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insatisfaction satisfaisante

[...] c’est là qu’est la nature du message propre du trait d’esprit, c’est-à-dire ce en quoi ici, au niveau du message, je reprends avec l’Autre ce chemin interrompu de la métonymie, et je lui porte cette interrogation : "Qu’est-ce que tout cela veut dire ?"

Le trait d’esprit ne s’achève qu’au-delà de ceci, c’est-à-dire pour autant que l’Autre accuse le coup, répond au trait d’esprit, l’authentifie comme trait d’esprit, c’est-à-dire perçoit ce que dans ce véhicule comme tel de la question sur le "peu de sens", ce qu’il y a là de demande de sens, c’est-à-dire d’évocation d’un sens au-delà de ce quelque chose qui est inachevé, qui dans tout cela est resté en route, marqué par le signe de l’Autre marquant surtout de sa profonde ambiguïté toute formulation du désir, le liant comme tel et à proprement parler, aux nécessités et aux ambiguïtés du signifiant comme tel, à l’homonymie à proprement parler, entendez à l’homophonie.

Pour autant que l’Autre répond à cela, c’est-à-dire sur le circuit supérieur, celui qui va de A au message, il authentifie quoi ? […]

Je vous propose la formule du "pas de sens", du "pas de sens" comme on dit le "pas de vis", le "pas de quatre", le "pas de Suze", le "Pas de Calais". Ce "pas de sens" est à proprement parler ce qui est réalisé dans la métaphore, car dans la métaphore c’est l’intention du sujet, c’est le besoin du sujet qui...

– au-delà de l’usage métonymique,

– au-delà de ce qui trouve - dans la commune mesure, dans les valeurs reçues - à se satisfaire,

...introduit justement ce "pas de sens", ce quelque chose qui, reprenant un élément à la place où il est, en lui substituant un autre, je dirai presque n’importe lequel, introduit toujours cet au-delà du besoin, par rapport à tout désir formulé, qui est à l’origine de la métaphore.

[…] Il a parcouru ce segment de la dimension métonymique, il a fait recevoir le peu de sens comme tel. L’Autre a authentifié le "pas de sens", et le plaisir s’achève pour le sujet.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 4 décembre 1957

[ witz ] [ récupération ] [ perte ] [ résumé ] [ transformation ]

 

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Ψ → B → Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

gestion étatique

[…] il s’y articule [dans la Philosophie du droit de Hegel, de Karl Marx] quelque chose dont nous ne sommes pas encore - jusqu’à nouvel ordre, que je sache - sortis, à savoir : les fondements de l’État, de l’État bourgeois en tant qu’il donne la règle d’une organisation humaine fondée sur le besoin et la raison, en tant que, dans cette dimension, MARX nous propose, nous fait apercevoir, toucher du doigt, le caractère partial, partiel, insuffisant de la solution donnée dans le cadre de l’État bourgeois, il nous montre que cette solution, cette harmonie placée au niveau du "besoin" et de la "Raison", n’est bien dans l’État bourgeois qu’une solution abstraite, dissociée.

C’est "en droit" que besoin et Raison sont harmonisés. Mais ceci étant posé, en droit chacun est laissé en proie à l’égoïsme de ses besoins particuliers, à l’anarchie, au matérialisme comme s’exprime MARX, de la solution d’anarchie fondamentale qui suppose qu’il propose, qu’il aspire à un état où ça ne sera pas seulement - comme il s’exprime - politiquement, mais réellement que l’émancipation humaine se produira, à savoir que l’homme se trouvera, vis-à-vis de sa propre organisation, dans un rapport non aliéné.

[…] FREUD nous montre quelque chose, cet accident si l’on peut dire qui résulte du fait qu’il est tout à fait insuffisant, quelque loin qu’en ait été poussée l’articulation dans la tradition de la philosophie classique, que ces deux termes de la "Raison" et du "besoin" sont insuffisants pour nous permettre d’apprécier le champ dont il s’agit quant à la réalisation humaine.

Que c’est d’une façon plus profonde dans la structure, que nous nous trouvons rencontrer une certaine difficulté qui n’est rien de moins que la fonction du désir, et la fonction du désir pour autant - je vous l’indique dans la façon dont j’articule ici les choses devant vous - que, chose paradoxale, curieuse, mais il est impossible d’enregistrer l’expérience autrement, que la raison, que le discours comme tel, que l’articulation signifiante comme telle est là au départ, ab ovo depuis le début, du moment où peut s’articuler la structure de l’expérience humaine en tant que telle.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 4 mai 1960

[ psychanalyse ] [ rationalisme ] [ socialisme ] [ limites ] [ impossible ] [ critique ]

 

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expérience du bouquet renversé

Pour que l’illusion se produise, pour que se constitue, devant l’œil qui regarde, un monde où l’imaginaire peut inclure le réel et, du même coup, le former, où le réel aussi peut inclure et, du même coup, situer l’imaginaire, il faut qu’une condition soit réalisée – je vous l’ai dit, l’œil doit être dans une certaine position, il doit être à l’intérieur du cône.

S’il est à l’extérieur de ce cône, il ne verra plus ce qui est imaginaire pour la simple raison que rien du cône d’émission ne viendra le frapper. Il verra les choses à leur état réel, tout nu, c’est-à-dire l’intérieur du mécanisme, et un pauvre pot vide, ou des fleurs esseulées, selon les cas.

Vous me direz – Nous ne sommes pas un œil, qu’est-ce que c’est que cet œil qui se balade ?

La boîte veut dire votre propre corps. Le bouquet, c’est instincts et désirs, les objets du désir qui se promènent. Et le chaudron, qu’est-ce que c’est ? Ça pourrait bien être le cortex. Pourquoi pas ? [...]

Au milieu de ça, votre œil ne se promène pas, il est fixé là, comme un petit appendice titilleur du cortex. [...]

L’œil est ici, comme très fréquemment, le symbole du sujet.

Toute la science repose sur ce qu’on réduit le sujet à un œil, et c’est pourquoi elle est projetée devant vous, c’est-à-dire objectivée. [...] Pour nous réduire un petit instant à n’être qu’un œil, il fallait que nous nous placions dans la position du savant qui peut décréter qu’il n’est qu’un œil, et mettre un écriteau à la porte – Ne pas déranger l’expérimentateur. Dans la vie, les choses sont toutes différentes, parce que nous ne sommes pas un œil. Alors, qu’est-ce que veut dire l’œil qui est là ?

Cela veut dire que, dans le rapport de l’imaginaire et du réel, et dans la constitution du monde telle qu’elle en résulte, tout dépend de la situation du sujet. Et la situation du sujet [...] est essentiellement caractérisée par sa place dans le monde symbolique, autrement dit dans le monde de la parole.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre I", "Les écrits techniques de Freud (1953-1954)", éditions du Seuil, 1975, page 129-130

[ réel-symbolique-imaginaire ] [ schéma optique ] [ interprétation psychanalytique ] [ métaphore du fonctionnement psychologique ]

 

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Ψ ↔ B ↔ Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

philosophie antique

[…] l’histoire d’ALCIBIADE et de SOCRATE [dans le Banquet] a toujours été difficile à avaler. Je n’en veux pour témoin que ceci :

[1] c’est que Louis LE ROY, Ludovicus REJUS, qui est le premier traducteur en français de ces textes qui venaient d’émerger de l’Orient pour la culture occidentale, tout simplement s’est arrêté là : à l’entrée d’ALCIBIADE. Il n’a pas traduit après. Il lui a semblé qu’on avait fait d’assez beaux discours avant qu’ALCIBIADE rentre. Ce qui est bien le cas d’ailleurs. ALCIBIADE lui a paru quelque chose de surajouté, d’apocryphe, et il n’est pas le seul à se comporter ainsi. Je vous passe les détails.

[2] Mais RACINE un jour a reçu d’une dame, qui s’était employée à la traduction du Banquet, un manuscrit pour le revoir. RACINE qui était un homme sensible a considéré cela comme intraduisible et pas seulement l’histoire d’ALCIBIADE, mais tout le Banquet. Nous avons ses notes qui nous prouvent qu’il a regardé de très près le manuscrit qui lui était envoyé - mais pour ce qui est de le refaire, car il s’agissait de rien moins que de le refaire - il fallait quelqu’un comme RACINE pour traduire le grec, il a refusé. Très peu pour lui...

[3] Troisième référence. J’ai la chance d’avoir cueilli il y a bien longtemps, dans un coin, les notes manuscrites d’un cours de BROCHARD sur PLATON. C’est fort remarquable, ces notes sont remarquablement prises, l’écriture est exquise. À propos de la théorie de l’amour, BROCHARD bien sûr se réfère à tout ce qu’il convient : le Lysis, le Phèdre, le Banquet. C’est surtout le Banquet. Il y a un très joli jeu de substitution quand on arrive à l’affaire d’ALCIBIADE : il embraye, il aiguille les choses sur le Phèdre, qui à ce moment-là prend le relais. L’histoire d’ALCIBIADE, il ne s’en charge pas. Cette réserve après tout mérite plutôt notre respect. Je veux dire que c’est tout au moins le sentiment qu’il y a là quelque chose qui fait question. Et nous aimons mieux cela que de le voir résolu par des hypothèses singulières qui ne sont pas rares à se faire jour.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 23 novembre 1960

[ problématique ] [ mystérieuse ]

 

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Ψ → B → Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

double injonction contradictoire

Celui-ci [Gregory Bateson] essaye de situer et de formuler le principe de la genèse du trouble psychotique dans quelque chose qui s’établit au niveau de la relation entre la mère et l’enfant, et qui n’est pas simplement un effet élémentaire de frustration, de tension, de rétention, et de détente, de satisfaction, comme si la relation inter-humaine se passait au bout d’un élastique. Il introduit dès le principe la notion de la communication en tant qu’elle est centrée, non pas simplement sur un contact, un rapport, un entourage, mais sur une signification. Voilà ce qu’il met au principe de ce qui s’est passé d’originairement discordant, déchirant, dans les relations de l’enfant avec la mère. Ce qu’il désigne comme étant l’élément discordant essentiel de cette relation, c’est le fait que la communication s’est présentée sous la forme de double bind, de double relation.

[...] Vous considérez que ce que le sujet dit a pour fin de méconnaître ce qu’il y a de signification quelque part en lui, et qu’il s’annonce lui-même – et vous annonce – la couleur à côté. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit de quelque chose qui concerne l’Autre, et qui est perçu par le sujet de telle façon que, s’il répond sur un point, il sait que, de ce fait même, il va se trouver coincé dans l’autre. C’est l’exemple que prenait Mme Pankow – si je réponds à la déclaration d’amour que me fait ma mère, je provoque son retrait, et si je ne l’entends pas, c’est-à-dire si je ne lui réponds pas, je la perds.

[...] La question qui se pose à propos des psychoses, est celle de savoir ce qu’il en est du procès de la communication quand précisément il n’arrive pas à être constituant pour le sujet. C’est un autre repère qu’il faut rechercher. Jusqu’à présent, quand vous lisez M. Bateson, vous voyez que tout est en somme centré sur le double message, sans doute, mais sur le double message en tant que double signification. C’est précisément là que le système pèche, et justement parce que cette conception néglige ce que le signifiant a de constituant dans la signification.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre V", "Les formations de l'inconscient (1957-1958)", éditions du Seuil, 1998, pages 144-145

[ définie ] [ critique ]

 

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Ψ → B → Φ · Mettre en veille entre les cycles. Propager uniquement si Φ réinjecte Ψ.

structure psychologique

Observez la structure de nos obsessionnels. Ce que l’on appelle effet de surmoi, veut dire quoi ? Cela veut dire qu’ils s’infligent toutes sortes de tâches particulièrement dures, éprouvantes, qu’ils les réussissent d’ailleurs, qu’ils les réussissent d’autant plus facilement que c’est ce qu’ils désirent faire – mais là, ils réussissent très, très brillamment, au nom de quoi ils auraient bien droit à de petites vacances pendant lesquelles on ferait ce qu’on voudrait, d’où la dialectique bien connue du travail et des vacances. Chez l’obsessionnel, le travail est puissant, étant fait pour libérer le temps de la grande voile qui sera celui des vacances – et le passage des vacances se révèle habituellement à peu près perdu. Pourquoi ? Parce que ce dont il s’agissait, c’était d’obtenir la permission de l’Autre. Or l’autre – je parle maintenant de l’autre en fait, de l’autre qui existe – n’a absolument rien à faire avec toute cette dialectique, pour la simple raison que l’autre réel est bien trop occupé avec son propre Autre, et n’a aucune raison de remplir cette mission de donner à l’exploit de l’obsessionnel sa petite couronne, à savoir ce qui serait justement la réalisation de son désir, en tant que ce désir n’a rien à faire avec le terrain sur lequel le sujet a démontré toutes ses capacités. [...]

Il y a dans l’exploit de l’obsessionnel quelque chose qui reste toujours irrémédiablement fictif, pour la raison que la mort, je veux dire là où est le véritable danger, ne réside pas dans l’adversaire qu’il a l’air de défier, mais tout à fait ailleurs. Il est justement du côté de ce témoin invisible, de cet Autre qui est là comme le spectateur, celui qui compte les coups, et va dire du sujet – Décidément [...] c’est un rude lapin ! On retrouve cette exclamation, cette façon d’accuser le coup, comme implicite, latente, souhaitée, dans toute la dialectique de l’exploit. [...] Ce que l’obsessionnel veut avant tout maintenir sans en avoir l’air, en ayant l’air de viser autre chose, c’est cet Autre où les choses s’articulent en termes de signifiant.

[...] La visée essentielle, il est certain que c’est le maintien de l’Autre.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre V", "Les formations de l'inconscient (1957-1958)", éditions du Seuil, 1998, pages 418-419

[ description ] [ accent comique ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Le sol parle avant le langage.

éros

Cette situation [de départ de l’amour], pour être après tout évidente, n’a jamais été - que je sache aussi - en quelque terme, située, placée au départ en ces termes que je vous propose d’articuler tout de suite, ces deux termes d’où nous partons :

– ἐραστής [erastès] l’amant, ou encore ἔρόν [erôn] l’aimant,

– ἐρώμενος [erômenos] celui qui est aimé.

Est-ce que tout déjà ne se situe pas mieux au départ ? Il n’y a pas lieu de jouer au jeu de cache-cache, est-ce que nous ne pouvons pas voir tout de suite dans une telle assemblée [le banquet de Platon], que ce qui caractérise l’ἐραστής [erastès], l’amant, pour tous ceux qui l’ont interrogé, pour tous ceux qui l’approchent, est-ce que ce n’est pas essentiellement ce qui lui manque ? Et nous pouvons tout de suite, nous, ajouter qu’il ne sait pas ce qui lui manque, avec cet accent particulier de "l’in-science", qui est celui de l’inconscient.

Et d’autre part l’ἐρώμενος [erômenos], l’objet aimé, est-ce qu’il ne s’est pas toujours situé comme celui qui ne sait pas ce qu’il a, ce qu’il a de caché, ce qui fait son attrait ? Parce que ce "ce qu’il a" n’est-il pas ce qui est, dans la relation de l’amour, appelé pas seulement à se révéler : à devenir, à être, à présentifier, ce qui n’est jusque là que "possible" ? Bref avec l’accent analytique, ou sans cet accent : lui aussi "il ne sait pas". Et c’est d’autre chose qu’il s’agit : il ne sait pas ce qu’il a.

Entre ces deux termes qui constituent, si je puis dire : dans leur essence, l’amant et l’aimé, observez qu’il n’y a aucune coïncidence. Ce qui manque à l’un n’est pas ce "ce qu’il a", caché dans l’autre. Et c’est là tout le problème de l’amour. Qu’on le sache ou qu’on ne le sache pas n’a aucune importance. On en rencontre à tous les pas dans le phénomène, le déchirement, la discordance, et quiconque n’a pas besoin pour autant de dialoguer, de "dialectiquer" διαλεκτικεύεσθαι sur l’amour : il lui suffit "d’être dans le coup", d’aimer, pour être pris à cette béance, à ce discord.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 30 novembre 1960

[ fantasme ] [ déséquilibre ] [ signifiant ] [ désir ] [ agalma ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Aligner les seuils, pas les horloges.

charité triomphaliste

La résistance devant le commandement : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" et la résistance qui s’exerce pour entraver son accès à la jouissance, sont une seule et même chose. Ceci peut paraître, ainsi énoncé, un paradoxe de plus, une gratuite affirmation. N’y reconnaissez-vous pas, pourtant, ce à quoi nous nous référons de la façon la plus commune chaque fois qu’en effet nous voyons le sujet reculer devant sa jouissance ?

De quoi faisons-nous état ? Mais de l’agressivité inconsciente qu’elle contient, de ce noyau redoutable, de cette destrudo qui, quelles que soient à cet égard les petites manières, les chipotages des mijaurées analytiques, n’en est pas moins pourtant ce à quoi nous nous trouvons constamment affronté dans notre expérience. Et ceci, qu’on l’entérine ou non, au nom de je ne sais quelle idée préconçue de la nature, n’en reste pas moins la fibre, la trame même de tout ce que FREUD a enseigné.

Et nommément ceci : que c’est pour autant que cette agressivité, le sujet la tourne et la retourne contre lui, qu’en provient ce qu’on appelle l’énergie du surmoi. FREUD prend soin d’ajouter cette touche supplémentaire : qu’une fois entré dans cette voie, amorcé ce processus, il n’y a, semble-t-il, littéralement pas de limite, à savoir qu’il engendre un effet, une agression toujours plus lourde du moi.

Il l’engendre, si l’on peut dire, à la limite, à savoir très proprement pour autant que vient à manquer cette médiation qui est celle justement de la Loi. De la Loi, pour autant qu’elle proviendrait d’ailleurs, mais de cet ailleurs aussi, où vient à faire défaut pour nous son répondant, celui qui la garantit, à savoir Dieu lui-même. Ce n’est donc pas là une proposition originale que je vous fais en vous disant que le recul devant le "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" est la même chose que la barrière devant la jouissance.

[…] Je recule à aimer mon prochain comme moi-même, pour autant sans doute qu’à cet horizon il y a quelque chose qui participe de je ne sais quelle intolérable cruauté.

Dans la même direction, aimer mon prochain peut être la voie la plus cruelle.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 30 mars 1960

[ ignorance ] [ risque ] [ pouvoir ]

 

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Ψ ← B ← Φ · La robustesse naît de la sous-optimalité.

renoncement

Je propose que la seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c’est d’avoir cédé sur son désir. Cette proposition, recevable ou non dans telle ou telle éthique, a tout de même cette importance d’exprimer assez bien ce que nous constatons dans notre expérience, c’est qu’au dernier terme, ce dont - de façon recevable ou non pour le directeur de conscience - le sujet se sent effectivement coupable, et quand il fait de la culpabilité, c’est toujours, à l’origine, à la racine, pour autant qu’il a cédé sur son désir.

Allons plus loin. Souvent il a cédé sur son désir pour le bon motif et même pour le meilleur. Ceci non plus n’est pas pour nous étonner. Depuis que la culpabilité existe, on a pu s’apercevoir déjà depuis longtemps que cette question du bon motif, de la bonne intention, pour constituer certaines zones de l’expérience historique, pour avoir été promue au premier plan des discussions de théologie morale, disons au temps d’ABÉLARD, n’en ont pourtant pas laissé les gens plus avancés, c’est à savoir que la question, à l’horizon, se reproduit toujours la même, et c’est bien pour cela que les chrétiens de la plus commune observance ne sont jamais bien tranquilles.

Car s’il faut faire les choses "pour le bien", et c’est ce qui se passe en pratique, c’est bel et bien qu’on a toujours à se demander pour le bien de qui, et qu’à partir de là les choses ne vont pas toutes seules. Faire les choses au nom du bien, et plus encore au nom du bien de l’autre, voilà qui est bien loin de nous mettre à l’abri non seulement de la culpabilité, mais de toutes sortes de catastrophes intérieures, en particulier certainement pas à l’abri de la névrose et de ses conséquences.

Si l’analyse a un sens et si le désir est ce qui supporte le thème inconscient, l’articulation propre de ce qui nous fait nous enraciner dans une destinée particulière - laquelle exige avec insistance que sa dette soit payée - revient, retourne pour nous ramener dans un certain sillage, dans quelque chose qui est proprement notre affaire.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 6 juillet 1960

[ service des biens ] [ ignorance ]

 

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Ψ ± B ± Φ · Le sol parle avant le langage.

énonciation

[...] partons de l’opposition que met un RUSSELL à marquer quelque chose qui serait contradiction dans la formule qui s’énoncerait ainsi : B < A / (S) W (S). D’un sous ensemble B dont il serait impossible d’assurer le statut, à partir de ceci qu’il serait spécifié dans un autre ensemble A par une caractéristique telle qu’un élément de A ne se contiendrait pas lui-même. Y a-t-il quelque sous-ensemble, défini par cette proposition de l’existence des éléments qui ne se contiennent pas eux-mêmes ?

Il est assurément facile, dans cette condition, de montrer la contradiction qui existe dans ceci puisque nous n’avons qu’à prendre un élément y comme faisant partie de B, comme élément de B : y B [ : appartient à..., : n’appartient pas à...] pour nous apercevoir des conséquences qu’il y a dès lors à le faire à la fois, comme tel :

— faire partie, comme élément, de A : y B, y A,

— et n’étant pas élément de lui–même : y y.

La contradiction se révèle à mettre B à la place de y : B B, B A, B B, et à voir que la formule joue en ceci que chaque fois que nous faisons B élément de B, il en résulte, en raison de la solidarité de la formule, que puisque B fait partie de A, il ne doit pas faire partie de lui-même, si d’autre part - B étant mis, substitué, à la place de cet y - si d’autre part il ne fait pas partie de lui-même, satisfaisant à la parenthèse de droite de la formule, il fait donc partie de lui-même étant un de ces y qui sont éléments de B.

Telle est la contradiction devant quoi nous met le paradoxe de Russell.

La contradiction dont il s’agit à ce niveau où s’articule le paradoxe de Russell, tient précisément, comme le seul usage des mots nous le livre, à ceci que je le dis. Car si je ne le dis pas, rien n’empêche cette formule - très précisément la seconde - de tenir comme telle, écrite, et rien ne dit que son usage s’arrêtera là.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 23 novembre 1966, Logique du fantasme

[ écriture ] [ fermeture ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.