Ce que je recherche devant vous, le chemin sur lequel - à l’aide du drame claudélien vous le verrez - j’essaye de vous remettre, c’est de remettre au cœur du problème la castration.
– Parce que la castration et son problème sont identiques à ce que j’appellerai la constitution du sujet du désir comme tel : non pas du sujet du besoin, non pas du sujet frustré, mais du sujet du désir.
– Parce que - comme je l’ai déjà assez poussé devant vous - la castration est identique à ce phénomène qui fait que l’objet de son manque, au désir - puisque le désir est manque - est dans notre expérience identique à l’instrument même du désir : le phallus.
Je dis bien que l’objet de son manque, au désir - quel qu’il soit, même sur un autre plan que le plan génital - pour être caractérisé comme objet du désir, et non pas de tel ou tel besoin frustré, il faut qu’il vienne à la même place symbolique que vient remplir l’instrument même du désir, le phallus, c’est-à-dire cet instrument, en tant qu’il est porté à la fonction de signifiant.
[…] Et pourquoi cet instrument est-il porté à la fonction du signifiant ? Justement pour remplir cette place dont je viens de parler : symbolique. Quelle est-elle cette place ? Eh bien, justement elle est la place du point mort occupé par le père en tant que déjà mort : je veux dire en tant que du seul fait qu’il est celui qui articule la loi, sa voix ne peut que défaillir derrière. Car aussi bien : ou il fait défaut comme présence, ou comme présence, il n’est que trop là. C’est ce point où tout ce qui s’énonce repasse par zéro entre le oui et le non. Ce n’est pas moi qui l’ait inventée cette ambivalence radicale entre "le zist et le zest" - pour ne pas parler chinois, : entre l’amour et la haine, entre la complicité et l’aliénation.
La loi, pour tout dire, pour s’instaurer comme loi, nécessite comme antécédent la mort de celui qui la supporte. Qu’il se produise à ce niveau le phénomène du désir, c’est ce qu’il ne suffit pas simplement de dire. C’est pour cela que je m’efforce devant vous de fomenter ces schémas topologiques [graphe] qui nous permettent de repérer cette béance radicale. Elle se développe et le désir achevé n’est pas simplement ce point, mais est ce qu’on peut appeler "un ensemble" dans le sujet.
Cet "ensemble" dont j’essaie de vous marquer non seulement la topologie dans un sens paraspatial - la chose qui s’illustre – mais aussi les trois temps de cette explosion, temps d’appel au premier, au bout de quoi se réalise la configuration du désir. Et vous pouvez le voir marqué dans les générations. Et c’est pour cela qu’il n’y a pas besoin, pour situer la composition du désir chez un sujet de remonter dans une récurrence à perpète, jusqu’au père ADAM : trois générations suffisent.
– À la première, la marque du signifiant. C’est ce qu’illustre à l’extrême et tragiquement dans la composition claudélienne l’image de Sygne de COÛFONTAINE, portée jusqu’à la destruction de son être d’avoir été totalement arrachée à tous ses attachements de parole et de foi.
– Au deuxième temps ce qui en résulte. Car même sur le plan poétique les choses ne s’arrêtent pas à la poésie. Même des personnages créés par l’imagination de CLAUDEL, ça aboutit à l’apparition d’un enfant. Ceux qui parlent et qui sont marqués par la parole, engendrent : il se glisse dans l’intervalle quelque chose qui est d’abord infans. Et ceci, c’est Louis de COÛFONTAINE, à la deuxième génération l’objet totalement rejeté, l’objet non désiré, l’objet en tant que non désiré.
– Comment se compose, se configure à nos yeux, dans cette création poétique, ce qui va en résulter à la troisième génération, c’est-à-dire à la seule vraie - je veux dire qu’elle est là aussi au niveau de toutes les autres, les autres en sont des décompositions artificielles bien sûr, ce sont des antécédents de la seule dont il s’agit - comment le désir se compose entre : la marque du signifiant, et la passion de l’objet partiel, c’est là ce que j’espère vous articuler la prochaine fois.
Auteur:
Info: 10 mai 1961
— Ψ ← B ← Φ · Le sol parle avant le langage.
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