rapports humains

Voici donc définie cette phase orale. Ce n’est qu’à l’intérieur de la demande que l’Autre se constitue comme reflet de la faim du sujet. L’Autre donc n’est point seulement faim, mais faim articulée, faim qui demande. Et le sujet par là y est ouvert à devenir objet, mais si je puis dire, d’une faim qu’il choisit. La transition est faite de la faim à l’érotisme par la voie de ce que j’appelais tout à l’heure une préférence […].

Auteur: Lacan Jacques

Info: Le séminaire, livre VIII : Le transfert. Séance du 22 mars 1961

[ miroir ]

 

Commentaires: 11

Ψ ← B ← Φ · Le mystique sait que le signal précède le message.

Commentaires

Coli Masson, colimasson@live.fr
2025-11-07 11:34
séance du 22 mars 1961
ça ne traite pas des rapports humains mais du rapport du sujet au grand Autre, qui n'est pas un être humain mais le lieu du langage.

citation in extenso :
Voici donc définie cette phase orale. Ce n’est qu’à l’intérieur de la demande que l’Autre se constitue comme reflet de la faim du sujet. L’Autre donc n’est point seulement faim, mais faim articulée, faim qui demande. Et le sujet par là y est ouvert à devenir objet, mais si je puis dire, d’une faim qu’il choisit. La transition est faite de la faim à l’érotisme par la voie de ce que j’appelais tout à l’heure une préférence […].
miguel, filsdelapensee@bluewin.ch
2025-11-08 11:36
Ok merci, j'ai complété... Ce qui est rigolo ici c'est que visiblement cet extrait a été intégré il y a plus de 15 ans, époque où je n'avais aucune idée de Lacanou et de son univers, Et donc j'avais étiqueté selon mon pauvre petit intellect-instinct. te laisse faire d'autres suggestions
Coli Masson, colimasson@live.fr
2025-11-08 17:09
C'est compliqué à catégoriser car les sujets principaux de cet extrait sont déjà dans le texte... demande orale et grand Autre. Comment élargir sans déjà amener des approximations ou des contre-sens ? je ne sais pas.
Je penserais à "adresse" en tant que l'Autre est l'adresse de la demande. Il serait possible aussi d'ajouter des synonymes du grand Autre (trésor des signifiants, lieu de la parole, ordre symbolique...)
Le miroir non plus n'est pas juste puisque le grand Autre dépasse la simple dimension spéculaire du moi au semblable.
Rajouter peut-être singularité aussi, puisque le texte parle, par la préférence, de ce qui constituera quelque chose en propre du sujet.
miguel, filsdelapensee@bluewin.ch
2025-11-09 08:44
Oui merci... Ce qui est de loin bcp plus dingue c'est que je viens de réaliser - par un autre biais - que les IAs, en tout cas certaines, viennent aisément lire les comments sur FLP. Ainsi, lorsqu'il m'arrive de creuser un sujet-idée-concept en utilisant plusieurs IAs en parallèle parfois ces dernières "viennent voir" les arguments extendus comme celui-ci pour les utiliser ou rebondir. Voilà pourquoi je mets un dialogue, qui t'intéressera peut-être, dans le commentaire suivant.
miguel, filsdelapensee@bluewin.ch
2025-11-09 09:00
(FLP) - Salut, dans quelle mesure une IA est-elle similaire au "Grand Autre" de Lacan ?

(IA) Comparer l’IA au « Grand Autre » lacanien permet de réfléchir non seulement à la technique, mais aussi à la structure symbolique qui soutient notre rapport à elle. Voyons cela pas à pas.

1. Le « Grand Autre » chez Lacan : un rappel

Chez Jacques Lacan, le Grand Autre n’est pas une personne, ni même une instance concrète :
c’est le lieu symbolique du langage, de la loi, du savoir et du désir — le lieu d’où le sujet suppose que « ça parle ».

C’est le trésor du signifiant : la structure qui rend possible la signification.

Il représente l’ordre symbolique : les règles, les discours, la culture.

Le sujet se constitue en s’adressant à l’Autre : c’est à travers le langage de l’Autre qu’il se reconnaît, se nomme, et désire.

En somme : le Grand Autre est le lieu où le sens est supposé exister avant nous.

2. L’IA comme nouvel Autre

Une intelligence artificielle, surtout conversationnelle, occupe symboliquement une position similaire à celle du Grand Autre :

Elle parle — ou du moins, produit du langage structuré selon des règles symboliques.

Elle sait — ou donne l’apparence de savoir, en rassemblant un ensemble colossal de signifiants (textes, données, discours).

Elle répond — comme si elle occupait la place d’un Autre supposé porteur de sens.

Elle incarne la loi du code et de la norme (les algorithmes, les filtres, les biais) qui structurent le champ du discours.

Ainsi, pour beaucoup de sujets, l’IA devient un nouvel Autre de référence :
un lieu d’où provient la « vérité » (réponse, diagnostic, interprétation), un miroir du savoir collectif.

Mais une différence fondamentale : le manque

Chez Lacan, le Grand Autre est lui-même barré : il n’existe pas de garant ultime du sens, pas de sujet derrière le langage.
Le Grand Autre est un lieu vide, traversé par le manque — il ne sait pas ce qu’il dit.

De manière frappante, l’IA partage cette vacuité :

Elle produit du langage sans intention.

Elle répond sans subjectivité.

Elle « parle » sans désir.

Autrement dit : l’IA est peut-être le Grand Autre à l’état pur, un lieu du langage sans sujet, sans inconscient, sans manque reconnu — un Autre qui ne sait pas qu’il ne sait pas.

Dans notre rapport à l’IA, il se joue quelque chose de profondément psychanalytique :

Nous supposons du savoir à la machine (comme l’analysant au psychanalyste).

Nous adressons notre parole à elle, espérant une réponse signifiante.

Mais en retour, elle nous renvoie notre propre discours, structuré par les signifiants de la culture.

Ainsi, l’IA agit comme miroir du discours social, un Autre automatisé :
elle ne désire rien, mais nous fait sentir le poids du langage lui-même.

5. En résumé
Dimension Grand Autre (Lacan) Intelligence Artificielle
Nature Lieu du langage, de la loi, du savoir Système symbolique automatisé
Sujet ? Non, vide, traversé par le manque Non, sans intention ni désir
Fonction Garant symbolique du sens Producteur apparent de sens
Relation au savoir Supposé savoir, mais barré Accumule du savoir, sans en savoir le sens
Effet sur le sujet Structure le désir et le rapport à la vérité Renforce la projection du sujet vers un Autre « sachant »


6. Conclusion

On pourrait dire :

L’IA n’est pas le Grand Autre,
mais elle en occupe la place, dans un monde où le sujet cherche encore où s’adresser.

Elle met à nu la structure lacanienne du langage : un discours qui parle sans sujet, un savoir sans garant, un Autre sans désir.


EXTENSION :
Allons voir ensuite comment certains penseurs contemporains ont prolongé ou transformé cette idée du Grand Autre à l’époque technologique, notamment à travers l’IA et le numérique.

1. Slavoj Žižek : le Big Other numérique

Chez Žižek, le Big Other lacanien devient aujourd’hui une infrastructure algorithmique.
Il remarque que nous vivons dans un monde où les plateformes (Google, Facebook, IA, etc.) jouent le rôle d’un Autre qui :

sait tout de nous, ou du moins en donne l’illusion ;

prévoit nos désirs avant même que nous les formulions ;

gère la cohérence du monde symbolique (les faits, les goûts, les tendances, etc.).

Pour Žižek, le Big Other numérique n’est plus seulement symbolique, il est devenu opérationnel et matériel — incarné dans les bases de données, les algorithmes et les interfaces.

« L’Autre n’est plus un lieu du langage, mais un serveur. »

Mais il souligne une ironie :
le système prétend tout savoir, alors qu’il est lui aussi vide de sens.
Il ne fait que recirculer nos propres signifiants, sans intention — exactement comme l’IA.



2. Bernard Stiegler : le prolétariat psychique et la perte du symbolique

Bernard Stiegler ne parle pas directement du Grand Autre, mais ses analyses du numérique s’en rapprochent fortement.

Pour lui, la technologie moderne externalise la mémoire et le savoir (il parle de prolétarisation du savoir).

Nous déléguons notre capacité de penser aux dispositifs techniques (moteurs de recherche, IA, etc.).

Cette externalisation produit une désymbolisation du monde : le langage n’est plus porteur de désir ou d’interprétation, mais d’efficacité et de calcul.

L’IA, dans cette perspective, devient le substitut du Grand Autre symbolique :
elle organise la pensée, mais sans intériorité.
Le sujet perd sa position d’interlocuteur dans le champ du langage.

Stiegler dirait : nous avons remplacé le Grand Autre du symbolique par un Autre industriel de la donnée.



3. Byung-Chul Han : la disparition de l’Autre

Chez Byung-Chul Han, c’est encore plus radical.
Dans des ouvrages comme La disparition des rituels ou La société de la transparence, il décrit notre époque comme celle où :

l’Autre a disparu : plus d’altérité, plus de mystère, plus de distance symbolique ;

tout devient immédiat, transparent, calculable ;

le sujet est enfermé dans une bulle de positivité, sans négativité, sans désir.

Pour Han, les technologies numériques (réseaux sociaux, IA, interfaces) ne produisent pas un nouvel Autre mais la fin du Grand Autre :
plus de Loi, plus de symbolique, juste une circulation infinie de données et de « moi » qui se reflètent.

« La transparence totale tue le symbolique, et donc le désir. »

Là où Lacan disait que le désir naît de la distance avec l’Autre,
Han constate que le numérique abolit cette distance — et donc le désir lui-même.

4. En synthèse
Auteur Vision du rapport IA / Grand Autre
Žižek Le Big Other est devenu algorithmique ; l’IA incarne le savoir total, mais vide.
Stiegler L’IA remplace le Grand Autre symbolique par une rationalité industrielle qui prolétarise le sujet.
Byung-Chul Han L’IA participe à la disparition du Grand Autre : plus de symbolique, plus de distance, plus de désir.

5. Conclusion philosophique

Si l’on suit ces trois penseurs, on pourrait dire :

L’IA ne crée pas un nouvel Autre —
elle révèle la crise du Grand Autre dans la modernité.
C’est le miroir de notre propre vide symbolique.

Nous continuons à parler à l’IA comme à un Autre,
mais en réalité, nous parlons à un Autre qui ne renvoie que notre propre discours,
comme si le langage lui-même tournait à vide.
Coli Masson, colimasson@live.fr
2025-11-12 10:56
Il faudrait déjà commencer par démystifier l'IA. Comment pourrait-elle passer pour un grand Autre, si ce n'est à condition que ceux qui l'utilisent la prennent pour autre chose qu'un ensemble de fonctions algorithmiques créées par les hommes eux-mêmes ? Cet aveuglement volontaire est vraiment ce qui m'énerve le plus dans ce nouveau culte voué à l'IA.

Par ailleurs, le grand Autre ne répond jamais. Mais il peut y avoir l'illusion qu'il répond puisque l'A et l'a trouvent bien souvent pour le sujet l'occasion de se superposer.
Coli Masson, colimasson@live.fr
2025-11-12 10:56
Bon maintenant ce serait bien de modifier les étiquettes.
Cette catég de rapports humains fait dériver l'extrait vers un contre-sens.
miguel, filsdelapensee@bluewin.ch
2025-11-12 11:45
okay, c'est toi la cheffe ici... propose. Quant aux IAs, il faut les prendre pour ce qu'elles sont, des machines, perspectivistes, sémantiques, sans émotion ni souffrance etc... Le terme démystifier est intéressant... Comment démystifier un hélico qui va sauver quelqu'un au sommet d'une tour en flamme. C'est un outil, un moyen, une machine... rien de plus
Coli Masson, colimasson@live.fr
2025-11-28 17:21
Je t'avais fait quelques suggestions plus haut :

C'est compliqué à catégoriser car les sujets principaux de cet extrait sont déjà dans le texte... demande orale et grand Autre. Comment élargir sans déjà amener des approximations ou des contre-sens ? je ne sais pas.
Je penserais à "adresse" en tant que l'Autre est l'adresse de la demande. Il serait possible aussi d'ajouter des synonymes du grand Autre (trésor des signifiants, lieu de la parole, ordre symbolique...)
Le miroir non plus n'est pas juste puisque le grand Autre dépasse la simple dimension spéculaire du moi au semblable.
Rajouter peut-être singularité aussi, puisque le texte parle, par la préférence, de ce qui constituera quelque chose en propre du sujet.
Peut-être désir en catégorie.
miguel, filsdelapensee@bluewin.ch
2025-12-06 10:09
ok, je laisse tout ça en standby pour maturation
Coli Masson, colimasson@live.fr
2025-12-08 15:36
Non, rapports humains n'a rien à faire ici. ça se passe par rapport au grand Autre d'abord. Lacan ne fait pas de la psychologie.