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invertis

Les homosexuels, on en parle. Les homosexuels, on les soigne. Les homosexuels, on ne les guérit pas. Et ce qu’il y a de plus formidable, c’est qu’on ne les guérit pas, malgré qu’ils soient absolument guérissables. Car il y a quelque chose qui se dégage de la façon la plus claire des observations, c’est que ce qui s’appelle homosexualité masculine est très proprement une inversion quant à l’objet, qui se motive, qui se structure au niveau d’un œdipe plein et achevé. 

À savoir au niveau d’un œdipe parvenu à cette troisième étape dont nous avons parlé à l’instant, ou plus exactement à quelque chose qui, dans cette troisième étape, tout en la réalisant, la modifie assez sensiblement pour qu’on puisse dire que l’homosexuel mâle - l’autre aussi, mais aujourd’hui nous allons nous limiter au mâle pour des raisons de clarté - l’homosexuel mâle a réalisé pleinement son œdipe. Et vous me direz : "Nous le savons bien : il l’a réalisé sous une forme inversée."

[…] Je crois que la clé du problème concernant l’homosexuel, est celle-ci : l’homosexuel en tant qu’homosexuel, à savoir dans toutes ses nuances, accorde cette valeur prévalente à l’objet pénis, en fait une caractéristique absolument exigible du partenaire sexuel, en tant que sous une forme quelconque c’est la mère qui - au sens où je vous ai appris à le distinguer - fait la loi au père.

Je vous ai dit que le père intervenait dans cette dialectique du désir - dans l’œdipe - pour autant que le père fait la loi à la mère. Ici, quelque chose qui peut être de diverses formes se résume toujours à ceci, que c’est la mère qui se trouve à un moment décisif avoir fait la loi au père. Cela veut dire quoi ? Vous allez le voir, cela veut dire très précisément ceci : qu’au moment où, de par l’intervention du père, aurait dû se passer la phase de dissolution concernant le rapport du sujet à l’objet du désir de la mère, c’est-à-dire au fait que la possibilité pour lui de s’identifier au phallus fut complètement passée, coupée à la racine par le fait de l’intervention interdictive du père, à ce moment-là, c’est dans la structure de la mère qu’il trouve le renfort, le support, le quelque chose qui fait que cette crise ne se passe pas. 

À savoir, si vous voulez, qu’au moment idéal, au temps dialectique où la mère devrait être prise comme privée de cet adjet comme tel, c’est-à-dire que le sujet ne sache plus littéralement de ce côté-là à quel saint se vouer, à ce moment-là il trouve sa sécurité.

Cela tient le coup parfaitement, du fait qu’il éprouve qu’en fait c’est la mère qui est la clé de la situation, qu’elle, elle ne se laisse ni priver, ni déposséder. En d’autres termes, que le père peut toujours bien dire ce qu’il veut, que pour une raison quelconque ça ne leur fera ni chaud ni froid. Cela ne veut pas dire que le père n’est pas entré en jeu.

[…] [Freud :] "Il est fréquent - c’est une des possibilités - qu’une inversion soit déterminée par la chute d’un père trop interdicteur." 

Il y a là-dedans les deux temps : l’interdiction, mais aussi que cette interdiction a échoué. En d’autres termes que c’est la mère qui, finalement là, a fait la Loi. Ceci explique aussi que dans de tout autres cas, où la marque de ce père interdicteur est brisée, le résultat soit exactement le même, et en particulier que dans des cas où le père aime trop la mère, où il apparaît par son amour comme trop dépendant de la mère, le résultat soit exactement le même.

Je ne suis pas en train de vous dire que le résultat est toujours le même, mais que dans certains cas il est le même. Ce dont il s’agit, ce n’est pas de différencier ce que cela fait quand du fait que le père aime trop la mère, ça fait un autre résultat qu’une homosexualité. Simplement je fais remarquer au passage que je ne me réfugie pas du tout dans la constitution pour cette occasion, parce qu’il y a des différences qui sont à établir, par exemple sur un effet du type névrose obsessionnelle, et nous le verrons à une autre occasion, mais pour l’instant je veux simplement grouper des causes différentes qui peuvent avoir un effet commun, à savoir que dans les cas où le père est trop amoureux de la mère, il se trouve en fait dans la même position d’être celui à qui la mère fait la loi. 

Il y a encore des cas… et c’est là l’intérêt de prendre cette perspective, c’est de voir comment cela peut rassembler des cas différents …des cas où le père - le sujet vous en témoigne - est toujours resté comme une espèce de personnage très à distance, dont les messages ne parvenaient que par l’intermédiaire de la mère. C’est ce dont témoigne le sujet.

Mais en réalité, l’analyse montre qu’il est loin d’être absent, à savoir en particulier que derrière la relation tensionnelle, très souvent marquée de toutes sortes d’accusations, de plaintes, de manifestations agressives comme on s’exprime, concernant la mère, qui constituent le texte de l’analyse d’un homosexuel, on s’aperçoit que la présence du père comme rival, c’est-à-dire dans le sens, non pas du tout de l’œdipe inversé, mais de l’œdipe normal, se découvre, et de la façon la plus claire, et dans ce cas-là on se contente de dire que l’agressivité contre le père a été transférée à la mère. 

On n’a tout de même pas quelque chose qui soit bien clair, mais on a quand même l’avantage de dire quelque chose qui, au moins, colle aux faits. Ce qu’il s’agit de savoir, c’est pourquoi il en est ainsi. Il en est ainsi parce que dans position critique où le père a été effectivement une menace pour l’enfant, l’enfant a trouvé sa solution. 

[…] Il a considéré que la façon de tenir le coup - parce que c’était la bonne, parce que la mère, elle, ne se laissait pas ébranler - c’était de s’identifier à la mère.

Aussi bien c’est très précisément en tant qu’étant dans la position de la mère, mais ainsi définie, qu’il va se trouver : 

– d’une part, pour autant qu’il s’adresse à un partenaire qui est alors le substitut du personnage paternel, à savoir comme il apparaît très fréquemment dans les fantasmes, les rêves, des homosexuels, que le rapport avec lui va consister à le désarmer, à le mater, voire d’une façon tout à fait claire chez certains homosexuels, à le rendre incapable, lui, le personnage substitut du père, de se faire valoir auprès d’une femme ou des femmes, 

– que d’autre part, cette phase qu’a l’exigence de l’homosexuel de rencontrer chez son partenaire l’organe pénien, correspond bien précisément à ceci, que dans la position primitive, celle qu’occupe la mère qui, elle, fait la loi au père, ce qui est justement mis en question - non pas résolu, mais mis en question - c’est à savoir si vraiment le père en a ou n’en a pas. 

Et c’est très précisément cela qui est demandé par l’homosexuel à son partenaire - bien avant tout autre chose, et d’une façon prévalante par rapport à autre chose - c’est avant tout - après cela on verra ce qu’on aura à en faire - mais avant tout : montrer qu’il en a.

J’irai même plus loin, j’irai jusqu’à vous indiquer ici que la valeur de dépendance que représente pour l’enfant l’amour excessif du père pour la mère, consiste précisément en ceci… dont vous pouvez vous souvenir et dont vous vous souvenez j’espère …choisi à votre intention, c’est à savoir : qu’"aimer, c’est toujours donner ce qu’on n’a pas, et non pas donner ce qu’on a". 

Je ne reviendrai pas sur les raisons pour lesquelles je vous ai donné cette formule, mais soyez-en certains, et prenez-la comme une formule clé, comme une petite rampe dont, à la toucher de la main, elle vous mènera - même si vous n’y comprenez rien, et c’est beaucoup mieux que vous n’y compreniez rien - elle vous mènera au bon étage. 

Aimer, c’est donner à quelqu’un - qui, lui, a ou n’a pas ce qui est en cause, mais assurément - c’est donner ce qu’on n’a pas. Donner par contre - c’est aussi donner - mais c’est donner ce qu’on a. C’est la différence. En tout cas, c’est pour autant que le père se montre véritablement aimant à l’endroit de la mère qu’il est soupçonné d’être suspect de n’en avoir pas. Et c’est sous cet angle que le mécanisme entre en jeu. C’est d’ailleurs bien pourquoi cette remarque que je vous fais : jamais les vérités ne sont complètement obscures ni inconnues, quand elles ne sont pas articulées, elles sont à tout le moins pressenties.

Je ne sais pas jusqu’à quel point vous avez remarqué que ce thème brûlant n’est jamais abordé par les analystes, encore qu’il soit au moins aussi intéressant de savoir si le père aimait la mère, que si la mère aimait le père. On pose toujours la question dans ce sens : l’enfant a eu une mère phallique castratrice, et tout ce que vous voudrez, et elle avait vis-à-vis du père une attitude autoritaire : manque d’amour, de respect, etc. Mais il est très curieux de voir que nous ne soulignons jamais la relation du père à la mère. C’est précisément dans la mesure où nous ne savons pas trop qu’en penser et où, somme toute, il ne nous apparaît pas pouvoir dire rien de bien normatif concernant ce sujet. Aussi laissons-nous bien soigneusement de côté, tout au moins jusqu’à aujourd’hui, cet aspect du problème. J’aurai très probablement à y revenir. 

Autre conséquence : il y a quelque chose aussi qui apparaît très fréquemment, et qui n’est pas un des moindres paradoxes de l’analyse des homosexuels, c’est quelque chose qui au premier abord, semble bien paradoxal par rapport à cette exigence du pénis chez le partenaire. Il apparaît de la façon la plus claire qu’il y a une chose dont ils ont une peur bleue, et on nous dit que c’est de voir l’organe de la femme parce que cela leur suggère des idées de castration. C’est peut-être vrai, mais pas de la façon que l’on pense, parce que ce qui les arrête devant l’organe de la femme, c’est précisément qu’il est censé - dans beaucoup de cas on le rencontre - avoir ingéré le phallus du père, que ce qui est redouté et craint dans la pénétration, c’est précisément la rencontre avec ce phallus.

Il y a des rêves, dont je vous citerai certains, qui sont bien enregistrés dans la littérature, et aussi bien dans ma pratique, où il apparaît de la façon la plus claire qu’au tournant où on peut arriver à articuler ce qu’il en est du rapport avec la femme, c’est ceci : que ce qui émerge à l’occasion dans la rencontre possible avec un vagin féminin, c’est très précisément un phallus qui se développe en somme comme tel, et qui représente ce quelque chose d’insurmontable devant lequel le sujet doit non seulement s’arrêter, mais rencontrer toutes les craintes, et qui donne au danger du vagin un tout autre sens que celui qu’on a cru devoir mettre sous la rubrique du vagin denté, qui existe aussi mais qui [...] au regard du vagin en tant qu’il contient le phallus hostile, le phallus paternel, le phallus à la fois fantasmatique, présent et absorbé par la mère, dont la mère elle-même détient la puissance véritable, est là précisément dans l’organe féminin, ceci articulant suffisamment toute la complexité des rapports de l’homosexuel avec les différents termes qui en quelque sorte [...]. 

Et c’est précisément parce que c’est là, si l’on peut dire, une situation stable, pas du tout duelle, une situation pleine de sécurité, une situation à trois pieds, et qu’elle n’est jamais envisagée que soutenue, si je puis dire, sous l’aspect d’une relation duelle, que jamais dans le labyrinthe des positions de l’homosexuel - et par conséquent par la faute de l’analyste - la situation ne vient jamais à être entièrement élucidée. 

En d’autres termes, c’est pour méconnaître que la situation… qui bien entendu, tout en ayant les rapports les plus étroits avec la mère …n’a son importance que par rapport au père, à la façon de ce qui devrait être le message de la Loi, est exactement tout le contraire, c’est-à-dire ce quelque chose qui, ingéré ou pas, est en définitive entre les mains de la mère, dont la mère a la clef, mais d’une façon, vous le voyez, beaucoup plus complexe que simplement par cette notion globale et massive qu’elle est la mère pourvue d’un phallus et que l’homosexuel se trouve être identifié à la mère.

Non pas du tout en tant qu’elle est purement et simplement ce quelque chose qui a ou n’a pas d’adjet, mais quelqu’un qui détient les clés de cette situation particulière qui est celle qui est au débouché de l’œdipe. À savoir ce point où se juge de savoir lequel des deux, en fin de compte, détient la puissance, non pas n’importe quelle puissance, mais très précisément la puissance de l’amour et pour autant que les liens complexes de l’édification de l’œdipe, tels qu’ils vous sont présentés ici, vous permettent de comprendre comment ce rapport à la puissance de la Loi correspond, retentit métaphoriquement avec le rapport à l’objet fantasmatique qu’est le phallus en tant qu’objet auquel doit se faire à un moment l’identification du sujet comme tel.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 29 janvier 1958

[ psychanalyse ] [ étiologie ] [ hypothèses ] [ parents ] [ nom-du-père ] [ père-mère ] [ ordre symbolique ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ ↔ B ↔ Φ · Le sol parle avant le langage.

inconscient

Aussi bien, est-ce à partir d’un fantasme isolé par FREUD dans un ensemble de huit malades… six filles et deux garçons avec des formes névrotiques assez nuancées, pas toutes d’ailleurs des névroses, mais une part assez importante statistiquement …c’est à partir de l’étude systématique et combien soigneuse, suivie avec un pas à pas, un scrupule qui est justement ce qui distingue entre toutes, ces investigations de FREUD lui-même quand c’est lui qui les fait, c’est à travers ces sujets, si divers soient-ils, par la recherche des transformations de l’économie à travers les étapes - qui sont les étapes du complexe d’Œdipe - d’un certain fantasme : ce fantasme "On bat un enfant", que FREUD commence d’articuler pleinement ce qui se développera par la suite comme étant le moment d’investigation propre des perversions dans sa pensée, et j’y insiste, qui nous montrera toujours plus l’importance dans cette économie de quelque chose qui est à proprement parler et comme tel, le jeu du signifiant. 

Je ne puis d’ailleurs, en passant, que pointer une chose : je ne sais pas si vous avez remarqué que les derniers écrits de FREUD, l’un de ses derniers articles : Constructions dans l’analyse montre l’importance centrale de la notion du rapport du sujet au signifiant comme étant absolument fondamentale pour concevoir tout ce que nous pouvons rassembler - et c’est un des derniers articles que FREUD aient écrits - de ce que représente en fin de compte le mécanisme de la remémoration comme tel dans l’analyse, qui est essentiellement lié comme tel à la chaîne signifiante. 

C’est tout à fait avéré dans cet article, et le dernier article de FREUD que nous ayons, celui qui, dans Collected Papers était traduit sous le titre de Splitting of the ego, que je traduis par "Division ou éclatement du moi dans le mécanisme du symptôme analytique", celui dont on peut dire : sur lequel FREUD est resté, la plume lui tombant des mains, cet article inachevé, c’est la dernière œuvre qu’il nous lègue, lie étroitement tout ce qui est de l’économie de l’ego avec cette dialectique de la reconnaissance perverse, si l’on peut dire - d’un certain thème auquel le sujet se trouve confronté - lie étroitement, en un nœud indissoluble, la fonction de l’ego et la relation imaginaire comme telle dans les rapports du sujet à la réalité, et en tant que cette relation imaginaire est utilisée et intégrée au mécanisme du signifiant. 

Prenons maintenant le fantasme "On bat un enfant". FREUD s’arrête sur le sujet de ce que signifie ce fantasme dans lequel paraît absorbée, sinon l’entièreté, du moins une partie importante des satisfactions libidinales du sujet. Il insiste : il l’a vu en grande majorité chez des sujets féminins, en moindre chez des sujets masculins, il ne s’agit pas de n’importe quel fantasme sadique ou pervers, il s’agit de ceux qui culminent et se fixent sous cette forme dont le sujet donne d’abord le thème d’une façon très réticente.

Il semble qu’une assez grande charge de culpabilité se lie pour le sujet à la communication même de ce thème qui, une fois qu’il l’a révélé, donné, ne peut pas pour lui s’articuler différemment ni autrement que par "On bat un enfant". "On bat", cela veut dire que pour le sujet, ce n’est pas lui qui bat, il est là en spectateur. 

FREUD commence par analyser la chose comme elle se passe dans l’imagination des filles, chez des sujets féminins qui ont eu à lui révéler cela. Il s’agit d’un personnage qui, à le considérer dans ses caractères d’ensemble, peut être considéré comme étant de la série de la lignée du "personnage qui a l’autorité". Ce n’est pas le père. C’est à l’occasion un instituteur, un personnage tout puissant, un roi, un tyran. Quelquefois, c’est très romancé : on reconnaît, non pas le père, mais quelque chose qui en est en quelque sorte l’équivalence pour nous. 

Nous aurons très facilement à le situer, et ceci nous permet vraiment de le situer d’emblée dans la forme achevée du fantasme, à ne pas nous contenter de cette sorte d’homologie avec le père, de ne pas l’assimiler au père, de le placer dans un certain point qui est cet au-delà du père, de le situer quelque part dans cette catégorie du Nom du Père que nous prenons soin de distinguer des incidences du Père réel.

[…]

Il s’agit de tirer de ceci enseignement, de voir ce que pour nous, peut représenter cette sorte de résultat de cette investigation minutieuse, qui porte la même marque de précision et d’insistance, de retour, de travail de son matériel, jusqu’à ce qu’il ait vraiment détaché ce qui lui apparaît les articulations irréductibles, qui fait l’originalité d’à peu près tout ce qu’a écrit FREUD. 

Mais nous, spécialement, ce que nous voyons dans les Cinq Grandes Psychanalyses, dans cet admirable Homme aux loups où il revient sans cesse sur ce même thème qui est de rechercher strictement la part de ce qu’on peut appeler l’origine symbolique et l’origine réelle de ce qui est la chaîne primitive dans l’histoire du sujet, c’est cela même. Là de même, il nous détache 3 étapes, trois temps : une 1ère étape, nous dit-il, qu’on trouve toujours dans cette occasion chez les filles, qui est ceci : l’enfant qui est battu, à un moment donné de l’analyse, dévoile dans tous les cas, nous dit-il, son existence et son vrai visage : C’est un germain, c’est-à-dire un frère ou une sœur. Donc c’est un petit frère ou une petite sœur que le père bat. La signification de ceci, nous dit FREUD, se place très nettement sur deux plans.

[…]

FREUD souligne que c’est au niveau archaïque que se situe la signification de ce fantasme primitif. C’est pour autant que du père, de la part du père… il ne se trouve pas d’étape plus élevée du fantasme, je veux dire étape archaïque antérieure …c’est pour autant que de la part du père est refusée, déniée à cet enfant… au petit frère ou à la petite sœur qui subit, dans le fantasme, les sévices de la part du père …c’est pour autant qu’il y a dénonciation de la relation d’amour, humiliation, que ce sujet est visé, dans ce fantasme, dans son existence de sujet qu’il est l’objet de sévices et que ces sévices consistent à le dénier comme sujet, à réduire à rien son existence comme désirante, à le réduire à quelque chose qui, en tant que sujet, tend à l’abolir. 

C’est cela le sens du fantasme primitif : Mon père ne l’aime pas, et c’est cela qui fait plaisir au sujet, le fait que l’autre n’est pas aimé, c’est-à-dire n’est pas établi dans la relation, elle, proprement symbolique. C’est par ce nerf, par ce biais que l’intervention du père ici prend sa valeur pour le sujet, première, essentielle, celle dont va dépendre toute la suite. 

Le deuxième temps, nous dit FREUD… et ceci n’est pas moins important à considérer que l’articulation du premier temps, ce premier temps est retrouvé dans l’analyse, l’autre, nous dit-il, n’y est jamais …doit être reconstruit.

[…]

Le deuxième temps est lié à la relation de l’œdipe comme telle - je dis pour la petite fille - et a ce sens d’une relation privilégiée de la petite fille avec son père. C’est elle qui est battue, et autour de cela : la convergence du matériel analytique qui nécessite de reconstruire cet état du fantasme, mais ce fantasme n’est jamais sorti, nous dit FREUD, dans le souvenir. Par contre le temps, chez la petite fille, du désir d’être l’objet du désir de son père, avec ce que ceci comporte de culpabilité, FREUD admet que ce peut être le retour coupable de ce désir œdipien qui nécessite qu’elle se fasse elle-même, dans ce fantasme uniquement reconstruit, l’objet du châtiment. 

FREUD parle aussi à ce propos de régression, c’est-à-dire que pour autant que ce message ne peut être retrouvé dans la mémoire du sujet, pour autant qu’il est refoulé, un mécanisme corrélatif qu’il appelle à ce propos régression, peut faire que ce soit à cette relation antérieure que le sujet recourt pour exprimer dans un fantasme qui n’est jamais mis au jour, cette relation que le sujet a à ce moment–là avec le père, relation franchement libidinale, déjà structurée sur le mode œdipien. 

Dans un troisième temps, et après la sortie de l’œdipe, il ne restera rien d’autre que ce schéma général où une nouvelle transformation se sera introduite qui est double : la figure du père est dépassée, transposée, renvoyée à la forme générale du personnage qui peut battre, qui est en posture de battre, personnage omnipotent et despotique, et le sujet lui-même sera là présenté sous la forme de ces enfants multipliés qui ne sont même plus de son propre sexe, qui sont une espèce de série neutre d’enfants.

[…] nous savons tous qu’il est d’importance décisive dans le déclenchement des névroses… il suffit d’avoir la moindre expérience dans l’analyse pour savoir combien l’apparition d’un petit frère ou d’une petite sœur a un rôle vraiment carrefour dans l’évolution de quelque névrose que ce soit …seulement, si nous nous arrêtons d’abord là, cela a chez nous exactement le même effet dans notre pensée que ça en a pour le sujet dans sa névrose, c’est-à-dire que si nous nous arrêtons tout de suite dans ce rapport de réalité, cela nous masque complètement la fonction de ce rapport. 

À savoir que c’est pour autant que ce rapport vient à la place de ce qui nécessite un tout autre développement, un développement de symbolisation, et que cela le complique et nécessite une solution tout à fait différente. C’est pour cela que cette relation au frère ou à la petite sœur, au rival quelconque, prend sa valeur décisive. Or ici, que voyons-nous dans le cas de la solution fantasmatique liée au fantasme, dans cette occasion dit masochiste ? Nous voyons quelque chose dont FREUD nous a articulé la nature : ce sujet est aboli sur le plan symbolique. 

C’est en tant qu’il est un rien du tout, qu’il est quelque chose à quoi on refuse toute considération en tant que sujet, que l’enfant trouve dans ce cas particulier le fantasme de fustigation. C’est à ce titre, et pour autant que l’enfant va réussir cette solution du problème à ce niveau. 

Nous n’avons qu’à nous limiter au cas où c’est comme cela, mais à comprendre ce qui se passe dans le cas où c’est comme cela. C’est effectivement d’un acte symbolique qu’il s’agit, et FREUD le souligne bien : ce qui se passe chez cet enfant arrive chez le sujet lui-même, qui se croit quelqu’un dans la famille. Une seule taloche, nous dit FREUD, suffit souvent à le précipiter du faîte de sa toute-puissance. 

Il s’agit bien d’un acte symbolique, et je dirai que la forme même qui entre en jeu dans le fantasme, à savoir le fouet, la baguette, a quelque chose qui porte en soi le caractère et la nature de je ne sais quelle chose qui, sur le plan symbolique, s’exprime par une raie, par quelque chose qui barre le sujet.

[…]

Le 2ème temps… et ceci a son importance pour la valorisation de ce schéma que je vous ai introduit la dernière fois …est ceci : ce fantasme, dans le 2ème temps va prendre une tout autre valeur, et c’est bien cela qui est l’énigme, qui est toute l’énigme. C’est l’essence du masochisme. C’est dans le changement de sens de ce fantasme comme tel, à savoir comment ce quelque chose qui a servi à dénier l’amour, est ce quelque chose même qui va servir à le signifier.

Quand il s’agit du sujet, il n’y a pas moyen de sortir de cette impasse, et je ne vous dis pas que ce soit là quelque chose qui soit facile à saisir comme expliqué, comme déplié. Il faut que nous nous tenions d’abord au fait, à savoir que c’est comme cela, et après cela que nous tâchions de comprendre pourquoi cela peut être comme cela. 

En d’autres termes, pourquoi l’introduction de ce signifiant radical qui se divise en deux choses : 

– un message : "l’enfant battu", le sujet reçoit la nouvelle, le petit rival est un enfant battu, c’est-à-dire un rien du tout, quelque chose sur lequel on peut s’asseoir 

– et puis, de cela, un signifiant qu’il faut bien isoler comme tel, à savoir : avec quoi on fait cela.

[…] 

Ceci, au 2ème temps, manifeste donc dans sa duplicité également le message, mais un message "Mon père me bat" qui ne parvient pas au sujet. C’est comme cela qu’il faut entendre ce que dit FREUD à ce moment-là, le message qui à un moment a voulu dire : 

"Le rival n’existe pas, il n’est rien du tout" 

c’est le même qui veut dire : 

"Toi tu existes, et même tu es aimé". 

C’est ce qui sert à ce moment-là, sous la forme, disons régressive ou refoulée, mais peu importe, c’est tout de même cela qui sert de message, mais de message qui ne parvient pas. Il convient de nous arrêter sur ce temps énigmatique, parce que, comme nous le dit FREUD : c’est toute l’essence du masochisme.

[…] Nous avons donc là le message, celui qui ne parvient pas à la place du sujet, et la seule chose qui reste comme un signe par contre, c’est le matériel du signifiant, cet objet, le fouet, lui, reste.

Il reste comme un signe jusqu’à la fin et au point - restant comme un signe - de devenir le pivot, je dirai presque le modèle du rapport avec le désir de l’autre, puisque ensuite le fantasme dernier, celui qui reste - dont le caractère de généralité nous est assez bien indiqué par la démultiplication indéfinie à ce moment-là des sujets - veut dire ceci, à savoir : mon rapport avec l’autre, les autres, les petits autres, avec le petit a, mon rapport avec ceux-là, pour autant que ce rapport est un rapport libidinal, est lié à ceci, que les êtres humains sont comme tels tous sous la férule, que pour l’être humain, entrer dans le monde du désir c’est bel et bien et tout d’abord subir de la part de ce quelque chose qui existe au-delà - que nous l’appelions le père, ici, n’a plus d’importance, peu importe - c’est la Loi. Voilà ce que chez un sujet déterminé, sans doute entrant dans l’affaire par des voies particulières, comment une certaine ligne d’évolution se définit, et quelle est la fonction du fantasme terminal : de manifester un rapport essentiel du sujet au signifiant.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 12 février 1958

[ formule impersonnelle ] [ langage ] [ résumé ] [ triade ] [ déplacement ] [ inversion ] [ grand Autre ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

nom-du-père

Par exemple, je prends le premier exemple qui me vient à l’esprit : vous avez pu voir l’année dernière que ce petit Hans qui trouve une issue si atypique à son œdipe… c’est-à-dire justement qui ne trouve pas l’issue que nous allons essayer maintenant de désigner, qui ne trouve qu’une suppléance, à qui il faut ce cheval à tout faire pour se servir de tout ce qui va manquer pour lui dans ce moment de franchissement qui est l’étape proprement de l’assomption du symbolique comme complexe d’Œdipe où je vous mène aujourd’hui …qui supplée donc par ce cheval qui est à la fois le père, le phallus, la petite sœur, tout ce qu’on veut, mais qui est essentiellement quelque chose qui, justement, correspond à ce que je vais vous montrer maintenant.

Rappelez-vous comment il en sort et comment c’est symbolisé dans le dernier rêve. Ce qu’il appelle à la place du père, à savoir cet être imaginaire et tout puissant qui s’appelle le plombier. Ce plombier est là, justement, pour désassujettir quelque chose. Car l’angoisse du petit Hans, c’est essentiellement, je vous l’ai dit, l’angoisse de cet assujettissement, pour autant que, littéralement, à partir d’un certain moment, il réalise qu’à être ainsi assujetti [au désir de la mère], on ne sait pas où ça peut le mener.

Vous vous rappelez ce schéma, le schéma de la voiture qui s’en va, qui incarne le centre de sa peur : c’est justement à partir de ce moment-là que le petit Hans instaure dans sa vie un certain nombre de centres de peur, ces centres de peur autour desquels pivotera précisément le rétablissement de sa sécurité.

La peur - soit quelque chose qui a sa source dans le réel - la peur est un élément de la sécurisation de l’enfant pour autant que c’est grâce à ces peurs qu’il donne à l’Autre, à cet assujettissement angoissant qu’il réalise au moment où apparaît le manque de ce domaine externe, de cet autre plan où il est nécessaire que quelque chose apparaisse pour qu’il ne soit pas purement et simplement un assujet. C’est là que nous en arrivons.

C’est donc ici que se situe la remarque que cet Autre à laquelle il s’adresse, c’est-à-dire nommément la mère, a un certain rapport - ceci encore, tout le monde le dit, tout le monde l’a dit - un certain rapport qui est rapport au père. Et chacun s’est aperçu que de ces rapports au père dépendent bien des choses, l’expérience nous a prouvé que le père, comme on dit, ne joue pas son rôle. Je n’ai pas besoin de vous rappeler que la dernière fois je vous ai parlé de toutes les formes de carence paternelle concrètement désignées en termes de relations interhumaines.

L’expérience impose en effet qu’il en est ainsi, mais rien n’articule suffisamment que ce dont il s’agit ce n’est pas tellement des rapports de la mère avec le père, au sens vague où il s’agit de quelque chose qui est de l’ordre d’une espèce de rivalité de prestige entre les deux, laquelle vient converger sur le sujet de l’enfant. Sans aucun doute, ce schéma de convergence n’est pas faux, la duplicité des deux instances est plus qu’exigible, sans cela il ne pourrait pas y avoir justement ce ternaire, mais cela ne suffit pas.

Et ce qui se passe entre l’un et l’autre - tout le monde l’admet - est bien essentiel. Et ici nous arrivons à ce qui s’appelle les liens d’amour et de respect, la position de la mère. Et nous retombons dans l’ornière de l’analyse sociologique environnementale autour de quoi tels ou tels feront tourner tout entière l’analyse du cas du petit Hans, à savoir si la mère était assez gentille, affectueuse avec le père, etc., sans articuler ce qui est essentiel.

Il ne s’agit pas tellement des rapports personnels entre le père et la mère, et de savoir si l’un et l’autre font le poids ou ne le font pas. Il s’agit proprement d’un moment qui doit être vécu comme tel et qui concerne les rapports, non pas simplement de la personne de la mère avec la personne du père, mais de la mère avec la parole du père, avec le père en tant que ce qu’il dit n’est pas absolument équivalent à rien. La fonction dans laquelle :

1) le Nom du Père intervient, seul signifiant du père,

2) la parole articulée du père,

3) la Loi en tant que le père est dans un rapport plus ou moins intime avec elle, …cela est aussi très important.

En d’autres termes, le rapport dans lequel la mère fonde le père comme médiateur de quelque chose qui est au-delà de sa loi à elle et de son caprice, et qui est purement et simplement la Loi comme telle, le père donc en tant que Nom du Père, c’est-à-dire en tant que tout le développement de la doctrine freudienne nous l’annonce et le promeut, à savoir comme étroitement lié à cette énonciation de la Loi.

C’est là ce qui est essentiel, et c’est en cela qu’il est accepté ou qu’il n’est pas accepté par l’enfant comme celui qui prive - ou qui ne prive pas - la mère de l’objet de son désir. En d’autres termes, nous devons, pour comprendre le complexe d’Œdipe, considérer trois temps que je vais essayer de vous schématiser à l’aide de notre petit diagramme du premier trimestre.



Premier temps.



Ce que l’enfant cherche, c’est à savoir - désir de désir - pouvoir satisfaire au désir de sa mère, c’est-à-dire "to be or not to be l’objet du désir de la mère", et dans la mesure où il introduit sa demande et où ici, il va y avoir quelque chose qui en est le fruit, le résultat, et sur le chemin duquel se pose ce point qui correspond à ce qui est ego, et qui est ici son autre ego, ce à quoi il s’identifie, ce quelque chose d’autre qu’il va chercher à être là, à savoir l’objet satisfaisant pour la mère. Dès qu’il commencera à remuer quelque chose au bas de son ventre, il commencera à le lui montrer, pour savoir "si je suis bien capable de quelque chose", avec les déceptions qui s’ensuivent, il le cherche, et il le trouve.

Pour autant et dans la mesure où la mère est interrogée par la demande de l’enfant, elle est aussi quelque chose, elle, qui est à la poursuite de son propre désir, et quelque part par là s’en situent les constituants. Dans le 1er temps et la 1ère étape, il s’agit de ceci : c’est qu’en quelque sorte en miroir le sujet s’identifie à ce qui est l’objet du désir de la mère.

Et c’est l’étape, si je puis dire, phallique primitive, celle où la métaphore paternelle agit en soi, pour autant que déjà, dans le monde, la primauté du phallus est instaurée par l’existence du symbole, du discours et de la Loi. Mais l’enfant lui, n’en attrape que le résultat. Pour plaire à la mère, si vous me permettez d’aller vite et d’employer des mots imagés, il faut et il suffit d’être le phallus et à cette étape beaucoup de choses s’arrêtent dans un certain sens. C’est dans la mesure où le message ici se réalise d’une façon satisfaisante qu’un certain nombre de troubles et de perturbations peuvent se fonder, parmi lesquels ces identifications que nous avons qualifiées de perverses.



Deuxième temps.



Je vous ai dit que sur le plan imaginaire, le père bel et bien intervient comme privateur de la mère, c’est-à-dire que ce qui est ici adressé à l’autre comme demande est renvoyé à une cour supérieure, si je puis m’exprimer ainsi, et relayé comme il convient car toujours, par certains côtés, ce dont nous interrogeons l’autre - pour autant qu’il le parcourt tout entier - rencontre bien chez l’autre cet Autre de l’autre, à savoir sa propre Loi.

Et c’est à ce niveau que se produit quelque chose qui fait que ce qui revient à l’enfant est purement et simplement la Loi du père en tant qu’elle est imaginairement, par le sujet, conçue comme privant la mère. C’est le stade, si je puis dire, nodal et négatif par quoi ce quelque chose qui détache le sujet de son identification le rattache en même temps à la 1ère apparition de la Loi sous la forme de ce fait : que la mère est là-dessus dépendante, dépendante d’un objet, d’un objet qui n’est plus simplement l’objet de son désir, mais un objet que l’autre a ou n’a pas.

Dans la liaison étroite, de ce renvoi de la mère à une Loi qui n’est pas la sienne, avec le fait que dans la réalité l’objet de son désir est possédé souverainement par ce même Autre à la Loi duquel elle renvoie, on a la clé de la relation de l’œdipe, et ce qui fait le caractère si essentiel, si décisif de cette relation de la mère en tant que je vous prie de l’isoler comme relation, non pas au père, mais à la parole du père. Rappelez-vous le petit Hans l’année dernière :

– le père est tout ce qu’il y a de plus gentil,

– il est tout ce qu’il y a de plus présent,

– il est tout ce qu’il y a de plus intelligent,

– il est tout ce qu’il y a de plus amical pour Hans.

Il ne paraît pas avoir été du tout un imbécile, il a mené le petit Hans à FREUD, ce qui à l’époque, était faire preuve quand même d’un esprit éclairé. Le père est néanmoins totalement inopérant, pour autant qu’il y a une chose qui est tout à fait claire, c’est que quelles que soient les relations entre ces deux personnages parentaux, ce que dit le père, c’est exactement comme s’il flûtait, j’entends auprès de la mère.

La mère, remarquez-le, par rapport au petit Hans, est à la fois interdictrice, c’est-à-dire joue le rôle castrateur qu’on pourrait voir attribuer au père - mais sur le plan réel - elle lui dit : "Te sers pas de ça, c’est dégoûtant !" Ce qui n’empêche pas que, sur le plan pratique, elle admet tout à fait le petit Hans dans son intimité, c’est-à-dire qu’elle lui permet, l’encourage à tenir cette fonction de l’objet imaginaire pour lequel effectivement, le petit Hans lui rend les plus grands services. Il incarne bel et bien pour elle son phallus et le petit Hans comme tel est maintenu dans la position d’assujet. Il est assujetti, et c’est toute la source de son angoisse et de sa phobie.

C’est pour autant et essentiellement pour autant que déjà la position du père est mise en question par le fait que ça n’est pas sa parole qui fait la loi à la mère, que le problème est introduit. Mais ce n’est pas tout : il semble que dans le cas du petit Hans, ce qui va arriver maintenant, c’est-à-dire le troisième temps, ce troisième temps est essentiel et aussi fait défaut. C’est pour cela que je vous ai souligné l’an dernier que l’issue du complexe d’Œdipe dans le cas du petit Hans est une issue faussée, que le petit Hans, bien qu’il en soit sorti grâce à sa phobie, aura une vie amoureuse qui sera complètement marquée d’un certain style, du style imaginaire sur lequel je vous en indiquais les prolongements à propos du cas de Léonard DE VINCI.



Cette troisième étape est celle-ci, et elle est aussi importante que la seconde car c’est de celle-ci que dépend la sortie du complexe d’Œdipe. Ce dont le père a témoigné qu’il le donnait, en tant, et en tant seulement qu’il est le porteur de la Loi, c’est que c’est de lui que dépend la possession par le sujet, paternel ou non, de ce phallus. C’est pour autant que cette étape a été traversée, qu’au second temps, ce que le père, si je puis dire en tant que supporter de la Loi, ce que le père a promis, il faut qu’il le tienne. Il peut donner ou refuser en tant qu’il l’a, mais le fait qu’il l’a, le phallus, lui, il faut qu’à un moment donné il en fasse preuve. C’est pour autant qu’il intervient au 3ème temps comme celui qui a le phallus - et non pas qui l’est - que peut se produire quelque chose qui réinstaure l’instance du phallus comme objet désiré de la mère et non plus seulement comme objet dont le père peut priver.

Le père tout puissant, c’est celui qui prive. C’est d’ailleurs à ce stade que se sont arrêtées jusqu’à un certain moment les analyses du complexe de l’œdipe. Au temps où on pensait que tous les ravages du complexe d’Œdipe dépendaient de l’omnipotence du père, on ne pensait qu’à ce temps, à ceci près qu’on ne soulignait pas que la castration qui s’y exerce, c’était la privation de la mère, et non pas de l’enfant.

Le 3ème temps est ceci : c’est pour autant que le père peut donner à la mère ce qu’elle désire, peut le donner parce qu’il l’a… et ici intervient le fait précisément de la puissance au sens génital du mot, disons que le père est un père potent …que dans ce troisième temps, se produit la restitution si vous voulez de la relation de la mère au père sur le plan réel, la relation comme telle de l’autre qu’est le père avec l’ego de la mère et l’objet de son désir et ce à quoi peut s’identifier, au niveau inférieur où l’enfant est en position de demandeur, que l’identification peut se faire à cette instance paternelle [...].

[...] C’est en tant que le père intervient comme réel et comme père potent dans un troisième temps… celui qui succède à la privation ou à la castration qui porte sur la mère, sur la mère imaginée au niveau du sujet dans sa propre position imaginaire à elle de dépendance …c’est en tant qu’il intervient au troisième temps comme celui qui, lui, l’a, qu’il est intériorisé comme idéal du moi dans le sujet et que, si je puis dire, ne l’oublions pas, à ce moment-là le complexe d’Œdipe décline.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Cela ne veut pas dire qu’à ce moment-là l’enfant va entrer en exercice de tous ses pouvoirs sexuels, vous le savez bien. Bien au contraire, il ne les exerce pas du tout. La sortie du complexe d’Œdipe consiste en ceci : en effet, on peut dire qu’apparemment il est déchu de l’exercice de ces fonctions qui avaient commencé à s’éveiller. Néanmoins, si tout ce que FREUD a articulé a un sens, ça veut dire qu’il a en poche tous les titres à s’en servir dans le futur.

La métaphore paternelle joue là un rôle qui est bien celui auquel nous pouvions nous attendre de la part d’une métaphore : c’est d’aboutir à l’institution de quelque chose qui est de l’ordre du signifiant, qui est là en réserve. La signification s’en développera plus tard. L’enfant a tous les droits à être un homme, et ce qui sera plus tard contesté de ses droits au moment de la puberté, c’est pour autant qu’il y aura quelque chose qui n’aura pas complètement rempli cette identification métaphorique à l’image du père, pour autant qu’elle se sera constituée, mais à travers ces trois temps.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 22 janvier 1958

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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ ↔ B ↔ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.