Lire, cependant, serait devoir mes mots à d’autres. Je ne veux devoir mon souffle à personne. Lire serait fondre ce souffle dans le vaste, l’y perdre. Je me refuse à cette communion et fais de ce refus une loi. À ainsi contraindre mon essor, je pense le saisir, le protéger, le détenir. Je jure fidélité à cette hérésie et — loyal — épouse ma méprise.
Les mots, toutefois, sont partout. J’en suis avide. Il n’en est pas d’indifférent. Si mon regard fuit les regards, mes oreilles, elles, sont à l’affût. Aucun mot, à la ronde, ne leur échappe. Mon cerveau affamé s’en saisit et exulte.
Mes yeux se jettent sur toute enseigne, toute inscription, toute étiquette. J’ai beau ne rien vouloir, mes yeux veulent lire. Comme chaque mot lu ou pensé appelle un monde fortuit, en cascade, je divague à l’infini.
Parfois, les mots chantent d’eux-mêmes. Parfois, ils discourent, prétendent, dénigrent… Mais, dans le fluide verbal, la pensée est un grumeau de passage.
Les phrases, seules, sont en puissance. Au secret de mon crâne, leur mouvance est mon état.
Années: 1990 -
Epoque – Courant religieux: Récent et libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France