urbains

De tous ces gens-là qui m’entourent, m’emportent, me heurtent et me poussent, de cette foule parisienne qui coule, me contenant sur les trottoirs devant la Samaritaine, combien seraient capables de recommencer les gestes essentiels de la vie s’ils se

trouvaient demain à l’aube dans un monde nu ?

Qui saurait orienter son foyer de plein air et faire du feu ?

Qui saurait reconnaître et trier parmi les plantes vénéneuses les nourricières comme l’épinard sauvage, la carotte sauvage, le navet des montagnes, le chou des pâturages ?

Qui saurait tisser l’étoffe ?

Qui saurait trouver les sucs pour faire le cuir ?

Qui saurait écorcher un chevreau ?

Qui saurait tanner la peau ?

Qui saurait vivre ?

Ah ! c’est maintenant que le mot désigne enfin la chose !

Je vois ce qu’ils savent faire :

Ils savent prendre l’autobus et le métro.

Ils savent arrêter un taxi, traverser une rue, commander un garçon de café ; ils le font là autour de moi avec une aisance qui me déconcerte et m’effraie.

Je suis effrayé comme je l’ai été au zoo de Berlin devant la cage du gorille quand j’ai vu la bête s’asseoir sur une chaise, en face d’une table, et attendre sa pâtée. - Comme un monsieur, dit quelqu’un qui m’accompagnait.

Auteur: Giono Jean

Info: Les vraies richesses, éditions Grasset, page 46

[ civilisation ] [ question ] [ survie ] [ savoirs ancestraux ] [ animaux dénaturés ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

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