" Hélas ! qu’êtes-vous donc, mes pensées écrites et peintes ! Il n'y a pas longtemps que vous étiez encore si bigarrées, si jeunes et si malicieuses [...]. Mais déjà vous avez perdu votre nouveauté, et quelques-unes d’entre vous sont prêtes, je le crains, à devenir des vérités : elles ont déjà l’air si immortelles, si navrantes de décence, si ennuyeuses ! "
Pour l'auteur, dès qu'une pensée est couchée par écrit, elle perd son " sang ", c'est-à-dire sa force vitale, pour devenir une idole figée, une mort de la pensée vivante que les institutions (les " instruments de pouvoir " ) vont pouvoir exploiter. Il s'en prend à la fétichisation des idées dès lors qu'elles cessent d'être un mouvement intérieur pour devenir des textes figés, point de départ de l'esprit de système et des dogmes. Cet extrait, qui est l'aphorisme final du livre, résume magnifiquement cette déchéance du passage à l'écrit.
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Info: Par-delà le bien et le mal (1886), Aphorisme 296
— Ψ ⇄ B ⇄ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.
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