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expectative

Achevé, tout neuf, le tableau est là, un non-sens. Car ce n’est encore qu’un tableau, il ne vit encore que de la vie des lignes et des couleurs, ne s’est offert qu’à son auteur. Rendez-vous compte de sa situation. Il attend, qu’on le sorte de là. Il attend les yeux, les yeux qui, pendant des siècles, car c’est un tableau d’avenir, vont le charger, le noircir, de la seule vie qui compte, celle des bipèdes sans plumes. Il finira par en crever. Peu importe.

Auteur: Beckett Samuel

Info: Dans "Le monde et le pantalon", page 12

[ oeuvre d'art ] [ critique ] [ réception ] [ nihilisme ]

 

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écrivain-sur-roman

Vous me parlez de L’Education sentimentale […]. Pourquoi ce livre-là n’a-t-il pas eu le succès que j’en attendais ? […] C’est trop vrai et, esthétiquement parlant, il y manque la fausseté de perspective. A force d’avoir bien combiné le plan, le plan disparaît. Toute œuvre d’art doit avoir un point, un sommet, faire la pyramide ou bien la lumière doit frapper sur un point de la boule. Or rien de tout cela dans la vie. Mais l’Art n’est pas dans la Nature ! N’importe ! je crois que personne n’a poussé la probité plus loin.

Auteur: Flaubert Gustave

Info: Lettre à Mme Roger des Genettes, début octobre 1879

[ hyper réalisme ] [ réception critique ] [ déplaisant ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

écrivain-sur-écrivain

C’est que Chateaubriand, malgré une valeur qu’il s’agit d’apprécier sans l’amoindrir, n’est point de si haute et de si pure origine que Bonald et de Maistre. Il n’a point l’incorruptibilité de ces deux cèdres. Homme de transition, il est perméable aux passions, aux manies, aux maladies de son temps. Ce qui fait sa faiblesse a étendu sa renommée. Mais si cette renommée a mieux rempli la voix tumultueuse des hommes, si cette pourpre a jeté plus de feu, comme dit Bossuet, ce feu s’éteindra, cette pourpre passera plus vite. Esprit de transition, gloire de transition : voilà la règle. Ce qu’on prend à la Vérité éternelle pour le donner au Temps, consommateur égoïste et ingrat, le Temps ne le rend jamais et l’a bientôt dévoré.

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025

[ éternel-temporel ] [ réception posthume ] [ critique ] [ présage ] [ esprit du temps ] [ comparaison ] [ consensus éphémère ]

 
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écrivain-sur-écrivain

Mais j’abandonnerai ces rapprochements et ces contrastes, et je prendrai Chateaubriand tel qu’il apparut à l’Europe, au commencement du dix-neuvième siècle, le Génie du Christianisme à la main. Le mot n’est pas trop fort ; dans les circonstances où se trouvaient la France et l’Europe, c’était presque une apparition que la publication de ce livre. Ce fut comme quelque chose de surnaturel et d’astral. Le Génie du Christianisme n’était pas cependant une de ces manifestations de la pensée qu’on regarde comme les monuments qu’elle laisse derrière elle dans son court passage ici-bas. Ce n’était point une théodicée chrétienne (le plus beau livre qui soit à faire, après l’épuisement de toutes les opinions philosophiques) démontrée par une de ces intelligences qui possèdent l’omnipotence de l’abstraction et donnent à la Foi, cette faculté divine, qui, comme Dieu, ne se défend pas contre les négations de l’homme, la redoutable puissance de la Raison. C’était tout simplement une apologie, mais l’apologie détaillée et grandiose d’une religion qui répond à toutes les facultés de l’être humain. Elle était écrite d’ailleurs avec un éclat d’imagination, qui parut merveilleux après la didactique, raisonneuse et sèche époque qui venait de se fermer. Je n’ai point à risquer ici la moindre appréciation littéraire ; mais mon sujet m’oblige à remarquer qu’en publiant son Génie, Chateaubriand, qui avait définitivement rompu avec les faux enfantillages de l’Essai sur les Révolutions, avait eu l’instinct des circonstances et prévu le rétablissement d’un ordre de choses qui échoua par les raisons les plus profondes, mais qui ne se refera jamais, quand il aura été troublé, qu’à l’aide des idées religieuses. Chrétien, c’est-à-dire catholique, car il n’y a pas deux manières d’être chrétien, Chateaubriand bénéficia immédiatement de la vérité qu’il proclamait à la face d’une société fatiguée de guillotine et de Néant, ces deux aboutissants de la philosophie. Les Considérations sur la France du grand de Maistre avaient frappé les penseurs, les hommes d’État, les esprits qui comprennent avant les autres le sous-entendu des choses humaines que l’Événement dit tout haut plus tard ; mais le Génie du Christianisme saisit généralement toutes les classes d’esprits et même les femmes. C’était suprêmement un livre du passé, que cette glorification de dix-huit siècles de christianisme. L’auteur y rendait un hommage sans réserve aux institutions, aux systèmes, aux gouvernements que le christianisme avait produits. Il n’accusait pas ces gouvernements d’avoir vieilli, de n’être plus bons pour les générations présentes ; il disait, au contraire, que si les sociétés politiques pouvaient se reconstituer après avoir été brisées comme elles l’avaient été, ce devait être en revenant aux principes qui ne changent point, en prenant pour types des reconstructions sociales les impérissables modèles qu’on avait essayé de détruire. Mais par cela même qu’il était du passé, le Génie du Christianisme était suprêmement aussi un livre d’avenir. N’y était-il pas nettement établi à vingt endroits, que, hors la vérité, l’impérieuse vérité chrétienne, il n’y avait plus que ténèbres dans l’intelligence, corruption ou barbarie dans les mœurs ?

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025, pages 81-82

[ réception critique ] [ contexte ] [ éloge ] [ structurant ] [ succès ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson

écrivain-sur-écrivain

Car c’est là le trait caractéristique de cette figure si moderne de Chateaubriand, dont le monde moderne s’est épris par amour de soi-même, parce qu’il y reconnaissait ses contradictions et ses orages, ses manières de sentir et ses manières de penser. Tour à tour, — on vient de le voir, — Chateaubriand a invoqué le passé et l’a foulé aux pieds, comme il a glorifié l’avenir et l’a maudit. À la première vue, on dirait qu’il a voulu être en mesure avec toutes les idées et sauver sa gloire des blessures du Temps sur tous les pavés. Mais, à la seconde, quand on l’a étudié, une telle idée s’efface bientôt. Il n’avait pas cette profondeur. La combinaison et la suite qu’elle suppose dans le caractère étaient impossibles à cet esprit changeant, contrasté, en perpétuelle opposition avec lui-même. S’il eut bien la coquetterie de sa gloire, il n’en eut point l’entente gênante et coûteuse. Homme de son temps (hélas ! c’est presque une injure), il n’était capable d’aucun cruel sacrifice, même à lui. Le soin qu’il eût pris aujourd’hui de sa gloire, il l’eût lassement, nonchalamment abandonné le lendemain. Jeune, il avait la fatigue de la vie : il écrivait René ; vieux, il traçait ses funéraires Mémoires d’Outre-Tombe avec le néant de tout dans le cœur. C’était sans plan, sans idée arrêtée qu’il allait et revenait du passé à l’avenir et de l’avenir au passé. Il se berçait au tangage de ce siècle qui s’en va échouer sur on ne sait quels écueils. Comme son époque, il était naturellement contradictoire, anarchique, même quand il voulait ne pas l’être, entraîné par son sentiment et remporté par sa raison, écartelé à ces deux infinis, comme disait Lamennais, un Écartelé du même genre, mais dont les membres rompus sont à présent dispersés et traînent par les chemins, méconnaissables et immondes, sur toutes les claies du mépris ! Certes, Chateaubriand fut moins coupable. Il n’a, du moins, rien apostasié. Si l’on rencontre dans ses ouvrages des idées contraires, s’il a fait de ses œuvres une espèce de musée d’armes pour toutes les causes, c’est que dans sa tête, tourbillon vivant, comme dans son époque, les idées s’entrechoquaient à grand bruit. Je ne sache qu’une chose sur laquelle il n’ait pas varié : c’est son opinion sur les Monarchies constitutionnelles. Il avait pris racine en cette erreur, mère de toutes ses fautes, car l’Erreur est essentiellement prolifique. Terrible Mégère de l’esprit qu’elle épouse, elle l’asservit par ses enfants ! Comme ses contemporains, plus développé par l’imagination que par la volonté, Chateaubriand était dupe de la forme des choses. Il fut souvent trahi par les plus belles phrases qu’il ait écrites, comme Napoléon par ses maréchaux. Au fond, rhéteur, s’il a bien parlé des rhéteurs, c’est qu’il a pu les étudier comme Massillon étudiait, sur le sien, les tendresses du cœur de la femme. Je l’ai dit au commencement de cette Étude, la gloire de cet homme ira diminuant. Ce que les années, ces Vanneuses des divers mérites des hommes, pourront tirer de sa mémoire ne sera guère ce qu’on croit, et ce qui, de son temps, le fit admirer. Sur ces sophismes anéantis, sur les contradictions détruites, la Postérité, qui aura vu la prophétie réalisée, saluera le Prophète et oubliera le rhéteur passionné d’un temps accompli. Alors Chateaubriand aura sa véritable place aux yeux de ce monde qui n’aime pas ceux qui le devinent, mais qui les respecte, tout en leur cachant son respect, par haine d’eux, jusque sous le nom qu’il leur donne, quand il les appelle — comme aujourd’hui, — des Prophètes du passé !

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025, pages 92-94

[ critique ] [ paradoxal ] [ contemporain ] [ hésitant ] [ réception posthume ]

 

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