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analyste

Une source de difficultés dans l’acquisition de la technique sera le sadisme infantile refoulé en nous. L’angoisse qui y est liée doit être détectée quand on s’aperçoit que, dans cet engagement dans le travail psychanalytique, l’intérêt se porte et l’accent est mis sur l’amélioration et la guérison. Si l’on se sent rassuré et content chaque fois que le patient montre qu’il retire du bénéfice, chaque fois que des symptômes disparaissent, si on se sent découragé à chaque recrudescence du symptôme ou de la souffrance, c’est que l’on n’est pas à l’abri de sa propre angoisse. Cela veut dire que notre propre angoisse est annulée par le fait de guérir quelqu’un, et est intensifiée si nous n’en recevons pas l’assurance. Bien entendu la guérison du patient ne passe pas par l’invalidation de notre angoisse, ni même par notre désir de le guérir, mais seulement par notre capacité d’analyser les résistances à l’inconscient. Je crois que notre sadisme infantile et l’angoisse qui en découle aux niveaux les plus profonds rendent toujours impératif pour nous de chercher à nous assurer de notre sécurité. Plus ce niveau profond est amené à la conscience et analysé en nous, et plus nous pouvons rechercher des assurances réelles et non fantasmatiques, plus nous pouvons tolérer les affects des autres, dans nos contacts dans la réalité extérieure et avec nos patients en psychanalyse.

Auteur: Sharpe Ella

Info: Ella Sharpe lue par Lacan, trad. de Marie-Lise Lauth et Rachel Samacher, Hermann Editeurs, Paris, 2007, page 32

[ anti thérapeutique ] [ attente imaginaire ] [ projection ]

 
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inséré par Coli Masson

Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

analyste-analysant

La personne sur le divan a ses propres problèmes, et ce n’est pas à nous d’envisager pour l’analyse un résultat qui corresponde à nos propres souhaits et à notre sens des valeurs particulier. Je voudrais ici fouiller la conscience de l’analyste en ce qui concerne le sens du mot "normal". Espérons-nous que notre patient sera analysé de façon à en sortir normal, ou espérons-nous qu’en analysant les résistances en vue de résoudre l’angoisse, les potentialités propres du patient pourront se réaliser ? Dans le premier cas, on pose devant le patient son but à soi ; dans le second cas, on se fixe à soi-même le but du patient, but dont on ne sait rien. C’est seulement quand nous pouvons supporter l’inconnu, que nous ne sommes pas "brûlants de trouver des certitudes", que nous serons capables de laisser le patient tranquille. Nous ne connaissons pas ses normes. Nous ne savons pas ce que sont ses potentialités. Nous ne pouvons pas les connaître tant que la tâche de lever le refoulement et de résoudre l’angoisse n’a pas été accomplie. Il ne les connaît pas lui-même. Si nous sommes en train d’analyser pour rendre les gens "normaux" au lieu d’"analyser", alors il nous faut une fois de plus explorer notre propre surmoi infantile, pour voir si "normal" ne signifie pas d’une façon ou l’autre notre idée du bien, notre idée de la perfection. Et il y a aussi l’autre conception toute aussi fausse de la normalité comme absence de refoulement et capacité d’avoir facilement des expériences sexuelles.

Auteur: Sharpe Ella

Info: Ella Sharpe lue par Lacan, trad. de Marie-Lise Lauth et Rachel Samacher, Hermann Editeurs, Paris, 2007, page 42

[ normativation ] [ point de vue critique ] [ psychanalyse ] [ question ] [ désir ] [ projection ] [ préjugé ] [ anti thérapeutique ]

 

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inséré par Coli Masson

Ψ ⇄ B ⇄ Φ · Le mystique sait que le signal précède le message.

parcours de vie

Eugen Bleuler (1857-1939) était un homme d’une profonde modestie, dont les tendances à l’ascétisme, héritées de son milieu familial, avaient été stimulées par son mentor, Auguste Forel, ancien directeur du Burghölzli. Jung décrivait Bleuler comme un homme "[ayant] simplement l’ambition tout à fait chrétienne de ne pas être un obstacle sur le chemin des autres, et cette ambition était assortie d’un vif désir d’apprendre et d’un enthousiasme juvénile." [Lettre à Freud, 20 février 1908]

De souche paysanne, Bleuler était le premier de sa famille à avoir pu étudier au-delà de l’école élémentaire. Né à Zollikon […], le père de Bleuler avait quitté la ferme familiale pour tenir un petit magasin dans le village et devenir administrateur de l’école. Le père et le grand-père de Bleuler avaient tous deux participé activement aux luttes politiques des années 1830, qui aboutirent aux réformes libérales du canton de Zurich. Celles-ci conféraient aux paysans le droit de pratiquer le commerce, d’exercer certaines professions et d’accéder à l’enseignement supérieur dans a nouvelle université créée en 1833, au plus fort des réformes. Tout le monde accepta que Bleuler récolte ce qu’avaient semé ses ancêtres en entrant à l’université. Il allait également de soi qu’il étudierait la médecine et choisirait la psychiatrie comme spécialité : sa sœur souffrait en effet d’une forme grave de ce qui serait appelé un peu plus tard schizophrénie catatonique, et, à en croire la rumeur, d’autres membres de la famille présentaient une pathologie semblable. […]

Devenu directeur [du Burghölzli], Bleuler était bien décidé à se consacrer d’abord à ses patients, à qui il s’adressait dans leur propre dialecte. Il avait la conviction qu’en écoutant les discours incohérents des patients schizophrènes, il pourrait établir un contact avec eux, peut-être même une véritable relation. Si le thérapeute parvenait à nouer avec le malade une relation d’homme à homme, pensait-il, sa schizophrénie pourrait être traitée et régresser, voire disparaître. Pour Bleuler, un tel objectif impliquait le refus délibéré de toute routine quotidienne et une part d’inattendu dans le traitement des patients. Ainsi, subitement et sans raison apparente, il pouvait transférer un patient d’une salle à une autre, au grand désarroi de ses assistants. D’autres fois, il arrêtait un traitement qui semblait loin d’être terminé. Surtout, personne n’était autorisé à parler de "son" patient, car chaque médecin […] était censé connaître l’histoire de tous les malades dans ses moindres détails mais se comporter envers chacun d’entre eux comme s’il était le seul à l’avoir en charge. […]  Bleuler attendait avant tout de ses médecins qu’ils apprennent les dialectes parlés par les pensionnaires pour pouvoir s’adresser à eux dans leur langue, et qu’ils se comportent comme s’ils avaient les mêmes capacités mentales et le même statut social. Cette politique lui valut de nombreuses plaintes de la part de ses assistants et associés au Burghölzli […] qui ne voyaient en lui qu’un paysan mal dégrossi. En réalité, il défendait un esprit de collégialité peu orthodoxe et faisait preuve d’un ascétisme raffiné.

Auteur: Bair Deirdre

Info: Dans "Jung", trad. de l’anglais par Martine Devillers-Argouarc’h, éd. Flammarion, Paris, 2007, pages 92-94

[ méthode thérapeutique ] [ antipsychiatrie ]

 

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inséré par Coli Masson

Ψ → B → Φ · Le mystique sait que le signal précède le message.