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Ce qui est difficile à comprendre en mécanique classique, et  pas en mécanique quantique 

J'ouvre ma réflexion sur un aphorisme que je qualifie de " slogan zéro ", en ce qu'il précède et fonde l'ensemble de mon propos : ce qui est difficile à comprendre, c'est la mécanique classique, non la mécanique quantique. Cette formule, d'apparence paradoxale, vise à dissiper un malentendu tenace.

Le formalisme fondamental de la mécanique quantique, je le tiens pour une structure mathématique d'une simplicité et d'une beauté remarquables : l'état d'un système y est décrit par un vecteur dans un espace de Hilbert, dont l'évolution obéit à l'équation de Schrödinger. La véritable difficulté ne réside point dans ce cadre abstrait, mais dans ce que l'on nomme la " théorie de la mesure ". Lorsqu'il s'agit d'extraire du formalisme quantique des prédictions applicables à des expériences mettant en jeu des composants macroscopiques, la complexité devient redoutable. C'est là qu'intervient la règle de Born, selon laquelle les grandeurs observables correspondent aux valeurs propres de certains opérateurs, la probabilité d'observation étant proportionnelle au carré de la norme du vecteur propre associé. Comprendre comment le comportement classique d'un appareil de mesure émerge de ce formalisme fondamentalement quantique : voilà le nœud gordien, et non le formalisme lui-même.

Je confesse avoir jadis consacré de longues années à la " philosophie " de la mécanique quantique et à ses problèmes d'interprétation — le fameux chat de Schrödinger, entre autres. J'ai fini par m'en détourner, las de discussions qui, cherchant à traduire le formalisme quantique en langage naturel et en intuitions tirées de la physique quotidienne, semblaient s'égarer dans une brume spéculative sans jamais aboutir. Ce champ d'interrogation, certes encore vivace, a été largement supplanté par un domaine nouveau de la physique, qui affronte ces questions de manière plus concrète : celui de la décohérence et de la transition du quantique au classique.

Toutefois, je reconnais avec humilité ne point posséder l'expertise suffisante pour traiter ce sujet dans toute sa profondeur. Je me borne donc à offrir une liste de lectures — ouvrages de Schlosshauer, de Zurek, de Lindley, billets de Jess Riedel, ainsi que la référence à un article de Physics Reports dû à Allahverdyan, Balian et Nieuwenhuizen — afin d'orienter le lecteur vers des sources plus autorisées que les miennes.

Je précise ensuite que la position que je défends n'a rien d'hétérodoxe et constitue peut-être même la vue dominante en physique. L'appareil expérimental macroscopique, bien qu'il obéisse lui aussi à l'équation de Schrödinger, représente un système quantique d'une complexité absurde, rendant l'analyse de l'émergence du comportement classique extrêmement ardue. Je forme le vœu que les progrès technologiques, en permettant la création de systèmes quantiques cohérents de plus en plus vastes, éclaireront rétrospectivement les anciennes questions interprétatives.

En définitive, je soutiens que le problème du formalisme mathématique fondamental de la mécanique quantique — quantifier les degrés de liberté de la métrique, les unifier à ceux du Modèle standard — se découple des difficultés liées à la mesure et à la décohérence. Là où d'autres perçoivent un lien indissoluble, je n'en discerne aucune preuve. Aussi ai-je choisi, en toute modestie, de me consacrer au problème " simple " — la structure fondamentale — et de laisser le problème " difficile " à de plus experts que moi.

En résumé Le formalisme quantique fondamental est d'une limpide beauté ; la véritable énigme réside dans l'émergence de la mécanique classique à l'échelle macroscopique. Lassé par les spéculations philosophiques et conscient de mes limites face à la physique de la décohérence, je postule que ces deux enjeux sont découplés. Aussi abandonné-je l'ardue question de la mesure classique pour me consacrer exclusivement à la simplicité des fondements quantiques.

Auteur: Woit Peter

Info: 11 aout 2024 - https://www.math.columbia.edu/~woit/wordpress/?p=7076 - Ces deux mots décrivent l'état d'un système physique et sa tendance à interagir avec son environnement. La cohérence permet l'existence d'états superposés et intriqués (propre à l'infiniment petit), tandis que la décohérence marque la perte de ces propriétés par interaction externe, faisant émerger notre réalité classique

[ cohérence - décohérence ] [ corrélé - décorrélé ]

 

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inséré par miguel

Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Le sol parle avant le langage.

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