sexualité

Mais enfin, pourquoi est-ce que dans ce sadisme et dans ce masochisme le fait d’être battu - il y a d’autres moyens d’exercer le sadisme et le masochisme - le fait d’être battu très précisément avec une badine, ou quoi que ce soit d’analogue, joue un rôle essentiel ? Et minimiser l’importance dans la sexualité humaine de cet instrument là spécialement, qu’on appelle couramment le fouet, d’une façon plus ou moins élidée, symbolique, généralisée, c’est quand même quelque chose qui mérite quelque considération. 

Monsieur Aldous HUXLEY nous dépeint le monde futur où tout sera si bien organisé quant à l’instinct de reproduction [1984] qu’on mettra purement et simplement les petits fœtus en bouteille après avoir choisi ceux qui seront destinés à leur avoir fourni les meilleurs germes. Tout va très bien, et le monde devient quelque chose de si particulièrement satisfaisant que Monsieur Aldous HUXLEY, en raison de ses préférences personnelles, le déclare fondamentalement ennuyeux.

Nous ne prenons pas parti, mais ce qui est intéressant, c’est qu’un auteur qui se livre à ces sortes d’anticipations, auxquelles nous n’attachons aucune espèce d’importance quant à nous, fait renaître le monde que lui connaît, et nous aussi, par l’intermédiaire d’une fille qui manifeste son besoin d’être fouettée. Il lui semble sans aucun doute qu’il y a là quelque chose qui est étroitement lié au caractère d’humanité du monde.

C’est simplement ce que je veux vous signaler. Je veux vous signaler que ce qui est accessible à un romancier, et à quelqu’un qui sans aucun doute a l’expérience de la vie sexuelle, est tout de même aussi quelque chose qui pour nous, analystes, devrait nous arrêter, à savoir que si tout le tournant par exemple de l’histoire de la perversion dans l’analyse, à savoir le moment où on est sorti de la notion que la perversion est purement et simplement la pulsion qui émerge, c’est-à-dire le contraire de la névrose, on a attendu le signal du chef d’orchestre, c’est-à-dire le moment où FREUD a écrit "On bat un enfant". 

Et que c’est autour de cette étude absolument d’une sublimité totale - parce qu’évidemment tout ce qui a été dit après n’est que la petite monnaie de ce qu’il y a là-dedans - c’est autour de l’analyse de ce fantasme de fouet que FREUD a véritablement à ce moment-là fait entrer la perversion dans sa véritable dialectique analytique : là où elle apparaît être, non pas la manifestation d’une pulsion pure et simple, mais être attachée à un contexte dialectique aussi subtil, aussi composé, aussi riche en compromis, aussi ambigu qu’une névrose. 

C’est à partir précisément de quelque chose qui va, non pas classer la perversion dans une catégorie de l’instinct de nos tendances, mais dans quelque chose qui l’articule précisément dans son détail, dans son matériel et - disons le mot - dans son signifiant. Chaque fois d’ailleurs que vous avez affaire à une perversion, il y a quelque chose qui correspond à une sorte de méconnaissance de ce que vous avez devant vous si vous ne voyez pas combien la perversion est attachée d’une façon fondamentale à une espèce de trame d’affabulation qui d’ailleurs est essentiellement susceptible de se transformer, de se modifier, de se développer, de s’enrichir. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 5 février 1958

[ eugénisme ] [ parlêtres ] [ psychanalyse ] [ structure incorporée du langage ]

 

Commentaires: 2

Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

Commentaires

miguel, filsdelapensee@bluewin.ch
2026-04-14 07:30
jeu de rôles ?
Coli Masson, colimasson@live.fr
2026-04-19 09:35
Lacan ne parle pas de jeux de rôles ici.