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prophète

Tout repose donc sur la notion de Moïse l’Égyptien et de Moïse le Midianite. Moïse l’Égyptien est le Grand Homme, le Législateur, et aussi le Politique, le Rationaliste, celui dont FREUD prétend découvrir la voie dans l’apparition historique à une date précise, au XIVème siècle avant JÉSUS-CHRIST de la religion d’AKHÉNATON attestée par des découvertes récentes. C’est à savoir quelque chose qui promeut la fonction unique, l’unitarisme de l’énergie d’où rayonne, si l’on peut dire, la distribution du monde symbolisée par l’organe solaire.

Le personnage qu’est Moïse l’Égyptien est pour FREUD au-delà des débris humains de cette première entreprise d’une vision entièrement scientifique, rationaliste du monde, qui est supposée dans cet unitarisme, qui est unitarisme du réel, unité substantielle du monde centrée dans le soleil, et dont vous savez que l’histoire de l’Égypte a démontré l’échec. À savoir qu’à peine disparu AKHÉNATON, le fourmillement des thèmes religieux, multipliés en Égypte plus qu’ailleurs, le pandémonium des dieux reprend le dessus et la barre, et réduit à néant toute la réforme d’AKHÉNATON. Un homme garde avec lui le flambeau de cette visée rationaliste, c’est Moïse l’Égyptien qui choisit un petit groupe d’hommes pour les mener à travers l’épreuve qui les rendra dignes de fonder une communauté acceptant à sa base ces principes. [...]

Et il y a Moïse le Midianite, le gendre de JETHRO, et c’est celui-là dont FREUD nous enseigne que la figure a été confondue avec celle du premier, Moïse le Midianite que FREUD appelle aussi celui du Sinaï, de l’Horeb. C’est en effet bien là la question. C’est celui-là qui entend surgir du buisson ardent la Parole, à mes yeux, tout à fait décisive, qui ne saurait être élidée en la matière. FREUD l’élide, cette parole fondamentale qui est celle-ci : "Je suis, non pas... comme toute la gnose chrétienne a essayé de le faire entendre, c’est-à-dire de nous introduire dans des difficultés concernant l’être qui ne sont pas près de finir, et qui peut-être n’ont pas été sans compromettre ladite exégèse ...celui qui est", mais "Je suis ce que je suis". [...]

Pour tout dire, Moïse le Midianite me paraît poser son problème propre, celui que je voudrais bien savoir : en face de qui, en face de quoi il était sur le Sinaï et sur l’Horeb.

Mais enfin, faute d’avoir pu soutenir l’éclat de la face de celui qui a dit "Je suis ce que Je suis", nous nous contenterons du point où nous sommes, de dire que le buisson ardent en somme c’était la Chose de MOÏSE et puis de la laisser là où elle est, quitte à supputer les conséquences qu’ont eu la révélation de ces choses.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 16 mars 1960

[ judaïsme ] [ psychanalyse ] [ monothéisme ]

 
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Ψ → B → Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

angoisse

Disons que c’est pour autant que je vous apprends à situer la place du désir par rapport à la fonction de l’homme en tant que sujet qui parle, que nous entrevoyons, nous pouvons désigner, décrire, ce fait que chez l’homme le désir vient habiter la place de cette "présence réelle" comme telle, et la peupler de ses fantômes.

Mais alors que veut dire le Φ [grand phi] ? Est-ce que je le résume à désigner cette place de la "présence réelle" en tant qu’elle ne peut apparaître que dans les intervalles de ce que couvre le signifiant, que de ces intervalles, si je puis m’exprimer ainsi, c’est de là que la "présence réelle" menace tout le système signifiant ?

C’est vrai, il y a du vrai là-dedans. Et l’obsessionnel vous le montre en tous les points de ce que vous appelez ses mécanismes de projection ou de défense, ou plus précisément, phénoménologiquement, de conjuration : cette façon qu’il a de combler tout ce qui peut se présenter d’entre deux dans le signifiant, cette façon qu’a l’obsessionnel de FREUD, le Rattenmann, de s’obliger à compter jusqu’à tant, entre la lueur du tonnerre et son bruit. Ici se désigne dans sa structure véritable ce que veut dire ce besoin de combler l’intervalle signifiant en tant que tel : par là peut s’introduire tout ce qui va dissoudre toute la fantasmagorie.

Appliquez cette clé à 25 ou à 30 des symptômes dont le Rattenmann et toutes les observations des obsessionnels fourmillent littéralement, et vous touchez du doigt la vérité dont il s’agit, et bien plus : du même coup vous situez la fonction de l’objet phobique, qui n’est pas autre chose que la forme la plus simple de ce comblement.

Ici, ce que je vous ai rappelé l’autre fois, à propos du petit Hans, "le signifiant universel" que réalise l’objet phobique : c’est cela, pas autre chose. Ici, c’est à l’avant-poste vous ai-je dit - bien avant de s’approcher du trou, de la béance réalisée dans l’intervalle où menace la "présence réelle" - qu’un signe unique empêche le sujet de s’approcher.

C’est pourquoi le rôle, le ressort et la raison de la phobie n’est pas, comme ce que croient ceux qui n’ont que le mot de "peur" à la bouche, un danger génital ni même narcissique. C’est très précisément - au gré de certains développements privilégiés de la position du sujet par rapport au grand Autre, dans le cas du petit Hans : à sa mère - ce point où, ce que le sujet redoute de rencontrer, c’est une certaine sorte de désir de nature à faire rentrer dans le néant "d’avant" toute création, tout le système signifiant.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 26 avril 1961

[ parlêtre ] [ symbolique ] [ homme aux rats ] [ définition ] [ phallus ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ ± B ± Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

décompensation psychotique

Quel est le signifiant qui est mis en suspens dans sa crise inaugurale [du président Schreber] ? C'est le signifiant procréation dans sa forme la plus problématique, celle que Freud lui-même évoque à propos des obsessionnels, qui n’est pas la forme être mère, mais la forme être père.

Il convient ici de vous arrêter un instant pour méditer sur ceci, que la fonction d’être père n’est absolument pas pensable dans l’expérience humaine sans la catégorie du signifiant.

Que peut vouloir dire être père ? […] La question est que la sommation de ces faits - copuler avec une femme, qu'elle porte ensuite quelque chose pendant un certain temps dans son ventre, que ce produit finisse par être éjecté - n'aboutira jamais à constituer la notion de ce que c'est qu'être père. Je ne parle même pas de tout le faisceau culturel impliqué dans le terme être père, je parle simplement de ce que c’est qu’être père au sens de procréer.

Il faut un effet de retour pour que le fait pour l’homme de copuler reçoive le sens qu’il a réellement, mais auquel aucun accès imaginaire n’est possible, que l’enfant soit de lui autant que de la mère. Et pour que cet effet d’action en retour se produise, il faut que l’élaboration de la notion d’être père ait été, par un travail qui s’est produit par tout un jeu d’échanges culturels, portée à l’état de signifiant premier, et que ce signifiant ait sa consistance et son statut. Le sujet peut très bien savoir que copuler est réellement à l’origine de procréer, mais la fonction de procréer en tant que signifiant est autre chose. [...]

Le signifiant être père est ce qui fait la grand-route entre les relations sexuelles avec une femme. Si la grand-route n'existe pas, on se trouve devant un certain nombre de petits chemins élémentaires, copuler et ensuite la grossesse d'une femme.

Le président Schreber manque selon toute apparence de ce signifiant fondamental qui s’appelle être père. C’est pourquoi il a fallu qu’il commette une erreur, qu’il s’embrouille, jusqu’à penser porter lui-même comme une femme. Il lui a fallu s’imaginer lui-même femme, et réaliser dans une grossesse la deuxième partie du chemin nécessaire pour que, s’additionnant l’un à l’autre, la fonction être père soit réalisée.

[...] comment font-ils, ceux qu’on appelle les usagers de la route, quand il n’y a pas la grand-route, et qu’il s’agit de passer par de petites routes pour aller d’un point à un autre ? Ils suivent les écriteaux mis au bord de la route. C’est-à-dire que, là où le signifiant ne fonctionne pas, ça se met à parler tout seul au bord de la route, des mots écrits apparaissent sur des écriteaux.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre III", "Les psychoses", éditions du Seuil, 1981, pages 459-460

[ analyse ] [ forclusion ] [ hallucination ] [ réel-symbolique-imaginaire ] [ fonction paternelle ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ ± B ± Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

concept psychanalytique

La vraie question qui se pose, ça n'est pas :

"Est-ce que c'est ça l'analyse, là où elle commence, en fin de compte : une introduction du sujet à son destin ?"

Bien sûr que non ! Ce serait nous placer dans une position démiurgique qui n'a jamais été celle occupée par l'analyste. Mais alors pour rester à ce niveau tout à fait de départ et massif, il y a une sorte de formule qui prend bien sa valeur de se dégager tout naturellement de ces façons de poser la question (qui en valent bien d'autres).

C'était avant que nous nous croyions assez malins et assez forts pour parler de je ne sais quoi qui serait "une normale". En fait, nous ne nous sommes jamais crus si forts ni si malins, pour ne pas sentir tant soit peu flageoler notre plume, chaque fois que nous sommes attaqués à ce sujet de ce que c'est qu'une normale, mais JONES a écrit là-dessus un article, il faut dire qu'il n'avait pas froid aux yeux, il faut dire aussi qu'il s'en tire pas trop mal, mais aussi on voit la difficulté. Quoi qu'il en soit il faut bien que nous mettions l'accent là-dessus, c'est que ça n'est vraiment que par un escamotage que nous pouvons même faire entrer en jeu une notion quelconque dans l'analyse, de normalisation.

C'est par une partialisation théorique, c'est quand nous considérons les choses sous un certain angle, quand nous nous mettons par exemple à parler de "maturation instinctive", comme si c'était là tout ce dont il s'agit. Nous nous livrons alors à ces extraordinaires ratiocinations confinant à une pêcherie moralisante qui est tellement de nature à inspirer la méfiance et le recul. Faire entrer sans plus une notion "normale" de quoi que ce soit qui ait un rapport quel qu'il soit avec notre praxis, alors que justement ce que nous y découvrons, c'est à quel point le sujet prétendu, dit "normal" est justement ce qui est fait pour nous inspirer, quant à ce qui permet ses apparences, la suspicion la plus radicale et la plus assurée, quant à ces résultats. Il faut tout de même savoir si nous sommes capables d'employer la notion de normal pour quoi que ce soit qui soit à l'horizon de notre pratique.

Alors limitons-nous pour l'instant à la question.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Leçon du 14 mai 1958 du Séminaire V, Les formations de l'inconscient.

[ . ]

 

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Ψ ↔ B ↔ Φ · Le sol parle avant le langage.

injonction contradictoire

Vous avez pu entendre Madame Pankow vous parler de quelqu’un qui est loin d’être né de la dernière pluie, à savoir Monsieur G. Bateson, anthropologue et ethnographe, qui a apporté quelque chose qui nous fait réfléchir un peu plus loin que le bout de notre nez, concernant l’action thérapeutique. Il essaye de formuler quelque chose qui est au principe de la genèse du trouble psychotique, dans quelque chose qui s’établit entre la mère et l’enfant, et qui n’est pas simplement l’effet de tension, de rétention, de défense, de ratification, de frustration, au sens élémentaire que je précise, de relation inter-humaine, comme si c’était quelque chose qui se passait au bout d’un élastique, [mais quelque chose] qui essaye de mettre dès le principe la notion de la communication en tant qu’elle est centrée, non pas simplement sur un contact, sur un rapport, sur un entourage, mais sur une signification, de la mettre au principe de ce qui s’est passé d’originairement discordant, déchirant, dans ce qui lie l’enfant dans ses relations avec la mère, et quand il désigne, quand il dénote comme étant l’élément discordant essentiel de cette relation, le fait que la communication se soit présentée sous une forme de double relation, comme vous l’a très bien dit hier soir Madame Pankow en vous disant que dans le message qui est celui où l’enfant a déchiffré le comportement de sa mère, dans le même message il y a deux éléments qui ne sont pas définis l’un par rapport à l’autre, en ce sens simplement que l’un se présente comme la défense du sujet par rapport à ce que veut dire l’autre, ce qui est la notion commune que nous avons dans ce qui se passe au niveau du mécanisme de la défense que vous analysez.

[...] Il s’agit de quelque chose qui concerne l’autre, et qui est reçu par l’autre de telle façon que, s’il répond sur un point, il sait de ce fait même qu’il va se trouver coincé dans l’autre. Comme nous l’a dit hier Madame Pankow, si je réponds à la déclaration d’amour que me fait ma mère, je vais provoquer son retrait, et si je ne l’entends pas comme telle, c’est-à-dire si je ne lui réponds pas, je vais la perdre.

Vous voyez donc que nous voilà introduits dans cette dialectique du double sens, en ceci déjà qu’il intéresse un élément tiers. Ce n’est pas l’un derrière l’autre — c’est-à-dire quelque chose qui est au-delà du sens, un sens qui aurait ce privilège d’être le plus authentique — ces deux messages simultanés dans la même émission, si l’on peut dire, de signification qui créent dans le sujet une position telle qu’il est en impasse. Ceci vous prouve que même en Amérique on est en énorme progrès.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Leçon du 8 janvier 1958

[ double bind ] [ parole ] [ impossibilité logique ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

nom-du-père

Qu’est-ce que le père ? Je ne dis pas dans la famille – car dans la famille, il est tout ce qu’il veut, il est une ombre, il est un banquier, il est tout ce qu’il doit être, il l’est ou il ne l’est pas, cela a toute son importance à l’occasion, mais cela peut aussi bien n’en avoir aucune. Toute la question est de savoir ce qu’il est dans le complexe d’Œdipe.

Eh bien, le père n’y est pas un objet réel, même s’il doit intervenir en tant qu’objet réel pour donner corps à la castration. S’il n’est pas un objet réel, qu’est-il donc ?

Il n’est pas uniquement non plus un objet idéal parce que, de ce côté-là, il ne peut arriver que des accidents. Or, le complexe d’Œdipe n’est tout de même pas uniquement une catastrophe, puisque c’est le fondement de notre relation à la culture, comme on dit.

[...] le père est une métaphore.

[...] Je dis exactement – le père est un signifiant substitué à un autre signifiant. Là est le ressort, le ressort essentiel, l’unique ressort de l’intervention du père dans le complexe d’Œdipe. Et si ce n’est pas à ce niveau que vous cherchez les carences paternelles, vous ne les trouverez nulle part ailleurs.

La fonction du père dans le complexe d’Œdipe est d’être un signifiant substitué au premier signifiant introduit dans la symbolisation, le signifiant maternel. [...]

C’est la mère qui va, qui vient. C’est parce que je suis un petit être déjà pris dans le symbolique, et que j’ai appris à symboliser, que l’on peut dire qu’elle va, qu’elle vient. Autrement dit, je la sens ou je ne la sens pas, le monde varie avec son arrivée, et peut s’évanouir.

La question est – quel est le signifié ? Qu’est-ce qu’elle veut, celle-là ? Je voudrais bien que ce soit moi qu’elle veuille, mais il est bien clair qu’il n’y a pas que moi qu’elle veut. Il y a autre chose, qui la travaille. Ce qui la travaille, c’est le x, le signifié. Et le signifié des allées et venues de la mère, c’est le phallus.

[...] L’enfant, avec plus ou moins d’astuce ou de chance, peut arriver très tôt à entrevoir ce qu’est le x imaginaire, et, une fois qu’il l’a compris, à se faire phallus. Mais la voie imaginaire n’est pas la voie normale. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle entraîne ce que l’on appelle des fixations. Et puis, elle n’est pas normale parce qu’en fin de compte, elle n’est jamais pure, elle n’est pas complètement accessible, elle laisse toujours quelque chose d’approximatif et d’insondable, voire de duel, qui fait tout le polymorphisme de la perversion.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre V", "Les formations de l'inconscient (1957-1958)", éditions du Seuil, 1998, pages 174-175

[ réel-symbolique-imaginaire ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

objet d'investissement

Qu’est-ce qui différencie le deuil de la mélancolie ?

Pour le deuil, il est tout fait certain que sa longueur, sa difficulté, tient à la fonction métaphorique des traits conférés à l’objet de l’amour, en tant qu’ils sont des privilèges narcissiques. […] Freud insiste bien sur ce dont il s’agit – le deuil consiste à identifier la perte réelle, pièce à pièce, morceau par morceau, signe à signe, élément grand I à élément grand I, jusqu'à épuisement. Quand cela est fait, fini. […]

L'affaire ne commence à devenir sérieuse qu'à partir du pathologique, c’est-à-dire de la mélancolie. L'objet y est, chose curieuse, beaucoup moins saisissable pour être certainement présent, et pour déclencher des effets infiniment plus catastrophiques, puisqu'ils vont jusqu'au tarissement de ce que Freud appelle le sentiment le plus fondamental, celui qui vous attache à la vie.

[…] Quels traits se laissent-ils voir d'un objet si voilé, masqué, obscur ? Le sujet ne peut s’attaquer à aucun des traits de cet objet que l’on ne voit pas, mais nous analystes, […] nous pouvons en identifier quelques-uns à travers ceux qu'il vise comme étant ses propres caractéristiques à lui. Je ne suis rien, je ne suis qu’une ordure.

Remarquez qu'il ne s'agit jamais de l'image spéculaire. Le mélancolique ne vous dit pas qu'il a mauvaise mine, ou qu'il a une sale gueule, ou qu'il est tordu, mais qu'il est le dernier des derniers, qu'il entraîne des catastrophes pour toute sa parenté, etc. Dans ses accusations, il est entièrement dans le domaine du symbolique. Ajoutez-y l'avoir - il est ruiné. Cela n’est-il pas fait pour vous mettre sur la voie ?

[…] Il s'agit de ce que j'appellerais, non pas le deuil ni la dépression au sujet de la perte d'un objet, mais un remords d'un certain type, déclenché par un dénouement qui est de l'ordre du suicide de l'objet. Un remords donc, à propos d'un objet qui est entré à quelque titre dans le champ du désir, et qui, de son fait, ou de quelque risque qu'il a couru dans l'aventure, a disparu.

[…] La voie vous est tracée par Freud, quand il vous indique que déjà dans le deuil normal la pulsion que le sujet retourne contre soi pourrait bien être une pulsion agressive à l’endroit de l’objet. Sondez ces remords dramatiques quand ils adviennent. Vous verrez peut-être qu’il revient ici contre le sujet une puissance d’insultes qui peut être parente de celle qui se manifeste dans la mélancolie. Vous en trouverez la source dans ceci – cet objet, s’il a été jusqu’à se détruire, ce n’était donc pas la peine d’avoir pris avec lui tant de précautions, ce n’était donc pas la peine de m’être détourné pour lui de mon vrai désir.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, livre VIII - Le transfert" pages 458-459

[ arbitraire ] [ généalogie du signe ]

 

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Ψ ← B ← Φ · Le sol parle avant le langage.

discours scientifique

Est-ce que la science du désir va rentrer dans le cadre qu’on nous prépare et qui, je vous assure, va être "soigné", le cadre des "Sciences humaines" ? Je désirerais bien une bonne fois, et pour vous quitter cette année, prendre position là-dessus.

Je ne conçois pas qu’au train dont il se prépare, ce cadre, il puisse représenter autre chose qu’une méconnaissance systématique et principielle de tout ce dont il s’agit dans l’affaire, à savoir de ce dont je vous parle ici. Je ne vois pas d’autre fonction dans les programmes qui se dessinent comme devant être ceux des Sciences humaines, que d’être une branche sans doute avantageuse, quoique accessoire, du "service des biens". Autrement dit du service de pouvoirs plus ou moins branlants dans le manche, et en tous les cas dans une méconnaissance non moins systématique de tous les phénomènes de violence qui peuvent montrer dans le monde justement que la voie de cet avènement des biens n’est pas tracée comme sur des roulettes.

[…] Je crois que ce qui occupe actuellement la place qui est celle que je vous désigne comme celle du désir, en fait de science, c’est tout simplement ce qu’on appelle couramment la science, celle que vous voyez pour l’instant cavaler si allégrement dans le champ de toutes sortes de conquêtes dites physiques. Je crois qu’au long de cette période historique, le désir de l’homme... longuement tâté, anesthésié, endormi par les moralistes, domestiqué par des éducateurs, trahi par les académies ...s’est tout simplement réfugié et refoulé dans la passion la plus subtile et la plus aveugle aussi - comme nous le montre l’histoire d’ŒDIPE - celle du savoir, et que celle-là est en train de mener un train qui n’a pas dit son dernier mot.

L’un des traits les plus amusants de l’histoire des sciences est la propagande, qu’au temps où ils commençaient à battre un petit peu de l’aile, les savants, les alchimistes, ont fait auprès des pouvoirs pour leur dire : "Donnez-nous de l’argent, vous ne vous rendez pas compte que, si vous nous donniez un peu d’argent, qu’est-ce qu’on mettrait comme machines, comme trucs et machins à votre service !" C’est vraiment un problème d’effondrement de la sagesse de savoir comment les pouvoirs ont pu laisser faire. Il est un fait qu’ils se sont laissés faire et que la science a obtenu des crédits. Moyennant quoi, actuellement, nous avons cette vengeance sur le dos, c’est une chose fascinante, mais on ne peut pas dire que, pour ceux qui sont au point le plus avancé de la science, la chose n’aille pas sans une vive conscience qu’ils sont au pied du mur de la haine et qu’ils ne soient eux-mêmes chavirés par l’écoulement le plus vacillant d’une lourde culpabilité.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 6 juillet 1960

[ incompatibilité ] [ irrécupérabilité ] [ psychanalyse ]

 

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Ψ → B → Φ · La pensée n'est pas dans la tête. Elle passe à travers.

nom-du-père

Le père n’est pas simplement le générateur. Il est aussi celui qui possède de droit la mère, et, en principe, en paix. Sa fonction est centrale dans la réalisation de l’Œdipe, et conditionne l’accession du fils – qui est aussi une fonction, et corrélative de la première – au type de la virilité. Que se passe-t-il si un certain manque s’est produit dans la fonction formatrice du père ?

Le père a pu avoir effectivement un certain mode de relation tel que le fils prend bien une position féminine, mais ce n’est pas par crainte de la castration. [fils délinquants ou psychotiques qui prolifèrent à l’ombre d’une personnalité paternelle de caractère exceptionnel, avec de l’unilatéral et du monstrueux]. [...]

Supposons que cette situation comporte précisément pour le sujet l'impossibilité d'assumer la réalisation du signifiant père au niveau symbolique. Que lui reste-t-il ? Il lui reste l'image à quoi se réduit la fonction paternelle. C'est une image qui ne s'inscrit dans aucune dialectique triangulaire, mais dont la fonction de modèle, d'aliénation spéculaire, donne tout de même au sujet un point d'accrochage, et lui permet de l’appréhender sur le plan imaginaire.

Si l’image captatrice est démesurée, si le personnage en question se manifeste simplement dans l’ordre de la puissance et non dans celui du pacte, c’est une relation de rivalité qui apparaît, l’agressivité, la crainte, etc. Dans la mesure où le rapport reste sur le plan imaginaire, duel et démesuré, il n'a pas la signification d'exclusion réciproque que comporte l'affrontement spéculaire, mais l'autre fonction, qui est celle de la capture imaginaire. L'image prend en elle-même et d'emblée la fonction sexualisée, sans avoir besoin d'aucun intermédiaire, d'aucune identification à la mère ni à qui que ce soit. Le sujet adopte alors cette position intimidée que nous observons chez le poisson ou le lézard. La relation imaginaire s’instaure toute seule, sur un plan qui n’a rien de typique, qui est déshumanisant, parce qu’il ne laisse pas place à la relation d’exclusion réciproque qui permet de fonder l’image du moi sur l’orbite que donne le modèle de l’autre, plus achevé.

L'aliénation est ici radicale, elle n'est pas liée à un signifié néantisant […] mais à un anéantissement du signifiant. Cette véritable dépossession primitive du signifiant, il faudra que le sujet en porte la charge et en assume la compensation […] par une série d’identifications purement conformistes à des personnages qui lui donneront le sentiment de ce qu'il faut faire pour être un homme.

C’est ainsi que la situation peut se soutenir longtemps, que des psychotiques vivent compensés, ont apparemment les comportements ordinaires considérés comme normalement virils, et tout d’un coup, mystérieusement, Dieu sait pourquoi, se décompensent. Qu’est-ce qui rend soudainement insuffisantes les béquilles imaginaires qui permettaient au sujet de compenser l’absence du signifiant ?

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre III", "Les psychoses", éditions du Seuil, 1981, pages 324 à 326

[ réel-symbolique-imaginaire ] [ entrée en psychose ] [ psychanalyse ]

 

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Ψ → B → Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

concept psychanalytique

En d’autres termes, ce qui va constituer ici la limite, c’est cette formation qui s’appelle idéal du moi - vous allez voir pourquoi il est important que je vous la situe comme cela - c’est-à-dire ce à quoi le sujet s’identifie en allant dans la direction du symbolique, en partant du repérage imaginaire et en quelque sorte lui, préformé instinctuellement de lui-même à son propre corps, et pour autant que lui va s’engager dans une série d’identifications signifiantes dans la direction définie comme telle, comme opposée à l’imaginaire, à savoir comme utilisant l’imaginaire comme signifiant. 

Et l’identification qui s’appelle idéal du moi se fait au niveau paternel. Pourquoi ? Précisément en ceci qu’au niveau paternel le détachement est plus grand par rapport à la relation imaginaire qu’au niveau de la relation à la mère. 

Cette petite édification de schémas les uns sur les autres, ces petits danseurs se chevauchant, les jambes de l’un sur les épaules de l’autre, c’est bien de cela qu’il s’agit : c’est pour autant que le troisième de ce petit échafaudage, à savoir le père pour autant qu’il intervient pour interdire, c’est-à-dire pour faire passer ce qui est justement l’objet du désir de la mère au rang proprement symbolique, à savoir que c’est non seulement un objet imaginaire, mais qu’il est en plus détruit, interdit. 

C’est pour autant qu’il intervient comme personnage réel, comme "je" pour jouer cette fonction, que ce "je" va devenir quelque chose d’éminemment signifiant et permettre d’être le noyau de l’identification en fin de compte dernière, suprême résultat du complexe d’Œdipe qui fait que c’est au père que se rapporte la formation dite idéal du moi.

[…] C’est pour autant que dans cette identification à partir du moi, le sujet qui peut dans une certaine phase faire en effet un mouvement d’approchement, d’identification de son moi avec le phallus, essentiellement est porté dans l’autre direction, c’est-à-dire constitue un certain rapport qui lui, est marqué par les points termes qui sont là exprimés dans un certain rapport avec l’image du corps propre, c’est-à-dire à l’imaginaire pur et simple, à savoir la mère. 

D’autre part, comme terme réel, son moi en tant qu’il est susceptible, non pas simplement de se reconnaître, mais s’étant reconnu, de se faire lui-même élément signifiant et non plus simplement élément imaginaire dans son rapport avec la mère, [alors] peuvent se produire ces successives identifications dont FREUD dans sa théorie du moi nous articule de la façon la plus ferme. C’est là l’objet de sa théorie du moi, C’est de nous montrer que le moi est fait d’une série d’identifications - reportez-vous au schéma - d’une série d’identifications à un objet qui est au-delà de l’objet immédiat, qui est le père en tant qu’il est au–delà de la mère. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 5 février 1958

[ métaphore paternelle ] [ nom-du-père ] [ réel-symbolique-imaginaire ] [ résumé ]

 

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Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.