trait unaire

C’est dès le premier pas que fait FREUD dans l’articulation de ce que c’est que l’Identifizierung, l’identification, sous les deux formes où il l’introduit. 

1 ) Une identification primitive qu’il est extraordinairement important de retenir dans les premiers pas de son article - sur lesquels je reviendrai tout à l’heure - car ils constituent tout de même quelque chose qu’on ne peut pas escamoter, à savoir que FREUD implique, antérieurement à l’ébauche même de la situation de l’Œdipe, une première identification possible au père comme tel. 

Le père lui trottait dans la tête. Alors on lui laisse faire une première étape d’identification au père autour duquel il développe tout un raffinement de termes. Il appelle cette identification exquisément virile, exquisit männlich. Ceci se passe dans le développement, je n’en doute pas. Ce n’est pas une étape logique, c’est une étape de développement avant l’engagement du conflit de l’œdipe, au point qu’en somme il va jusqu’à écrire que c’est à partir de cette identification primordiale que pointerait le désir vers la mère et, à partir de là alors, par un retour, le père serait considéré comme un rival. 

Je ne suis pas en train de dire que cette étape soit cliniquement fondée. Je dis que le fait qu’elle ait bien paru nécessaire à la pensée de FREUD ne doit pas pour nous - au moment où FREUD a écrit ce chapitre - être considéré comme une sorte d’extravagance, de radotage. Il doit y avoir une raison qui nécessite pour lui cette étape antérieure, et c’est ce que la suite de mon discours essayera de vous montrer. Je passe… 

2 ) Il parle ensuite de l’identification régressive, celle qui résulte du rapport d’amour, pour autant que l’objet se refuse à l’amour. Le sujet, par un processus régressif, et vous voyez là, ça n’est pas la seule raison pointée pour laquelle effectivement il fallait bien, pour FREUD, qu’il y eût ce stade d’identification primordiale, le sujet par un processus régressif est capable de s’identifier à l’objet qui dans l’appel d’amour le déçoit. 

3 ) Tout de suite après nous avoir donné ces deux modes d’identification dans le chapitre Die Identifizierung, c’est le bon vieux mode qu’on connaît depuis toujours, depuis l’observation de DORA, à savoir l’identification qui provient de ce que le sujet reconnaît dans l’autre la situation totale, globale où il vit : l’identification hystérique par excellence. C’est parce que la petite camarade vient de recevoir, dans la salle où sont groupés les sujets un petit peu névrosés et zinzins ce soir-là, une lettre de son amant que notre hystérique fait une crise. Il est clair que c’est l’identification - dans notre vocabulaire - au niveau du désir. Laissons de côté… FREUD s’arrête expressément dans son texte, pour nous dire que dans ces deux modes d’identification - les deux premiers fondamentaux - l’identification se fait toujours par ein einziger Zug. Voilà ce qui à la fois nous allège de beaucoup de difficultés à plus d’un titre. Au titre d’abord de la concevabilité - qui n’est pas quelque chose qu’il y ait lieu de dédaigner - d’un trait unique. 

Deuxième point, ceci qui pour nous converge vers une notion que nous connaissons bien, celle du signifiant. Cela ne veut pas dire que cet einziger Zug, ce trait unique, soit par cela même donné comme tel, comme signifiant. Pas du tout ! Il est assez probable, si nous partons de la dialectique que j’essaie d’ébaucher devant vous, que c’est possiblement un signe. Pour dire que c’est un signifiant, il en faut plus. Il faut son utilisation ultérieure, dans une batterie signifiante ou, comme quelque chose qui a rapport à la batterie signifiante. Mais le caractère ponctuel de ce point de référence à l’Autre, à l’origine, dans le rapport narcissique, c’est cela qui est défini par cet ein einziger Zug. Je veux dire que c’est cela qui donne la réponse à la question : "comment intériorise-t-il ce regard de l’Autre", qui, entre les deux frères jumeaux ennemis, du moi ou de l’image du petit autre, spéculaire, peut faire à tout instant basculer la préférence ? 

Ce regard de l’Autre, nous devons le concevoir comme s’intériorisant par un signe - ça suffit - ein einziger Zug. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 7 juin 1961

[ résumé ] [ historique ] [ imaginaire ] [ symbolique ]

 

Commentaires: 0

Ajouté à la BD par Coli Masson

Commentaires

No comments