reflet

Il est très frappant de voir le petit enfant, parfois encore enclos dans ces petits appareils avec lesquels il commence d’essayer de faire les premières tentatives de la marche, et où encore même le geste de la prise du bras ou de la main est marqué du style de la dissymétrie, de l’inappropriation, de voir cet être encore insuffisamment stabilisé, même au niveau cérébelleux, néanmoins s’agiter, s’incliner, se pencher, se tortiller avec tout un gazouillis expressif devant sa propre image pour peu qu’on ait mis à sa portée un miroir mis assez bas, et montrant en quelque sorte d’une façon vivante le contraste entre cette chose dessinable d’un qui est devant lui projeté, qui l’attire, avec quoi il s’obstine à jouer, et ce quelque chose d’incomplet qui se manifeste dans ses propres gestes. 

Et là, ma vieille thématique du stade du miroir, pour autant que j’y suppose, que j’y vois un point exemplaire, un point hautement significatif qui nous permet de présentifier, d’imaginer, pour nous les points clés, les points carrefours où peut se faire jour, se concevoir le renouvellement de cette sorte de possibilité toujours ouverte au sujet, d’un autobrisement, d’un autodéchirement, d’une automorsure, devant ce quelque chose qui est à la fois lui et un autre. J’y vois une certaine dimension du conflit où il n’y a d’autre solution que celle d’un "ou bien ou bien".

Il lui faut ou le tolérer comme une image insupportable qui le ravit à lui–même, ou il lui faut le briser tout de suite, c’est-à-dire renverser la position, considérer comme annulé, annulable, brisable celui qu’il a en face de lui-même, et de lui-même conserver ce qui est à ce moment le centre de son être, la pulsion de cet être par l’image, cette image de l’autre - qu’elle soit spéculaire ou incarnée - qui peut être en lui évoquée. Le rapport, le lien de l’image avec l’agressivité est ici tout à fait articulable.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 7 juin 1961

[ néoténie ] [ étonnement ] [ altérité ] [ division ] [ aliénation ]

 

Commentaires: 0

Ajouté à la BD par Coli Masson

Commentaires

No comments