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insulte

Mon cher Camus, Notre amitié n'était pas facile mais je la regretterai. Si vous la rompez aujourd'hui, c'est sans doute qu'elle devait se rompre. Beaucoup de choses nous rapprochaient, peu nous séparaient. Mais ce peu était encore trop : l'amitié, elle aussi, tend à devenir totalitaire ; il faut l'accord en tout ou la brouille, et les sans-parti eux-mêmes se comportent en militants de partis imaginaires. [...] Un mélange de suffisance sombre et de vulnérabilité a toujours découragé de vous dire des vérités entières. Mais dites-moi, Camus, par quel mystère ne peut-on discuter vos oeuvres sans ôter des raisons de vivre à l'humanité ? Mon Dieu, Camus, comme vous êtes sérieux, et, pour employer un de vos mots, comme vous êtes frivole ! Et si vous vous étiez trompé? Et si votre livre témoignait simplement de votre incompétence philosophique ? S'il était fait de connaissances ramassées à la hâte de seconde main ? Avez-vous si peur de la contestation ? Je n'ose vous conseiller de vous reporter à la lecture de L'Etre et le Néant, la lecture vous en paraîtrait inutilement ardue. Vous détestez les difficultés de pensée. [...] Il se peut que vous ayez été pauvre, mais vous ne l'êtes plus. Vous êtes un bourgeois comme Jeanson et comme moi. [...] Votre morale s'est d'abord changée en moralisme, aujourd'hui elle n'est plus que littérature, demain elle sera peut-être immoralité.

Auteur: Sartre Jean-Paul

Info: lettre d'août 1952 à Camus

[ vacherie ]

 

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institutionnalisation

Mais le gauchisme aussi a disparu. C’est-à-dire que, d’un côté, il y a l’électoralisme des partis de gauche, qui rend impossible l’idée même d’un changement fort et total, l’idée d’une révolution – depuis longtemps je pense que le parti communiste est le pire adversaire de la révolution – et, d’autre part, il y a l’aspect insurrectionnel du gauchisme, et celui-ci aussi a disparu. De sorte qu’à l’heure qu’il est on ne peut plus agir comme faisaient les gens de 68 dans une grève, dans une manifestation de rue, etc. ; ça ne signifie rien à l’heure qu’il est. On pourrait le faire, on pourrait très bien concevoir une manifestation qui irait à la Bastille, qui se ferait taper dessus par les flics, et qui peut-être en descendrait quelques-uns. Et puis après ? La situation resterait exactement la même. Tandis que ces actions avaient autrefois, pour la gauche – était-ce une illusion, c’est ce que nous devons discuter – quelque chose de satisfaisant. Et c’est fini. […] Les partis politiques comme la gauche socialiste ne font plus qu’un ensemble de mouvements que contrarient des luttes pour le pouvoir parmi les chefs, des conceptions du socialisme différentes, par exemple Mitterrand et Rocard.

Tout cela nous indique bien que l’unité de la gauche, qui était déjà très menacée par le fait de l’existence du parti communiste, à partir de 1920, est actuellement brisée. Avant 1914, la gauche était plus un grand mouvement de masse, avec des hommes qui pouvaient conduire un moment mais qui ne représentaient pas encore des chefs de parti.

Auteur: Sartre Jean-Paul

Info: L'espoir maintenant, entretiens avec Benny Lévy, 1980, éditions Verdier, 2007, pages 41-42

[ historique ] [ évolution ] [ critique ] [ impuissance ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson

vacherie

Il faut se rappeler que la plupart des critiques sont des hommes qui n'ont pas eu beaucoup de chance et qui, au moment où ils allaient désespérer, ont trouvé une petite place tranquille de gardien de cimetière. Dieu sait si les cimetières sont paisibles?: il n'en est pas de plus riant qu'une bibliothèque. Les morts sont là?: ils n'ont fait qu'écrire, ils sont lavés depuis longtemps du péché de vivre et d'ailleurs on ne connaît leur vie que par de petits cercueils qu'on range sur des planches, le long des murs, comme les urnes d'un columbarium. Le critique vit mal, sa femme ne l'apprécie pas comme il faudrait, ses fils sont ingrats, les fins de mois difficiles. Mais il lui est toujours possible d'entrer dans sa bibliothèque, de prendre un livre sur un rayon et de l'ouvrir. Il s'en échappe une légère odeur de cave et une opération étrange commence, qu'il a décidé de nommer la lecture. [...] C'est tout un monde désincarné qui l'entoure où les affections humaines, parce qu'elles ne touchent plus, sont passées au rang d'affections exemplaires, et pour tout dire, de valeurs. Aussi se persuade-t-il d'être entré en commerce avec un monde intelligible qui est comme la vérité de ses souffrances quotidiennes et leur raison d'être. [...] Et, pendant le temps qu'il lit, sa vie de tous les jours devient une apparence. [...] C'est une fête pour lui quand les auteurs contemporains lui font la grâce de mourir?: leurs livres, trop crus, trop vivants, trop pressants passent de l'autre bord, ils touchent de moins en moins et deviennent de plus en plus beaux?; [...] Quant aux écrivains qui s'obstinent à vivre, on leur demande seulement de ne pas trop remuer et de s'appliquer à ressembler dès maintenant aux morts qu'ils seront.

Auteur: Sartre Jean-Paul

Info: Qu'est-ce que la littérature ?

[ analyste ]

 

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