L’idéal du moi, nous le savons - puisqu’il intervient dans des fonctions qui sont souvent des fonctions dépressives, voire agressives à l’égard du sujet - FREUD le fait intervenir dans des formes diverses de dépression. Vous savez qu’il a tendance, à la fin du chapitre qui dans "Psychologie des masses et analyse du moi" s’appelle : "Un degré de développement du moi : l’Idéal du moi" - c’est précisément la première fois qu’il introduit d’une façon décisive et articulée cette notion d’idéal du moi - qu’il a tendance donc à mettre toutes les dépressions au chef et au registre, non pas de l’idéal du moi, mais de quelque rapport vacillant, de quelque rapport conflictuel entre le moi et l’idéal du moi.
Admettons qu’on peut prendre tout ce qui se passera sous ce registre dépressif, ou au contraire sous celui des relations d’exaltation, sous l’angle, si l’on peut dire, d’une hostilité ouverte entre les deux instances - de quelque instance que parte la déclaration des hostilités, que ce soit le moi qui s’insurge ou que l’idéal du moi devienne trop sévère - avec ce que comporte de conséquences et de contrecoups tout déséquilibre de ce rapport excessif.
Donc, cet idéal du moi, en tout cas, est quelque chose qui nous propose son problème. On nous dit : l’idéal du moi sort d’une identification, d’une identification tardive liée à la relation en tout cas tierce qui est celle de l’œdipe, une relation où se mêlent d’une façon complexe les relations de désir avec des relations de rivalité, d’agression, d’hostilité.
Quelque chose se joue, et l’issue du conflit est l’objet d’une balance. S’il est incertain, le débouché du conflit se propose en tout cas comme ayant entraîné une transformation subjective. Et l’introduction, l’introjection dit-on, à l’intérieur d’une certaine structure de ce quelque chose qui, par rapport au sujet, se trouve être désormais une partie de lui–même tout en ayant néanmoins conservé une certaine relation avec un objet extérieur, les deux choses y sont.
Et ici nous touchons du doigt ce que l’analyse nous apprend : que ne peuvent pas être séparées intra-subjectivité et inter-subjectivité. C’est-à-dire qu’à l’intérieur du sujet, dans des fonctions qu’il emmène partout avec lui-même, et quelles que soient les modifications qui interviennent dans son entourage et son milieu, ce qui est acquis comme idéal du moi est bien quelque chose qui est dans le sujet à la façon dont l’exilé emmène sa patrie à la semelle de ses souliers : son idéal du moi lui appartient bien, il est quelque chose d’acquis.
Ce n’est pas un objet, c’est quelque chose qui est en plus dans le sujet. Je veux dire que lorsqu’on insiste sur la notion qu’intra-subjectivité et inter-subjectivité doivent rester liées dans tout cheminement analytique correct et qu’on parle des relations entre les instances dont il s’agit, il est prouvé par les usages courants, par les moindres nécessités du langage, que lorsque nous parlons des rapports entre moi et idéal du moi, on dit bien ordinairement dans l’analyse qu’ils peuvent être bons ou mauvais, conflictuels ou accordés, mais on laisse entre parenthèses ou on n’achève pas de formuler ce qui doit être formulé : c’est que ces rapports sont structurés, articulés comme des rapports intersubjectifs.
À l’intérieur du sujet se reproduit - et bien entendu, vous le voyez bien, ne peut se reproduire qu’à partir d’une organisation signifiante - le même mode de rapports qui existe entre des sujets. Nous ne pouvons pas penser, encore que nous le disions, que cela puisse aller en le disant, que le surmoi est effectivement quelque chose de sévère qui guette le moi au tournant pour lui faire d’atroces misères.
Ce n’est pas une personne. Il fonctionne à l’intérieur du sujet comme un sujet qui se comporte par rapport à un autre sujet, et justement en ceci qu’il y a un rapport entre les sujets qui n’implique pas pour autant l’existence de la personne. Il suffit des conditions introduites par l’existence, par le fonctionnement comme tel du signifiant, pour que des rapports intersubjectifs puissent s’établir.
C’est à cette intersubjectivité, à l’intérieur donc de la personne vivante, que nous avons affaire dans l’analyse, c’est dans cette intersubjectivité que nous devons nous faire une idée de ce qu’est cette fonction de l’idéal du moi. Vous le savez, vous n’irez pas la trouver, cette fonction, dans un dictionnaire, et on ne vous en donnera pas une réponse univoque. Vous y trouverez les plus grands embarras. Cette fonction n’est pas assurément confondue avec celle du surmoi. Elle est venue presque ensemble, certes, dans la terminologie, mais elle s’en est, de ce fait même, distinguée.
Et elle est également en partie confondue, elle peut avoir les mêmes instances, néanmoins elle est davantage orientée vers quelque chose qui dans le désir du sujet, joue une fonction typifiante qui, peut-être, paraît bien liée à l’assomption du type sexuel, ni plus ni moins, en tant qu’il est impliqué dans toute une économie, disons même à l’occasion sociale, dans l’assomption des fonctions masculines et féminines, non pas simplement en tant qu’elles aboutissent à l’acte nécessaire pour que reproduction s’ensuive, mais également pour tout un mode de relations entre l’homme et la femme.