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philosophie

Les bonnes choses sont d'un management difficile ; il n'est rien de plus difficile à manière que le moral, surtout depuis qu'elle est devenue kantienne... et qu'elle s'est séparée de la nature.

Auteur: Maritain Jacques

Info: Humanisme intégral 1935, De l'usage de la morale

[ éthique ] [ anthropocentrique ]

 

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motiver

On est passé d'un monde de la "logique de l'honneur" au monde enchanté des indicateurs et des incitations. Le vocabulaire de la performance a remplacé les notions de devoir ou d'engagement. [...]
On veut se persuader que les indicateurs sont des outils simples et efficaces. Et ils le sont, redoutablement même. L'expérience prouve en effet que les hommes modifient toujours leur comportement suite à la mise en place de tels dispositifs. Le problème est qu'ils ne modifient pas toujours dans le sens que l'on avait imaginé d'abord.
D'où le titre : "Les stratégies absurdes".

Auteur: Beauvallet Maya

Info: Les stratégies absurdes : Comment faire pire en croyant faire mieux

[ management ] [ USA ] [ vingtième siècle ]

 

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bureaucrates

Le narrateur est un cadre bancaire d'une trentaine d'années qui vient de réintégrer "Futura", société qu'il avait quittée un an plus tôt pour un projet qui finalement n'a pas abouti. Divorcé, un enfant, c'est sans passion qu'il est revenu à la case départ ou presque. Il occupe désormais un poste de "gestion de projet" dans les assurances-vie.

Les premiers mois sont laborieux, il est en période d'essai et se donne à fond. Sa supérieure directe, Blondine, n'a pas la carrure pour le poste et se contente, lorsqu'elle est face à un de ses équipiers, de balancer des petites phrases toutes faites (toujours les mêmes) du style "il y a un trou dans la raquette" ou "il va monter en compétence". Retrouver ces expressions dans ce livre m'a amusée car elles sont utilisées quotidiennement dans mon entreprise, notamment par les directeurs (mon précédent directeur détenait la palme dans ce domaine !).

A la première réunion Blondine me dit : "c'est bien, tu as pris le taureau par les cornes. Pas de trou dans la raquette, on est en ordre de marche". Puis elle m'avait demandé s'il était utile de déranger tous ces opérationnels. Opérationnel, en langage "corporate", ça veut dire "larbin".

Auteur: sylire pseudo

Info: critique de Le poisson pourrit par la tête [burn-out] de Michel Goussu

[ management us ] [ rapports humains ] [ cols blancs ] [ fonctionnaires administratifs ]

 

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adaptabilité numérique

" C’était assez embêtant pour nous " : l’éternel dilemme de Google avec Gemini

Un haut responsable de Gemini nous raconte la manière dont Google aborde le dilemme entre une IA puissante et une IA rapide.

 Êtes-vous prêt à attendre longtemps pour qu’une intelligence artificielle vous réponde de manière détaillée et complète ? C’est une question qui taraude les équipes chargées du développement de Gemini chez Google.

Pendant la Google I/O 2025, nous avons pu nous entretenir avec Dave Citron, Senior Director du Product Management de l’application Gemini. " C’est encore un travail en cours ", confie-t-il sur cette problématique du bon équilibre entre IA puissante et IA rapide.

Comme souvent, tout dépend de l’usage

Ainsi, des modèles parmi les plus puissants, " comme Gemini 2.5 ", peuvent mettre plusieurs secondes à répondre selon le responsable. Mais « si vous êtes dans le mode Gemini Live, vous ne voulez vraiment jamais ce genre de décalage parce que ça casse vraiment l’illusion de parler à un système similaire à l’humain ». Sur Android XR, par exemple, tout l’objectif est d’avoir un assistant oral rapide et pertinent.

Dans cette optique, Dave Citron et ses équipes « dépensent beaucoup d’énergie pour déterminer le bon compromis pour chaque modalité et format de produit ». Gemini existe donc sous plein de nuances différentes.

On peut discuter avec l’IA par texte ou à l’oral, exploiter la caméra d’un appareil pour lui permettre de voir le monde qui l’entoure, s’appuyer sur la version Flash (rapide) ou la version Pro (plus sophistiquée) et même sur un mode Deep Research qui pousse la barre encore plus loin en termes de recherche approfondie et exhaustive — et donc prend plus de temps.

Les versions Flash et Pro de Gemini // Source : Frandroid

Par le passé, Google a déjà montré une certaine tendance à aller un peu dans tous les sens au point de donner des situations un peu confusantes pour le grand public. D’aucuns se souviendront peut-être du grand n’importe quoi autour de Meet et Duo à l’époque. Dès lors, quand on voit toutes les ramifications de Gemini, on peut craindre une trajectoire similaire. Rappelons d’ailleurs qu’on a déjà eu droit à une petite touche de confusion quand Gemini est venu remplacer Google Bard.

Or, Dave Citron semble lucide et précise que l’un des grands challenges de ses équipes est de bien « communiquer ces nuances [de Gemini] à l’utilisateur qui pourrait s’attendre à toujours parler au modèle le plus puissant ». Et cette bonne communication passe forcément par une interface claire.

Des ajustements d’interface

Coïncidence ? Pendant la Google I/O 2025, l’interface web de Gemini ainsi que celle de l’application mobile a justement évolué. Jusqu’alors, le menu déroulant où l’on peut opter pour Gemini Flash ou Gemini Pro proposait également les modes Veo, Canva et Deep Research qui répondent pourtant à des usages plus spécifiques.

Ces trois options sont désormais accessibles directement dans le champ de saisie de texte, ce qui a le mérite d’être plus clair pour l’utilisateur qu’une liste à rallonge :

- menu en haut = version préférée du modèle de langage ;

- menu en bas = différentes options disponibles.

Les nouveaux boutons pour Deep Research, Canvas et Veo sur Gemini // Source : Frandroid

C’est typiquement le genre de petits ajustements que continuera de faire Google pour clarifier les choses. Pour l’entreprise, l’interface de Gemini a un rôle important à jouer dans l’acceptation des réponses longues quand le jeu en vaut la chandelle.

Nous procédons à des ajustements constants sur la base des retours des utilisateurs, afin de rendre l’utilisation de plus en plus naturelle.

Dave Citron donne l’exemple du mode Deep Research qui farfouille le web pour scanner un maximum de sources et vous livrer des rapports d’un haut niveau d’expertise sur le sujet de votre choix.

Un rapport produit par Gemini avec le mode Deep Research // Source : Frandroid

Pour créer le rapport en question, Gemini Deep Research a besoin de temps, comptez souvent 5 bonnes minutes. On n’est pas ici dans la simple petite question pratique ou dans le cadre d’un échange rapide.

Ainsi, pendant que l’IA travaille, vous pouvez consulter le fil de son raisonnement si vous êtes curieux et continuer de discuter avec Gemini si vous le souhaitez. Un message vous dit cependant que vous pouvez aller faire autre chose en attendant. Tout cela sert à vous faire accepter en quelque sorte le temps d’attente.

Gemini Deep Research détaille son raisonnement // Source : Frandroid

Cette réflexion autour de l’attente d’une réponse complète n’a pas toujours été aussi évidente.

Google a toujours voulu l’absence de latence, des réponses instantanées. C’était assez embêtant pour nous la première année de l’IA générative.

Or, aujourd’hui, Dave Citron pense que les réponses atteignent un tel degré de sophistication que le public peut se rendre compte que « parfois le compromis vaut la peine ».

YouTube en exemple à suivre ?

Face à Dave Citron, nous soulignons le fait qu’aujourd’hui, il n’existe pas un mode automatique proposant de lui-même la version la plus adéquate à la demande de l’utilisateur si ce dernier n’est pas sûr de ce dont il a besoin.

" C’est clairement la direction vers laquelle nous voulons aller ", répond le responsable. " Une très grande majorité de personnes dans le monde n’a encore jamais utilisé de l’IA. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est [Gemini] 2.5 Pro comparé à 2.5 Flash. Dans le même temps, nous voyons également un pourcentage d’utilisateurs pour qui c’est absolument important ". Autrement dit, il faut satisfaire tous les profils et trouver le bon équilibre pour retranscrire tout cela dans l’interface.

Et étonnamment, il évoque YouTube en modèle à suivre.

L’un des modèles vers lesquels je pense qu’il est bon d’évoluer est la sélection de la définition sur YouTube. Vous savez, sur YouTube, très peu de gens se soucient ou savent qu’ils peuvent changer de définition et nous avons fait un très bon travail au fil des ans en comprenant la bande passante de l’utilisateur et le format d’appareils sur lequel il se trouve et en choisissant une définition qui lui donne une très haute qualité et une très bonne latence. Mais si vous y tenez vraiment et si vous utilisez YouTube Premium, vous pouvez sélectionner la définition 8K. Et c’est en quelque sorte la perspective à laquelle nous aspirons à plus long terme.

Attendez-vous donc à voir encore beaucoup d’évolutions dans l’interface de Gemini au fil du temps.



 



 

Auteur: Internet

Info: https://www.frandroid.com/, 29 mai 2025 - . Notre journaliste Omar Belkaab était présent à Mountain View pour couvrir la Google I/O 2025 dans le cadre d’un voyage de presse organisé par Google.

[ en chemin ] [ kaizen ]

 

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homme-machine


2 chercheuses de Berkeley sont catégoriques : l'intelligence artificielle complique la tâche des salariés au lieu de leur faciliter la vie

L'article montre qu'au lieu de libérer du temps, l'IA accélère le rythme, élargit le champ des tâches et étire insidieusement la journée de travail, au risque de transformer le gain de productivité en intensification durable de l'effort.

Cadre et constat principal

Les auteurs s'appuient sur une enquête de huit mois dans une entreprise technologique américaine d'environ 200 salariés·e·s, observant l'introduction d'outils d'IA générative dans le travail quotidien. L'hypothèse de départ – automatiser les tâches routinières pour dégager du temps vers des activités plus « nobles » – est démentie par les faits : l'IA ne réduit pas le volume de travail, elle en modifie la texture et en accroît l'intensité. Les participants·e·s se disent plus  productifs , mais rarement moins débordés, plusieurs affirmant même se sentir plus occupés qu'avant.

Trois formes d'intensification du travail

1 Expansion des tâches

- En comblant les lacunes de compétence, l'IA incite les salariés·e·s à prendre en charge des tâches autrefois confiées à d'autres métiers (chefs de produit ou designers se mettant à coder, chercheurs·e·s assumant des tâches d'ingénierie, etc.).

- Des missions auparavant sous-traitées, différées ou tout simplement abandonnées sont désormais intégrées au périmètre individuel, ce qui élargit silencieusement la description de poste.

- Cet élargissement a des effets en cascade : par exemple, les ingénieurs passent davantage de temps à relire, corriger et encadrer les productions de collègues qui « codent au sentiment » avec l'IA, ce travail de supervision se faisant de façon informelle (Slack, échanges oraux) et encore sensiblement leur charge.

2 :  Effacement des frontières entre travail et non-travail


- Beaucoup d'employé·e·s lancent des invites juste avant d'aller en réunion, de déjeuner ou de faire une pause, laissant l'IA " travailler pendant qu'ils sont absents ".

- Ces micro-gestes ne sont pas perçus comme des heures supplémentaires, mais, cumulés, ils diminuent les pauses efficaces et créent une implication quasi continue dans le travail.

- Les interactions avec l'IA, vécues comme des conversations informelles plutôt que comme des tâches formalisées, contribuent à brouiller la frontière entre temps professionnel et temps personnel, facilitant l'intrusion du travail le soir ou tôt le matin.

- Plusieurs salariés·e·s réalisent a posteriori qu'en ayant pris l'habitude de "jouer" avec l'IA durant leurs pauses, ces moments ne se procurent plus la même qualité de récupération.

3 Multitâche intensifié

- Les salarié·e·s utilisent l'IA pour multiplier les fronts : ils la laissent générer des variantes pendant qu'ils codent manuellement, lancent plusieurs agents en parallèle, ou délèguent à l'IA des " petites tâches faciles " pour pouvoir enfin entamer des dossiers remis à plus tard.​

- Ils désignent l'IA comme un " partenaire " qui partage la charge, ce qui rend acceptable le fait de lancer davantage de choses à la fois.​

- En pratique, cette coprésence d'IA et d'humain engendre une alternance constante d'attention, des vérifications fréquentes des sorties de l'IA et une accumulation de tâches inachevées, améliorant la charge cognitive et le sentiment de jongler en permanence, même lorsque la productivité semble élevée.

Le cycle auto-renforçant de l'intensification

Les chercheuses identifient un véritable cercle vicieux : l'IA accélère l'exécution de certaines tâches, ce qui élève les attentes en matière de rapidité. Cette exigence d'augmentation de vitesse rend les salariés·e·s plus dépendants de l'IA, ce qui les pousse à entreprendre un spectre de tâches plus larges. Ce nouvel élargissement accroît à son tour la quantité et la densité du travail, nourrissant la perception d'être toujours plus occupé même lorsque les outils laissent croire à une efficacité renforcée. Les auteurs évoquent ainsi un " creep " de la charge de travail : le temps économisé est immédiatement " rempli " par de nouvelles demandes ou initiatives, sans jamais se traduire par une réelle diminution de l'effort global.

Conséquences et enjeux pour le management

À court terme, l'organisation capitalise sur un surcroît de production, une polyvalence élargie et une réactivité accrue, ce qui peut donner l'illusion d'un progrès sans contrepartie. Mais, à mesure que l'enthousiasme de la phase d'expérimentation reprend, les salariés·e·s découvrent que leur charge réelle a silencieusement augmenté, avec à la clé fatigue cognitive, risque de burnout, dégradation de la qualité des décisions et augmentation potentielle du chiffre d'affaires.

L'article soutient que la question centrale n'est pas de savoir si les employé·e·s " utilisent l'IA ", mais de déterminer précisément :

- quel travail doit disparaître ou être allégé du fait de l'IA ;

- où fixer des limites temporelles et attentionnelles à l'usage de ces outils ;

- Quels types de jugement, de décision et d'arbitrage doivent rester protégés du flux continu de tâches facilitées par l'IA.

Sans une refonte intentionnelle des rôles, des flux et des attentes, l'IA ne devient pas un instrument de désintensification du travail, mais un multiplicateur silencieux de pression : elle réduit la  friction, non la charge, et transforme la promesse d'allégement en dette cognitive structurelle.

 


Auteur: Internet

Info: https://hbr.org/2026/02/ai-doesnt-reduce-work-it-intensifies-it - par Aruna Ranganathan et Xingqi Maggie Ye,  9 février 2026 - synthèse, perplexity.ai

[ élargissement ] [ grandissement ] [ agrandissement ]

 

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néo-darwinisme

Pour décoder la manipulation ou le marketing viral : la mémétique

Qu’y a-t-il de commun entre un drapeau de pirates, la chanson Happy birthday to you, un crucifix, des sigles courants (TV, USA, WC...), un jeu de Pokémon, un panneau stop, une histoire belge bien connue et le logo de Nike ? Ce sont des mèmes. C’est à dire des “entités réplicatives d’informations”, autrement dit des codes culturels qui, par imitation ou contagion, transmettent des solutions inventées par une population. Quand vous faites du marketing viral ou du lobbying, quand la télévision manipule votre “temps de cerveau humain disponible” à des fins commerciales ou idéologiques, vous êtes sans le savoir dans le champ de la mémétique comme M. Jourdain était dans celui de la prose.

La vraie vie n’est pas seulement faite de ce qu’on apprend à l’école ou à l’université... Les relations entre spécialités sont au moins aussi utiles que l’approfondissement d’une expertise spécifique... Ce n’est pas parce qu’une discipline n’a pas (encore) de reconnaissance académique qu’elle n’est pas sérieuse... Surtout quand la connaissance évolue plus vite que les mentalités, quand le fossé se creuse entre théorie et pratique, quand l’académisme dépend de normes formelles ou de chasses gardées plus que du progrès de la civilisation... La mémétique en est un bon exemple qui, malgré sa valeur scientifique et son utilité sociale, est méprisée comme ont pu l’être ses ancêtres darwiniens. Dommage, car si elle était mieux connue, nous serions moins faciles à manipuler.

LA MÉMÉTIQUE, C’EST SÉRIEUX !

Le mème est à la culture ce que le gène est à la nature. L’Oxford English Dictionary le définit comme un élément de culture dont on peut considérer qu’il se transmet par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation. Il a pour habitat ou pour vecteur l’homme lui-même ou tout support d’information. Dans les années 1970, des chercheurs de différentes disciplines s’interrogeaient sur la possible existence d’un équivalent culturel de l’ADN*. C’est en 1976, dans Le gène égoïste, que l’éthologiste Richard Dawkins baptisa le mème à partir d’une association entre gène et mimesis (du grec imitation), suggérant aussi les notions de mémoire, de ressemblance (du français même), de plus petite unité d’information. “Bref, un mot génial, bien trouvé, imparable. Un pur réplicateur qui s’ancre davantage dans votre mémoire chaque fois que vous essayez de l’oublier !” (Pascal Jouxtel).

La mémétique applique à la culture humaine des concepts issus de la théorie de l’évolution et envisage une analogie entre patrimoines culturels et génétique : il y a variation (mutation), sélection et transmission de codes culturels qui sont en concurrence pour se reproduire dans la société. Cette réplication a un caractère intra- et inter-humain. Elle dépend de la capacité du mème à se faire accepter : vous l’accueillez, l’hébergez, le rediffusez parce que vous en tirez une gratification aux yeux d’autrui, par exemple en termes d’image (vous avez le 4x4 vu à la télé), de rareté (il a une carte Pikatchu introuvable) ou autre avantage relationnel (petits objets transactionnels attractifs). Elle est stimulée par les technologies de l’information, qui renforcent le maillage des flux échangés et les accélèrent : la réplication est plus forte par les mass media (cf. les codes véhiculés par les émissions de téléréalité) et sur les réseaux (SMS ou Internet) que dans une société moins médiatisée où les flux sont moins foisonnants. 

On ne démontrera pas en quelques lignes la valeur ou l’intérêt de cette science, mais un ouvrage le fait avec talent : Comment les systèmes pondent, de P. Jouxtel (Le Pommier, Paris, 2005). On se bornera ici à extraire de ce livre un complément de définition : “la mémétique revendique une forme d’autonomie du pensé par rapport au penseur, d’antériorité causale des flux devant les structures, et se pose entre autres comme une science de l’auto-émergence du savoir par compétition entre les niveaux plus élémentaires de la pensée... Transdisciplinaire par nature, la mémétique est une branche extrême de l’anthropologie sociale croisée avec des résultats de l’intelligence artificielle, des sciences cognitives et des sciences de la complexité. Elle s’inscrit formellement dans le cadre darwinien tout en se démarquant des précédentes incursions de la génétique dans les sciences humaines classiques, comme la sociobiologie ou la psychologie évolutionniste, et s’oppose radicalement à toute forme vulgaire de darwinisme social”.

RESTER DANS LE JEU, JOUER À CÔTÉ OU AGIR SUR LE JEU ?

Jouxtel veut aussi promouvoir en milieu francophone une théorie qui y est un peu suspecte, coupable d’attaches anglo-saxonnes, masi qui pourtant trouve ses racines dans notre héritage culturel : autonomie du pensé, morphogenèse (apparition spontanée de formes élémentaires), évolution darwinienne dans la sphère immatérielle des concepts (Monod)... Le rejet observé en France tient aussi au divorce qu’on y entretient entre sciences sociales et sciences naturelles ou à la méfiance vis-à-vis de certains aspects de l’algorithme évolutionnaire (mutation, sélection, reproduction), en particulier “on fait une confusion terrible en croyant que la sélection s’applique aux gens alors qu’elle ne s’applique qu’aux règles du jeu”. De fait, cette forme d’intégration de la pensée s’épanouit mieux dans des cultures favorisant l’ouverture et les échanges que dans celles qui s’attachent à délimiter des territoires cloisonnés. Mais conforter notre fermeture serait renoncer à exploiter de précieuses ressources. Renoncer aussi à apporter une contribution de la pensée en langue française dans un champ aussi stratégique. Donc également renoncer à y exercer une influence.

Outre les enjeux de l’acceptation et des développements francophones de cette science, quels sont ceux de son utilisation ? De façon générale, ce sont des enjeux liés au libre-arbitre et à l’autonomie de la personne quand il s’agit de mettre en évidence les codages sous-jacents de comportements sociaux ou de pratiques culturelles. L’image du miroir éclaire cette notion : on peut rester dans la pièce en croyant que c’est là que se joue le jeu, ou passer derrière le miroir et découvrir d’autres dimensions - c’est ce que la mémétique nous aide à faire. De même dans le diaporama Zoom arrière (www.algoric.com/y/zoom.htm) où, après des images suggérant une perception de premier degré (scène du quotidien dans une cour de ferme), on découvre que la situation peut comporter d’autres dimensions... Plus précisément, pour illustrer l’utilité opérationnelle de la mémétique, on pourra regarder du côté des thèmes qui alimentent régulièrement cette chronique - innovation, marketing, communication stratégique, gouvernance... - autour de trois cas de figure : on peut jouer dans le jeu (idéal théorique souvent trahi par les joueurs), jouer à côté du jeu (égarés, tricheurs) ou agir sur le jeu (en changeant de niveau d’appréhension).

D’AUTRES DEGRÉS SUR LA PYRAMIDE DE MASLOW ?

Une analogie avec la pyramide de Maslow montre comment une situation peut être abordée à différents niveaux. Nos motivations varient sur une échelle de 1 (survie) à 5 (accomplissement) selon le contexte et selon notre degré de maturité. Ainsi, un marketing associé à l’argument mode ou paraître - voiture, téléphone, etc. - sera plus efficace auprès des populations visant les niveaux intermédiaires, appartenance et reconnaissance, que chez celles qui ont atteint le niveau 5. De même pour ce qui nous concerne ici : selon ses caractéristiques et son environnement, une personne ou un groupe prend plus ou moins de hauteur dans l’analyse d’une situation - or, moins on s’élève sur cette échelle, plus on est manipulable, surtout dans une société complexe et différenciée. Prenons par exemple la pétition de Philip Morris pour une loi anti-tabac. Quand j’invite un groupe à décoder cette initiative surprenante, j’obtiens des analyses plus ou moins distanciées, progressant de la naïveté (on y voit une initiative altruiste d’un empoisonneur repenti) à une approche de second degré (c’est un moyen d’empêcher les recours judiciaires de victimes du tabac) ou à une analyse affinée (lobbying de contre-feu pour faire obstacle à une menace plus grave). Plus on s’élève sur cette échelle, plus on voit de variables et plus on a de chances d’avoir prise sur le phénomène analysé. Une approche mémétique poursuivra la progression, par exemple en trouvant là des mèmes pondus par le “système pro-tabac” pour assurer sa descendance, à l’instar de ceux qu’il a pondus au cinéma pendant des années en faisant fumer les héros dans les films.

Il est facile de traiter au premier degré les attentats du 11 septembre 2001, par exemple en y voyant une victoire des forces de libération contre un symbole du libéralisme sauvage ou une attaque des forces du mal contre le rempart de la liberté - ce qui pour les mèmes revient au même car ce faisant, y compris avec des analyses un peu moins primaires, on alimente une diversion favorisant l’essor de macro-systèmes : “terrorisme international”, “capitalisme financier” ou autres. Ceux-ci dépassent les acteurs (Bush, Ben Laden...), institutions (Etat américain, Al-Qaida...) ou systèmes (démocratie, islamisme...), qui ne sont que des vecteurs de diffusion de mèmes dans un affrontement entre macro-systèmes.

QUAND CE DONT ON PARLE N’EST PAS CE DONT IL S’AGIT...

Autre cas intéressant de réplicateurs : les traditionnelles chaînes de l’amitié, consistant à manipuler un individu en exploitant sa naïveté, avec un emballage rudimentaire mais très efficace auprès de celui qui manque d’esprit critique : si tu brises la chaîne les foudres du ciel s’abattront sur toi, si tu la démultiplies tu connaîtras le bonheur, ou au moins la prospérité. On n’y croit pas, mais on ne sait jamais... Internet leur a donné une nouvelle vie - nous avons tous des amis pourtant très fréquentables qui tombent dans le piège et essaient de nous y entraîner ! - et a affiné la perversité de la manipulation avec les hoax et autres virus. Le marketing viral utilise ces ressorts. La réplication peut se faire de façon plus subtile, voire insidieuse, par exemple avec des formes de knowledge management (KM) “de premier degré” - en bref : la mondialisation induit un impératif d’innovation ; on veut dépasser les réactions quantitatives et malthusiennes qui s’attaquent aux coûts car elles jettent le bébé avec l’eau du bain en détruisant aussi les gisements de valeur ; on va donc privilégier la rapidité d’adaptation à un environnement changeant, donc innover en permanence, donc mobiliser le savoir et la créativité, donc fonctionner en réseau. Si l’on continue à gravir des échelons, on s’aperçoit que cette approche réactive reste “dans le jeu” alors qu’on a besoin de prendre du recul par rapport au jeu lui-même pour le remettre en question, voire le réinventer. La mémétique éclaire la complexité de cet exercice difficile où il faut pouvoir changer de logique, de paradigme, pour aborder un problème au niveau des processus du jeu et non plus au niveau de ses contenus. Comme dans la communication stratégique.

Déjà dans le lobbying classique, on savait depuis longtemps que le juriste applique la loi, le lobbyiste la change : le premier reste dans le jeu, quitte à tout faire pour contourner le texte ou en changer l’interprétation, alors que le second, constatant que la situation a évolué, s’emploie à faire changer les règles, voire le jeu lui-même. De même dans les appels d’offres, où certains suivent le cahier des charges quand d’autres contribuent à le définir en agissant en amont. De même dans le lobby-marketing, par exemple quand on s’attache à changer la nature de la relation plus que son contenu ou sa forme, pour passer de solliciteur à sollicité : faire que mon interlocuteur me prie de bien vouloir lui vendre ce que précisément je veux lui vendre... comme est aussi supposé le faire tout bon enseignant qui, ne se bornant pas à transférer des savoirs, veut donner envie d’apprendre ! Déjà difficile pour un lobbyiste néophyte, ce changement de perspective n’est pas naturel dans un “monde de l’innovation” où l’on privilégie un “rationnel plutôt cerveau gauche” qui ne prédispose pas à décoder le jeu pour pouvoir le mettre en question et le réinventer. 

L’interpellation mémétique peut conduire très loin, notamment quand elle montre comment l’essor des réseaux favorise des réplications de mèmes qui ne nous sont pas nécessairement favorables. Elle peut ainsi contredire des impulsions “évidentes” en KM, à commencer par celle qui fait admettre que pour innover et “s’adapter” il faut fonctionner en réseau et en réseaux de réseaux. Avec un peu de recul mémétique, on pourra considérer qu’il s’agit moins de s’adapter au système que d’adapter le système, donc pas nécessairement de suivre la course aux réseaux subis mais d’organiser l’adéquation avec des réseaux choisis, voire maîtrisés...

Aux origines de la mémétique

La possibilité que la sphère des humanités s’ouvre au modèle darwinien n’est pas nouvelle. Sans remonter à Démocrite, on la trouve chez le biochimiste Jacques Monod, dans Le hasard et la nécessité. La notion de monde des idées (noosphère) a été introduite par l’anthropologue Pierre Teilhard de Chardin. Alan Turing et Johannes Von Neumann, pères de l’informatique moderne, ont envisagé que les lois de la vie s’appliquent aussi à des machines ou créatures purement faites d’information. L’épistémologie évolutionnaire de Friedrich Von Hayek en est une autre illustration. D’autres parentés sont schématisées dans la carte ci-dessous.

De façon empirique, au quotidien, on peut observer la séparation du fait humain d’avec la nature, ainsi que son accélération : agriculture, urbanisation et autres activités sont visibles de l’espace, émissions de radio et autres expressions y sont audibles ; nos traces sont partout, livres, codes de lois, arts, technologies, religions… Est-ce l’homme qui a propulsé la culture ou celle-ci qui l’a tiré hors de son origine animale ?

En fait, grâce à ses outils, l’homme a favorisé une évolution combinée, un partenariat, un entraînement mutuel entre le biologique et le culturel. André Leroi-Gourhan raconte la co-évolution de l’outil, du langage et de la morphologie. Claude Lévi-Strauss parle de l’autonomie de l’organisation culturelle, par-delà les différences ethniques. Emile Durkheim revendique l’irréductibilité du fait social à la biologie. Parallèlement, l’observation des sociétés animales démontre que la nature produit des phénomènes collectifs, abstraits, allant bien au-delà des corps. Selon certaines extensions radicales de la sociobiologie à l’homme, toutes nos capacités seraient codées génétiquement, donc toute pratique culturelle - architecture, droit, économie ou art - ne serait qu’un phénotype étendu de l’homme. La réduction des comportements à leurs avantages évolutionnaires biologiques s’est atténuée. Le cerveau est modulaire, le schéma général de ses modules est inscrit dans les gènes, mais on a eu du mal à admettre que leur construction puisse se faire sur la base de flux cognitifs, d’apports d’expériences. 

Il y a des façons d’agir ou de penser qui au fil du temps ont contribué à la survie de ceux qui étaient naturellement aptes à les pratiquer : la peur du noir, la capacité de déguiser ses motivations, le désir de paraître riche ; ou plus subtilement la tendance à croire à une continuation de la vie après la mort, à une providence qui aide, à une vie dans l’invisible ; ou même le réflexe intellectuel consistant à supposer un but à toute chose. Mais il existe des idées, des modes de vie, des techniques, bref des éléments de culture indépendants de l’ADN, qui se transmettent par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation : c’est la thèse de Susan Blackmore, pour qui, entre ces mèmes en compétition, la sélection se fait en fonction de leur “intérêt propre” et non de celui des gènes.

L’argument de Pascal Jouxtel s’inspire d’une formule de Luca Cavalli-Sforza : l’évolution naturelle de l’homme est terminée car tous les facteurs naturels de sélection sont sous contrôle culturel. Tout ce qui pourrait influencer la fécondité ou la mortalité infantile est maîtrisé ou dépend de facteurs géopolitiques, économiques ou religieux. En revanche, la culture continue à évoluer : lois, art, technologies, réseaux de communication, structures de pouvoir, systèmes de valeurs. Le grand changement, c’est que les mèmes évoluent pour leur propre compte, en exploitant le terrain constitué par les réseaux de cerveaux humains, mais indépendamment, et parfois au mépris des besoins de leurs hôtes biologiques. 

“Ce sont des solutions mémétiquement évoluées qui sont aujourd’hui capables de breveter un génome. Il en va de même des religions et des systèmes politiques qui tuent. La plus majestueuse de toutes ces solutions s’appelle Internet, le cerveau global... Tout ce qui relie les humains est bon pour les mèmes. Il est logique, dans la même optique, de coder de façon de plus en plus digitalisée tous les modèles qui doivent être transmis, stockés et copiés. C’est ainsi que le monde se transforme de plus en plus en un vaste Leroy-Merlin culturel, au sein duquel il devient chaque jour plus facile de reproduire du prêt-à-penser, du prêt-à-vivre, du prêt-à-être. A mesure que l’on se familiarise avec l’hypothèse méméticienne, il devient évident qu’elle invite à un combat, à une résistance et à un dépassement. Elle nous montre que des modèles peuvent se reproduire dans le tissu social jusqu’à devenir dominants sans avoir une quelconque valeur de vérité ou d’humanité. Elle nous pose des questions comme : que valent nos certitudes ? De quel droit pouvons-nous imposer nos convictions et notre façon de vivre ?... Comment puis-je dire que je pense ?” (P. Jouxtel, www.memetique.org). Et bien sûr : comment les systèmes pondent-ils ?

Auteur: Quentin Jean-Pierre

Info: Critique du livre de Pascal Jouxtel "comment les systèmes..."

[ sociolinguistique ] [ PNL ]

 

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