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emmerdement

Il y a un moment auquel vous ne pensez pas assez, j’en suis persuadé, parce que vous y vivez comme dans votre air natal, si je puis dire, ça s’appelle l’ennui. Vous n’avez peut-être jamais bien réfléchi à quel point l’ennui est typiquement quelque chose qui arrive même à se formuler de la façon la plus claire : qu’on voudrait autre chose.

On veut bien manger de la merde mais pas toujours la même. Ça, ce sont des espèces d’alibis, d’alibis formulés, déjà symbolisés de ceci, qui est ce rapport essentiel avec autre chose. Je voudrais terminer là-dessus. Vous pourriez croire que tout d’un coup je tombe dans le romantisme et dans le vague à l’âme. Vous voyez ça : le désir, la claustration, la veille - j’allais presque vous dire la prière pendant que j’y étais ! Pourquoi pas ? L’ennui, où est-ce qu’il va, où est-ce qu’il glisse ?

Mais non. Ce sur quoi je voudrais attirer votre attention c’est sur ces diverses manifestations de la présence de l’autre chose en tant que - réfléchissez-y - elles sont institutionnalisées.

Vous pouvez faire un classement de toutes les formations humaines en tant qu’elles installent les hommes où qu’ils aillent et partout. Ce qu’on appelle les formations collectives d’après la satisfaction qu’elles donnent à ces différents modes de la relation à autre chose.

Dès que l’homme arrive quelque part, il fait des bêtises, c’est-à-dire l’endroit où est véritablement le désir. Dès qu’il arrive quelque part, il attend quelque chose : un meilleur monde, un monde futur.

Il est là, il veille, il attend la révolution, mais surtout - et surtout dès qu’il arrive quelque part - il est excessivement important que toutes ses occupations suent l’ennui. En d’autres termes, une occupation ne commence à devenir sérieuse que quand ce qui la constitue, c’est-à-dire en général la régularité, est devenu parfaitement ennuyeux.

Et en particulier, songez à tout ce qui, dans votre pratique analytique, est très exactement fait pour que vous vous y ennuyiez. Tout est là. Une grande partie tout au moins des prescriptions, ce qu’on appelle règles techniques à observer par l’analyste, ne sont pas dans leur fond autre chose que de donner à cette occupation toutes les garanties de ce qu’on appelle son standard professionnel.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 15 janvier 1958

[ variations ] [ principe de plaisir ] [ confort psychique ] [ monotonie ] [ insatisfaction ]

 
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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Chaque lecteur est un neurone d'un cerveau anthropo-Gaïen.

catharisme

Quoiqu’il en soit à un certain tournant de la vie commune en Europe, la question de ce qui ne va pas dans la Création comme telle s’est posée. Elle s’est posée pour des gens dont vous verrez très suffisamment la notion qu’actuellement il nous est très difficile de savoir ce qu’ils pensaient bien exactement, je veux dire ce qu’a représenté effectivement, dans toutes ses incidences profondes, ce mouvement religieux et mystique qui s’appelle "l’hérésie cathare".

On peut même dire que c’est le seul exemple historique où une puissance temporelle se soit trouvée d’une telle efficace qu’elle a réussi à supprimer presque toutes les traces du procès. Tel est le tour de force qu’a réalisé la Sainte Église Catholique et Romaine. Nous en sommes à trouver dans des coins des documents dont très peu se présentent avec un caractère satisfaisant. Les procès d’inquisition eux-mêmes se sont volatilisés et nous n’avons que quelques témoignages latéraux de ci de là.

Par exemple, un père dominicain nous dit que ces cathares étaient dans tous les cas de très braves gens, foncièrement chrétiens dans leur manière de vivre et particulièrement de mœurs d’une pureté exceptionnelle. Je crois bien que les mœurs étaient d’une pureté exceptionnelle, puisque le fond des choses était qu’il fallait foncièrement et essentiellement se garder de quelque acte qui pût, d’aucune façon, favoriser la perpétuation de ce monde exécrable et mauvais dans son essence.

La pratique de la perfection consistant donc essentiellement à viser à atteindre, dans l’état de détachement le plus avancé, la mort qui était pour eux le signal de la réintégration dans un monde de lumière, dans un monde animique caractérisé par la pureté et la lumière, et qui était le monde du vrai, du bon Créateur originel, celui dont toute la création avait été souillée par l’intervention du mauvais Créateur, du démiurge, lequel y avait introduit cet élément épouvantable qui est celui de la génération, et aussi bien de la putréfaction, c’est-à-dire de la transformation.

C’est dans la perspective aristotélicienne de la transformation de la matière en une autre matière qui s’engendre elle-même, que cette perpétuité de la matière était le lieu où était le mal. La solution, comme vous le voyez, est simple. Elle a une certaine cohérence si elle n’a peut-être pas toute la rigueur désirable.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Séminaire VII, L'éthique, séance du 27 janvier 1960

[ christianisme ] [ résumé ] [ principes ]

 
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inséré par Coli Masson

Ψ → B → Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

10 commandements

C’est le fameux commandement qui s’exprime ainsi, il fait toujours sourire, à bien y réfléchir on ne sourit pas longtemps :

"Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain, tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui appartient à ton prochain."

Assurément, la mise de la femme entre la maison et le bourricot est quelque chose qui a suggéré à plus d’un l’idée de ce qu’on pouvait voir là les exigences d’une société primitive : des Bédouins quoi, des Bicots, des Ratons... Eh bien, je ne pense pas. Je veux dire que si, effectivement, cette loi, toujours en fin de compte vivante dans le cœur d’hommes qui la violent chaque jour, bien entendu, au moins concernant ce dont il s’agit quand il s’agit de la femme de son prochain, doit sans doute avoir quelque rapport avec ce qui est notre objet ici, à savoir das Ding.

Car il ne s’agit point ici de n’importe quel bien. Il ne s’agit point de ce qui fait la loi de l’échange, et couvre d’une légalité, si l’on peut dire amusante, d’une Sicherung sociale, les mouvements, impetus, des instincts humains. Il s’agit de quelque chose qui prend sa valeur de ce qu’aucun de ces objets n’est sans avoir le rapport le plus étroit avec ce dans quoi l’être humain peut se reposer comme étant der Trug. Das Ding non pas en tant qu’elle est son bien, mais le bien où il se repose.

J’ajoute, en tant que c’est la loi, la loi de la parole dans son origine la plus primitive, en ce sens que ce das Ding était là au commencement, que c’est la première chose qui a pu se séparer de tout ce qu’il a commencé de nommer et d’articuler. Que c’est pour autant que ce das Ding est le corrélatif même de la loi de la parole, que la convoitise même dont il s’agit c’est une convoitise qui s’adresse non pas à n’importe quoi que je désire, mais à quelque chose en tant qu’elle est la Chose de mon prochain.

C’est pour autant qu’elle préserve cette distance de la Chose en tant que fondée par la parole elle–même que ce commandement prend son poids et sa valeur.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 23 décembre 1959, L'Ethique

[ fondement ] [ ajustement ] [ régulation ]

 

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Ψ ± B ± Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

hommes-femmes

Le manque me manque. Quand le manque manque à quelqu’un, il ne se sent pas bien. C’est une affaire comme ça que j’essaye de réduire au fait que je suis de l’espèce de cet hommâle dont j’ai parlé comme d’une hommelle, voire d’une hommelette. L’hommâle en a trop, mais ça ne l’empêche pas d’être sensible au manque. Pourquoi est-il si sensible au besoin de manque, si je puis m’exprimer ainsi ? Je ne vois absolument pas d’autre raison à en donner, sinon qu’il a des habitudes. Il a l’habitude de manquer. Et ses habitudes, il en fait un principe qui, dans l’analyse, a été intitulé – d’ailleurs on n’a jamais entendu parler que de ça – le principe du plaisir.

Le principe du plaisir a été repéré depuis toujours ; c’est même bien ça qui nous écrase, et qui m’écrase, moi aussi ; heureusement, j’ai un honorable précédent, c’est Freud. Lui aussi, il a fallu qu’il tombe là-dedans, dans le principe du plaisir. Le principe du plaisir, il l’a défini évidemment un peu autrement que ne le définissaient les Grecs, qui prenaient ça au pied de la lettre, lui, quand même, (Freud), a dit que c’était le moindre déplaisir, en d’autres termes que la vie, ça ne pouvait se supporter qu’à condition de la tamponner un peu sérieusement.

C’est évidemment nouveau, et ça n’est pas très encourageant. Pourquoi, puisque j’ai parlé de l’hommêle, pourquoi celle que j’appellerai dans l’occasion la femmeuse ou l’affameuse, celle qui n’est pas toute, au point que de la dire la, j’ai mis ça en suspicion, en suspension, pourquoi est-ce qu’elle, de ce manque, elle s’en fout bien, c’est le cas de le dire ?

Je suggère en réponse que c’est elles – elles au pluriel quoique j’ai parlé de la d’abord – c’est elles, au pluriel, qui sont, si tant est qu’on puisse employer le mot être, qui sont l’inconscient. La femmeuse dont je parlais n’est pas toute ; si elle n’est pas toute, en fin de compte, je ne sais pas bien si c’est comme le réel, ou si j’ai été introduit à formuler que le réel n’est pas tout à cause d’elles (comme vous voudrez l’écrire, au singulier ou au pluriel). Tout ce que je peux avancer dans l’occasion, c’est que si elle n’est pas toute comme le réel, elle n’en sait rien. Le réel non plus d’ailleurs, puisqu’il n’est pas question d’un savoir quelconque pour le réel.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Neuvième congrès de l’École freudienne de Paris, Palais des congrès de Strasbourg, Lettres de l’École freudienne, 1976, n°19

[ néologisme ] [ psychanalyse ] [ jeu de mot ] [ définition ] [ question ] [ jouissance féminine ]

 

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Ψ ± B ± Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

concept psychanalytique

Dès lors qu’il y a une foule, ou une masse, organisée de ceux qui sont dans cette fonction d’analyste, se posent tous les problèmes que soulève FREUD effectivement dans cet article, qui sont - comme je l’ai aussi en son temps éclairé - les problèmes d’organisation de la masse, dans son rapport à l’existence d’un certain discours. Et il faudrait reprendre cet article en l’appliquant à l’évolution de la fonction analytique, de la théorie que les analystes s’en sont fait, en ont promue, pour voir quelle nécessité fait converger - c’est presque immédiatement, intuitivement sensible et compréhensible - quelle gravitation attire la fonction de l’analyste vers l’image qu’il peut s’en faire, pour autant que cette image va se situer très précisément au point que FREUD nous apprend à dégager, dont FREUD mène à son terme la fonction à ce moment de la seconde topique, et qui est celui de l’Ich Ideal, traduction : idéal du moi.

Ambiguïté, dès maintenant, devant ces termes : Ich Ideal. Par exemple, dans un article auquel je vais me référer tout à l’heure, sur Transfert et amour - pour nous très important - qui a été lu à la Société psychanalytique de Vienne en 1933 par ses auteurs et qui a été publié dans Imago en 1934 - il se trouve que je l’ai - il n’est pas facile de se procurer les Imago, il est plus facile d’avoir le Psychoanalytic Quarterly de 1939 où il a été traduit en anglais sous le titre de Transference and Love, Ich Ideal est traduit en anglais par ego ideal.

Ce jeu de la place dans les langues, du déterminant par rapport au déterminé, de l’ordre pour tout dire de la détermination, est quelque chose qui joue son rôle qui n’est point de hasard. Quelqu’un qui ne sait pas l’allemand pourrait croire que Ich Ideal veut dire moi idéal. J’ai fait remarquer que dans l’article inaugural - où on parle de Ich Ideal, de l’idéal du moi - Einführung zur Narzissmus, il y a de temps en temps Ideal Ich. Et Dieu sait si pour nous tous c’est un objet de débat : moi-même disant qu’on ne saurait, même un instant, négliger sous la plume de FREUD - si précise concernant le signifiant - une pareille variation, et d’autres disant qu’il est impossible qu’à l’examen du contexte, on s’y arrête d’aucune façon.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 31 mai 1961

[ précision sémantique ] [ conflit ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

diathèse

Il parait qu’en sanscrit on dit : "Je sacrifie" de deux façons. Ce n’est pas un verbe media tantum, ni activa tantum, il y a les deux, comme pour beaucoup de verbes d’ailleurs en latin. Mais enfin, on emploie la voix active quand, pour le verbe "sacrifier" ? Eh bien, c’est quand le prêtre fait le sacrifice au BRAHMA, ou à tout ce que vous voudrez - pour un client. Il lui dit : "Venez, il faut faire un sacrifice au Dieu." - et le type : "très bien, très bien...", il lui remet son machin et puis hop ! un sacrifice. Ça, c’est actif ! Il y a une nuance : on met la voix moyenne quand il officie en son nom.

C’est un peu compliqué, que je vous avance ça maintenant, parce que ça ne fait pas simplement intervenir une faille qu’il faudrait mettre quelque part entre le sujet de l’énonciation et le sujet de l’énoncé, ce qui va tout de suite pour ce qui est de loquor - mais là c’est un petit peu plus compliqué, parce qu’il y a l’Autre : l’Autre, qu’avec le sacrifice, on prend au piège. Ce n’est pas pareil de prendre l’Autre au piège en son nom ou si c’est plus simplement pour le client, qui a besoin d’avoir rendu un devoir à la divinité et qui va chercher le technicien.

Une devinette - je sens que je vais de devinette en devinette - où sont les analogues, dans le rapport dit de la situation analytique ? Qu’est-ce qui officie et pour qui ? C’est une question qu’on peut se poser. Je ne la pose que pour vous faire sentir ceci : qu’il y a une fonction de la déchéance de la parole à l’intérieur de la technique analytique. Je veux dire que c’est un artifice technique qui soumet cette parole aux seules lois de la conséquence, on ne se fie à rien d’autre : cela doit s’enfiler, simplement.

Ce n’est pas tellement naturel, nous le savons par expérience : les gens n’apprennent ce métier là, comme dit quelqu’un, pas tout de suite. Ou bien il faut qu’ils aient vraiment l’envie d’officier. Parce que cela ressemble beaucoup à un office, justement, qu’on lui demande de faire, comme doit le faire le brave bramine, quand il a un petit peu de métier, en dévidant ses petites prières ou en repensant à autre chose.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 14 décembre 1966, La logique du fantasme

[ grammaire ] [ effets ] [ psychanalyste ]

 

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Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.

discours de la science

La médecine donc, vous le remarquez ici, s’est toujours crue scientifique. C’est en quoi d’ailleurs elle a toujours montré ses faiblesses. Par une sorte de nécessité interne de sa position, elle s’est toujours référée à une science qui était celle de son temps, bonne ou mauvaise. Qu’elle fût bonne ou mauvaise, comment le savoir du point de vue de la médecine ?

Quant à nous, nous avons le sentiment que notre science, notre physique, est toujours censée être une bonne science et que pendant des siècles nous avons eu une physique très mauvaise. Ceci est effectivement tout à fait assuré. Ce qui n’est pas assuré, c’est ce que la médecine a à faire de cette science, c’est à savoir comment et par quelle ouverture, par quel bout elle a à la prendre, tant que quelque chose n’est pas élucidé pour elle, la médecine, et qui n’est pas, comme vous allez le voir, la moindre des choses, puisque ce dont il s’agit c’est de l’idée de "santé".

Très exactement : qu’est-ce que la santé ? Vous auriez tort de croire que même pour la médecine moderne qui, à l’égard de toutes les autres, se croit scientifique, la chose soit pleinement assurée. De temps en temps on propose l’idée "du normal et du pathologique" comme sujet de thèse à quelque étudiant. C’est un sujet qui leur est en général proposé par des gens ayant une formation philosophique, et nous avons là-dessus un excellent travail de M. CANGUILHEM. Évidemment, c’est un travail dont l’influence est fort limitée dans les milieux proprement médicaux.

Or il y a une chose en tout cas - sans chercher à spéculer à un niveau de certitude socratique sur "la santé en soi" - qui à soi tout seul, pour nous tout spécialement psychiatres et psychanalystes, qui montre à quel point l’idée de "santé" est problématique : ce sont les moyens mêmes que nous employons pour rejoindre l’état de "santé". Lesquels moyens nous montrent, pour dire les choses dans les termes les plus généraux que quoi qu’il en soit de la nature, de l’heureuse forme qui serait la forme de la "santé", au sein de cette heureuse forme nous sommes amenés à postuler des états paradoxaux, c’est le moins qu’on puisse en dire, ceux-là mêmes dont la manipulation dans nos thérapeutiques est responsable du retour à un équilibre, qui reste dans l’ensemble, comme tel, assez incritiqué.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 14 décembre 1960

[ questions ] [ définition ] [ flou sémantique ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

peinture

Cet ARCIMBOLDO se distingue par cette technique singulière qui a porté son dernier surgeon dans l’œuvre par exemple de mon vieil ami Salvador DALI, qui consiste en ce que DALI a appelé "le dessin paranoïaque".

Dans le cas d’ARCIMBOLDO, c’est de représenter la figure par exemple du bibliothécaire - il opérait en grande partie à la cour de ce fameux RODOLPHE II de Bohême qui a laissé aussi bien d’autres traces dans la tradition de l’objet rare - de RODOLPHE II par un échafaudage savant des ustensiles premiers de la fonction du bibliothécaire, à savoir une certaine façon de disposer des livres de façon que l’image d’une face, d’un visage, soit ici beaucoup plus que suggérée, vraiment imposée.

Aussi bien le thème symbolique d’une saison incarnée sous la forme d’un visage humain sera matérialisé par tous les fruits de cette saison dont l’assemblage lui-même sera réalisé de telle sorte que la suggestion d’un visage s’imposera également dans la forme réalisée.

Bref cette réalisation de ce qui dans sa figure essentielle se présente comme l’image humaine, l’image d’un autre, sera par le procédé maniériste réalisée par la coalescence, la combinaison, l’accumulation d’un amas d’objets dont le total sera chargé de représenter ce qui dès lors se manifeste à la fois comme substance et comme illusion, puisque en même temps que l’apparence de l’image humaine est soutenue, quelque chose est suggéré qui s’imagine dans le désassemblement des objets qui, de présenter en quelque sorte la fonction du masque, montrent en même temps la problématique de ce masque.

Ce à quoi nous avons en somme toujours affaire chaque fois que nous voyons entrer en jeu cette fonction si essentielle de la personne, pour autant que nous la voyons tout le temps au premier plan dans l’économie de la présence humaine, c’est ceci : s’il y a besoin de "persona", c’est que derrière, peut-être, toute forme se dérobe et s’évanouit.

Et assurément, si c’est d’un rassemblement complexe que la persona résulte, c’est bien en effet là que gît à la fois le leurre et la fragilité de sa subsistance et que, derrière, nous ne savons rien de ce qui peut se soutenir, car une apparence redoublée s’impose à nous ou se suggère essentiellement comme redoublement d’apparence, c’est-à-dire quelque chose qui laisse à son interrogation un vide : la question de savoir ce qu’il y a derrière au dernier terme.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 19 avril 1961

[ beaux-arts ] [ description ] [ moi-sujet ] [ inconsistance ]

 

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Ψ → B → Φ · Rien n'est secret. Tout doit rester ouvert, visible, contestable.

moi-je

Qu’est-ce à dire, est-ce qu’il serait si simple que ce sujet dise : "je désire" ? 

Pas si simple, beaucoup moins simple - vous le savez, dans votre expérience - que de dire : "j’aime océaniquement", comme s’exprime FREUD bien joliment à propos de sa critique de l’effusion religieuse. J’aime, je baigne, je mouille, j’inonde et je bave par-dessus le marché, et d’ailleurs tout cela par bavochage, à peine le plus souvent de quoi mouiller un mouchoir, surtout que cela se fait de plus en plus rare. Les "grandes humides" s’effacent depuis le milieu du XIXème siècle. Qu’on me montre de nos jours quelqu’un du type Louise COLET, je me dérangerai pour aller voir. 

Être désirant, c’est autre chose, il semble plutôt que cela laisse bien le "je" en suspens, cela le laisse tellement bien collé en tout cas dans le fantasme que je vous défie - ce  "je" du désir - de le trouver ailleurs que là où M. GENET le pointe dans Le balcon. Je vous ai déjà parlé de M. Jean GENET - ce cher GENET... - dont je vous ai fait un jour tout un grand séminaire. Vous retrouverez facilement le passage dans Le balcon, de ce jeu du fantasme. 

GENET pointe admirablement ceci que les filles connaissent bien, c’est que : quelles que soient les élucubrations de ces Messieurs assoiffés d’incarner leurs fantasmes, il y a un trait commun à tous, c’est qu’il faut que - par quelque trait dans l’exécution - ça ne fasse pas vrai parce que autrement peut-être, si cela devenait tout à fait vrai, on ne saurait plus où on en est. Il n’y aurait peut-être pas pour le sujet de chances qu’il y survive. 

C’est cela la place du signifiant S barré : S, pour qu’on sache que ce n’est là qu’un signifiant, cette indication de l’inauthentique c’est là, la place du sujet en tant que première personne du fantasme. La meilleure façon que je trouve de l’indiquer - je l’ai déjà plusieurs fois suggéré quelque part - c’est de restituer à sa vraie forme la cédille du "ça" en français : ce n’est pas une cédille, c’est une apostrophe, c’est - dans l’apostrophe du "c’est" - la première personne de l’inconscient. Et vous pouvez même barrer le "t" de la fin : "c’es". voilà une façon d’écrire le sujet au niveau de l’inconscient, le sujet du fantasme. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 28 juin 1961

[ définition ] [ formule ] [ symbolique-imaginaire ]

 

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Ψ ← B ← Φ · Le sol parle avant le langage.

infini vu du fini

La vie n’est pas conçue, le corps n’en attrape rien, il la porte simplement.

Quand Freud dit : la vie aspire à la mort, c’est pour autant que la vie, en tant qu’elle est incarnée, en tant qu’elle est dans le corps, aspirerait à une totale et pleine conscience.

On peut dire que c’est là que se désigne que même dans le réveil absolu, il y a encore une part de rêve qui est justement de rêve de réveil.

On ne se réveille jamais : les désirs entretiennent les rêves.

La mort est un rêve, entre autres rêves qui perpétuent la vie, celui de séjourner dans le mythique.

C’est du côté du réveil que se situe la mort.

La vie est quelque chose de tout à fait impossible qui peut rêver de réveil absolu.

Par exemple, dans la religion nirvanesque, la vie rêve de s’échapper à elle-même.

Il n’en reste pas moins que la vie est réelle, et que ce retour est mythique.

Il est mythique, et fait partie de ces rêves qui ne se branchent que du langage.

S’il n’y avait pas de langage, on ne se mettrait pas à rêver d’être mort comme d’une possibilité.

Cette possibilité est d’autant plus contradictoire que même dans ces aspirations non seulement mythiques mais mystiques, on pense qu’on rejoint le réel absolu qui n’est modelé que par un calcul.

On rêve de se confondre avec ce qu’on extrapole au nom du fait qu’on habite le langage.

Or, du fait qu’on habite le langage, on se conforme à un formalisme – de l’ordre du calcul, justement – et on s’imagine que du réel, il y a un savoir absolu.

En fin de compte, dans le nirvana, c’est à se noyer dans ce savoir absolu, dont il n’y a pas trace, qu’on aspire.

On croit qu’on sera confondu avec ce savoir supposé soutenir le monde, lequel monde n’est qu’un rêve de chaque corps.

Qu’il soit branché sur la mort, le langage seul, en fin de compte, en porte le témoignage.

Est-ce que c’est ça qui est refoulé ?

C’est difficile de l’affirmer.

Il est pensable que tout le langage ne soit fait que pour ne pas penser la mort qui, en effet, est la chose la moins pensable qui soit.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Réponse à une question de Catherine Millot, Improvisation : désir de mort, rêve et réveil, 1974

[ lorgnette ] [ fantasme d'absolu ] [ inconscient ] [ incarnation prison ]

 

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Ψ ± B ± Φ · Le sol parle avant le langage.