rites

Observons ce qu’est à l’origine le phallus, ϕαλλός [phallos] en grec. C’est là que nous le voyons pour la première fois dans l’Antiquité grecque attesté dans les textes où, si nous allons chercher les textes là où ils sont dans différents endroits d’ARISTOPHANE, d’HÉRODOTE etc. nous voyons d’abord que le ϕαλλός [phallos] ce n’est pas du tout identique à l’organe en tant qu’appartenance du corps, prolongement, membre, organe en fonction si l’on peut dire. 

Le ϕαλλός c’est - d’une façon qui domine de beaucoup - employé à propos d’un simulacre, d’un insigne [fallace] quel que soit le mode sous lequel il se présente : 

– qu’il s’agisse d’un bâton en haut duquel sont appendus les organes virils, 

– qu’il s’agisse d’une imitation de l’organe viril, 

– qu’il s’agisse d’un morceau de bois, d’un morceau de cuir ou d’une série de variétés sous lesquelles il se présente, 

…c’est quelque chose qui est un objet substitutif, et en même temps, c’est sa propriété que cette substitution soit en quelque sorte très différente de la substitution au sens où nous venons de l’entendre, de la substitution-signe.

[…] Bref, ce qui est frappant dans l’instance très singulière de cet objet qui pour les Anciens, et au-delà de toute espèce de doute, joue le rôle au sein des Mystères, de l’objet autour duquel, si l’on peut dire, étaient placés - et aussi bien, semble-t-il, à tel point que l’initiation les levait - les derniers voiles, c’est-à-dire un objet qui, pour la révélation du sens, était considéré comme caractère significatif dernier. 

Est-ce que tout ceci ne met pas sur la voie de ce dont il s’agit, à savoir en somme, ce rôle économique prévalent du phallus en tant que tel, c’est-à-dire en tant que ce qui représente en somme le désir dans sa forme la plus manifeste, je l’opposerai terme par terme à ce que je disais du signifiant qui est essentiellement : "creux qui s’introduit dans le plein du monde". 

Inversement, ce qui se manifeste dans le ϕαλλός, c’est ce qui de la vie se manifeste de la façon la plus pure comme turgescence, comme poussée, et nous sentons bien l’image du ϕαλλός au fond même de tout ce que nous manipulons comme terme, qui fait que par exemple en français c’est sous la forme de "pulsion" que le terme allemand "Trieb" a pu être traduit. 

Cet objet privilégié - si l’on peut dire - du monde de la vie, qui d’ailleurs dans son appellation grecque s’apparente à tout ce qui est de l’ordre du "flux", de "la sève", voire de "la veine" elle-même, car il semble que ce soit la même racine qu’il y ait dans ϕλέψ [phléps : veine, artère] et dans ϕαλλός. 

Il semble que les choses sont donc telles que ce point le plus manifeste, manifesté, du désir dans ses apparences vitales [le phallus], soit justement ce qui se trouve ne pouvoir entrer dans l’aire du signifiant qu’à y déchaîner, si l’on peut dire, la barre.

Tout ce qui est de l’ordre de l’intrusion, de la poussée vitale comme telle se trouvera, pour autant qu’elle vient ici pointer, se maximiser dans cette forme ou dans cette image, sera quelque chose - c’est cela que l’expérience nous montre, nous ne faisons là que la lire - qui inaugurera comme tel tout ce qui se présente : 

– soit comme connotation d’une absence là où cela n’a pas à être puisque cela n’est pas, à savoir ce qui fait considérer le sujet humain qui n’a pas le ϕαλλός, comme castré, 

– soit inversement, pour celui qui a quelque chose qui peut prétendre à lui ressembler, comme menacé de castration.

[…] Il est tout à fait clair aussi que par toute sorte de tests, d’attestations qui nous sont apportées par l’expérience qui n’a rien d’avéré et qui ne demande aucune espèce d’investigation dans la profondeur des "Mystères", il est clair que dans tous les cultes antiques, c’est à mesure même qu’on s’approche du culte, c’est-à-dire de la manifestation signifiante de la puissance féconde de la grande déesse, que tout ce qui se rapporte au ϕαλλός est l’objet d’amputations, de marques de castration ou d’interdiction de plus en plus accentuées, le caractère d’eunuque des prêtres de la grande déesse, de la déesse syrienne, étant quelque chose du plus reconnu, retrouvé dans toute sorte de textes. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 23 avril 1958

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inséré par Coli Masson

— Ψ ↔ B ↔ Φ · Le sol parle avant le langage.

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