nécrobiologie animale.

Interactions, déterminisme, et efficacité métabolique

La métamorphose microbienne qui préside à la disparition du cadavre n’est pas l’œuvre du hasard : le réseau de décomposeurs se constitue selon une dynamique d’assemblage complexe où interagissent la compétition, la coopération et la sélection environnementale. Les bactéries et les champignons, agissant de concert, manifestent une préférence pour les substrats labiles, notamment les acides aminés issus des protéines, avant de s’attaquer aux lipides plus résistants. Ce ballet enzymatique s’accompagne d’un échange métabolique où les produits du catabolisme d’une espèce profitent à une autre, constituant ainsi une sorte d’économie souterraine régie par la logique de la survie collective.

Central dans ce réseau, Oblitimonas alkaliphila apparaît comme un chef d’orchestre du catabolisme des acides aminés en climat tempéré, tandis que d’autres espèces, comme Ignatzschineria ou Wohlfahrtiimonas, s’illustrent par leur capacité à échanger et transformer des éléments nutritifs clés, dont des acides aminés et des composés sulfurés. Fait remarquable, ces microbes déployés par la mort sont absents ou rarissimes dans les communautés microbiennes du sol ordinaire ou dans le microbiome humain, ce qui les rend identifiables et précieux pour les études médico-légales.

La décomposition comme évènement écologique et forensique

L’assemblage du réseau microbien lors de la décomposition humaine n’est pas un phénomène local, circonscrit à un seul écosystème : il présente une constance remarquable à l’échelle continentale, résistant aux variations de climat, de saison et de géographie. Seuls le rythme et la rapidité du processus—plus lente dans les milieux secs, plus vive dans les climats tempérés—semblent modulés par l’environnement, mais la structure même du réseau demeure conservée.

Cette universalité confère aux microbes associés à la décomposition un potentiel exceptionnel comme " outil forensique " : grâce à l’analyse de la succession microbienne (via l’abondance de certains taxa spécifiques comme Helcococcus seattlensis), les auteurs montrent qu’il est possible de prédire avec une grande précision le temps écoulé depuis la mort (intervalle post-mortem ou PMI), et ce indépendamment du contexte géographique ou climatique. Leurs modèles, basés sur des données de séquençage métagénomique et sur l’utilisation de méthodes de pointe en apprentissage automatique, atteignent une résolution de l’ordre de trois jours, seuil déterminant dans les enquêtes criminelles.

Conséquences écologiques et sociétales

Au-delà de la sphère forensique, cette découverte bouleverse notre compréhension des cycles de la matière et du vivant : la nécrobiome, communauté microbienne de la mort, façonne la redistribution du carbone, de l’azote et d’un large spectre de nutriments, influençant la chimie des sols, la biodiversité locale et, in fine, la productivité des écosystèmes. On soupçonne également que certains insectes, tels que les mouches ou les coléoptères nécrophages, jouent un rôle de vecteur dans la dissémination de ces décomposeurs spécialisés, soulignant l’importance des synergies interdomaines (bactéries, champignons, invertébrés).

Ce savoir est d’autant plus précieux qu’il pourrait inspirer des innovations en agriculture (compostage animal), en thanatopraxie écologique (gestion durable des corps), et dans les réponses à des crises de mortalité massive, tout en guidant de futures recherches sur la productivité globale et la résilience des systèmes vivants face aux bouleversements anthropiques.

Conclusion

L’étude révèle ainsi une orchestration universelle et invisible, où la mort du corps devient la matrice d’un nouvel ordre vivant : une succession déterministe, concertée, et porteuse d’une beauté tragique, où des communautés microbiennes discrètes s’assemblent pour redonner à la terre ses nutriments, scellant l’union de la chair et du cosmos. La décomposition humaine, loin d’être une simple disparition, apparaît comme un événement fondamental, porteur de mémoire, de cycles et d’innovation écologique.

Auteur: Internet

Info: A conserved interdomain micribial network underpins cadaver decomposition despite environmental variables. Nature Microbiology 2024. Synthèse de Perplexity.ai

[ recyclage ]

 

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environnementalisme

L’ANTHROPOLOGIE DES RUINES : ÉCOUTER CE QUI FRÉMIT ENCORE

Anna Tsing
ne se contente pas de documenter le désastre : elle l’habite, s’en inquiète et traque au sein de ses failles les linéaments de possibles. Son anthropologie est littéralement " post-apocalyptique ", non pas au sens d’une fin du monde spectaculaire, mais comme un paysage saturé de traces, où la destruction, loin d’être totale, accouche de survivances inattendues.

" Nous marchons avec précaution sur les ruines du futur que nos sociétés industrielles auront légué. Pourtant, au sein de ces décombres, naissent de nouvelles liaisons inattendues. " (paraphrase inspirée de Mushroom, p. 20-22)

Chez Tsing, il y a la conviction que le drame n’est pas unique ni même totalisant. Chaque ruine, chaque paysage altéré – forêt, ravine, marais, plantation – est un théâtre où se rejouent, à bas bruit, des scènes de recomposition : socialités animales et humaines, alliances fragiles, bricolages et émergences.

II. ÉCOLOGIE FÉRALE ET ENTRELACS INVOLONTAIRES

Au cœur de sa pensée : la notion d’écologie férale. Tsing retourne ici la métaphore dominante :

Le " féral ", ce qui résulte de l’hybridation entre intervention humaine et extranéité sauvage, est la forme contemporaine du vivant — chaotique, imprévisible, irréductible à la gouvernance technocratique.

- Les " effets férals " sont les conséquences non-maîtrisées de nos infrastructures (ports, routes, usines) qui deviennent le terreau d’enchevêtrements biotiques imprévisibles, que ni l’intention humaine, ni la planification globale ne sauraient réguler.

- Cette écologie n’est ni purement domestiquée, ni purement sauvage : elle est ce qui naît " hors contrôle humain ", tout en restant parfaitement attachée à l’anthropisation planétaire.

L’exemple du matsutaké — champignon qui, paradoxalement, prolifère dans les forêts ravagées par l’industrie, mais échappe à toute domestication agricole — incarne cette animalité/dynamique hybride.

" Dans les ruines, la vie continue, pas telle que nous l’avions planifiée, mais selon une logique du féral, du volontaire-involontaire, de l’insubordonné. " (The Mushroom at the End of the World, p. 4)

III. LA POLITIQUE DES FRAGMENTS : LE PATCHWORK COMME GRILLE D’INTERPRÉTATION

Tsing s’oppose radicalement au désir moderne de maîtrise encyclopédique ou de totalisation. C’est pourquoi elle promeut une écologie " par patchs ", soit une analyse fine, située, fragmentée :

- Un patch, littéralement, est un morceau délimité au sein d’un paysage : Tsing s’en sert comme unité épistémologique pour aborder la réalité, préférant la multitude des " cas " aux abstractions de la " totalité ".

Chaque patch articule des rapports de forces singuliers : maladies, pollutions, extinctions... Mais toujours également, possibilités de réactivation, d’alliance, de recomposition.

Cette posture rejoint l’idée contemporaine d’un localisme épistémique, c’est-à-dire l’importance de donner la priorité aux connaissances situées, contextuelles, parfois vernaculaires, face à l’abstraction globalisante.

" Il n’y a pas de mode d’emploi universel pour habiter l’Anthropocène. Il n’existe que des improvisations locales, toujours fragiles, bricolées, mais nécessaires. "

IV. ÉPISTÉMOLOGIE PLURIELLE ET POSTCOLONIALE

Tsing redéfinit le partage des savoirs. Refusant l’hégémonie de la science occidentale moderne, elle articule :

- Le rôle des savoirs vernaculaires : pêcheurs, cueilleurs, communautés autochtones disposent d’outils de compréhension que n’a pas la science expérimentale.

- L’apport des sciences sociales : la catastrophe écologique est toujours imbriquée dans un arrière-plan social – histoire du colonialisme, violence structurelle, appropriation des terres.

- Un rejet du " monologue occidental " qui fit de la nature un objet d’exploitation ou de conservation, mais jamais un partenaire des humains.

" Le capitalisme a composé avec le vivant sans jamais l’intégrer comme acteur : il est temps d’écouter ce que nous disent la forêt, la rivière, le marécage. " (Arts of Living on a Damaged Planet, 2017)

Ici, le cadre épistémologique rejoint ce que FLP apprécie dans la modélisation sémantique nuancée : il ne s’agit jamais de tout ramener à une évaluation binaire, mais de reconnaître l’irréductible pluralité, la gradation des formes de connaissance et d’existence.

V. TEXTURE POÉTIQUE ET POLITIQUE DU RÉCIT

La narration d’Anna Tsing n’est jamais strictement descriptive. Elle emprunte à la poétique :

- Scène par scène, elle mobilise une écriture fragmentaire, polyphonique, qui juxtapose témoignages, descriptions, réflexions, hypothèses ; une méthode qui rappelle la composition musicale ou la mosaïque picturale.

- Cette littérarisation du récit rejoint la politique de la fragmentation : chaque voix singulière — scientifique, indigène, fongique — enrichit l’ensemble, sans jamais prétendre à l’épuiser ni à le clore.

- Il n’y a donc pas de synthèse finale, mais un appel à la composition continue, incertaine, à revisiter sans cesse nos alliances.

VI. OUVERTURE PHILOSOPHIQUE : HISTOIRE NATURELLE, TECHNOSCIENCE ET DÉSIR DE CONTRÔLE

Sur le plan théorique, on pourrait mettre en dialogue Anna Tsing avec la philosophie des sciences – notamment Bruno Latour ou Isabelle Stengers :

- Tous trois insistent sur la fin de la séparation entre nature et société. La " nature " n’est plus le Grand Dehors, mais une série d’agents avec lesquels il faut négocier.

- L’Anthropocène marque, aussi, la faillite du paradigme de la maîtrise totale : la science n’a plus l’hégémonie du vrai, la technique n’a plus le monopole de l’action. L’expertise laisse place à l’humilité collaborative, à la co-construction des solutions.

- Cette perspective invite à reconsidérer non seulement l’écologie, mais toute la pensée moderne fondée sur l’opposition nature/culture, sujet/objet, humain/non-humain.

" La distinction entre sujet et objet, nature et société, a fait son temps... Il nous faut franchir des seuils, bâtir des ponts, parfois sur des terres mouvantes. " (Feral Atlas)

VII. ÉTHIQUE DE L’ALLIANCE ET POLITIQUE DU VIVANT

En dernier lieu, la posture de Tsing est fondamentalement éthique. Elle appelle à une politique du soin, de la coalition, du compromis — " arts de faire avec " plutôt que de faire contre :

- La résistance ne passe pas par la pureté (écologique, morale, idéologique), mais par la capacité à entraider, même dans la contradiction et l’incertitude.

- Cette pratique de l’alliance inclut les non-humains contrariés, agents des catastrophes comme de la résilience : champignons, moustiques, arbres ou bactéries deviennent partenaires dans l’invention fragile des mondes futurs.

" L’espérance n’est pas un principe, ni un programme : c’est un mode de présence à la multiplicité des vivants, un art de l’attention et de la composition. " (The Mushroom at the End of the World, fin du chapitre 22)

Pour conclure cette plongée

La cartographie des ravages de l’Anthropocène selon Anna Tsing n’est ni exhaustive, ni close. C’est une invitation à une vigilance nouvelle, à la composition de mondes, car " vivre dans les ruines, c’est accepter de devenir multiple ; c’est apprendre à tisser des alliances improbables en terrain accidenté. "

Ce faisant, Tsing te propose inconsciemment, en tant que lecteur-philosophe, d’adopter une grille d’analyse nuancée et plurielle — une sorte d’" échelle à sept points " pour mesurer les vivants, leurs détresses, leurs bricolages, leurs élans d’improvisation. Face à la catastrophe, nul modèle, mais mille pratiques. Face à la ruine, nulle mélancolie, mais une écoute : ce que deviendra le monde dépend de notre capacité à l’habiter avec lui.



Auteur: Internet

Info: Synthèse de perplexity.ai, 20 juillet 2025

[ portrait ] [ gaïa ] [ glocalistion ] [ artificialisation des sols ]

 

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environnementalisme

J'oppose, tout au long de cet entretien, la logique de la performance — culte de l'optimisation, de la maîtrise et du contrôle — à la logique de la robustesse du vivant, qui assume le gaspillage apparent, la lenteur, l'inachèvement et la redondance afin de rester viable dans un monde fondamentalement fluctuant et imprévisible.​

Robustesse du vivant : contre-programme à la performance


- Je fais part d'un constat biologique : dans les réseaux du vivant (génétiques, neuronaux, écosystémiques), dominaent l'hétérogénéité, l'aléatoire, les délais, l'inachèvement et l'erreur, autant de " contre-performances " qui constituent en réalité les conditions de la robustesse.​

- L'exemple canonique est la photosynthèse : rendement inférieur à 1%, " gaspillage " de 99% de l'énergie solaire, plantes vertes et non noires, enzyme rubisco incohérente, etc., mais c'est précisément ce gaspillage qui permet aux plantes d'encaisser des fluctuations extrêmes de lumière et de conditions, et donc de durer.​

Vivre, c'est résister : sous-optimalité, marges et symbiose

- Pour le vivant, l'enjeu n'est pas d'être optimal mais sous-optimal : il s'agit de maintenir des marges, des options, des chemins alternatifs pour parer aux aléas, ce qu'il résume en disant que les êtres vivants sont sélectionnés d'abord sur leur niveau de robustesse, non sur leur niveau de performance.​

- Même là où il y a performance (la lionne qui chasse par exemple), celle-ci est rare, encadrée par de longues phases de repos et un taux d'échec très élevé, de sorte que le compromis performance–robustesse reste fondamental, surtout dans un monde de pénuries chroniques de ressources où la symbiose domine sur la simple prédation.​

Des fleurs à la politique : la robustesse comme principe général

Mes travaux sur la forme des fleurs me servent de matrice conceptuelle : chaque fleur est unique à l'échelle cellulaire, faite de conflits mécaniques et d'hétérogénéités, et pourtant la forme se maintient, ce qui montre comment un système peut être à la fois singulier, fluctuant et néanmoins stable.​

- Aidé par des artistes et confronté à la matérialisation des crises (Covid, polycrise), j' étend ce schème à d'autres domaines : systèmes politiques, organisations, géopolitique, démontrant que le couple performance/robustesse vaut pour tous les systèmes, y compris le langage, qui doit rester " imparfait " pour que le dialogue demeure possible.​

Impuissance de la performance et crise culturelle

Je lis l'actualité géopolitique comme l'illustration d'une impuissance à maîtriser la complexité dès lors qu'on répond aux problèmes par la performance et le contrôle total : l'occupation de l'Irak par les Anglo-Américains crée de l'insécurité là où la " sous-optimalité " italienne (rester dans la caserne) pacifie davantage.​

- J'
insiste sur le fait que la crise actuelle n'est pas seulement écologique, sociale ou géopolitique mais d'abord culturelle : un endoctrinement dans le culte de la performance, qui conduit à des sociétés " sur-optimisées ", fragiles, polarisées, dominées par des figures parasites obsédées par la force, le rendement et la domination.​

Performance, parasitisme et fin de cycl

-
La performance n'est viable, selon moi, que dans un monde stable et abondant en ressources : elle devient une stratégie de parasite qui prospère sur des flux garantis, mais s'effondre dès que le monde se met à fluctuer, se démanteler, se démondialiser.​

- Je
qualifie le moment actuel de " chant du cygne " du vieux monde : une polarisation extrême, des dirigeants dopés à la performance, dont la trajectoire n'en est pas moins vouée à la chute, même si, d'ici là, les dégâts peuvent être massifs et devraient être l'inquiétude première du politique.​

Diversité, décanalisation et critique des grands dispositifs

- L'exemple du canal de Suez illustre la fragilité des dispositifs hyper-performants : en canalisant 12% du commerce maritime mondial et en contribuant à l'externalisation massive de la production (médicaments, etc.), il rend nos sociétés extrêmement dépendantes d'un point de passage unique.​

-
La logique robuste suppose de diversifier les voies, les ressources, les outils (comme pour l'Allemagne dépendant massivement du gaz russe) : la monoculture, qu'elle soit agricole, logicielle ou logistique, " tenue le pathogène " et construite de la vulnérabilité structurelle.​

Adaptation, adaptabilité, résilience : renversement de vocabulair

- Je distingue finement adaptation et adaptabilité : s'adapter, dans le culte de la performance, c'est simplement changer de filière étroite (remplacer toutes les voitures thermiques par des électriques) sans modifier l'architecture profonde du système.​

-
L'adaptabilité, en revanche, consiste à se placer dans les conditions d'une diversité de solutions, à dé-optimiser volontairement pour garder des marges et des options, ce qui renvoie directement à la robustesse plutôt qu'à la performance.​

La résilience mise en cause au profit de la transformation

- Je critique la notion de résilience, malheureuse : étymologiquement liée au rebond, elle présuppose le traumatisme, et ne permet pas de penser une polycrise où les chocs se succèdent sans répit.​

-
À mes yeux, deux mots suffisent : robustesse et transformation ; si la robustesse est ajustée au niveau de fluctuation, on évite la chute, et si le seuil de rupture est franchi, ce n'est plus de résilience qu'il s'agite, mais de métamorphose du système.​

Incohérence féconde, dialogue et convention citoyenne

- L' incohérence est réhabilitée comme ressource politique : le dialogue vise à faire " chanter les incohérences ", à rendre féconds les désaccords plutôt qu'à faire taire la dissonance au nom de l'efficacité.​

- La convention citoyenne pour le climat comme exemple : tirage au sort, présence même de climatosceptiques, mais production de propositions plus ambitieuses que celles du pouvoir, preuve que l'hétérogénéité et la confrontation peuvent produire du commun robuste, à condition qu'on accepte d'en tenir compte.​

Sobriété piégée par la performance

- Nous allons être réduits à une sobriété réduite à l'" efficacité énergétique " : avions plus sobres transportant de l'ultra fast fashion, sur-tourisme, effets rebonds, bref, une sobriété totalement capturée par la même logique performative.​

- La sobriété n'est pas rejetée mais déplacée : ce doit être un résultat et non une stratégie première ; la question n'est pas " comment être sobres ? " mais " quelles conditions de robustesse (objets réparables, durée, transmission) engendrent spontanément de la sobriété ? ".​

Moins mais mieux : vers un projet politique de la robustesse

- La révolution que j' appelle de mes vœux est un basculement du " toujours plus " vers " moins mais mieux ", où le " mieux " signifie un mieux pluriel : moins de mails mais plus d'interactions incarnées, plus de liens humains et non-humains, plus de territorialité.​

- La robustesse devient alors un projet précisé politique : certaines villes envisagent de l'inscrire dans leurs programmes, au-delà du clivage gauche/droite, selon un axe qu'il emprunte à Latour — terrestre/extraterrestre —, c'est-à-dire entre ceux qui veulent continuer la fuite hors-sol et ceux qui acceptent d'" atterrir " dans un monde fluctuant et limité.​

Robustesse plutôt que services publics optimisés

Enfin, je suggère que le culte de la performance a largement contribué à détruire les services publics en les traitant comme des machines à optimiser plutôt que comme des infrastructures de robustesse collective, capables d'encaisser les chocs et de maintenir la société viable dans la durée.​

Penser les institutions, l'économie, la démocratie, non plus comme des dispositifs alignés sur la performance maximale, mais comme des systèmes sous-optimaux, divers, prêtés parfois et redondants, sont pour moi comme la condition pour habiter la Terre d'une manière durablement humaine.​


Auteur: Hamant Olivier

Info: https://www.radiofrance.fr/, Souhaitons-nous de la robustesse, 5 janvier 2026 - synthèse de perplexity. ai. A propos de son ouvrage "La 3e voie du vivant" — une vision inspirée directement des mécanismes du vivant biologique, qui privilégie la robustesse, la résilience, l’adaptabilité, l’imperfection et la diversité plutôt que la performance maximale et l’optimisation absolue.

[ bon sens ] [ carte et territoire ]

 

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évolutionnisme et insularité

L'odyssée sédentaire : Rôle insoupçonné du "migratory drop-off" dans la spéciation aviaire insulaire

Cette synthèse montre que le "délestage migratoire" (migratory drop-off) est un moteur essentiel de la spéciation chez les oiseaux insulaires. Ce phénomène se produit lorsqu'une espèce migratrice cesse de voyager et s'établit de manière sédentaire sur une île, donnant ainsi naissance à une nouvelle population isolée.

L'étude met en évidence au moins 157 cas de spéciation qui découlent de ce processus, démontrant qu'il a un effet plus important sur la richesse en espèces endémiques des îles que la simple dispersion directe. Son rôle est d'autant plus crucial que l'île est géographiquement isolée. Le succès de cette colonisation dépend de facteurs tels que la taille de l'aire de répartition et celle des groupes d'oiseaux.

Ces découvertes, qui lient les événements de vagabondage rares aux processus évolutifs à long terme, ont des implications importantes pour la biogéographie et la conservation, car elles soulignent la vulnérabilité unique des espèces issues de ce mécanisme.



I. Introduction : L'archipel, berceau et tombeau de la biodiversité



Les îles, véritables sentinelles de la géographie mondiale, ne constituent que 5,3 % de la surface terrestre émergée. Pourtant, leur importance dans la dynamique de la biodiversité est manifestement disproportionnée. Elles abritent un patrimoine vivant d'une richesse singulière, accueillant une part considérable des espèces d'oiseaux (environ 19 %), de rongeurs (17 %) et de plantes à fleurs (17 %) de la planète. Cette concentration extraordinaire de vie fait des archipels des laboratoires naturels de l'évolution, où l'isolement et la pression sélective ont engendré une formidable diversité et un taux d'endémisme exceptionnel.



Cependant, cette richesse est aussi d'une vulnérabilité extrême. Le paradoxe insulaire réside dans le fait que ces mêmes écosystèmes, propices à l'émergence de nouvelles espèces, sont des points chauds de l'extinction. Un examen des registres biogéographiques révèle que les îles ont été le théâtre de 61 % des extinctions d'espèces recensées et qu'elles concentrent 37 % de toutes les espèces animales et végétales aujourd'hui en danger critique d'extinction. Les menaces sont bien documentées et sont principalement imputables à la perte d'habitat et, de manière encore plus critique, à l'introduction d'espèces invasives par l'activité humaine. Ces menaces pèsent lourdement sur des lignées qui, évoluant dans des environnements isolés, n'ont pas développé de défenses face à des prédateurs ou à une concurrence exogènes.



Face à ce constat, la question des origines de cette biodiversité insulaire, de son processus de formation, revêt une importance capitale pour les efforts de conservation. Si le mécanisme classique de la dispersion directe – l'établissement d'une population sédentaire fondatrice par un individu ou un groupe – a longtemps été considéré comme le principal moteur de la colonisation, des recherches récentes ont mis en lumière un mécanisme alternatif, potentiellement plus significatif : le " migratory drop-off ". Ce rapport se fonde sur une synthèse exhaustive des découvertes clés de l'étude intitulée The importance of migratory drop-off for island colonization in birds, publiée en 2024 par la Royal Society. L'article original étant inaccessible , le présent travail s'appuie sur une reconstitution minutieuse de son contenu à partir des résumés et sur une analyse contextuelle approfondie des phénomènes de migration et de vagabondage qui y sont intrinsèquement liés.



II. Le concept de "migratory drop-off" et son cadre théorique : Un tournant comportemental en écologie évolutive



Le concept de " migratory drop-off " (littéralement, " délestage migratoire ") se définit comme un changement fondamental de comportement : la perte de la migration saisonnière chez une espèce. Ce processus s'enclenche lorsqu'un oiseau ou un groupe d'oiseaux migrateurs, ayant colonisé une île, renonce à son périple annuel pour s'établir en permanence, donnant ainsi naissance à une population fondatrice sédentaire. Cette sédentarisation, en coupant les liens géographiques entre la nouvelle population insulaire et les populations continentales dont elle est issue, instaure une isolation reproductrice. Or, cette isolation est la condition sine qua non du processus de spéciation, c'est-à-dire de la formation d'une nouvelle espèce distincte.



Pour évaluer la portée de ce phénomène, les chercheurs ont mené une revue systématique et rigoureuse de la littérature scientifique. Cette méthodologie a permis de transcender les observations anecdotiques et de compiler un vaste corpus de cas documentés, offrant une vue d'ensemble quantitative de l'impact du " migratory drop-off ". La force de cette approche réside dans sa capacité à démontrer que ce mécanisme n'est pas une simple curiosité évolutive, mais un processus fondamental et récurrent qui a façonné la biodiversité aviaire insulaire à l'échelle planétaire.



III. Synthèse des découvertes : Un moteur de spéciation plus puissant que la dispersion classique



Les résultats de l'étude de Dufour et al. (2024) apportent une conclusion quantitative majeure qui rebat les cartes de la biogéographie insulaire. L'analyse démontre que le " migratory drop-off " exerce un effet plus significatif sur la richesse en espèces endémiques des îles que la simple dispersion directe, qui correspond à la colonisation par des espèces déjà sédentaires. Cette découverte remet en question la primauté historique accordée à la dispersion directe comme principal mode de colonisation réussie.



Les chiffres compilés par les auteurs sont éloquents. Ils ont identifié au moins 157 événements de colonisation indépendants qui ont été initiés par des espèces migratrices et qui ont conduit à des événements de spéciation. Ce qui est particulièrement poignant, c'est que sur ce total, 44 cas concernent des espèces aujourd'hui éteintes, un fait qui souligne la fragilité des lignées issues de ce processus.



Le rapport met également en évidence une relation directe et proportionnelle entre le rôle de la migration dans la colonisation et l'isolement géographique de l'île. Plus une île est éloignée des masses continentales, plus le " migratory drop-off " devient un facteur prépondérant dans la formation de sa faune aviaire endémique.



Cette corrélation n'est pas fortuite. Les îles les plus isolées sont, par nature, inaccessibles à une dispersion opportuniste par des espèces sédentaires qui ont un rayon d'action limité. Pour qu'une espèce les atteigne, il faut un événement de transport exceptionnel, qui ne peut être le fait que d'une espèce migratrice capable de parcourir de vastes distances. L'établissement sur une île aussi lointaine rend le retour vers la population d'origine quasi impossible, ce qui renforce l'isolement reproductif et, par conséquent, favorise la divergence évolutive. Le chiffre alarmant des espèces éteintes est une mise en garde. Il suggère que le même processus évolutif qui crée une biodiversité unique la rend aussi d'une extrême vulnérabilité face aux perturbations contemporaines. La compréhension de leur genèse est donc essentielle à leur préservation.



Caractéristique analysée Résultat de l'étude (Dufour et al. 2024)



Nombre total d'événements de spéciation Au moins 157 événements identifiés

liés au migratory drop-off



Part des espèces éteintes 44 espèces récemment éteintes sont issues de ce processus



Comparaison de l'effet sur la richesse endémique La migration saisonnière a un effet plus significatif que la dispersion directe



Relation avec l'isolement géographique Le rôle de la migration augmente avec l'isolement de l'île



IV. Facteurs écologiques et biogéographiques du succès de la spéciation : De la "drop-off" à l'endémisme

Au-delà de la simple quantification, l'étude explore les facteurs qui déterminent le succès d'un événement de spéciation par " migratory drop-off ". Les résultats indiquent que la réussite de l'établissement d'une nouvelle lignée évolutive est positivement associée à deux traits écologiques et biogéographiques de l'espèce colonisatrice : la taille de son aire de répartition et la taille de ses groupes (flock sizes).



Une aire de répartition étendue est souvent le reflet d'une capacité à s'adapter à des environnements variés. Un tel large spectre géographique peut signifier une plus grande variabilité génétique au sein de la population source, ce qui confère à un groupe fondateur, même réduit, un avantage significatif pour prospérer dans un nouvel environnement insulaire et résister à la consanguinité initiale. De manière analogue, la taille des groupes (flock size) est un facteur de réussite crucial. Un plus grand nombre d'individus transportés lors d'un événement de vagabondage (cf. section suivante) augmente la probabilité de former une population fondatrice viable. Une telle cohorte est plus susceptible d'inclure les deux sexes, d'avoir une diversité génétique suffisante, et de posséder un nombre d'individus assez élevé pour surmonter les aléas démographiques et stochastiques qui menacent l'établissement de petites populations. Cela fait écho au concept de " propagule pressure ", c'est-à-dire la pression exercée par l'afflux d'individus sur la capacité d'une espèce à s'établir dans un nouvel habitat.



Ces facteurs ne sont pas de simples corrélations. Ils éclairent la transition entre un événement de colonisation aléatoire et l'établissement réussi d'une nouvelle lignée évolutive. L'événement initial est nécessaire, mais la réussite de l'installation dépend de ces traits intrinsèques à l'espèce. Le vagabondage peut être perçu comme l'amorce, et ces facteurs comme la poudre qui rend la spéciation explosive. Ces observations suggèrent que les règles de la biogéographie ne sont pas universelles et doivent prendre en compte les caractéristiques comportementales et démographiques des espèces pour prédire leur potentiel évolutif.



V. Le rôle des événements de vagabondage : Comprendre les origines de la colonisation rare



L'étude des événements de vagabondage des oiseaux migrateurs, en particulier les cas transocéaniques comme ceux des oiseaux nord-américains observés en Europe , offre une explication concrète du " comment " ces espèces migratrices se retrouvent sur des îles lointaines, servant de point de départ physique au " migratory drop-off ". Ces événements, bien que rares, sont le maillon initial de la chaîne de colonisation.



Les conditions météorologiques extrêmes sont un facteur clé. Des vents violents, souvent associés à des systèmes de tempête ou des ouragans, peuvent littéralement " déraciner " des populations migratrices de leur trajectoire habituelle, les poussant sur des milliers de kilomètres au-dessus des océans. La capacité de certains oiseaux à voler dans la direction du vent pour conserver leur énergie est un facteur supplémentaire qui peut transformer une dérive fatale en une odyssée involontaire.



Un oiseau confronté à des vents contraires a plusieurs options : lutter contre le vent en dépensant une énergie considérable, compenser la dérive pour maintenir son cap, se laisser dériver sans compensation, ou suivre le vent pour se propulser. Ce dernier choix, bien que potentiellement fatal, est celui qui mène à des mouvements transocéaniques et, dans de rares cas, à la colonisation de nouveaux territoires. Cette section est cruciale, car elle fait le lien entre les forces écologiques ponctuelles et un processus macro-évolutif. L'événement de vagabondage est l'étincelle qui allume la divergence génétique et comportementale. L'évolution n'est donc pas toujours un processus lent et graduel ; elle peut être déclenchée par des événements rares et extrêmes.



VI. Implications pour la biogéographie et la conservation : Une nouvelle perspective sur les espèces endémiques



La mise en lumière du " migratory drop-off " comme un mécanisme fondamental de la diversification aviaire a des implications profondes pour la biogéographie et la conservation.



En biogéographie, ce concept doit désormais être intégré au même titre que l'adaptation ou la spéciation allopatrique. Il appelle à une considération accrue des changements de comportement migratoire dans l'analyse de la distribution des espèces d'oiseaux. La simple cartographie des populations migratrices et sédentaires ne suffit plus ; il faut analyser les vecteurs et les conditions qui favorisent la transition de l'une à l'autre.



Pour la conservation, la compréhension de ce processus est vitale. Les espèces endémiques qui en sont issues sont des symboles de la résilience et de l'ingéniosité de l'évolution, ayant réussi à s'établir dans un nouvel environnement. Ironiquement, elles sont aussi, de par leur isolement et leurs adaptations spécialisées, les plus vulnérables face aux menaces anthropiques contemporaines, comme l'introduction d'espèces invasives. Les stratégies de conservation doivent tenir compte de cette histoire évolutive unique.



Enfin, l'étude ouvre de nouvelles perspectives de recherche. Il serait pertinent d'examiner comment la "migratory connectivity " – le lien géographique entre les zones de reproduction et d'hivernage – influence la probabilité d'un " migratory drop-off ". De même, les effets du changement climatique et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes pourraient-ils modifier la fréquence de ces événements de vagabondage et, par ricochet, la dynamique de la spéciation insulaire?



Conclusion : L'importance d'une perte pour la création d'une nouvelle vie

En définitive, l'étude de Dufour et de ses collaborateurs déplace le prisme de la biogéographie aviaire. Elle démontre avec force que la perte d'un comportement aussi fondamental que la migration n'est pas une simple réversion, mais un moteur de diversification puissant et quantifiable. Le " migratory drop-off " est un mécanisme de spéciation qui s'avère plus efficace que la dispersion directe, notamment pour les archipels les plus reculés.



Les espèces endémiques qui en résultent sont un témoignage vivant de la capacité de l'évolution à créer la vie. Elles sont l'aboutissement d'un voyage accidentel et d'un renoncement comportemental qui, en brisant les liens avec le passé, ouvrent la voie à un avenir évolutif nouveau. Mais, comme le souligne l'état critique de la biodiversité insulaire, ce même processus de création est aussi celui qui génère des lignées extrêmement fragiles face aux menaces contemporaines. Le rapport se termine par un appel à la considération du " migratory drop-off " non plus comme une anomalie, mais comme un processus central de la biogéographie aviaire et un élément clé de la dynamique de la biodiversité mondiale.



Auteur: Internet

Info: https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rspb.2025.0182 - synthèse de gemini.ai

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