pensée-de-mort
C’est à cette époque, l’an dernier, que je mourus.
Je sais que j’entendais le Maïs,
Comme on me transportait le long des Fermes –
Il avait mis ses Glands –
Je songeais combien il serait doré –
Quand Richard irait au moulin –
Et alors, je voulus sortir,
Mais quelque chose me retint.
Je songeais au Rouge – des Pommes tassées
Entre les rangs d’Eteules –
Aux Charrettes allant penchées dans les champs
Pour charger les Citrouilles –
Je me demandais qui me regretterait, le moins,
Et lorsque viendrait Thanksgiving,
Si Père multiplierait les couverts –
Pour faire une Somme égale –
Et cela troublerait-il la joie de Noël,
Que mon Bas soit suspendu trop haut
Pour qu’un Santa Claus puisse atteindre
L’Altitude de ma personne –
Mais ces pensées, me chagrinaient,
Alors, j’ai songé à l’inverse,
Qu’à pareille époque, en une année parfaite –
Eux-mêmes, viendraient à moi –
Auteur:
Dickinson Emily
Années: 1830 - 1886
Epoque – Courant religieux: industriel
Sexe: F
Profession et précisions: poétesse
Continent – Pays: Amérique du nord - Usa
Info:
Cahier 16, 445, trad Claire Malroux
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cimetière des innocents
En 1590, pendant le siège de Paris par le roi de Navarre, la faim a poussé les Parisiens à ramasser les ossements du cimetière pour en faire de la farine. On a gravé des images, des compositions de la scène. On a gardé des souvenirs. Les enfants qui jouent aux osselets, qui s’amusent avec des têtes. Les chères têtes blondes, justement ! Les Innocents, précisément ! Comment plus longtemps aurait-on pu laisser les enfants voisiner avec la mort révulsante ? Tout cela était trop choquant et la Révolution viendra comme réponse à cette révulsion. Revanche des dames patronnesses. Respectueuses de la mort en train de devenir sacrée. En même temps que l’enfance innocente, c’est-à-dire délivrée du péché, du sale dogme de l’absurdité ontologique. En même temps que la sexualité en train de sortir de son bourbier, le fumier prostitutionnel. La mort, le sexe et l’enfance en train de se diviniser, de se mirer dans leur divinité naissante, et voilà frappés les trois coups du 19e siècle dans les neuf mille mètres carrés de terre visqueuse, asphyxiante, croulante des fermentations des grands dormants.
Auteur:
Muray Philippe
Années: 1945 - 2006
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: essayiste et romancier
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Dans "Le 19e siècle à travers les âges", page 27
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meurtre
Et si tu décides de tuer quelqu’un,
prends n’importe qui et non quelqu’un :
certains hommes sont constitués de parties plus spéciales, plus
précieuses : si tu tues quelqu’un
évite
un président, un roi
ou un type
derrière un bureau –
ceux-là on de célestes longitudes
de lumineuses attitudes.
Si tu te décides,
prends-nous
nous qui attendons en fumant, le regard sombre
nous sommes rouillés de tristesse et fiévreux
à force de grimper à des échelles cassées.
Prends-nous :
nous n’avons jamais été des enfants
comme les tiens.
Nous ne comprenons pas les chansons d’amour
comme ton amoureuse.
Nos visages sont du linoléum craquelé,
craquelé sous les pas lourds
et assurés de nos maîtres.
Nous sommes bombardés de fanes de carottes
de graines de pavot et de grammaire bancale ;
nous perdons nos journées comme des merles fous
et prions pour des nuits alcoolisées.
Nos sourires suintant de suave humanité nous
enveloppent comme les confettis d’un autre :
nous n’appartenons même pas au Parti.
Nous sommes une scène esquissée par
le pinceau blanc terreux de l’Epoque.
Nous fumons, endormis comme un plat de figues.
Nous fumons, aussi morts que du brouillard.
Prends-nous.
Un meurtre dans une baignoire
ou quelque chose de rapide et brillant ; nos noms
dans les journaux.
Reconnus enfin, l’espace d’un instant,
par des millions de grappes d’yeux indifférents
qui se réservent
pour ne ciller et s’enflammer
qu’au moment où leurs comiques vaniteux, dorlotés, convenables
débitent leurs blagues du café de commerce.
Reconnus, enfin, l’espace d’un instant,
comme ils seront reconnus
et comme vous serez reconnus
par un homme tout gris sur un cheval tout gris
qui caresse une épée
plus longue que la nuit
plus longue que l’épine dorsale douloureuse de la montagne,
plus longue que tous les cris
lâchés par nos gorges comme des bombes A
qui ont explosé dans un pays plus neuf,
moins organisé.
Nous fumons et les nuages ne nous remarquent pas.
Un chat passe, il se secoue, Shakespeare tombe de son dos.
Suif, suif, chandelle de cire : nos colonnes vertébrales
sont molles et notre conscience brûle
sans y voir de mal
la dernière mèche que la vie
nous a donnée.
Un vieil homme m'a demandé une cigarette
et m'a raconté ses problèmes
et voici
ce qu'il a dit :
que cette Epoque a été criminelle
et que la Pitié a ramassé les billes
et que la Haine a ramassé le
cash.
Il aurait pu être ton père
ou le mien.
Il aurait pu être un détraqué sexuel
ou un saint.
Mais quoi qu'il fût,
il était condamné
et nous avons fumé au
soleil
et avons pris le temps de
regarder autour de nous
pour voir qui était le
prochain.
Auteur:
Bukowski Charles
Années: 1920 - 1994
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Amérique du nord - Usa
Info:
"poème pour chefs du personnel" dans Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines, traduit de l’anglais par Thierry Beauchamp, éditions du Rocher, 2008
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