Il va dans le marais qui a nom Styx,
le sinistre ruisseau, quand il arrive
au pied des affreuses berges grises.
Et moi qui regardais très fixement,
je vis des gens boueux dans ce marais,
tous nus, et à l'aspect meurtri.
Ils se frappaient, mais non avec la main,
avec la tête, avec la poitrine et avec les pieds,
tranchant leur corps par bribes, avec les dents.
Le bon maître dit : "Fils, tu vois maintenant
les âmes de ceux que la colère vainquit ;
et je veux encore que tu saches
qu'il y a dans l'eau des gens qui soupirent
et font pulluler cette onde jusqu'en haut,
comme tes yeux te montrent, où qu'ils se posent.
Plantés dans la boue ils disent : "Nous étions tristes
dans l'air doux que le soleil réjouit,
ayant en nous les fumées chagrines :
à présent nous nous attristons dans la boue noire."
Cet hymne ils le gargouillent dans leur gorge,
car ils ne peuvent le dire par mots entiers."
Ainsi nous parcourûmes dans les marais fangeux
un grand arc entre le sec et le mouillé,
les yeux tournés vers les mangeurs de boue.
Auteur:
Info: La Divine Comédie, trad. Jacqueline Risset, Flammarion, 2010, Chant VII (Quatrième cercle des enfers: les avares et les prodigues)
— Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.
nbsp;
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