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cité imaginaire

À Maurilia, le voyageur est invité à visiter la ville et, en même temps, à regarder de vieilles cartes postales qui la représentent telle qu'elle était auparavant : exactement le même endroit avec une poule à la place de la gare routière, le pupitre à la place du viaduc, deux jeunes femmes avec des parasols blancs à la place du viaduc, deux jeunes femmes avec des parasols blancs à la place de l'usine d'explosifs. Pour ne pas décevoir les habitants, il est nécessaire que le voyageur fasse l'éloge de la ville dans les cartes postales et la préfère à l'actuelle, en veillant toutefois à contenir son regret des changements dans des règles précises : Reconnaissant que la magnificence et la prospérité de Maurilia en tant que métropole, par rapport à l'ancienne Maurilia provinciale, ne compensent pas une certaine grâce perdue, qui ne peut être appréciée aujourd'hui que sur les vieilles cartes postales, alors qu'avant, avec la Maurilia provinciale en vue, on ne voyait rien de gracieux, et on le verrait encore moins aujourd'hui, si Maurilia était restée telle quelle, et que de toute façon la métropole a cet attrait supplémentaire, qu'à travers ce qu'elle est devenue on peut penser avec nostalgie à ce qu'elle était. Gardez-vous de leur dire que parfois des villes différentes se succèdent sur le même sol et sous le même nom, naissent et meurent sans s'être connues, incommunicables entre elles. Parfois même les noms des habitants restent les mêmes, et les accents de leurs voix, et même les traits de leurs visages ; mais les dieux qui habitent sous les noms et sur les lieux sont partis sans rien dire, et à leur place se sont nichés des dieux étrangers. Il est vain de se demander s'ils sont meilleurs ou pires que les anciens, puisqu'il n'y a aucun rapport entre eux, tout comme les anciennes cartes postales ne représentent pas Maurilia telle qu'elle était, mais une autre ville qui s'est appelée Maurilia comme celle-ci.

Auteur: Calvino Italo

Info: Villes invisibles

[ souvenirs ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

désamour

Elle aspira de l’éther, sourit. Ô les débuts, leur temps de Genève, les préparatifs, son bonheur d'être belle pour lui, les attentes, les arrivées à neuf heures, et elle était toujours sur le seuil à l'attendre, impatiente et en santé de jeunesse, à l'attendre sur le seuil et sous les roses, dans sa robe roumaine qu'il aimait, blanche au larges manches serrées aux poignets, ô l'enthousiasme de se revoir, les soirées, les heures à se regarder, à se parler, à se raconter à l'autre, tant de baisers reçus et à donnés, oui, les seuls vrais de sa vie, et après l'avoir quittée tard dans la nuit, quittée avec tant de baisers, baisers profonds, baisers interminables, il revenait parfois, une heure plus tard ou des minutes plus tard, ô splendeur de le revoir, ô fervent retour, je ne peux pas sans toi, il lui disait, je ne peux pas, et d'amour il pliait genou devant elle qui d'amour pliait genou devant lui, et c'était des baisers, elle et lui religieux, des baisers encore et encore, baisers véritables, baisers d'amour, grands baisers battant l'aile, je ne peux pas sans toi, il lui disait entre des baisers, et il restait, le merveilleux qui ne pouvait pas, ne pouvait pas sans elle, restait des heures jusqu'à l'aurore et aux chants des oiseaux, et c'était l'amour. Et maintenant ils ne se désiraient plus, ils s'ennuyaient ensemble, elle le savait bien.

Elle aspira de l'éther, sourit. Lorsqu'il partait en mission, les télégrammes qu'il lui envoyait en code si les mots étaient trop ardents, ô bonheur de déchiffrer, et elle ses longs télégrammes en réponse, télégrammes de centaines de mots, toujours des télégrammes pour qu'il sût tout de suite combien elle l'aimait, ô les préparatifs en vue du retour sacré, les commandes chez le couturier, les heures à parfaire sa beauté, et elle chantait l’air de la Pentecôte, chantait la venue d'un divin roi. Et maintenant ils s'ennuyaient ensemble, ils ne se désiraient plus, ne se désiraient plus vraiment, ils se forçaient, essayaient de se désirer, elle le savait bien, le savait depuis longtemps.

A quoi penses-tu ? demanda-t-elle. A rien, dit-il, et il lui baisa la main, la regarda. Cette nuit, l’entrée de la petite fille, la lamentable espièglerie de lui dire bonsoir mon oncle, de s’asseoir sur les genoux de son oncle, cuisses nues, de lui dire à l’oreille que si elle n’était pas sage, il pourrait la corriger. Ô tristesse, ô niaiserie, et pourtant en ces deux grotesques, une grandeur, leur pauvre passion en révolte contre son agonie, l’idiote obscénité, dernier recours de leur pauvre passion.

Auteur: Cohen Albert

Info: Belle du Seigneur, éditions Gallimard, 1968, pages 1104-1105

[ nostalgie ] [ souvenirs blessants ] [ couple ] [ délitement ] [ jeux sexuels ] [ pathétique ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

exploitation forestière

Quiconque aura premier la main embesongnée

A te couper, forest, d’une dure congnée,

Qu’il puisse s’enferrer de son propre baston,

Et sente en l’estomac la faim d’Erisichton,

Qui coupa de Cerés le Chesne venerable

Et qui gourmand de tout, de tout insatiable,

Les bœufs et les moutons de sa mère esgorgea,

Puis pressé de la faim, soy-mesme se mangea :

Ainsi puisse engloutir ses rentes et sa terre,

Et se devore après par les dents de la guerre.



Qu’il puisse pour vanger le sang de nos forests,

Toujours nouveaux emprunts sur nouveaux interests

Devoir à l’usurier, et qu’en fin il consomme

Tout son bien à payer la principale somme.



Que toujours sans repos ne face en son cerveau

Que tramer pour neant quelque dessein nouveau,

Porté d’impatience et de fureur diverse,

Et de mauvais conseil qui les hommes renverse.



Escoute, Bucheron (arreste un peu le bras)

Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,

Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force

Des Nymphes qui vivoyent dessous la dure escorce ?

Sacrilege meurdrier, si on pend un voleur

Pour piller un butin de bien peu de valeur,

Combien de feux, de fers, de morts, et de detresses

Merites-tu, meschant, pour tuer des Déesses ?



Forest, haute maison des oiseaux bocagers,

Plus le Cerf solitaire et les Chevreuls legers

e paistront sous ton ombre, et ta verte crinière

Plus le Soleil d’Esté ne rompra la lumière.

Plus l’amoureux Pasteur sur un tronq adossé,

Enflant son Flageolet à quatre trous persé,

Son mastin à ses pieds, à son flanc la houlette,

Ne dira plus l’ardeur de sa belle Janette :

Tout devienda muet : Echo sera sans voix :

Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois,

Dont l’ombrage incertain lentement se remue,

Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue :

Tu perdras ton silence, et haletans d’effroy

Ny Satyres ny Pans ne viendront plus chez toy.



Adieu vielle forest, le jouet de Zephyre,

Où premier j’accorday les langues de ma lyre,

Où premier j’entendi les fleches resonner.

D’Apollon, qui me vint tout le cœur estonner :

Où premier admirant la belle Calliope,

Je devin amoureux de sa neuvaine trope

Quand sa main sur le front cent roses me jetta,

Et de son propre laict Euterpe m’allaita.



Adieu vielle forest, adieu testes sacrées,

De tableaux et de fleurs autrefois honorées,

Maintenant le desdain des passans alterez,

Qui brulez en Esté des rayons etherez,

Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,

Accusent vos meurtriers, et leur disent injures.



Adieu Chesnes, couronne aux vaillans citoyens,

Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,

Qui premiers aux humains donnastes à repaistre,

Peuples vrayment ingrats, qui n’ont sceu recognoitre

Les biens receus de vous, peuples vraiment grossiers,

De massacrer ainsi nos peres nourriciers.



Que l’homme est malheureux qui au monde se fie !

Ô Dieux, que véritable est la Philosophie,

Qui dit que toute chose à la fin perira,

Et qu’en changeant de forme une autre vestira :

De Tempé la vallée un jour sera montagne,

Et la cyme d’Athos une large campagne,

Neptune quelque fois de blé sera couvert.

La matière demeure, et la forme se perd.

Auteur: Ronsard Pierre de

Info: Élégie contre les bûcherons de la forêt de Gâtine

[ destruction ] [ nature ] [ souvenirs ] [ mythes ] [ impermanence ] [ culture ] [ matière désymbolisée ] [ point de non-retour ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson