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crépuscule
La nuit arriva dans un grand coup de vent. Elle n'était pas venue comme une eau par un flux insensible à travers les arbres, mais on l'avait vue sauter hors des vallées de l'est. D'un coup, elle avait pris d'abord jusqu'aux lisières du fleuve puis, pendant que le jour restait encore un peu sur les collines de ce côté-ci elle s'était préparée, écrasant les osiers sous ses grosses pattes noires, traînant son ventre dans les boues. Au premier vent elle avait sauté. Au premier vent elle avait sauté. Elle était déjà loin, là-bas devant, avec son haleine froide ; ici on était caressé par son corps tiède plein d'étoiles et de lune.
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Le chant du monde
— Ψ → B → Φ · Propagation par infection douce, jamais par imposition.
père-fils
Je sais que je suis un sensuel.
Si j’ai tant d’amour pour la mémoire de mon père, si je ne peux me séparer de son image, si le temps ne peut pas trancher, c’est qu’aux expériences de chaque jour je comprends tout ce qu’il a fait pour moi. Il a connu le premier ma sensualité. Il a vu, lui le premier, avec ses yeux gris, cette sensualité qui me faisait toucher un mur et imaginer le grain de pore d’une peau. (…) Cette sensualité qui faisait de moi une goutte d’eau traversée de soleil, traversée des formes et des couleurs du monde, portant, en vérité, comme la goutte d’eau, la forme, la couleur, le son, le sens marqué dans ma chair.
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Jean le bleu
[
sensations
]
[
ressemblance
]
[
contact
]
[
incarnation
]
— Ψ → B → Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.
nature
Subitement il fit très froid. Antonio sentit que sa lèvre gelait. Il renifla. Le vent sonna plus profond; sa voix s'abaissait puis montait. Des arbres parlèrent; au-dessus des arbres le vent passa en ronflant sourdement. Il y avait des moments de grand silence, puis les chênes parlaient, puis les saules, puis les aulnes; les peupliers sifflaient de gauche et de droite comme des queues de chevaux, puis tout d'un coup ils se taisaient tous. Alors, la nuit gémissait tout doucement au fond du silence. Il faisait un froid serré. Sur tout le pourtour des montagnes, le ciel se déchira. Le dôme de nuit monta en haut du ciel avec trois étoiles grosses comme des yeux de chat et toutes clignotantes.
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Le chant du monde
[
obscurité
]
[
littérature
]
[
nocturne
]
— Ψ ⇄ B ⇄ Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.
médiocrité
Toutes ces femmes de tanneurs étaient ou blanches et maigres ou blanches et grasses et ne parlaient que d’huile de foie de morue et de lessives. Je me demandais comment elles pouvaient bien s’arranger pour que la vie ne soit pas terrifiante. En tout cas, ça n’était rien que des viandes. Quand je me comparais à elles, j’en avais des bouffées de chaleur. Les hommes s’amusaient à des riens. Ils me faisaient danser pour un peu me peloter. Il semblait qu’ils avaient attrapé le Pérou. Ou alors, ils parlaient politique. C’étaient des jobards. A les entendre, ils voulaient tout manger. Je me disais : "Et dans quoi le mettraient-ils ? Ils n’ont pas d’estomac !" Ils croyaient à tout. Ils prenaient tout pour argent comptant. Moi, je savais qu’ils ne sortiraient jamais de l’ennui.
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Les âmes fortes, Librairie Gallimard, 1949, page 371
[
illusions
]
[
petitesse
]
[
prétention
]
— Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'hydrogène précède tout : non comme substance, mais comme capacité de passage.
négociations commerciales
Du temps où je vous parle, les affaires, quelles qu’elles soient, étaient décorées. Pas de chemin de fer sans vins d’honneur. Pas de ciment sans apéritifs. Pour déplacer la moindre benne, il fallait son poids de vespétro*. Tout se faisait dans un décor de café, de bistrot et de cantine. Ne pas boire le coup c’était rater neuf affaires sur dix. De là d’ailleurs, et par des quantités d’autres choses, le billard, nous y viendrons. La matière première, à la base, c’était l’absinthe. Entendons-nous : les plans, les projets, les trucs sur le papier, c’était peut-être fait par des gens sobres ou de petits estomacs, c’est possible, quoique pas même certain, mais dès qu’on disait : exécution ! c’était en premier lieu le bistrot. Pour acheter, pour transporter, pour placer le matériel, pour embaucher, débaucher, payer, rectifier, organiser : c’était le bistrot en premier lieu.
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Les âmes fortes, Librairie Gallimard, 1949, page 149 *liqueur italienne d'origine savoyarde ancienne
[
alcool
]
[
picole
]
— Ψ → B → Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.
technologie
On ne peut pas savoir le degré de sincérité de ceux qui prétendent que la technique supprime la peine des hommes ; ils poussent à toutes les révoltes, sauf à celle contre la technique ; ils ouvrent de temps en temps des portes dans les prisons ouvrières, mais toutes ces portes aboutissent à des nasses, à de solides filets de pêcheurs qui font la poche devant ces portes ouvertes, et les ouvriers ne peuvent jamais vraiment sortir. L’ouvrier est l’état le plus malheureux de l’homme ; il est plus bas que l’état de misère physiologique ; c’est l’homme devenu matière première. Il est incapable d’agir, on le fait agir. Il n’y a pas de civilisation ouvrière ; il y a une civilisation bâtie et qui continue à s’élever sur l’esclavage total de l’ouvrier ; bâtie par d’autres que l’ouvrier, jamais pour des fins ouvrières. C’est un état si malheureux qu’il n’a pas d’amis. On n’aime pas une carrière de marbre, un puits de pétrole, une mine de charbon : on l’exploite.
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
[
domination consentie
]
[
travailleurs
]
[
exploitation
]
[
passivité
]
— Ψ ↔ B ↔ Φ · La transduction précède la computation.
transhumance
Le vieux berger était déjà loin, là-bas dans la pente. Ça suivait tout lentement derrière lui. C'était des bêtes de taille presque égale serrées flanc à flanc, comme des vagues de boue, et, dans leur laine il y avait de grosses abeilles de la montagne prisonnières, mortes ou vivantes. Il y avait des fleurs et des épines ; il y avait de l'herbe toute verte entrelacée aux jambes. Il y avait un gros rat qui marchait en trébuchant sur le dos des moutons. Une ânesse bleue sortit du courant et s'arrêta, jambes écartées. (...) [Elle] regardait les hommes avec ses beaux yeux moussus comme des pierres de forêt. (...)
C'était des bêtes de bonne santé et de bon sentiment, ça marchait encore sans boiter. La grosse tête épaisse, aux yeux morts, était pleine encore des images et des odeurs de la montagne. (...) Les têtes aux yeux morts dansaient de haut en bas, elles flottaient dans les images de la montagne et mâchaient doucement le goût des herbes anciennes : le vent de la nuit qui vient faire son nid dans la laine des oreilles et les agneaux couchés comme du lait dans l'herbe fraîche, et les pluies !...
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Le grand troupeau
[
alpage
]
— Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Le sol parle avant le langage.
urbains
De tous ces gens-là qui m’entourent, m’emportent, me heurtent et me poussent, de cette foule parisienne qui coule, me contenant sur les trottoirs devant la Samaritaine, combien seraient capables de recommencer les gestes essentiels de la vie s’ils se
trouvaient demain à l’aube dans un monde nu ?
Qui saurait orienter son foyer de plein air et faire du feu ?
Qui saurait reconnaître et trier parmi les plantes vénéneuses les nourricières comme l’épinard sauvage, la carotte sauvage, le navet des montagnes, le chou des pâturages ?
Qui saurait tisser l’étoffe ?
Qui saurait trouver les sucs pour faire le cuir ?
Qui saurait écorcher un chevreau ?
Qui saurait tanner la peau ?
Qui saurait vivre ?
Ah ! c’est maintenant que le mot désigne enfin la chose !
Je vois ce qu’ils savent faire :
Ils savent prendre l’autobus et le métro.
Ils savent arrêter un taxi, traverser une rue, commander un garçon de café ; ils le font là autour de moi avec une aisance qui me déconcerte et m’effraie.
Je suis effrayé comme je l’ai été au zoo de Berlin devant la cage du gorille quand j’ai vu la bête s’asseoir sur une chaise, en face d’une table, et attendre sa pâtée. - Comme un monsieur, dit quelqu’un qui m’accompagnait.
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Les vraies richesses, éditions Grasset, page 46
[
civilisation
]
[
question
]
[
survie
]
[
savoirs ancestraux
]
[
animaux dénaturés
]
— Ψ → B → Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.
jugement
Je ne mettais jamais les gens en colère contre moi. La colère se croit toujours juste. Quand elle est passée, vient la honte, et la honte c'est la haine. Tu te fais haïr pour rien. Faites-vous haïr pour quelque chose. Il y a un proverbe : "Bien mal acquis ne profite jamais." C’est de la blague. La vérité est : bien mal acquis, le troisième héritier n’en jouit pas. Tu as de la marge. Le troisième héritier, est-ce que vous vous en foutez, oui ou non ? Possède, et puis tu verras.
Des familles portant le dais avaient fait quoi pour en arriver jusque-là ? Des tours de bâton. Tu recevais un coup sur la tête : tu ne savais pas à qui dire merci. C’étaient des saintes familles à perte de vue. Mais, cheval et voiture, ça ne vient pas par l’opération du Saint-Esprit. Mets tes sous à couver, ça ne rapporte guère. Il te faut cent ans. Défonce le poulailler du voisin : ça, c’est de la volaille ! La nuit noire, quelle belle institution ! Ils disent conscience. Ils disent : remords. D’accord. C’est de la monnaie. Payez et emportez. Si c’était gratuit, ce serait trop beau. Moi j’estime : du moment qu’on est chrétien, on a le droit de tout faire. Tu seras jugée. Alors, ne te prive pas. C’est de la banque. Il y en a qui sont pour le paradis. Très bien. Des goûts et des couleurs… mais, moi je suis modeste ; je me satisfais de peu. Après, on verra. Je n’ai pas d’orgueil. Je me contente de la vallée de larmes. Quand je souffre, je suis libre. Alors ?
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Les âmes fortes, Librairie Gallimard, 1949, pages 348-349
[
indifférence
]
[
liberté
]
[
bien-mal
]
— Ψ → B → Φ · Rien n'est secret. Tout doit rester ouvert, visible, contestable.
femmes-par-femme
Tout Châtillon défilait. Elle se disait : "Est-ce que tu aimerais être cette femme-là ? Non. Et celle-là ? Oui, mais je ne voudrais pas sa tête. Et celle-là ? Non, mais j’aimerais bien sa robe. Et les bottines de l’autre. Quant à celle-là, alors pas du tout, elle marche comme sur des œufs. L’autre non plus, on dirait un bâton." Elle imaginait très bien la vie de ces dames et de ces demoiselles. C’étaient des cuisines, des pot-au-feu, des légumes, des carnets de comptes, des boules à repriser les bas, les buscs, de l’émulsion Scott. Elle, elle était quand même partie avec Firmin à pied, en pleine nuit, après être descendue d’une fenêtre, par une échelle. Elle n’y pensait pas beaucoup mais c’était là. Elle n’avait pas beaucoup d’imagination mais, si elle multipliait seulement par dix la vie de sa mère à la ferme, elle avait la vie de cette femme-là. Si elle divisait par mille la vie des Charmasson, elle avait la vie de cette autre-là. Si elle donnait un peu de réussite à Firmin, qu’il soit seulement patron, elle avait la vie de cet autre. C’était facile. Il n’y avait pas de quoi tirer gloire.
Sauf pour une. On ne pouvait pas dire son âge. Elle était grande et souple, vêtue d’une amazone de bure et d’une palatine fourrée, coiffée d’un petit tyrolien vert à plume. Elle marchait d’un pas vif, mieux qu’un homme, mais son pas rassurait comme le pas d’un homme. Elle tenait l’ampleur de sa jupe dans son poing gauche, ondulait juste un peu des hanches. Ses yeux étaient si clairs qu’ils semblaient des trous. Celle-là, on avait beau multiplier, diviser, faire des comptes : on n’arrivait pas à sa vie. "Celle-là, j’aimerais bien l’être, se disait Thérèse. Oui, celle-là, je la voudrais toute."
Auteur:
Giono Jean
Années: 1895 - 1970
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain
Continent – Pays: Europe - France
Info:
Les âmes fortes, Librairie Gallimard, 1949, pages 230-231
[
imagination
]
[
comparaison
]
[
singularité
]
[
mystère
]
— Ψ ↔ B ↔ Φ · Le sol parle avant le langage.