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tempête musicale

C’est alors que les tuyaux de l’orgue firent brusquement éclater un rugissement formidable et discordant. La musique s’emballa. Le volume augmenta. Le timbre de l’instrument changea, de grinçant il devint retentissant. Cette musique-là était pleine d’énergie, furieuse et contagieuse, fiévreuse et tranchante. Elle évoquait un jaillissement d’eau, un troupeau d’animaux affolés, un formidable tumulte, un océan qui se déchire, deux grandes armées marchant l’une vers l’autre. Son jeu de pieds produisait des notes graves et voilées qui se mêlaient à la mélodie tissée par ses doigts, donnant du corps, de l’épaisseur au son. Il faisait sonner chaque note basse sans même baisser les yeux, avec des pressions légères de ses pieds nus, des mouvements talon-pointe de danseur de salon expérimenté, ajoutant des accords brusques et percutants, tout en faisant courir ses doigts sur les touches. Puis il actionna une commande et décala ses mains vers le bas d’un mouvement fluide, passant du clavier supérieur au clavier inférieur, si bien que les touches de tous les claviers suivaient le mouvement incessant de ses doigts. La musique se fait plus lourde, plus sombre. Les touches s’enfonçaient et se soulevaient toutes seules, comme si des chats invisibles couraient dessus. Le son ne pouvait pas s’échapper ailleurs. Le bâtiment n’allait certainement pas le contenir. Il allait faire voler le toit en éclats.

Auteur: Wood Benjamin

Info: Le Complexe d'Eden Bellwether

[ quatre membres ] [ vivacissimo ] [ furioso ] [ fortissimo ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

film-par-philosophe

(...) la perversion sexuelle consiste dans le fait de ne pouvoir saisir l'autre comme objet de désir dans sa totalité singulière de personne, mais seulement dans le discontinu : l'autre se transforme en paradigme des diverses parties érotiques de son corps, avec cristallisations objectale sur l'une d'entre elles. Cette femme n'est plus une femme, mais sexe, seins, ventre, cuisses, voix ou visage : ceci ou cela de préférence. A partir de là, le désir inventorie les différents termes, dont le signifié réel n'est plus du tout la personne aimée, mais le sujet lui-même dans sa subjectivité narcissique, se collectionnant-érotisant lui-même et faisant de la relation amoureuse un discours à lui-même. Ceci était assez bien illustré par la séquence initiale d'un film de J.L. Godard Le mépris où le dialogue, sur des images "nues", se déroulait ainsi :

- "Tu aimes mes pieds ?" disait-elle (notons que pendant toute la scène, el le se détaille elle-même dans une glace, ce qui n'est pas indifférent : elle se valorise elle-même comme vue, à travers son image, et donc déjà comme discontinuée dans l'espace.)

"Oui je les aime.

- Tu aimes mes jambes ?

- Oui.

- Et mes cuisses ?

- Oui, répondait-il encore, je les aime."

(Et ainsi de suite, de bas en haut jusqu'aux cheveux.)

"Alors tu m'aimes totalement.

- Oui, je t'aime totalement.

- Moi aussi, Paul " dit-elle en résumant la situation.

Il est possible que les réalisateurs aient vu là l'algèbre d'un amour démystifié. Il n'en reste pas moins que cette absurde reconstitution du désir de l'inhumanité même. Désintégré en série selon son corps, la femme objet pur est alors reprise par la série de toutes les femmes objets dont elle n'est qu'un terme parmi d'autres. La seule activité possible dans la logique de ce système est le jeu de substitution. C'est ce que nous avons reconnu comme le ressort même de la satisfaction collectrice.

Cette discontinuation de l'objet en détails dans un système auto-érotique de perversion est freinée dans la relation amoureuse par l'intégrité vivante de l'autre.

Auteur: Baudrillard Jean

Info: Le système des objets (1968, Gallimard, 288 p.)

[ cinéma ] [ rapport homme-femme ] [ industrialisation des membres ]

 

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liens familiaux

La loi divine qui règne dans la famille a pareillement de son côté des différences en soi, dont la relation constitue le mouvement vivant de son effectivité. Mais parmi les trois rapports, celui de l’homme et de la femme, celui des parents et des enfants, et celui des enfants entre eux, en qualité de frères et sœurs, c’est d’abord le rapport de l’homme et de la femme qui est la connaissance immédiate qu’une conscience a de soi dans l’autre, et la connaissance de la reconnaissance mutuelle. Mais comme il s’agit de la connaissance naturelle, et non de la connaissance éthique de soi, elle n’est que la représentation et l’image de l’esprit, et non l’esprit effectif lui-même. — Or la représentation ou l’image a son effectivité chez un autre que ce qu’elle est ; c’est pourquoi ce rapport n’a pas son effectivité chez lui-même, mais chez l’enfant, c’est-à-dire chez un autre dont il est le devenir et où lui-même disparaît ; et cette alternance des générations qui progressent continûment a sa consistance durable dans le peuple. — La piété réciproque de l’homme et de la femme est donc mêlée de relation naturelle et de sentiment, et leur rapport n’a pas chez lui-même son retour en soi ; il en va de même s’agissant du second rapport, celui de la piété réciproque des parents et des enfants. La piété des parents à l’égard de leurs enfants est précisément affectée par cet attendrissement que procure le fait d’avoir la conscience de son effectivité dans l’autre et de voir devenir en lui l’être pour soi, sans le récupérer : celui-ci demeure au contraire une effectivité propre, étrangère — tandis qu’à l’inverse la piété filiale des enfants à l’égard des parents est affectée de l’émotion d’avoir le devenir de soi-même ou l’en soi chez un autre en voie de disparition, et de n’obtenir l’être pour soi et la conscience de soi propre que par la séparation d’avec l’origine ; séparation en laquelle cette origine s’éteint. Ces deux rapports demeurent à l’intérieur du passage d’une partie à l’autre et de la non-identité des côtés qui leur sont impartis. — Mais c’est entre le frère et la sœur que se produit le rapport non mêlé. Ils sont l’un et l’autre le même sang, mais ce sang est parvenu chez eux à son repos et à son équilibre. C’est pourquoi ils ne se désirent pas l’un l’autre, ils ne se sont pas donnés l’un à l’autre, ni n’ont reçu l’un de l’autre cet être pour soi, mais ils sont l’un face à l’autre des individualités libres. C’est pourquoi le féminin a en tant que sœur le sentiment intime suprême de l’essence éthique ; il ne parvient pas à la conscience et à l’effectivité de celle-ci, parce que la loi de la famille est l’essence qui est en soi, l’essence intérieure qui ne se trouve pas au jour de la conscience, mais demeure sentiment intérieur, le divin dégagé de l’effectivité. Le féminin est attaché à ces pénates, il contemple en eux d’une part sa substance universelle, mais d’autre part aussi sa singularité, de telle manière cependant que cette relation de singularité n’est pas en même temps la relation naturelle du plaisir.

Auteur: Hegel Georg Wilhelm

Info: La Phénoménologie de l'esprit, Flammarion, Paris, trad. Jean-Pierre Lefebvre, 2012, pages 391-392

[ membres ] [ couple ] [ échelle de valeurs ] [ parents-enfants ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson