[…] le phallus, ai-je dit - en tant que l’expérience nous le révèle - n’est pas simplement l’organe de la copulation, mais est pris dans le mécanisme pervers comme tel.
Entendez bien ce que je veux dire. Ce qu’il s’agit maintenant d’accentuer c’est que : du point qui, comme structural, représente le défaut du signifiant, quelque chose - le phallus, Φ [grand phi] - peut fonctionner comme le signifiant. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce qui définit comme signifiant, quelque chose dont nous venons de dire que par hypothèse, définition et au départ, c’est "le signifiant exclu du signifiant", donc qui ne peut y rentrer que par artifice, contrebande et dégradation et c’est bien pourquoi nous ne le voyons jamais qu’en fonction du φ [petit phi] imaginaire.
Qu’est-ce qui nous permet alors d’en parler comme signifiant et d’isoler Φ ? C’est le mécanisme pervers. Si nous faisons du phallus le schéma suivant, naturel, qu’est-ce qu’est le phallus ? Le phallus, sous la forme organique du pénis, n’est pas dans le domaine animal un organe universel. Les insectes ont d’autres manières de s’accrocher entre eux, et sans aller si loin, les rapports entre les poissons ne sont pas des rapports phalliques. Le phallus se présente au niveau humain entre autres comme le signe du désir, c’en est aussi l’instrument, et aussi la présence. Mais je retiens ce signe pour vous arrêter à un élément d’articulation essentiel à retenir : est-ce par là simplement qu’il est un signifiant ? Ce serait franchir une limite un petit peu trop rapidement, de dire que tout se résume à cela, car il y a tout de même d’autres signes du désir.
[…] Un signifiant, est-ce que c’est simplement "représenter quelque chose pour quelqu’un", soit la définition du signe ? C’est cela, mais non pas simplement cela. Car j’ai ajouté autre chose la dernière fois quand j’ai pour vous rappelé la fonction du signifiant, c’est que ce signifiant n’est pas simplement, si je puis dire, "faire signe à quelqu’un", mais dans le même moment du ressort signifiant, de l’instance signifiante : "faire signe de quelqu’un", faire que le quelqu’un pour qui le signe désigne quelque chose, faire que le signe s’assimile ce quelqu’un, que le quelqu’un devienne lui aussi ce signifiant.
Et c’est dans ce moment que je désigne, comme tel, expressément comme pervers, que nous touchons du doigt l’instance du phallus. Car, si le phallus qui se montre a pour effet de produire chez le sujet à qui il est montré aussi l’érection du phallus, ce n’est pas là condition qui satisfasse en quoi que ce soit à quelque "exigence naturelle".
[…] C’est pour autant que le résultat c’est que le phallus comme signe du désir se manifeste en somme comme objet du désir, comme objet d’attrait pour le désir. C’est dans ce ressort que gît sa fonction signifiante comme quoi il est capable d’opérer à ce niveau, dans cette zone, dans ce secteur où nous devons à la fois l’identifier comme signifiant, et comprendre ce qu’il est ainsi amené à désigner.
Ce n’est rien qui soit signifiable directement, c’est ce qui est "au-delà de toute signification possible", et nommément cette "présence réelle" sur laquelle aujourd’hui j’ai voulu attirer vos pensées, pour en faire la suite de notre articulation.
Années: 1901 - 1981
Epoque – Courant religieux: récent et libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: psychanalyste
Continent – Pays: Europe - France