extrémités

Je veux dire que la tendance Mélanie KLEIN a tendu à mettre l’accent sur la fonction d’objet de l’analyste dans la relation transférentielle. Bien sûr ça n’est pas là le départ de la position, mais c’est dans la mesure où elle restait, cette tendance... même si vous voulez, vous pouvez dire que c’est Mélanie KLEIN la plus fidèle à la pensée freudienne, à la tradition freudienne ...la plus fidèle, qu’elle a été amenée à articuler la relation transférentielle en termes de fonction d’objet pour l’analyste.

Je m’explique : dans la mesure où dès le départ de l’analyse, dès les premiers pas, dès les premiers mots, la relation analytique est pensée par Mélanie KLEIN comme dominée par les fantasmes inconscients, qui sont là tout de suite :

– ce à quoi il nous faut viser,

– ce à quoi nous avons affaire,

– ce que dès le départ, je ne dis pas que nous devons, mais que nous pouvons interpréter,

...c’est dans cette mesure que Mélanie KLEIN a été amenée à faire fonctionner l’analyste - la présence analytique dans l’analyste, l’intention de l’analyste pour le sujet - comme bon ou comme mauvais objet.

Je ne dis pas que c’est là une conséquence nécessaire, je crois même que c’est une conséquence qui n’est nécessaire qu’en fonction des défauts de la pensée kleinienne. C’est justement dans la mesure où la fonction du fantasme - encore qu’aperçue de façon très prégnante - a été par elle insuffisamment articulée : c’est le grand défaut de l’articulation kleinienne, c’est que, même chez ses meilleurs acolytes ou disciples, qui certes plus d’une fois s’y sont efforcés, la théorie du fantasme n’a jamais vraiment abouti.

[…] L’autre versant de la théorie du transfert est celui qui met l’accent sur ceci - qui n’est pas moins irréductible et est aussi plus évidemment vrai - que l’analyste est intéressé dans le transfert comme sujet. C’est évidemment à ce versant que se réfère cette accentuation qui est mise - dans l’autre mode de penser le transfert - sur "l’alliance thérapeutique".

Il y a une véritable cohérence interne entre ceci [l’alliance thérapeutique] et ce qui l’accompagne : ce corrélat de l’analyste, ce mode de concevoir le transfert - qui est le second, celui pour lequel j’ai épinglé Anna FREUD qui le désigne en effet pas mal, mais elle n’est pas la seule - qui met l’accent sur les pouvoirs de l’ego. Il ne s’agit pas simplement de les reconnaître [ces pouvoirs] objectivement, il s’agit de la place qu’on leur donne dans la thérapeutique. Et là qu’est-ce qu’on vous dira ?

C’est qu’il y a toute une première partie du traitement où il n’est même pas question de parler, de penser à mettre en jeu ce qui est à proprement parler du plan de l’inconscient. Vous n’avez d’abord que défenses - c’est le moindre de ce qu’on pourra vous dire - ceci pendant un bon bout de temps. Ceci se nuance plus dans la pratique que dans ce qui se doctrine, et c’est à deviner à travers la théorie qui en est faite.

Ce n’est pas tout à fait la même chose de mettre au premier plan - ce qui est ô combien légitime - l’importance des défenses, et d’arriver à théoriser les choses jusqu’à faire de l’ego lui-même une espèce de masse d’inertie qui peut même être conçue - et c’est le propre de l’école de KRIS, HATMANN et des autres - comme comportant, après tout disons-le, des éléments pour nous irréductibles, ininterprétables en fin de compte. C’est à ça qu’ils aboutissent et les choses sont claires, je ne leur fais pas dire ce qu’ils ne disent pas : ils le disent. Et le pas plus loin, c’est qu’après tout il en est très bien ainsi, et que même on devrait le rendre encore plus irréductible cet ego, y rajouter des défenses, après tout c’est un mode concevable de mener l’analyse. Je ne suis pas du tout, en ce moment, en train d’y mettre même une connotation de jugement de rejet, c’est comme ça.

Ce qu’on peut dire en tout cas c’est que, comparé à ce que l’autre versant formule, il ne semble pas que ce soit ce côté-là qui soit le plus freudien, c’est le moins qu’on puisse dire.

Auteur: Lacan Jacques

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Ajouté à la BD par miguel

Ψ ± B ± Φ · La pensée n'est pas dans la tête. Elle passe à travers.

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