Autour de quoi le tournant de 1920 tourne-t-il ? Autour du fait que, comme le disent les gens de l’époque, les héros de la première génération analytique : "l’interprétation, ça ne fonctionne plus comme ça a fonctionné", l’air n’est plus à ce que ça fonctionne, à ce que ça réussisse. Et pourquoi ? Ça n’a pas épaté FREUD, il l’avait dit depuis bien longtemps. On peut pointer celui de ses textes où il dit très tôt, dans les Essais techniques : "Profitons de l’ouverture de l’inconscient parce que bientôt il aura retrouvé un autre truc". Qu’est-ce que ça veut dire pour nous, qui pouvons de cette expérience faite - et nous-mêmes glissant avec - quand même trouver les repères ?
Je dis que l’effet d’un discours, je parle de celui de la première génération analytique, qui, portant sur l’effet d’un discours : l’inconscient, ne le sait pas que c’est de ça qu’il s’agit - encore que ce fût là, et depuis la Traumdeutung où je vous apprends à le reconnaître, à l’épeler - à savoir qu’il ne s’agit constamment sous le terme des mécanismes de l’inconscient que de l’effet du discours. C’est bien ceci : l’effet d’un discours qui, portant sur l’effet d’un discours : l’inconscient, qui ne le sait pas, aboutit nécessairement à une cristallisation nouvelle de ces effets d’inconscient qui opacifie ce discours. "Cristallisation nouvelle" ça veut dire quoi ? Ça veut dire les effets que nous constatons, à savoir que ça ne fait plus le même effet aux patients qu’on leur donne certains aperçus, certaines clés, qu’on manie devant eux certains signifiants.
Mais observez-le bien, les structures subjectives qui correspondent à cette cristallisation nouvelle, n’ont pas besoin, elles, d’être nouvelles. À savoir ces registres, ces degrés d’aliénation, si je puis dire, que nous pouvons dans le sujet spécifier, qualifier, sous les termes par exemple de moi, de surmoi, d’idéal du moi. C’est comme des "ondes stables", quel que soit ce qui se passe, ces effets qui mettent en recul, immunisent, mithridatisent le sujet par rapport à un certain discours, qui empêchent que ce soit celui-là qui puisse continuer à fonctionner, quand il s’agit de mener le sujet là où nous devons le mener, c’est à savoir à son désir.
Ça ne change rien sur les points nœuds où lui, comme sujet, va se reconnaître, s’installer. Et c’est cela qu’à ce tournant FREUD constate. Si FREUD s’essaie à définir quels sont ces points stables, ces "ondes fixes" dans la constitution subjective, c’est parce que c’est ça qui lui apparaît très remarquablement à lui comme une constante. Mais ce n’est pas pour les consacrer qu’il s’en occupe et les articule, c’est dans la pensée de les lever comme obstacles. Ce n’est pas pour instaurer comme une espèce d’inertie irréductible la fonction Ich prétendue "synthétique" du moi, même quand il en parle, qu’il la met là au premier plan et c’est pourtant comme ceci que cela a été interprété dans la suite.
Années: 1901 - 1981
Epoque – Courant religieux: récent et libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: psychanalyste
Continent – Pays: Europe - France