fonction paternelle

En d’autres termes, ceci : que nous tendons à repousser de notre horizon toujours plus, voire à dénier dans notre expérience, paradoxalement de plus en plus, nous autres analystes, la place du père. Pourquoi ? Mais simplement parce qu’elle s’efface dans toute la mesure où nous perdons le sens et la direction du désir, où notre action auprès de ceux qui se confient à nous, tendrait à lui passer - à ce désir - je ne sais quel doux licol, je ne sais quel soporifique, je ne sais quelle façon de suggérer, qui le ramène au besoin. Et c’est bien pourquoi nous voyons toujours plus, et de plus en plus, au fond de cet Autre que nous évoquons chez nos patients : la mère. Il y a quelque chose qui résiste malheureusement, c’est que cette mère nous l’appelons castratrice. Et pourquoi, grâce à quoi l’est-elle ? Nous le savons bien dans l’expérience, et c’est ça qui est le cordon qui nous garde au contact de cette dimension qu’il ne faut pas perdre, c’est ceci - du point où nous sommes et du point de la perspective réduite du même coup qui est la nôtre - c’est que la mère est d’autant plus castratrice qu’elle n’est pas occupée à castrer le père.

[…] Nous savons bien que nous ne pouvons pas non plus opérer dans notre position d’analyste comme opère FREUD, qui prenait dans l’analyse la position du père. Et c’est ce qui nous stupéfie dans sa façon d’intervenir. Et c’est pour ça que nous ne savons plus où nous fourrer, parce que nous n’avons pas appris à réarticuler, à partir de là, quelle doit être notre position à nous. Le résultat, c’est que nous passons notre temps à dire à nos patients : "vous nous prenez pour une mauvaise mère", ce qui n’est tout de même pas non plus la position que nous devons adopter.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 10 mai 1961

[ psychanalyse ] [ service des biens ] [ évolution ] [ actualisation ]

 

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