- C'est pourtant simple, l'homme a un énorme devoir à accomplir envers les animaux : les aider à vivre leur vie jusqu'au bout ; quant aux espèces apprivoisées, il doit leur procurer amour et tendresse, car les bêtes nous donnent bien plus qu'elles ne reçoivent de nous. Il est important qu'elles puissent vivre leur vie dignement, qu'elles se mettent en règle avec leur milieu naturel et valident leur semestre dans le registre karmique : " J'ai été un animal, j'ai vécu et mangé ; je suis allée sur les pâturages verts, j'ai mis bas, et j'ai réchauffé mes petits de mon corps; j'ai construit des nids, j'ai fait ce qui était de mon devoir. "
Quand on tue des animaux et qu'ils meurent dans la peur et la terreur, comme ce sanglier dont le corps s'étalait hier à mes pieds, et qui d'ailleurs doit s'y trouver toujours, avili, couvert de boue et de sang séché, transformé en charogne, alors on les condamne à aller en enfer, et le monde entier devient l'enfer. Est-ce que les gens ne le voient pas ? Est-ce que leur esprit est capable de dépasser leurs petits plaisirs égoïstes ? Le devoir que nous avons envers les animaux, c'est de les mener - à travers leurs vies successives - vers leur libération. Nous allons tous vers cette même direction, de la dépendance à la liberté, du rituel au libre arbitre.
Voilà ce, que j'ai dit en employant un tas de mots savants.
[...]
Vous entendez ai-je demandé en m'adressant à toutes les personnes présentes, mais, cette fois-ci, même l'homme d'entretien s'était remis au travail, déçu sans doute par mon discours alors je me suis tournée vers le caniche :
- Dans quel monde vivons-nous ? Un monde où un corps est transformé en chaussures, boulettes de viande, saucisses, descente de lit, et dont les os servent à faire du bouillon... Confectionner des chaussures, des canapés des sacs avec un ventre, s'envelopper d'un pelage pour se réchauffer, manger un corps, le découper en morceaux puis le faire frire dans de l'huile... Est-ce possible que ces monstruosités aient vraiment lieu ? Cette tuerie gigantesque organisée, cruelle et impassible, mécanique, sans aucun remords, sans la moindre réflexion, car la réflexion on la réserve plutôt à des philosophies, à des théologies inventées de toutes pièces. Quel est ce monde où la tuerie et la souffrance sont érigées en norme ? Avons-nous perdu la tête ?
Années: 1962 -
Epoque – Courant religieux: Récent et libéralisme économique
Sexe: F
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - Pologne