J'ai renoncé tous mes charmes
Et n'ai donc plus d'autres armes
Que ma pauvre humanité.
Vais-je ici rester confiné
Par vous, pourrai-je partir
Pour Naples ? Veuillez souffrir,
Mon duché m'étant restitué,
Le traître étant pardonné,
Que je quitte ce banc de sable
Et que vos mains secourables
Désenchevêtrent mes liens.
Faites à mes voiles le bien
De votre souffle, sinon
Mon projet ne fut rien de bon
Qui ne voulait que vous plaire.
Et il faut que je désespère,
N'ayant plus ni magie ni art
Si me manque aussi le rempart
De la prière qui prime
Sur la justice et rédime
Par le pardon toute offense.
Vous voulez, vous, cette indulgence
Pour vos propres fautes ? Soit !
Mais d'abord délivrez-moi.
Auteur:
Info: In "La tempête", éd. Folio-Théâtre, p. 352 - trad. Yves Bonnefoy
Commentaires: 3
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Coli Masson
22.12.2025
Merci pour cette précision intéressante... "rédime" va plus loin que ce qu'impliquerait une traduction littérale de "frees"... mais la perte est répercutée sur une correspondance qui ne s'établit plus.
Benslama
22.12.2025
après vérification, Bonnefoy s'est accordé une certaine liberté (celle que Prospero demandait, peut-être ?) - car "rédime toute offense" traduit : "frees all faults" - ainsi, la supplique finale de Prospero, qui clôt la pièce ("set me free") est annoncée, deux vers plus hauts - mais Bonnefoy ne nous donne pas cette correspondance...
miguel
22.12.2025
C'est seulement ce jour que le sens de rédime se révèle à moi :-)