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C’est en Amérique que les chevaux ont commencé à parcourir le monde. Un million d’années avant l’apparition de l’homme, ils paissaient dans les vastes plaines d’herbes rabougries et traversaient d’autres continents sur des ponts de roche bientôt détruits par le retrait des glaces. Ils ont d’abord connu l’homme comme la proie connaît le chasseur, car bien avant de les considérer comme un moyen de tuer d’autres bêtes, l’homme les tuait pour leur viande.

Des peintures rupestres en témoignent. Lions et ours se retournaient et se battaient, et c’est à ce moment-là que les hommes les transperçaient de leurs lances. Mais le cheval était une créature de fuite, non de combat, et, avec une logique implacable, le chasseur utilisa la fuite pour l’anéantir. Des troupeaux entiers furent précipités du haut des falaises vers une mort certaine. Les amas de leurs ossements brisés en témoignent. Et bien que plus tard il soit venu feindre l’amitié, l’alliance avec l’homme ne serait jamais que fragile, car la peur qu’il avait semée dans leurs cœurs était trop profonde pour être délogée.

Depuis ce moment néolithique où l’on a mis un licol au cheval pour la première fois, certains hommes l’ont compris.

Ils pouvaient voir au fond d’eux. Ils apaisaient l'âme des créatures et les blessures qu'ils y trouvaient. On les prenait souvent pour des sorcières, et peut-être l'étaient-elles. Certaines pratiquaient leur magie avec des os blanchis de crapauds, cueillis dans des ruisseaux au clair de lune. D'autres, disait-on, pouvaient d'un seul regard enraciner les sabots d'une équipe de travailleurs dans la terre qu'ils labouraient. Il y avait des gitans et des forains, des chamans et des charlatans. Et ceux qui possédaient véritablement ce don avaient coutume de le garder précieusement, car on disait que celui qui chassait le diable pouvait aussi le faire rentrer. Le propriétaire d'un cheval que vous aviez apaisé pouvait vous serrer la main puis danser autour des flammes pendant qu'elles vous brûlaient sur la place du village.

Pour les secrets murmurés à l'oreille des personnes sensibles et troublées, ces hommes étaient connus sous le nom de Chuchoteurs. 


Auteur: Evans Nicholas

Info: L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux

[ équidés ] [ compréhension ] [ empathie ]

 

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inséré par miguel

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