Ce n’est plus un scénario de film : le cœur de la Terre a cessé de tourner et les sismologues viennent de le confirmer
En 2003, le film catastrophe The Core imaginait ce qui arriverait si le noyau terrestre cessait de tourner. Vingt ans plus tard, des sismologues ont découvert que ce scénario contient une part de vérité — et trois études successives viennent de le confirmer. Le cœur de notre planète a bien ralenti, s’est arrêté, et repart désormais en sens inverse.
Ce que les séismes ont révélé
Tout commence en janvier 2023. Yi Yang et Xiaodong Song, deux sismologues de l’Université de Pékin, publient dans Nature Geoscience une découverte qui fait le tour du monde. En analysant les ondes sismiques de tremblements de terre survenus depuis 1964, ils constatent que celles qui traversent le noyau interne ont cessé de montrer des variations temporelles à partir de 2009 — signe que le noyau s’est arrêté de tourner par rapport au manteau et à la surface.
Pire encore : après cette pause d’une dizaine d’années, les données indiquent que le noyau a commencé à repartir en sens inverse. Pas en sens absolu — il tourne toujours vers l’est comme le reste de la planète — mais plus lentement que la surface, ce qui donne l’impression qu’il recule.
Yang et Song ont identifié un schéma : cette oscillation se répéterait selon un cycle d’environ 70 ans. Le précédent retournement aurait eu lieu au début des années 1970. Le prochain est attendu vers le milieu des années 2040.
La confirmation est tombée
En juin 2024, le géophysicien John Vidale (Université de Californie du Sud) a tranché le débat avec une étude publiée dans Nature. Son équipe a compilé les données sismiques de 121 séismes répétitifs survenus près des îles Sandwich du Sud entre 1991 et 2023, complétées par les enregistrements d’essais nucléaires soviétiques des années 1970.
Le verdict est sans appel : le noyau interne a bien ralenti à partir de 2010 et tourne désormais plus lentement que la surface terrestre. Puis, en février 2025, une nouvelle étude du même Vidale dans Nature Geoscience a révélé que non seulement le noyau change de vitesse, mais qu’il se déforme également — sa surface molle se remodèle sous la pression du noyau externe liquide qui l’entoure.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Le noyau interne est une sphère de fer et de nickel solide d’environ 2 400 km de diamètre — à peu près la taille de Mars — enfouie à plus de 5 000 km sous nos pieds. Il baigne dans le noyau externe, un océan de métal liquide dont les mouvements de convection génèrent le champ magnétique terrestre, celui-là même qui nous protège des rayonnements solaires.
L’oscillation de sa rotation n’est pas un danger immédiat. Ses effets mesurables sur la surface sont infimes : la durée du jour varie de quelques millièmes de seconde, et le champ magnétique fluctue légèrement. Rien de catastrophique à l’échelle d’une vie humaine.
Mais cette découverte soulève des questions fondamentales. Pourquoi le noyau oscille-t-il ? Le bras de fer entre les forces électromagnétiques du noyau externe et l’attraction gravitationnelle du manteau semble en être la cause — mais le mécanisme précis reste un mystère. Et surtout : les chercheurs ont mis en évidence que ces oscillations coïncident avec des cycles de 60 à 70 ans observés dans la durée du jour, les variations du champ magnétique et même certaines fluctuations climatiques.
Comme le résume John Vidale après avoir vu ses premiers sismogrammes révélateurs : le résultat était inéluctable. Et ce qui se passe au cœur de notre planète est probablement encore plus dynamique que ce que l’on imagine.