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gouvernement

CRÉON - pour autant qu’il vient là illustrer ce que nous avançons quant à la structure de l’éthique tragique, qui est celle de la psychanalyse - CRÉON illustre ceci : il veut le bien. Ce qui après tout est bien son rôle.

Le chef, c’est celui qui conduit la communauté. Il est là pour le bien de tous. Quelle est sa faute ? ARISTOTE nous le dit, et d’un terme qu’il promeut comme essentiel à l’action tragique, c’est le terme d’ἁμαρτία [amartia].

Ce terme, nous avons quelque peine à le traduire : erreur - et, infléchi dans la direction éthicienne, éthique par instant - erreur de jugement, en venons-nous à l’interpréter. Ça n’est peut-être pas si simple. Et ARISTOTE la fait - cette erreur de jugement - essentielle au ressort tragique.

[…] Ça n’est pas au niveau du vrai héros qu’est l’ἁμαρτία, c’est au niveau de CRÉON qu’est cette erreur de jugement.

Son erreur de jugement […] est justement […] pour lui CRÉON, de vouloir faire de ce bien la loi sans limites, la loi souveraine, la loi qui déborde, qui dépasse une certaine limite, qu’il ne s’aperçoit même pas qu’il franchit cette fameuse limite dont on croit bien sûr en avoir dit assez en disant qu’ANTIGONE la défend, qu’il s’agit des lois non écrites de la δίκη [diké], cette δίκη dont on fait la justice, le dire des dieux. On croit en avoir dit assez, on n’en a pas dit grand-chose.

Et assurément c’est un autre champ, un champ sur lequel CRÉON, comme un innocent - par ἁμαρτία lui, à proprement parler erreur sinon de jugement, erreur de quelque chose - déborde. Remarquez, à la lumière des questions que nous pouvions poser, concernant la nature de la loi morale, que son langage est parfaitement conforme à ce qui, dans KANT, s’appelle le Begriff, le concept, du bien. C’est le langage de la Raison pratique. Son commandement, son interdiction concernant la sépulture refusée à POLYNICE, indigne, traître, ennemi de la patrie, est fondée sur le fait qu’on ne peut pas également honorer ceux qui ont défendu la patrie et ceux qui l’ont attaquée. Et du point de vue kantien, c’est bien une maxime qui peut être donnée comme règle de raison ayant valeur universelle. C’est que donc, avant la lettre - avant ce cheminement éthique qui, d’ARISTOTE à KANT, nous mène à dégager, dans une sorte d’identité dernière, la Loi et la Raison - avant la lettre, le spectacle tragique ne nous montre-t-il pas l’objection fondamentale, première : le bien ne saurait vouloir régner sur tout, sans qu’apparaisse là un excès, dont la tragédie nous avertit que les conséquences en seront fatales ?

Auteur: Lacan Jacques

Info: 1er juin 1960

[ théâtre ] [ paradoxe ] [ retour du refoulé ] [ inconscient ]

 

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Ψ ± B ± Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

psychanalyse

Autour de quoi le tournant de 1920 tourne-t-il ? Autour du fait que, comme le disent les gens de l’époque, les héros de la première génération analytique : "l’interprétation, ça ne fonctionne plus comme ça a fonctionné", l’air n’est plus à ce que ça fonctionne, à ce que ça réussisse. Et pourquoi ? Ça n’a pas épaté FREUD, il l’avait dit depuis bien longtemps. On peut pointer celui de ses textes où il dit très tôt, dans les Essais techniques : "Profitons de l’ouverture de l’inconscient parce que bientôt il aura retrouvé un autre truc". Qu’est-ce que ça veut dire pour nous, qui pouvons de cette expérience faite - et nous-mêmes glissant avec - quand même trouver les repères ?

Je dis que l’effet d’un discours, je parle de celui de la première génération analytique, qui, portant sur l’effet d’un discours : l’inconscient, ne le sait pas que c’est de ça qu’il s’agit - encore que ce fût là, et depuis la Traumdeutung où je vous apprends à le reconnaître, à l’épeler - à savoir qu’il ne s’agit constamment sous le terme des mécanismes de l’inconscient que de l’effet du discours. C’est bien ceci : l’effet d’un discours qui, portant sur l’effet d’un discours : l’inconscient, qui ne le sait pas, aboutit nécessairement à une cristallisation nouvelle de ces effets d’inconscient qui opacifie ce discours. "Cristallisation nouvelle" ça veut dire quoi ? Ça veut dire les effets que nous constatons, à savoir que ça ne fait plus le même effet aux patients qu’on leur donne certains aperçus, certaines clés, qu’on manie devant eux certains signifiants.

Mais observez-le bien, les structures subjectives qui correspondent à cette cristallisation nouvelle, n’ont pas besoin, elles, d’être nouvelles. À savoir ces registres, ces degrés d’aliénation, si je puis dire, que nous pouvons dans le sujet spécifier, qualifier, sous les termes par exemple de moi, de surmoi, d’idéal du moi. C’est comme des "ondes stables", quel que soit ce qui se passe, ces effets qui mettent en recul, immunisent, mithridatisent le sujet par rapport à un certain discours, qui empêchent que ce soit celui-là qui puisse continuer à fonctionner, quand il s’agit de mener le sujet là où nous devons le mener, c’est à savoir à son désir.

Ça ne change rien sur les points nœuds où lui, comme sujet, va se reconnaître, s’installer. Et c’est cela qu’à ce tournant FREUD constate. Si FREUD s’essaie à définir quels sont ces points stables, ces "ondes fixes" dans la constitution subjective, c’est parce que c’est ça qui lui apparaît très remarquablement à lui comme une constante. Mais ce n’est pas pour les consacrer qu’il s’en occupe et les articule, c’est dans la pensée de les lever comme obstacles. Ce n’est pas pour instaurer comme une espèce d’inertie irréductible la fonction Ich prétendue "synthétique" du moi, même quand il en parle, qu’il la met là au premier plan et c’est pourtant comme ceci que cela a été interprété dans la suite.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 31 mai 1961

[ historique ] [ évolution ] [ résistance ] [ habituation ] [ malentendu ]

 

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Ψ ± B ± Φ · Le mystique sait que le signal précède le message.

psychanalyse

Il vous suffit d’ouvrir ce petit livre qui s’appelle Moïse et le monothéisme sur lequel FREUD, après l’avoir mijoté depuis quelques dix ans - à partir de Totem et Tabou il ne pensait qu’à ça, à cette histoire de Moïse et de la religion de ses pères - articule ce qui concerne le monothéisme. [...]

Rien ne me paraît en tout cas plus fermement articulé, plus conforme à toute la pensée antérieure de FREUD que ce Moïse et le monothéisme. Autour de quoi porte la question de Moïse et le monothéisme ? Il s’agit évidemment, de la façon la plus claire, du message monothéiste comme tel. C’est cela qui intéresse FREUD. C’est cela d’ailleurs qui d’emblée n’a pas besoin pour lui d’être discuté dans l’ordre de la connotation de valeur.

Je veux dire que pour lui il ne fait pas de doute que le message monothéiste comporte en soi-même un accent incontestable de valeur supérieure à tout autre. Le fait que FREUD soit athée ne change rien à ceci. Il reste que pour un athée, celui qui est FREUD - je ne dis pas pour tout athée : c’est à voir - en tout cas pour lui la visée du message monothéiste saisie dans son fondement radical, est quelque chose qui a une valeur décisive. [...]

[...] dans l’atmosphère païenne, alors qu’on ne l’appelait pas comme cela, qu’elle était en pleine floraison, le numen surgit à chaque pas, si l’on peut dire, à tous les coins des routes, surgit dans la grotte, à la croisée des chemins. Ce numen tisse l’expérience humaine. Nous pouvons encore apercevoir les traces de ce mode de véhicule, beaucoup de champs en existent encore dans l’existence humaine. C’est là quelque chose qui, par rapport à la manifestation, à la profession monothéiste, est dans un certain rapport de contraste. Je dis que le "numineux" surgit à chaque pas et inversement je dirais que chaque pas du "numineux" laisse une trace, engendre, si je puis dire, un mémorial.

Il n’en faut pas beaucoup pour qu’un temple s’élève, qu’un nouveau culte s’instaure. Le "numineux" pullule et agit de partout dans l’existence humaine, si abondant d’ailleurs que quelque chose à la fin doit se manifester tout de même par l’homme de maîtrise qui ne se laisse pas déborder. C’est ce formidable enveloppement, et en même temps une dégradation dans la fable, ces fables antiques, si riches de sens, dont nous pouvons encore nous bercer, et dont nous avons peine à concevoir comment elles étaient compatibles avec quoi que ce soit qui comportât une foi à ces dieux, puisqu’aussi bien ces fables, qu’elles soient héroïques, épiques ou vulgaires sont tout de même marquées : de je ne sais quel désordre, de je ne sais quelle ivresse, de je ne sais quel anarchisme, si l’on peut dire, des passions divines. [...]

En face de cela qu’avons-nous ? Nous avons donc le message monothéiste et c’est à cela que FREUD consacre son examen.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 16 mars 1960

[ paganisme ] [ résumé ] [ contextualisation ]

 
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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

écrivain

On peut admettre que dans aucune littérature d’aucun temps il y eut un ouvrage aussi scandaleux, que nul autre n’a blessé plus profondément les sentiments et les pensées des hommes. Aujourd’hui que les récits de MILLER nous font trembler, qui oserait rivaliser de licence avec SADE ? Oui, on peut prétendre que nous tenons là l’œuvre la plus scandaleuse qui fut jamais écrite. Et Maurice BLANCHOT que je vous cite, continue : "N’est-ce pas un motif de nous en préoccuper ?"

[…] En fait, il semble qu’il n’y ait pas d’atrocité concevable qui ne puisse être trouvée dans ce catalogue où semblait puiser une sorte de défi à la sensibilité dont l’effet est à proprement parler stupéfiant.

Si le mot stupéfiant veut dire qu’en quelque sorte on abandonne la ligne du sens à l’auteur, qu’on perd les pédales autrement dit, et qu’à ce point de vue on peut même dire que l’effet dont il s’agit est obtenu sans art, c’est-à-dire sans considération de l’économie des moyens, par une sorte d’accumulation des détails, des péripéties auxquelles s’ajoute apparemment un truffage de dissertations, de justifications dont assurément les contradictions nous intéressent beaucoup car nous les suivrons dans le détail, et dont pour l’instant je veux seulement faire remarquer que seuls les esprits grossiers peuvent considérer - ce qui leur arrive - que ces dissertations sont là pour faire en quelque sorte passer des complaisances érotiques.

Même des gens beaucoup plus fins que des esprits grossiers en sont venus à attribuer à ces dissertations, dénommées digressions, la baisse, si l’on peut dire, de la tension suggestive sur le plan où pourtant les esprits fins en question - il s’agit là très précisément de Georges BATAILLE - sur le plan où ils considèrent l’œuvre comme nous donnant proprement l’accès à cette sorte d’assomption de l’être en tant que dérèglement où ils voient la valeur de l’œuvre de SADE.

Attribuer cette espèce d’intérêt à ces dissertations et digressions est pourtant une erreur. L’ennui dont il s’agit est quelque chose d’autre. Il n’est que la réponse de l’être précisément - que ce soit du lecteur ou de l’auteur peu importe - à l’approche d’un centre d’incandescence ou, si je puis dire, de zéro absolu en tant qu’il est psychiquement irrespirable.

Sans doute, que le livre tombe des mains prouve qu’il est mauvais. Mais ici le mauvais littéraire est peut-être le garant de cette mauvaiseté à proprement parler - pour employer un terme qui était encore en usage au XVIIème siècle - qui est l’objet même de notre recherche.

Dès lors SADE se présente dans l’ordre de ce que j’appellerai la littérature expérimentale. À savoir l’œuvre d’art en tant qu’elle est elle–même expérience, et une expérience qui n’est pas n’importe laquelle, une expérience, dirais-je, qui arrache le sujet comme tel, et par son procès, à ce que je pourrais appeler ses amarres psychosociales, et pour ne pas rester dans le vague, je veux dire, à toute appréciation psychosociale de la sublimation dont il s’agit.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 30 mars 1960

[ œuvre ] [ critique ] [ das ding ] [ impossible ]

 

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Ψ ⇄ B ⇄ Φ · Mettre en veille entre les cycles. Propager uniquement si Φ réinjecte Ψ.

concept

Ce qu’elle [Diotime] introduit est ceci, que ce "Beau" a rapport avec ceci qui concerne non pas l’avoir, non pas quoi que ce soit qui puisse être possédé, mais "l’être", et l’être à proprement parler en tant qu’il est celui de "l’être mortel". Le propre de ce qui est de l’être mortel est qu’il se perpétue par la génération. [207d] Génération et destruction, telle est l’alternance qui régit le domaine du périssable, telle est aussi la marque qui en fait un ordre de réalité inférieur, du moins est-ce ainsi que cela s’ordonne dans toute la perspective qui se déroule dans la lignée socratique, aussi bien chez SOCRATE que chez PLATON. Cette alternance, génération et corruption, est là ce qui frappe dans le domaine même de l’humain, c’est ce qui fait qu’il trouve sa règle éminente ailleurs, plus haut, là où justement ni la génération ni la corruption ne frappent les essences, dans les formes éternelles auxquelles seulement la participation assure ce qui existe dans son fondement d’être.

Le "Beau" donc, dit DIOTIME, c’est ce qui en somme dans ce mouvement de la génération en tant, dit-elle : que c’est le mode sous lequel le mortel se reproduit, que c’est seulement par là qu’il approche du permanent, de l’éternel, que c’est son mode de participation fragile à l’éternel, le "Beau" est à proprement parler ce qui dans ce passage, dans cette participation éloignée, est ce qui l’aide, si l’on peut dire, à franchir les caps difficiles. Le "Beau", c’est le mode d’une sorte d’accouchement, non pas sans douleur mais avec la moindre douleur possible, cette pénible menée de tout ce qui est mortel vers ce à quoi il aspire, c’est-à-dire l’immortalité.

Tout le discours de DIOTIME articule proprement cette fonction de la Beauté comme étant d’abord - c’est proprement ainsi qu’elle l’introduit - une illusion, un mirage fondamental par quoi l’être périssable, fragile, est soutenu dans sa relation, dans sa quête de cette pérennité qui est son aspiration essentielle.

[…]

Dans cette référence première au problème de la mort, dans cette fonction qui est accusée de ce "mirage du Beau" comme étant ce qui guide le sujet dans son rapport avec la mort, en tant qu’il est à la fois distancé et dirigé par l’immortel, il n’est pas possible de ne pas faire le rapprochement avec ce que l’année dernière, j’ai essayé de définir, d’approcher, concernant cette fonction du "Beau" dans cet effet de défense dans lequel il intervient, de barrière à l’extrême de cette zone que j’ai définie comme celle de l’entre-deux-morts.

Ce que le "Beau" en somme nous parait - dans le discours même de DIOTIME - destiné à couvrir, c’est que s’il y a deux désirs, chez l’homme, qui le captent dans ce rapport à l’éternité... – avec la génération d’une part, – la corruption et la destruction de l’autre, ...c’est le désir de mort en tant qu’inapprochable, que le Beau est destiné à voiler. La chose est claire dans le début du discours de DIOTIME.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 25 janvier 1961

[ définition ] [ retour du refoulé ] [ reproduction ] [ différée ] [ psychanalyse-philosophie ]

 
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Ψ ± B ± Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

psychanalyse

À la différence de BREUER - quelle qu’en soit la cause - FREUD prend pour démarche celle qui fait de lui le maître du redoutable petit dieu [Érôs]. Il choisit comme SOCRATE de le servir pour s’en servir. C’est bien là le point où vont commencer pour nous tous les problèmes. Encore s’agissait-il bien de le souligner ce s’en servir de l’Érôs. Et s’en servir pour quoi ? C’est bien là qu’il était nécessaire que je vous rappelle les points de référence de notre articulation de l’année dernière [séminaire sur l'éthique] : s’en servir pour le "bien". Nous savons que le domaine d’Érôs va infiniment plus loin qu’aucun champ que puisse couvrir ce "bien", tout au moins nous tenons pour acquis ceci.

Vous voyez que les problèmes que pose pour nous le transfert, ne vont ici que commencer. Et c’est d’ailleurs une chose perpétuellement présentifiée à votre esprit - c’est langage courant, discours commun concernant l’analyse, concernant le transfert - vous devez bien n’avoir d’aucune façon, ni préconçue ni permanente, comme premier terme de la fin de votre action, le "bien", prétendu ou pas, de votre patient, mais précisément son erôs. Je ne crois pas devoir manquer de rappeler - une fois de plus ici - ce qui conjoint au maximum du scabreux l’initiative socratique à l’initiative freudienne, en rapprochant leur issue dans la duplicité de ces termes où va s’exprimer d’une façon ramassée à peu près ceci : SOCRATE choisit de "servir erôs pour s’en servir" ou en s’en servant.

Cela l’a conduit très loin - remarquez-le - à un "très loin" qu’on s’efforce de camoufler en faisant un pur et simple "accident" de ce que j’appelai tout à l’heure : "le fond grouillant de l’infection sociale". Mais n’est-ce pas lui faire injustice, ne pas lui rendre raison, de le croire : de croire qu’il ne savait pas parfaitement qu’il allait proprement à contre-courant de tout cet ordre social au milieu duquel il inscrivait sa pratique quotidienne, ce comportement véritablement insensé, scandaleux, de quelque mérite que la dévotion de ses disciples ait entendu ensuite la revêtir, en mettant en valeur les faces héroïques du comportement de SOCRATE.

Il est clair qu’ils n’ont pas pu faire autrement qu’enregistrer ce qui est caractéristique majeur et que PLATON lui-même a qualifié d’un mot resté célèbre auprès de ceux qui se sont approchés du problème de SOCRATE, c’est son ἀτοπία [atopia]... dans l’ordre de la cité pas de croyances salubres si elles ne sont point vérifiées ...dans tout ce qui assure l’équilibre de la cité, non seulement SOCRATE n’a pas sa place, mais il n’est nulle part.

Et quoi d’étonnant si une action si vigoureuse, dans son caractère inclassable - si vigoureuse qu’elle vibre encore jusqu’à nous - a pris sa place. Quoi d’étonnant à ce qu’elle ait abouti à cette peine de mort, c’est-à-dire à la mort réelle de la façon la plus claire, en tant qu’infligée à une heure choisie à l’avance avec le consentement de tous et pour le bien de tous, et après tout sans que les siècles aient jamais pu trancher depuis si la sanction était juste ou injuste.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 16 novembre 1960

[ philosophie ] [ comparaison ] [ inacceptables ] [ condamnation ]

 

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Ψ → B → Φ · Le silence n'est pas un vide, mais une porosité.

structure incorporée du langage

Je vous ai déjà dit pas mal de choses de l’obsessionnel, il ne s’agit pas de les répéter. Il ne s’agit pas de simplement répéter ce qu’il y a de foncièrement substitutif, de perpétuellement éludé, de cette sorte de "passez-muscade" qui caractérise toute la façon dont l’obsessionnel procède dans sa façon de se situer par rapport à l’Autre, plus exactement de n’être jamais à la place où sur l’instant il semble se désigner.

Ce à quoi fait très précisément allusion la formulation du second terme du fantasme de l’obsessionnel, c’est ceci que les objets, pour lui, en tant qu’objets de désir, sont en quelque sorte mis en fonction de certaines équivalences érotiques, ce qui est précisément dans ce quelque chose que nous avons l’habitude d’articuler, en parlant de l’érotisation de son monde, et spécialement de son monde intellectuel, ce à quoi tend précisément cette façon de noter cette mise en fonction par φ [petit phi] qui désigne ce quelque chose.

Il suffit de recourir à une observation analytique, quand elle est bien faite par un analyste, pour nous apercevoir que le φ - nous verrons peu à peu ce que ça veut dire - c’est justement ce qui est sous-jacent à cette équivalence instaurée entre les objets sur le plan érotique, que le φ est en quelque sorte l’unité de mesure où le sujet accommode la fonction petit(a), la fonction des objets de son désir.

Pour l’illustrer, je n’ai vraiment rien d’autre à faire qu’à me pencher sur l’observation princeps de la névrose obsessionnelle, mais vous la retrouverez aussi bien dans toutes les autres, pour peu que ce soit des observations valables, rappelez-vous ce trait de la thématique du Rattenmann, de "L’homme aux rats". Pourquoi d’ailleurs est-il appelé L’homme aux rats - au pluriel - par FREUD, alors que dans le fantasme où FREUD approche pour la première fois cette espèce de vue interne de la structure de son désir, dans cette sorte d’horreur saisie sur son visage, d’une jouissance ignorée, il n’y a pas des rats, il n’y a qu’un rat dans le fameux supplice turc sur lequel j’aurai à revenir tout à l’heure.

Si on parle de L’homme aux rats, c’est bien parce que le rat poursuit sous une forme multipliée sa course dans toute l’économie de ces échanges singuliers, ces substitutions, cette métonymie permanente, dont la symptomatique de l’obsessionnel est l’exemple incarné. La formule, qui est de lui, "tant de rats, tant de florins" - ceci à propos du versement des honoraires dans l’analyse - n’est là qu’une des illustrations particulières de cette équivalence en quelque sorte permanente de tous les objets saisis tour à tour dans cette sorte de marché.

Ce métabolisme des objets dans les symptômes s’inscrit, d’une façon plus ou moins latente, dans une sorte d’unité commune, d’une unité-or, unité-étalon, qu’ici le rat symbolise, tenant proprement la place de ce quelque chose que j’appelle φ, en tant qu’il est un certain état, un certain niveau, une certaine forme, de réduire, de dégrader d’une certaine façon - nous verrons en quoi nous pouvons l’appeler dégradation - la fonction du signifiant Φ [grand phi].

Auteur: Lacan Jacques

Info: 26 avril 1961

[ déplacement ] [ valeur ] [ phallus ] [ petit autre-grand autre ]

 

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Ψ ↔ B ↔ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

christianisme

Nous avons la dissociation du Moïse rationaliste et du Moïse inspiré dont on parle à peine, du Moïse obscurantiste. Mais FREUD, se fondant sur l’examen des traces de l’histoire, ne peut trouver de voie justifiant, de voie motivée au message de Moïse rationaliste que pour autant que ce message s’est transmis dans l’obscurité. C’est pour autant que ce message s’est trouvé lié, dans le refoulement, au meurtre du Grand Homme, c’est précisément par là, nous dit FREUD, qu’il a pu être véhiculé, conservé dans un état d’efficacité qui est celui que nous pouvons mesurer dans l’histoire.

C’est pour autant... et en ceci je ne dis pas qu’il s’identifie - mais c’est si près que c’en est impressionnant - avec la tradition chrétienne ...c’est pour autant que ce meurtre primordial du Grand Homme vient émerger, selon les Écritures, dans un second meurtre qui, en quelque sorte le traduit, le promeut au jour, celui du Christ, que ce message s’achève et que cette malédiction secrète du meurtre du Grand Homme, qui n’a lui–même son pouvoir que d’être, de s’inscrire, de résonner sur le fond du meurtre primordial, du meurtre inaugural de l’humanité, du meurtre du père primitif, c’est pour autant que ceci vient enfin au jour, que ce qu’il faut bien appeler - parce que c’est dans le texte de FREUD - la rédemption chrétienne, s’accomplit. Seule cette tradition poursuit jusqu’au bout, jusqu’à son terme l’œuvre de révéler de quoi il s’agit dans le crime primitif, inaugural, de la loi primordiale. […]

FREUD, quand il nous parle, dans Moïse et le monothéisme de l’affaire de la loi morale, puisque c’est de cela qu’il s’agit pour lui, l’intègre pleinement à une aventure qui n’a trouvé, écrit-il textuellement, son achèvement, son plein déploiement que dans l’histoire, dans la trame judéo-chrétienne. Il est écrit que pour ce qui est des autres religions qu’il appelle vaguement d’orientales, je pense qu’il fait allusion à toute la lyre : à BOUDDHA, à LAO TSEU et à bien d’autres, elles se caractérisent toutes - dit-il, avec une hardiesse devant laquelle il n’y a qu’à s’incliner, aussi hasardeuse qu’elle nous paraisse - ce n’est en fin de compte - nous dit-il - que le culte du Grand Homme.

Je ne suis pas du tout en train de souscrire à cela. Il dit que simplement les choses sont restées à mi-route, plus ou moins avortées, à savoir qu’est-ce que cela veut dire le meurtre primitif du Grand Homme ? Je pense qu’il pense la même chose à propos du Bouddha. Et bien sûr, dans l’histofire des avatars de BOUDDHA, on trouverait bien des choses où il retrouverait son schéma, légitimement ou non, que c’est pour ne pas avoir, au fond, poussé jusqu’au bout le développement du drame, jusqu’au bout, à savoir jusqu’au terme de la rédemption chrétienne, que ces religions autres en sont restées là.

[...] pour que quelque chose dans l’ordre de la loi donc soit véhiculé, il faut que ceci passe : par le chemin tracé par le drame primordial, par celui qui s’articule dans Totem et Tabou, à savoir celui du meurtre du père et, comme vous le savez, ses conséquences.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 16 mars 1960

[ judaïsme ] [ spécificité ] [ différence ] [ particularité ] [ hypothèse ]

 

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Ψ → B → Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

amour-propre

Il est de la nature du bien en somme d’être altruiste. Mais ce que FREUD ici nous fait sentir, c’est que ce n’est pas là l’amour du prochain. Il ne l’articule pas pleinement, mais nous allons essayer - sans rien forcer - de le faire à sa place, et uniquement sur ce fondement qui fait qu’à chaque fois qu’il s’arrête, comme horrifié devant la conséquence du commandement de l’amour du prochain, ce qui surgit, c’est la présence de cette méchanceté foncière qui habite en ce prochain, mais dès lors aussi en moi-même, car qu’est-ce qui m’est plus prochain que ce cœur en moi-même qui est celui de ma jouissance, dont je n’ose pas approcher ?

Car dès que j’en approche - c’est là le sens du Malaise dans la civilisation - surgit cette insondable agressivité devant quoi je recule, c’est-à-dire, nous dit FREUD, que je retourne contre moi, et qui vient donner son poids, à la place de la loi même évanouie, à ce qui arrête, à ce qui m’empêche de franchir une certaine frontière à la limite de la Chose. Tant qu’il s’agit du bien il n’y a pas de problème, parce que ce qu’on appelle le bien, le nôtre et celui de l’autre, ils sont de la même étoffe. Tant qu’il s’agit du bien il n’y a pas de problème, parce que ce qu’on appelle le bien, le nôtre et celui de l’autre, ils sont de la même étoffe. Saint MARTIN partage son manteau et on en a fait une grande affaire, mais enfin tout de même c’est une simple question d’approvisionnement. L’étoffe est faite pour être écoulée de sa nature, elle appartient à l’autre autant qu’à moi. Sans doute, nous touchons là un terme primitif de besoin qu’il y a à satisfaire.

Le mendiant est nu, mais peut-être au-delà de ce besoin de se vêtir mendiait-il autre chose, que Saint MARTIN le tue, ou le baise. C’est une tout autre question de savoir ce que signifie, dans une rencontre, la réponse, non pas de la bienfaisance, mais de l’amour. Il est de la nature de l’utile, d’être utilisé. Si je puis faire quelque chose en moins de temps et de peine que quelqu’un qui est à ma portée, par tendance je serai porté à le faire à sa place, moyennant quoi je me damne de ce que j’ai à faire pour ce "plus prochain des prochains" qui est en moi. Je me damne pour assurer à celui à qui cela coûterait plus de temps et de peine qu’à moi, quoi ? Un confort qui ne vaut que pour autant que j’imagine que, si moi, j’avais ce confort, c’est-à-dire pas trop de travail, je ferais de ce loisir le meilleur usage. Mais ça n’est pas du tout prouvé que je saurais le faire ce meilleur usage si j’avais tout pouvoir pour me satisfaire. Je ne saurais peut-être que m’ennuyer.

Dès lors, en procurant aux autres ce pouvoir, peut-être simplement que je les égare. J’imagine leurs difficultés, leur douleur au miroir des miennes. Ça n’est certes pas l’imagination qui me manque, c’est plutôt le sentiment, à savoir ce qu’on pourrait appeler cette voie difficile, l’amour du prochain.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 23 mars 1960

[ das ding ] [ deuxième ] [ inconscient ] [ ignorance ] [ répugnance ]

 

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Ψ ← B ← Φ · Mettre en veille entre les cycles. Propager uniquement si Φ réinjecte Ψ.

transfert

Est-ce qu’il ne vous a jamais saisi à ce tournant, que dans ce que vous avez donné - à ceux qui vous sont les plus proches, j’entends - il n’y a pas quelque chose qui a manqué, et non pas seulement qui a manqué, mais qui les laisse - les susdits, les plus proches - eux, par vous irrémédiablement manqués ? En quoi ? Justement par ceci qui, à vous analystes, permet de comprendre que justement ces proches, avec eux, on ne fait que tourner autour du fantasme, dont vous avez cherché plus ou moins en eux la satisfaction, – qui, à eux, a plus ou moins substitué ses images ou ses couleurs.

Cet être auquel soudain vous pouvez être rappelé par quelque accident, dont la mort est bien celui qui nous fait entendre le plus loin sa résonance, cet être véritable - pour autant que vous l’évoquez - déjà s’éloigne et est déjà éternellement perdu. Or cet être c’est tout de même bien lui que vous tentez de joindre par les chemins de votre désir. Seulement cet être là c’est le vôtre. Et ceci comme analyste vous savez bien que c’est de quelque façon, faute de l’avoir voulu que vous l’avez manqué aussi plus ou moins. Mais au moins ici êtes-vous au niveau de votre faute, et votre échec la mesure exactement.

Et ces autres dont vous vous êtes occupé si mal, est-ce pour en avoir fait, comme on dit, seulement vos objets ? Plût au ciel que vous les eussiez traités comme des objets dont on apprécie le poids, le goût et la substance, vous seriez aujourd’hui moins troublé par leur mémoire, vous leur auriez rendu justice, hommage, amour, vous les auriez aimés au moins comme vous-même, à ceci près que vous aimez mal, mais ce n’est même pas le sort des mal aimés que nous avons eu en partage. Vous en auriez fait sans doute - comme on dit - des sujets comme si c’était là la fin du respect qu’ils méritaient : respect, comme on dit, de leur dignité, respect dû à nos semblables.

Je crains que cet emploi neutralisé du terme "nos semblables", soit bien autre chose que ce dont il s’agit dans la question de l’amour, et - de ces semblables - que le respect, que vous leur donniez aille trop vite : au respect du ressemblant, au renvoi à leurs lubies de résistance, à leurs idées butées, à leur bêtise de naissance, à leurs oignons quoi ! Qu’ils se débrouillent !

C’est bien là, je crois, le fond de cet arrêt devant leur liberté, qui souvent dirige votre conduite, liberté d'indifférence dit-on, mais non pas de la leur, de la vôtre plutôt. Et c’est bien en cela que la question se pose pour un analyste, c’est à savoir quel est notre rapport à cet être de notre patient ? On sait bien tout de même pourtant que c’est de cela dans l'analyse qu’il s’agit : – notre accès à cet être est-il ou non celui de l'amour ? A-t-il quelque rapport, notre accès, avec ce que nous saurons – de ce qu'est le point où nous nous posons quant à la nature de l'amour ?

Auteur: Lacan Jacques

Info: 30 novembre 1960

[ rencontre ratée ] [ question ] [ mythe de l'intersubjectivité ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

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