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question

Je vois mourir mes hommes, ils s’écrasent devant moi :
Si je n’apprends pas à partager leurs épreuves,
Comment un homme pourra-t-il jamais se fier à moi ?

Auteur: Bernay Alexandre de Paris

Info:

[ rapports humains ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

couple

Un moment, c’est Ivan et moi ; un autre moment, nous ; tout de suite après, toi et moi. Deux êtres qui n’ont aucun projet en commun, qui ne cherchent ni la coexistence ni l’accès à une autre vie, ni la rupture, ni l’accord sur une langue privilégiée. Nous nous passons d’interprète, je n’apprends rien sur lui, ni lui sur moi. Nous ne pratiquons pas d’échanges de sentiments, nous n’avons pas de positions de force, nous n’attendons aucune livraison d’armes pour la défense de nos personnes. Le terrain est léger, fertile, ce qui tombe sur mon sol prospère, en me propageant dans les mots je propage Ivan lui-même, j’engendre une race nouvelle, de notre union naît ce que Dieu a voulu :

Oiseaux de feu

Azurites

Flammes filantes

Gouttes de jade

Auteur: Bachmann Ingeborg

Info: Malina

[ liberté ] [ poésie ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

système fermé

Des chercheurs prouvent que les modèles d’IA dégénèrent s’ils sont entraînés avec leurs propres résultats

À la fin c'est moche (Photo avec quelques exemples de clichés/portraits traités par IA qui perdent leur netteté et leur définition au cours du processus)

Utiliser des données générées par IA pour enrichir un modèle d’IA conduit progressivement à l’effondrement de la qualité de ses résultats.

Détruire un modèle d’IA sera peut-être une préoccupation d’activistes d’ici quelques années. Grâce à une étude publiée dans Nature, on connaît une méthode qui, au moins, semble fonctionner. Des chercheurs en intelligence artificielle de Cambridge, au Royaume-Uni, ont essayé de savoir ce qu’il se passait en entraînant des modèles d’IA avec les résultats issus de ces mêmes modèles. En d’autres termes, nourrir de l’IA générative avec de l’IA générative. Eh bien le résultat est sans appel : le modèle finit tôt ou tard pas s’effondrer.

L’expérimentation n’a rien d’un projet néo-luddite, mais s’apparente plutôt à une mise en garde pour Zakhar Shumaylov, l’un des co-auteurs de l’étude, à toute l’industrie et la recherche en IA : " Tout le sujet est de montrer que nous devons faire vraiment attention à ce que nous utilisons comme donnée pour enrichir les IA ", affirme-t-il.

L’expérience menée à Cambridge : générer des articles Wikipédia

L’équipe de Shumaylov a testé son hypothèse avec l’un des usages les plus fréquents des intelligences artificielles génératives : la génération de texte. Un premier modèle a été enrichi avec des articles de Wikipédia (comme peuvent l’être de nombreux modèles, de ChatGPT à Gemini). Les chercheurs ont ensuite demandé à ce modèle de générer des articles de style Wikipédia. Une tâche simple pour un modèle entraîné sur une bonne matière première, constituée d’articles de Wikipédia.

Mais voilà, ils ont ensuite ajouté les articles générés au modèle initial, mélangeant une source " pure " et authentique (les vrais articles Wikipédia) et une source générée (les articles générés par le modèle dans le style de Wikipédia). Et déjà, les choses ont empiré, avec une seule génération de modèle qui n’a que partiellement été entraînée avec des IA. 

Pourquoi cet appauvrissement dans le matériau original survient-il ? La raison principale vient de l’échantillon de texte source. Quand vous utilisez comme source un article original, notamment d’encyclopédie, vous vous retrouvez avec une collection de mots rares que l’IA va être susceptible d’utiliser. Mais avec une génération suivante d’échantillon, vous commencez à perdre la rareté des mots au profit de mots plus courants, qui sont mécaniquement plus nombreux. Jusqu’à finir sur une production textuelle pauvre, qui, en plus d’avoir perdu en vocabulaire, enchaîne de plus en plus les erreurs. C’est précisément ce que l’équipe de Shumailov a remarqué : " le modèle finit par n’apprendre que des erreurs ".

Un danger pour les moteurs de recherche par IA

Cette étude prouve que l’IA a besoin d’une donnée de qualité pour s’enrichir et garder un haut niveau d’exigence. Cela s’applique dans un cadre universitaire, mais également sur les outils grand public : c’est toute la difficulté, par exemple, d’un Google Gemini sur le web.

Cette expérience de Google, lancée aux États-Unis, vise à résumer les résultats présents sur le web et à les présenter sous la forme de réponses écrites directement dans le moteur de recherche. Ainsi, les internautes n’auraient plus besoin d’aller sur les sites web que Google vient résumer : leur réponse est dans Google. Mais que se passe-t-il si le corpus est de mauvaise qualité ou, pire, si le web devient petit à petit un repaire de textes générés par IA ? Gemini finira par s’enrichir sur des textes pauvres, apprenant sur des matériaux générés et donc mécaniquement moins intéressants.

C’est aussi ce que peut craindre OpenAI, qui vient de lancer en bêta très privée son concurrent à Gemini : SearchGPT. Le géant derrière ChatGPT espère concurrencer Google sur le sujet de l’avenir des moteurs de recherche, mais se heurtera aux mêmes écueils s’il ne fait pas attention à son corpus d’entraînement initial… et à ses enrichissements ultérieurs.

La proposition des chercheurs de Cambridge pour éviter cela, serait de parvenir à une sorte de filigrane (watermark), permettant avec certitude d’identifier un texte généré ou une image générée, afin de l’exclure de l’enrichissement des modèles.

Auteur: Internet

Info: Numérama, Julien Cadot, 26 juillet 2024

[ étiolement ] [ dégénérescence ] [ nivellement par le bas ] [ mise en boucle ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

protestantisme

Un homme du tempérament de Luther, s’il ouvre un livre : il n’y lit qu’une pensée, la sienne. Il n’apprend rien qu’il ne porte en lui. Un mot, une phrase, un raisonnement le frappent. Il s’en empare. Il le laisse descendre en lui, profond, plus profond, jusqu’à ce que, par-dessous les surfaces, il aille toucher quelque point secret, ignoré jusqu’alors du lecteur lui-même, et d’où, brusquement, jaillit une source vive — une source qui dormait, attendant l’appel et le choc du sourcier : mais les eaux étaient là, et leur force contenue. N’ayons donc point scrupule à négliger ici tout un monde de recherches patientes et méritoires. Ne retenons qu’un fait, parmi tant d’autres.

Luther, semble-t-il, a peu étudié à Erfurt les grands systèmes scolastiques du XIIIe siècle. Le thomisme en particulier paraît lui être demeuré étranger : rien d’étonnant, et s’il l’avait connu, il n’en aurait tiré qu’un profit violemment négatif. Ce qu’il a lu, en dehors de quelques mystiques et, notamment, de Tauler (dont on nous dit d’ailleurs, qu’il le comprit mal et qu’il en dénatura la pensée sans scrupule : entendons qu’il en fit librement son profit, sans se soucier de savoir si ses interprétations s’accordaient, ou non, avec la doctrine du disciple d’Eckhart ; il lui suffisait qu’elles rentrassent dans les cadres de sa spéculation à lui, Luther) — ce qu’il lisait, c’était surtout le Commentaire sur les Sentences du nominaliste Gabriel Biel († 1495), l’introducteur principal de l’occamisme en Allemagne, le "roi des théologiens"... tout au moins de Tübingen, l’ami de Jean Trithème et de Geiler de Kaisersberg. Vieilli, Luther se vantera de savoir encore par cœur des pages entières du célèbre docteur.

Or que trouvait Luther dans les écrits de Biel, lorsqu’il les relisait avec l’ardent souci d’y découvrir une solution aux difficultés dont il ne savait sortir ? Deux théories, entre beaucoup, et qui, lorsqu’on les énonce à la suite l’une de l’autre, paraissent contradictoires : ce n’est pas le lieu ici, ni le moment d’exposer comment, pour qui connaît même sommairement la pensée d’Occam, cette contradiction s’évanouit. Biel prétendait d’abord que, les suites du péché originel s’étant fait sentir surtout dans les régions basses, sur les puissances inférieures de l’âme humaine, la raison et la volonté demeurent, au contraire, à peu près telles qu’avant la faute — l’homme pouvant, par les seules forces de sa nature, observer la loi et accomplir les œuvres prescrites sinon "selon l’intention du législateur", du moins suivant "la substance du fait". Et ensuite que, par ces seules et mêmes forces, la volonté humaine étant capable de suivre le commandement de la droite raison, l’homme peut aimer Dieu par-dessus toutes choses. Cet acte d’amour suprême et total crée en lui une disposition suffisante pour qu’il puisse obtenir, tout pécheur qu’il soit, la grâce sanctifiante et la rémission des péchés.

Seulement, en même temps et puisqu’il rattachait sa pensée à celle d’Occam, Biel réservait les droits de la Toute-Puissance divine. Droits absolus, sans bornes ni limitations, étendus jusqu’à l’arbitraire. Et, par exemple, enseignait le théologien de Tübingen, du vouloir divin et de lui seul, les lois morales tiraient sens et valeur. Les péchés étaient péchés et non pas bonnes actions, parce que Dieu le voulait ainsi. Dieu voudrait le contraire, le contraire serait ; le vol, l’adultère, la haine de Dieu même deviendraient des actions méritoires. Dieu n’a donc, en l’homme, à punir ou à récompenser ni fautes propres ni mérites personnels. Les bonnes actions, pour qu’elles obtiennent récompense, il faut seulement que Dieu les accepte. Et il les accepte quand il lui plaît, comme il lui plaît, s’il lui plaît, pour des raisons qui échappent à la raison des hommes. Conclusion : la prédestination inconditionnelle et imprévisible...

Ainsi avait professé, ainsi professait toujours après sa mort, par ses livres et par ses disciples, Gabriel Biel le révéré. Qu’on se représente maintenant, en face de ces ouvrages, soumis à ces doctrines, ce Luther ardent, épris d’absolu, inquiet par ailleurs et tourmenté, qui cherchait partout à étancher son ardente soif de piété, mais à se délivrer également de ses scrupules et de ses angoisses. On lui disait, avec Biel : Efforce-toi. Tu le peux. Dans le plan humain, l’homme, par ses seules forces naturelles, par le jeu de sa volonté et de sa raison peut accomplir la loi ; il peut parvenir, finalement, à aimer Dieu par-dessus toutes choses. — Et Luther s’efforçait. Il faisait le possible, selon sa nature, et l’impossible, pour que naisse en lui cette dispositio ultimata et sufficiens de congruo ad gratiae infusionem dont parle Biel en son langage. En vain. Et quand, après tous ses efforts, son âme anxieuse de certitude ne trouvait point d’apaisement ; quand la paix implorée, la paix libératrice ne descendait point en lui — on devine quel sentiment d’amère impuissance et de vrai désespoir le laissait prostré devant un Dieu muet — comme un prisonnier au pied d’un mur sans fin...

Peu à peu, dans sa tête qui s’égarait, d’autres pensées surgissaient. Les bonnes actions pour qu’elles fussent méritoires, Biel l’enseignait : il faut simplement, et il suffit, que Dieu les accepte. Était-ce donc que Dieu n’acceptait point ses bonnes actions à lui ? qu’il le rejetait au nombre des réprouvés par un décret incompréhensible et irrévocable de sa volonté ? Ah ! comment savoir et quelle atroce angoisse naissait d’un tel doute !

Ainsi la doctrine dont on le nourrissait, cette doctrine des gabriélistes issue de l’occamisme et dont Denifle le premier a marqué avec force et vigueur l’influence tenace et persistante sur Luther   — cette doctrine qui, tour à tour, exaltait le pouvoir de la volonté humaine puis l’humiliait en ricanant devant l’insondable Toute-Puissance de Dieu : elle ne tendait les forces d’espérance du moine que pour les mieux briser, et le laisser pantelant, dans l’impuissance tragique de sa débilité.

Auteur: Febvre Lucien

Info: Un destin : Martin Luther, PUF, 1968, pages 25 à 27

[ origines ] [ inspirateur ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

mnémotechnie

“Dans la mémorisation, ce qui ne fonctionne pas du tout c’est de relire son cours” 

Sébastien Martinez, ingénieur de formation, s’est imposé comme une référence dans l’art de la mémorisation. Champion de France de mémoire depuis 2015, formateur reconnu, conférencier, auteur et président de l’Association des sports de mémoire, il enseigne des techniques concrètes à destination des étudiants, des enseignants et des professionnels. Entre associations créatives, attention ciblée et méthodes d’entraînements, il partage des techniques simples et accessibles pour renforcer la mémoire au quotidien.

Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer comment vous en êtes venu à vous passionner pour la mémorisation et quelle est la mission que vous vous êtes fixée ?

- Ma mission, c’est de me dire que ces méthodes pour la plupart sont millénaires et devraient être enseignées à l’école. Aujourd’hui, j’ai deux casquettes. Je suis président de l’Association des sports de mémoire que j’ai co-créée en 2020, et on organise tous les ans un championnat pour faire grandir cette communauté d’athlètes de la mémoire.

Et d’un autre côté, j’ai également créé un centre de formation. Là, je donne des formations aussi bien auprès des enseignants que des élèves. La plupart du temps, ce sont quand même des étudiants qui passent des concours, de première à cinquième année de médecine par exemple. J’ai aussi pas mal d’élèves de l’école du Louvre à Paris.

Sinon, J’ai également des échanges avec des associations de parents d’élèves, des écoles. Et là, la démarche c’est plutôt de redonner confiance aux élèves, de leur montrer qu’on est capable d’apprendre.

- Comment devient-on champion de France de mémoire ?

- Il faut s’inscrire à une compétition, s’entraîner et, évidemment, essayer de la gagner. Dans ces championnats, il y a dix épreuves en tout : mémorisation de chiffres, de mots, de trombinoscopes, de jeux de cartes… Pour gagner, il faut s’entraîner. Plus on s’entraîne, plus on va vite, plus on peut mémoriser de mots, et plus on marque de points dans l’épreuve. Finalement, la mémoire, c’est comme un sport : c’est un muscle qu’on travaille pour atteindre le plus haut niveau en compétition.

Après, je tiens à préciser que ce n’est pas la mémoire en tant que telle qu’on entraîne, mais plutôt la faculté à mémoriser. Concrètement, la mémoire, on la considère comme un disque dur sans limite. Par contre, notre capacité à écrire sur ce disque dur, ça, on peut l’entraîner, et c’est ça qu’on peut voir comme un muscle. Mais la mémoire elle-même étant infinie, on ne peut pas " entraîner " quelque chose d’infini.

Vous évoquez des techniques de mémorisation " millénaires ". Pour ceux qui souhaitent découvrir ces méthodes, quels sont les grands principes à retenir pour améliorer sa mémoire au quotidien ?

- Il y a trois grandes facultés à développer : l’attention, l’association et la répétition (ou l’entraînement). Toute stratégie qui fait travailler l’une de ces trois compétences est forcément bénéfique. Souvent, on néglige l’association, donc je conseille vraiment de commencer par là, parce que c’est la moins intuitive.

Il existe deux façons d’associer : la méthode rationnelle, cartésienne, et la méthode plus " loufoque ". Par exemple, si vous voulez retenir le mot " bradycardie ", vous pouvez vous appuyer sur l’étymologie : " brady " qui signifie " lent " et " cardie " qui renvoie au rythme cardiaque. C’est un lien logique. Mais parfois, on n’a pas accès à cette logique car on est trop débutant, que c’est trop compliqué, ou bien qu’il n’y a pas de logique du tout. Dans ces cas-là, on se tourne vers l’association farfelue.

Dans mon dernier livre, je prends l’exemple des dieux grecs et romains. Pour Zeus, on l’imagine souvent en vieux barbu avec un éclair à la main, mais un enfant de moins de dix ans ne va peut-être pas avoir cette image. Lui, il va plutôt penser à un œuf, parce que " œuf " ressemble à " Zeus ". Et pour Jupiter, la version romaine, on peut imaginer la planète… ou une jupe si on ne connaît pas encore les planètes. Du coup, on se retrouve avec un œuf qui porte une jupe, et voilà un lien qui va marquer l’esprit de l’enfant. L’idée c’est de trouver du sens avec ses propres références. Plus c’est personnel, plus le cerveau s’active, et plus la rétention à moyen et long terme est efficace.

Pour l’anecdote, je viens de terminer un cycle de formation avec des collégiens de 3e. Il y avait notamment une professeure d’anglais qui avait proposé comme exercice de mémoriser les États américains, les 12 ou 13 premiers je crois. Elle me disait que ce qui est génial, c’est qu’ils n’ont pas du tout les mêmes références. Par exemple, pour l’État de Georgia, plein d’élèves ont pensé à Cristiano Ronaldo parce que sa compagne s’appelle Georgina.

Elle a refait le même exercice avec d’autres classes, un peu plus studieuses, plus " scolaires ", et ces élèves-là avaient des références plus classiques. Eh bien, ceux qui sont partis dans tous les sens, avec des références plus personnelles, ont mieux réussi à retenir. Et ça, c’est vraiment un lâcher-prise quand on est pédagogue. Nous, on a nos propres références, on va alimenter nos élèves, nos enfants, avec ce qu’on connaît. Mais si on ne va pas chercher leurs références à eux, ça marchera moins bien.

- Construire des associations personnelles ou " farfelues " semble demander un effort supplémentaire. Que répondez-vous à ceux qui craignent que ces techniques soient trop contraignantes à mettre en place ?

- On peut avoir l’impression que ça demande un effort en plus, mais il faut retenir deux choses. Premièrement, il faut vraiment passer par les trois étapes dont on parlait. Si on n’en fait qu’une seule, ça ne sert à rien. Ensuite, il faut forcément manipuler ce qu’on a appris.

La deuxième chose, c’est qu’on a souvent le sentiment que tout ça demande plus d’efforts, mais il faut comprendre que notre cerveau est en quelque sorte " enfermé " dans la boîte crânienne, sans contact direct avec l’extérieur. Ses seules interfaces, ce sont notre corps et nos cinq sens. À l’intérieur, tout n’est que signaux électriques. Donc, quand on cherche à activer notre cerveau, chaque sens stimule une zone cérébrale différente. Plus on fait appel à nos cinq sens, plus on active notre cerveau et meilleure est la rétention de l’information.

- Lorsque l’on souhaite réviser ou apprendre, y a-t-il des pratiques répandues qui peuvent au contraire nous freiner dans notre mémorisation ? Quels sont selon vous les " red flags " à éviter

Dans la mémorisation, ce qui ne fonctionne pas du tout quand on révise, c’est de relire son cours. Relire, c’est une perte de temps. Ce qu’il faut faire à la place, c’est s’entraîner. Par exemple, à Harvard, ils ont mis en place un protocole : il y a d’abord 30 minutes de cours, puis, à la fin, la classe est divisée en trois groupes. Le premier groupe ne fait rien, le deuxième relit ses notes, et le troisième répond à des questions. On recommence ensuite la même séquence de 30 minutes de cours, on reforme les trois groupes, et on répète ça pendant deux heures, donc quatre fois au total. À la fin, il y a une évaluation.

Le résultat, c’est que le premier et le deuxième groupe obtiennent en moyenne les mêmes scores, alors que le troisième groupe (celui qui se teste en répondant aux questions) a un résultat nettement supérieur. C’est ce qu’on appelle “ l’effet test ”. Au lieu de commencer par relire quand on révise, il vaut mieux commencer par se tester. Il y a deux façons de faire : la “ feuille blanche ” (on prend une feuille et on note tout ce dont on se souvient du cours), qui est la méthode la plus efficace mais aussi la plus difficile, ou bien, si on a préparé des questions, on y répond directement. Sinon, on peut prendre le plan du cours, le regarder et essayer de retrouver le contenu.

Pourquoi est-ce plus efficace ? Parce qu’on a plusieurs biais cognitifs, dont le premier est le biais de confirmation. Quand on relit ses notes, on ne fait que regarder ce qu’on connaît déjà et on entretient ce qu’on appelle “ l’illusion de la connaissance ”. Ça explique pourquoi tant d’élèves sortent d’un contrôle en disant : “ Mon prof est un sadique, il m’a interrogé sur la partie que je ne connaissais pas. ” En réalité, ils se sont contentés de relire leur cours, donc ils n’en maîtrisaient que 20 %.

Alors que si on commence par se tester, parfois on ne retrouve pas grand-chose, parfois on se souvient de pas mal de points. Dans les deux cas, ça rend la relecture suivante beaucoup plus efficace, parce qu’on ne relit pas ce qu’on connaît déjà (pas de temps à perdre) et on se focalise sur ce qui nous manque ou qu’on a mal retenu. Le gros “ red flag ”, c’est de vouloir commencer par relire ses cours pour être précis… On voit que ça ne suffit pas !

- Après il y a d’autres biais bien sûr. En ce qui concerne l’attention, le plus gros “ red flag ”, c’est de vouloir travailler jusqu’à l’épuisement. J’ai beaucoup d’élèves qui s’imposent des séances de deux heures non-stop, et, à la fin, ils sont complètement vidés, ils arrêtent et ne reprennent jamais. Il vaut mieux fractionner, comme en sport. La méthode la plus connue, c’est le Pomodoro : on travaille 25 minutes, puis on fait 5 minutes de pause. Ça marche super bien, parce qu’on est intense pendant 25 minutes, puis on récupère un peu.

Donc l’idée, c’est de faire des petites pauses régulièrement, plutôt que de s’acharner jusqu’à être épuisé — j’exagère un peu, mais vous voyez le principe. On fractionne son temps, et on est beaucoup plus efficace à long terme.

- Une étude récente de l’Inserm s’inquiète de la baisse des capacités cognitives chez les enfants, notamment à cause de l’omniprésence des écrans. Comment analysez-vous l’impact des nouvelles technologies et des réseaux sociaux sur notre capacité d’attention et de mémorisation ?

- Moi, j’invite les jeunes à prendre un peu de hauteur là-dessus. En tant qu’ingénieur, je me rends bien compte que ce ne sont pas tant les écrans en eux-mêmes le problème, mais plutôt les applis et les réseaux sociaux, conçus pour maximiser leurs profits. Et pour gagner plus, ils cherchent à maximiser le temps qu’on passe dessus. Quand on comprend ça, on voit vite qu’ils ne sont pas nos alliés : leur but n’est pas notre bien-être, mais de nous rendre accrocs.

Du coup, je conseille de mettre en place des “ rituels de désintoxication ”. Par exemple, le soir, à partir de 17-18h, je pose mon téléphone loin de moi, en général dans mon bureau. Comme ça, il faut faire l’effort d’aller le chercher. Et puis, le dimanche, je coupe tout : mon téléphone ne me sert plus que pour passer ou recevoir des appels, c’est tout.

L’idée, c’est de s’aménager des moments sans rien faire. Pendant des milliers d’années, notre cerveau a évolué en s’ennuyant de temps en temps. Quand on s’ennuie, certains processus essentiels s’enclenchent. Alors que scroller sur son smartphone, ce n’est pas “ne rien faire” : on ne laisse pas au cerveau l’occasion de déclencher ces mécanismes dont il a besoin pour rester en bonne santé. En gros, je recommande de se créer des “espaces d’ennui”.

- Pour conclure, vous soulignez régulièrement l’importance de facteurs comme le stress, la fatigue ou l’anxiété. Concrètement, en quoi ces éléments peuvent-ils nuire à une bonne mémorisation, et que recommandez-vous pour y remédier ?

- Sur le stress, il y a au moins deux aspects à prendre en compte. D’abord, sur le long terme, dans les organisations ou en classe, on sait qu’un enfant apprend mieux dans un environnement bienveillant. Pourquoi ? Parce que dans un environnement bienveillant, on s’autorise à faire des erreurs et on reçoit des retours constructifs de la part du groupe, ce qui nous fait progresser. À l’inverse, dans un environnement stressant, on va essayer de dissimuler ses erreurs, et du coup, on n’apprend pas. C’est la dimension " groupe ".

Ensuite, du point de vue individuel, j’ai un exemple à vous donner. Le 28 novembre, j’étais invité sur le Magazine de la santé, où l’on m’a demandé de faire une démonstration de mémorisation en direct de 20 mots à retenir en 1 minute 30. Avec l’expérience, je sais qu’entre ce que j’arrive à faire chez moi et ce que je fais en plateau, je dois généralement multiplier mon temps par deux ou trois. À la maison, mon record pour 20 mots est de 26 secondes. Sur le plateau, j’ai donc demandé 1 minute 30, parce qu’il y a la pression du direct, 500 000 téléspectateurs, tout ça est stressant ! Le stress impacte directement nos capacités. Et pas seulement le stress, d’ailleurs, mais aussi tous les éléments perturbateurs extérieurs.



 



 

Auteur: Internet

Info: https://www.vousnousils.fr/, Benjamin Galle-Tessonneau, Jan 8, 2025

[ corps-esprit ] [ triade ] [ intellection ] [ remémoration ]

 

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