Survivre : c’est l’épreuve du premier âge, même pour nos enfants dont le développement physique n’est plus menacé. Si ceux-là ne risquent pas de mourir de faim, de guerre ou de drogue, ils ont tous un combat singulier à mener contre la maladie mentale induite par leurs proches.
Servir : ceux qui ont survécu à l’épreuve du premier âge sont sommés de ne pas être des bouches inutiles : qu’ils soient les marginaux ou les nantis, ils tombent sous le coup de l’exploitation systématique.
Enfance protégée égale, souvent, enfance aliénée. Les lois, l’insertion sociale, la vaccination n’évitent pas à l’enfant de la société industrielle les risques de l’aliénation et ne le soustraient pas à sa condition. Il partage l’infériorité de sa classe d’âge. Il appartient malgré lui à un sous-continent. En dépit des apparences, la condition de l’enfant n’a guère varié depuis quatre mille ans (Sumer). S’agissant de sa cause, on peut parler des illusions du progrès. Tout "avantage" desservant son intérêt véritable.
De plus en plus abondant, le discours sur l’enfant, qu’il soit littéraire ou scientifique, tend à réduire le champ d’étude à celui de sa relation avec ses parents. On attache trop d’importance à la fonction des parents. L’éducation et la pédagogie ont abusivement annexé l’univers de l’enfant qui, considéré dans ses dimensions véritables, dépasse pourtant de très loin le domaine et la compétence des nourriciers et des éducateurs. L’essentiel est toujours esquivé et dissimulé. On n’ose pas aborder le problème dans son authentique subversion. La société a peur de l’aborder. Elle se masque la réalité avec des images rassurantes. Dire la vérité sur ce sous-continent noir, c’est comme faire la révolution. Pourquoi est-ce que cela paraît subversif de dire que les parents n’ont aucun droit sur leurs enfants ? À leur égard, ils n’ont que des devoirs, alors que leurs enfants n’ont vis-à-vis d’eux que des droits, jusqu’à leur majorité. Pourquoi est-ce que cela paraît subversif de dire que tout adulte doit accueillir tout être humain dès sa naissance comme il aimerait lui-même être accueilli ? Que tout bébé et enfant doit, par tout adulte, être assisté dans son dénuement physique, son incoordination et son impuissance physique, son aphasie, son incontinence, son besoin de soins et de sécurité avec le même respect que cet adulte désirerait s’il était dans la situation de cet enfant (et non pas comme il a été, ou croit avoir été, traité lui-même dans son enfance) ? Tout enfant, homme ou femme en devenir, est déjà soutien spirituel et force vive du groupe familial et social qui le prend matériellement en charge.
Années: 1908 - 1988
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: F
Profession et précisions: psychologue
Continent – Pays: Europe - France