Vous n’avez pas vécu l’expérience personnelle de la névrose. Vous la connaissez d’en face, vous en êtes indemne, elle ne vous a pas meurtri, ça se sent trop cruellement ! Ce n’est pas de me piétiner qui me guérira. Je ne cherche pas un témoin qui ajoute son accusation à celle que déjà je porte contre moi, mais une aide. Comprenez-vous la différence ?
Je souffre horriblement de cette insensibilité affective qui me rend étrangère à tout : une séance comme celle-ci la durcit encore et ainsi ces séances l’aggravent, m’y figent et m’y enfoncent définitivement.
Vous ne comprenez donc pas ce paradoxe de séances qui, au lieu de m’éclairer et de m’orienter, m’obscurcissent, me tourmentent et rendent mon mal plus lourd, avec vous pour toute aide ; trouvez cela très drôle et moquez-vous de moi. Vous ne savez pas quel mal on fait à se moquer d’une souffrance qui brise l’autre ?
Je persévère parce que je veux en sortir mais je ne vous sens pas avec moi pour cela ; vous êtes toujours contre moi. Peu importe que je guérisse un jour ou jamais pourvu que vous ayez le plaisir personnel d’être ironique et moqueur et que je vous paie en billets le temps que vous y passez. Il fallait m’avertir au début que la psychanalyse, du moins votre méthode, consiste à apprendre à ceux qui ont la candeur d’en attendre quelque chose, que les hommes sont des loups les uns pour les autres : c’est tout – et que ce que vit et ressent le malade ne compte pas humainement, n’existe pas.
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Info: Résumé de la séance avec Jacques Lacan du 3 avril 1952
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