moi-je

Qu’est-ce à dire, est-ce qu’il serait si simple que ce sujet dise : "je désire" ? 

Pas si simple, beaucoup moins simple - vous le savez, dans votre expérience - que de dire : "j’aime océaniquement", comme s’exprime FREUD bien joliment à propos de sa critique de l’effusion religieuse. J’aime, je baigne, je mouille, j’inonde et je bave par-dessus le marché, et d’ailleurs tout cela par bavochage, à peine le plus souvent de quoi mouiller un mouchoir, surtout que cela se fait de plus en plus rare. Les "grandes humides" s’effacent depuis le milieu du XIXème siècle. Qu’on me montre de nos jours quelqu’un du type Louise COLET, je me dérangerai pour aller voir. 

Être désirant, c’est autre chose, il semble plutôt que cela laisse bien le "je" en suspens, cela le laisse tellement bien collé en tout cas dans le fantasme que je vous défie - ce  "je" du désir - de le trouver ailleurs que là où M. GENET le pointe dans Le balcon. Je vous ai déjà parlé de M. Jean GENET - ce cher GENET... - dont je vous ai fait un jour tout un grand séminaire. Vous retrouverez facilement le passage dans Le balcon, de ce jeu du fantasme. 

GENET pointe admirablement ceci que les filles connaissent bien, c’est que : quelles que soient les élucubrations de ces Messieurs assoiffés d’incarner leurs fantasmes, il y a un trait commun à tous, c’est qu’il faut que - par quelque trait dans l’exécution - ça ne fasse pas vrai parce que autrement peut-être, si cela devenait tout à fait vrai, on ne saurait plus où on en est. Il n’y aurait peut-être pas pour le sujet de chances qu’il y survive. 

C’est cela la place du signifiant S barré : S, pour qu’on sache que ce n’est là qu’un signifiant, cette indication de l’inauthentique c’est là, la place du sujet en tant que première personne du fantasme. La meilleure façon que je trouve de l’indiquer - je l’ai déjà plusieurs fois suggéré quelque part - c’est de restituer à sa vraie forme la cédille du "ça" en français : ce n’est pas une cédille, c’est une apostrophe, c’est - dans l’apostrophe du "c’est" - la première personne de l’inconscient. Et vous pouvez même barrer le "t" de la fin : "c’es". voilà une façon d’écrire le sujet au niveau de l’inconscient, le sujet du fantasme. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 28 juin 1961

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inséré par Coli Masson

Ψ ← B ← Φ · Le silence n'est pas un vide, mais une porosité.

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