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psychanalyse

Au temps où FREUD faisait ses interprétations à Dora, quand il lui disait par exemple qu’elle aimait Monsieur K. et que, somme toute, il lui indiquait sans ambages que c’était avec lui que normalement elle devrait refaire sa vie, il y avait là quelque chose qui nous surprend, d’autant plus que, bien entendu, il ne saurait en être question pour les meilleures raisons : à savoir qu’en fin de compte Dora ne veut absolument rien en savoir. 

Néanmoins une interprétation de cet ordre, au moment où FREUD l’a faite, se présente sur le fond de quelque chose qui, de la part du sujet, de la patiente, de Dora, ne comporte aucune sorte de présomption que FREUD soit là pour rectifier, si l’on peut dire, son appréhension du monde, pour faire que quelque chose en elle soit porté à maturité de sa relation d’objet. 

Rien encore n’est parvenu à ce qu’on pourrait appeler dans l’occasion une sorte d’ambiance culturelle, ce quelque chose qui fait que le sujet attend de la bouche de l’analyste bien autre chose. À la vérité, Dora ne sait pas ce qu’elle attend. Elle est conduite par la main et FREUD lui dit : "Parlez !", et rien d’autre ne pointe en quelque sorte à l’horizon d’une expérience ainsi dirigée, si ce n’est implicitement, par le seul fait qu’on lui dit de parler, qu’en effet il doit bien y avoir quelque chose en jeu qui est de l’ordre de la vérité. 

La situation est loin d’être semblable pour nous, où le sujet vient à l’analyse avec déjà la notion que la maturité de la personnalité, des instincts, de la relation d’objet, est quelque chose qui est déjà organisé, normative, et dont l’analyste représente en quelque sorte la mesure. Il est détenteur des voies et des secrets de quelque chose qui d’ores et déjà se présente comme un réseau de relations, sinon toutes connues du sujet, du moins dont les grandes lignes lui parviennent, au moins dans cette notion qu’il a, dans les grandes lignes : 

– qu’un progrès doit être accompli, 

– que des arrêts dans son développement sont quelque chose de concevable, …bref, que tout un fond, toute une implication concernant "la normativation de sa personne", de ses instincts, mettez là toute l’accolade que vous voudrez, implique que l’analyste, quand il intervient, intervienne en position, dit-on, de jugement, de sanction. Il y a un mot plus précis encore, que nous indiquerons plus tard.

Assurément, ceci donne une toute autre portée à son interprétation. Mais pour bien saisir ce dont il s’agit quand je vous parle du désir inconscient, de la découverte freudienne, il faut revenir à ces temps de fraîcheur où rien n’était impliqué de l’interprétation de l’analyste, si ce n’est cette détection dans l’immédiat, derrière quelque chose qui se présente paradoxalement comme absolument fermé, de quelque chose qui est au-delà. 

Et tout un chacun ici se gargarise avec le terme de "sens". Je ne crois pas que le terme de "sens" soit là autre chose qu’une espèce d’affaiblissement de ce dont il s’agit à l’origine. Le terme de désir, dans ce qu’il a l’occasion de nouer, de rassembler d’identique au sujet, donne toute sa portée à ce qui s’y rencontre dans cette première appréhension de l’expérience analytique, et c’est à cela qu’il convient de revenir si nous devons tâcher de rassembler, à la fois le point où nous en sommes et ce que signifie essentiellement, non seulement notre expérience, mais ses possibilités.

Je veux dire que ce qui la rend possible, c’est aussi ce qui doit nous garder, si l’on peut dire, de tomber dans cette pente, dans ce penchant, je dirais presque dans ce piège où nous sommes impliqués nous-mêmes avec le patient, que nous introduisons dans une expérience de supposés, de l’induire dans une voie qui reposerait en quelque sorte sur un certain nombre de pétitions de principe. Je veux dire sur l’idée qu’en fin de compte une solution dernière puisse être donnée à sa condition qui lui permette à la fin, de devenir, disons le mot, entièrement identique à un objet quelconque. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 16 avril 1958, Les formations de l'inconscient

[ évolution ] [ banalisation ] [ attente ] [ désir-demande ] [ discours courant ] [ fin illusoire ]

 

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inséré par Coli Masson

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