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anthropophagie

Un nommé Kauffmann, boucher à Berlin, grand séducteur de femmes, faisait disparaître ses conquêtes sans qu'il restât d'elles la moindre trace. Il ne les brûlait pas comme notre Landru les siennes, mais les débitait dans sa boutique à ses clients comme du veau. On ne nous dit pas s'il en a mangé lui-même. Cette perspective donne à rêver. On doit se garder de parler de ce qu'on ne connaît pas. Manger un morceau de la fesse de sa bien-aimée ? Pour un amant un peu raffiné, il y a peut-être là un grand plaisir.

Auteur: Léautaud Paul

Info: Passe-temps II

[ question ] [ cannibalisme ] [ serial killer ]

   

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inséré par miguel

— Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.

parents-enfants

Bien sûr, l’enfant petit ne peut être autonome, il dépend des adultes tutélaires. Mais il arrive souvent que ces adultes, eux, jouissent de cette dépendance de leurs enfants, et ne puissent, au fur et à mesure de la croissance en âge de ces enfants, délivrer ceux-ci de leur assujettissement à leur personne, à leur désir, à leur amour.

Les enfants de ces mères "dévorantes" n’ont pas la liberté d’aimer d’autres personnes, de se dérober à leurs embrassades, de leur cacher la moindre pensée.

Le père peut être aussi "dévorant", c’est-à-dire animé de désir "oral", qu’une mère.

L’âge venu chez l’enfant d’assumer ses initiatives – alors que celles-ci n’ont rien de dangereux pour l’enfant –, certaines mères et certains pères ne tolèrent pas cette liberté d’initiatives. Leur autorité sur tous les faits et gestes de l’enfant emprisonne littéralement celui-ci dans un réseau d’interdits à sa liberté de conduite et culpabilisent l’enfant qui se risque à les transgresser. Certains en deviennent "caractériels", d’autres s’étiolent.

En fait, ce sont des parents qui interdisent à leur enfant les plaisirs de leur âge, culpabilisent toute jouissance et aussi toute expérience de la liberté. C’est par angoisse, c’est aussi par jalousie. Leur tutelle est écrasante. L’enfant est leur esclave, complice ou révolté, mal vivant, inapte à assumer sa nubilité.

Auteur: Dolto Françoise

Info: L'évangile au risque de la psychanalyse, tome 1, éditions du Seuil, 1977, page 104

[ contrôlants ] [ possessifs ] [ cannibalisme ] [ répression ] [ éducation ] [ castration ] [ fermeture ]

   
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inséré par Coli Masson

— Ψ ↔ B ↔ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

mère-enfant

C’est précisément cela que je crains actuellement ; on veut aider les mères et les enfants, et on a raison de faire quelque chose pour aider les mères qui doivent travailler, mais on veut le faire sans respect du lien qui assure la communication psychique, le lien symbolique. C’est toujours au même risque qui est d’arracher brusquement précocement l’enfant à sa mère, sans médiation, pour le mettre dans un soi-disant monde meilleur. Il en résulte une pathologie qui fait régresser à la vie fœtale le sujet non individué qui reste imaginairement un objet partiel d’une entité : à la crèche, il fait partie du groupe des bébés, mais il ne sait pas qui il est : il est anonyme, un être-objet de besoins satisfaits par la crèche. Son être de désir est tout le temps bafoué dans les changements de personnes à travers lesquelles il ne peut retrouver, liés à la satisfaction de ses besoins, l’odeur et la voix et les rythmes de sa mère. Il se lasse de ce guet inutile et le soir, quand sa mère revient, il ne sait plus qui elle est, ni qui il est pour elle, ni peut-être même qu’il "est". S’il n’est pas enrhumé et qu’il a les narines libres tous les soirs, c’est à son odeur que le bébé reconnaît d’abord sa mère. Mais si, dès qu’elle le voit, elle se précipite sur lui pour l’embrasser, il n’a pas le temps de la reconnaître et la ressent comme une énorme bouche dévorante affamée de lui, comme la sienne, lors de ses biberons de la journée. Alors à nouveau, il fait partie d’elle-même, fusionné à son corps à elle. Et, après, de jour en jour, perdu le matin, retrouvé et réenglouti le soir, l’enfant a de moins en moins de chance de se connaître individué.

Auteur: Dolto Françoise

Info: La cause des enfants, Editions Robert Laffont, Paris, 1985

[ cannibalisme ] [ disparition ] [ relation ] [ interchangeabilité ] [ garderie ] [ nourrissons ]

   

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inséré par Coli Masson

— Ψ → B → Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

métaphore paternelle

Le point central, le point pivot, le point médiateur, ou plus exactement le moment où le père apparaît comme médié par la mère dans le complexe d’Œdipe, est très précisément celui où maintenant il se fait sentir comme interdicteur. J’ai dit que là, il est "médié" : il est médié parce que c’est en tant qu’interdicteur qu’il va apparaître. Où ? Dans le discours de la mère.

Je vous fais remarquer ici, de même que tout à l’heure ce discours de la mère était saisi à l’état brut dans cette première étape du complexe d’Œdipe, ici, dire qu’il est médié, ça ne veut pas dire que nous faisons encore intervenir ce que le sujet-même de la mère, fait de la parole du père. 

Cela veut dire que cette parole du père intervient effectivement dans ce qui résulte sous la forme du discours de la mère. Il apparaît donc à ce moment-là moins voilé que dans la 1ère étape, mais il n’est pas complètement révélé : c’est ce que veut dire cet usage du terme "médié" en cette occasion. En d’autres termes, à cette étape il intervient ici [M] au titre du message pour la mère. "Lui" il a la parole ici, et ce qu’il dit, c’est une interdiction, c’est un "ne pas..." qui se transmet ici [message], au niveau où l’enfant reçoit le message attendu de la mère.

C’est un message sur un message, et cette forme particulière de message sur un message… dont je vais vous dire, à ma très grande surprise, que les linguistes ne la distinguent pas comme telle, en quoi on voit qu’il y a bien intérêt à ce que nous fassions notre jonction avec les linguistes …message sur un message, c’est le message d’interdiction. Ce n’est pas simplement pour l’enfant, et déjà à cette époque "Tu ne coucheras pas avec ta mère", c’est aussi pour la mère "Tu ne réintégreras pas - et ce sont toutes les formes bien connues de ce qu’on appelle l’instinct maternel qui rencontrent ici un obstacle - "Tu ne réintégreras pas ton produit". 

Chacun sait que la forme primitive de l’instinct maternel se manifeste chez certains animaux peut-être plus encore chez les hommes, en réintégrant, comme nous le disons élégamment, oralement ce qui est sorti par un autre côté. C’est très précisément de cela qu’il s’agit.

Cette interdiction parvient ici [M] comme telle, de même qu’on peut dire ici [A], que quelque chose se manifeste, qui est précisément le père en tant qu’Autre. Et en principe, c’est de là qu’existe la potentialité, la virtualité, en fin de compte salutaire, qui tient à ce que, de ce fait, l’enfant est profondément mis en question, ébranlé dans sa position d’assujet. 

En d’autres termes, c’est pour autant : 

– que l’objet du désir de la mère est mis en question par l’interdiction paternelle, 

– que l’interdiction paternelle empêche que le cercle se referme complètement sur lui, à savoir qu’il devienne purement et simplement objet du désir de la mère, ...que tout le processus qui normalement devrait s’arrêter là - à savoir la relation symbolique à l’Autre - a déjà cette triplicité implicite qu’il y a dans le rapport de l’enfant à la mère, puisque ce n’est pas elle qu’il désire, mais son désir. Il y a déjà cette ternarité : c’est déjà un rapport symbolique.

Néanmoins tout est remis en question, du désir de ce désir, à partir du moment où son premier bouclage, sa première réussite, à savoir la trouvaille de l’objet du désir de la mère échappe complètement par l’interdiction paternelle, et laisse le désir du désir de la mère chez l’enfant le bec dans l’eau.

Cette 2ème étape, un peu moins faite de potentialité que la première - elle, tout à fait sensible et perceptible mais essentiellement instantanée si on peut dire, transitoire - est pourtant capitale, car en fin de compte c’est elle qui est le cœur de ce qu’on peut appeler le moment privatif du complexe d’Œdipe. 

C’est pour autant que l’enfant est débusqué lui-même, et pour son plus grand bien, de cette position idéale dont lui et la mère pourraient se satisfaire, de cette fonction de son objet métonymique [phallus], c’est pour autant qu’il est là débusqué, que peut s’établir la 3ème relation, l’étape suivante : celle, féconde, où il devient autre chose. Il devient cette autre chose dont je vous ai parlé la dernière fois, celle qui comporte l’identification au père et le titre virtuel à avoir ce que le père a.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 29 janvier 1958

[ nom-du-père ] [ surmoi maternel ] [ mère-enfant ] [ trinité ] [ triade ] [ castration ] [ cannibalisme ]

   

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inséré par Coli Masson

— Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.