Grover et Dan durent sentir l’amélioration de mon état d’esprit mais ne dire rien. Ils entonnèrent un chant plaintif en lakota. Ils le chantèrent comme s’il faisait partie d’eux-mêmes, aussi naturellement qu’ils respiraient. Cela me donna des frissons d’entendre ces deux hommes - l’un de bientôt quatre-vingts ans, l’autre de la génération suivante - fredonner ensemble tandis que nous plongions dans l’obscurité grandissante des hautes plaines. Leur chant semblait sortir autant de la terre que d’eux-mêmes . Je ne pouvais imaginer un air qui eût mieux correspondu aux espaces que nous traversions.
Soudain, je fus pris d’une forte - et quasi incontrôlable - envie de pleurer. Des sentiments que je ne pourrais nommer jaillirent, ne demandant qu’à être libérés. Il y avait la beauté, il y avait le repentir; il y avait la solitude et il y avait la joie. D’une façon que je ne pourrai jamais expliquer, je me sentais comme la première fois où j’avais entendu la Messe en si mineur de Bach.
Le Sanctus, l’Agnus Dei, le Kyrie des plaines américaines trouvaient leurs voix dans le chant de deux vieux Lakotas et le ronron bourdonnant d’une Buick V8.
Je tournais la tête vers la vitre pour que les hommes ne me voient pas pleurer. Néanmoins, je pense qu’ils avaient compris. Il y avait aussi des sanglots dans leur voix, mais c’étaient ceux de la terre, bien plus grands, bien plus vastes, bien plus profonds que les miens.
Finalement, Dan arrêta de chanter et se tourna sur son siège. Il ne me regarda à aucun moment, mais resta de profil, comme un prêtre accordant sa pénitence ou donnant sa bénédiction. Il adopta un ton formel :
- Je vais faire mon petit discours, maintenant, dit-il. Et je veux que tu écoutes.
Années: 1946 -
Epoque – Courant religieux: Récent et libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Amérique du nord - Usa