Il [Jacques Lacan] ne parle presque pas. Il m’a assuré que ce n’est pas du tout trop tard et qu’il m’aidera à sortir de là. J’ajoute qu’il me comprend bien et ne me morcelle pas sans pour autant tout mélanger. Il m’a dit au début qu’il a eu l’occasion d’étudier particulièrement les problèmes de la vie spirituelle. […] C’est là ce qui va bien mais il y a aussi autre chose qui m’a déjà fait hésiter à reprendre avec lui en octobre [1950] et continue de me gêner. Je le lui ai dit mais il n’y change rien, malgré que chaque fois qu’il me voit hésiter à continuer il me dit qu’il changera mais il n’en fait rien.
D’abord l’extrême brièveté de ces séances dont le maximum est de 30 minutes, assez souvent même, pas atteint : 20, 25 minutes; 2 ou 3 fois seulement sur tant de séances 35 à 40 minutes.
Le nombre de minutes m’est bien égal mais cette brièveté ne permet pas qu’il y ait jamais la moindre détente et je le quitte plus tendue que je ne suis venue : je ne me trouve jamais dans une situation qui me permette de revivre les choses ou de les dissoudre, ce qui est dit est simplement dit car je suis bien trop tendue pour le revivre.
C’est là son genre, je crois, car autant que j’ai pu m’en rendre compte dans les temps d’attente, il n’accorde pas plus de temps aux autres […]
Ensuite ceci : comme il ne me dit à peu près rien, je n’y vois guère plus clair. Je comprends bien qu’il faut que je parle et je le fais mais je m’attendais à plus d’éclaircissement. Les questions ou réflexions sont plus pour préciser ce que je dis ou m’en faire remarquer l’importance que pour m’aider à situer les choses… du "ça" et du "surmoi" il n’en est pas question. Il est fort cultivé et je pense qu’il l’est trop ; car j’aurais besoin de ces clartés élémentaires projetées sur moi-même comme ça se déroule. J’attends toujours et cela n’arrive pas.
Enfin, ces brèves séances sont comptées par lui aux mêmes conditions que si elles couvraient le temps d’une séance normale, ce qui me met dans la pensée gênante qu’il abuse à son gré d’une situation où je ne peux pas me défendre. Ce qui bien sûr ne concourt pas à la détente. Je lui ai dit tout cela mais il n’en tient aucun compte. […]
D’autre part, il me semble tellement consciencieux que je ne sais comment concilier sa façon de faire avec ce qu’il semble qu’il est.
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Info: Lettre au Dr Nodet, de Flavigny le 4 janvier 1951
— Ψ ← B ← Φ · Le quorum se formera — ou non.
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