J’attendais de vous que vous m’aidiez à sortir de ce gouffre : en vain – et pourtant vous me l’aviez promis et écrit.
Chaque fois que je crois avoir trouvé une prise où m’accrocher, d’un coup sur les doigts vous me la faites lâcher et je retombe.
Vous vous plaisez à me détruire et chaque fois que vous avez pu casser quelque chose de plus et me désorienter davantage, vous êtes visiblement content, et je vous quitte chaque fois un peu plus tendue, un peu plus déçue.
Si la psychanalyse consiste à démoraliser, à murer dans l’angoisse, à noircir l’obscurité, à couper tous les chemins, à poursuivre une œuvre complètement négative – à étrangler l’autre en silence en lui ôtant le peu qui lui restait pour apprendre finalement à l’autre que dans la vie c’est comme ça… avec au début, un tout autre langage, afin de bien masquer au début, ce qui suivra…
Si c’est cela, pourquoi ne pas me l’avoir dit tout de suite – et m’avoir trompée par vos paroles, jusqu’à ce que moi-même, avec trop de lenteur je le découvre ?
Si vous voulez achever de m’encercler dans cet état infernal, c’est bien facile : il suffit de continuer ainsi.
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Info: Lettre à Jacques Lacan, 3 novembre 1951
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