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refoulement primordial

[…] dans FREUD la fonction de la mémoire comme telle, la remémoration fondamentale de tous les phénomènes auxquels nous avons affaire est à proprement […] rivale comme telle des satisfactions qu’elle est chargée d’assurer.

[…] La tyrannie de la mémoire, c’est cela qui pour nous, à proprement parler, s’élabore dans ce que nous pouvons appeler structure, dans le sens que ce terme de structure peut avoir pour nous. Tel est le point de départage, telle est la nouveauté, telle est la coupure sur laquelle il n’est pas possible de ne pas mettre l’accent si l’on veut voir clairement en quoi la pensée et l’expérience freudiennes apportent quelque chose de nouveau dans notre conception du fonctionnement humain comme tel.

[…] En d’autres termes, la structure engendrée par la mémoire ne doit pas vous masquer, dans notre expérience comme telle, la structure de la mémoire elle-même en tant qu’elle est faite d’une articulation signifiante. Car, à l’omettre, vous ne pouvez absolument soutenir ni distinguer ce registre qui est essentiel dans l’articulation de notre expérience, c’est à savoir l’autonomie, la dominance, l’instance comme telle de la remémoration, au niveau non du réel, mais du fonctionnement du principe du plaisir.

[…] c’est ici que se peut apercevoir où peut résider la naissance du sujet comme tel, dont rien par ailleurs ne peut justifier le surgissement. Je vous l’ai dit, la finalité de l’évolution d’une matière vers la conscience, purement et simplement, est une notion mystique, insaisissable et, à proprement parler, indéterminable historiquement. Ce qui d’ailleurs se voit par ceci, c’est qu’il n’y a aucune homogénéité d’ordre dans l’apparition des phénomènes, qu’ils soient prémonitoires, préalables, partiels, préparatoires à la conscience, ou un ordre naturel quelconque, puisque c’est bien quand même de son état actuel que la conscience se manifeste comme phénomène dans une répartition absolument erratique, je dirais presque éclatée.

Ce sont aux niveaux les plus différents de notre engagement dans notre propre réel que la tache ou la touche de conscience apparaît, qu’il n’y a aucune continuité, aucune homogénéité de la conscience et, après tout, c’est bien là où plusieurs fois FREUD, à plus d’un détour, s’est arrêté, soulignant toujours ce caractère infonctionnalisable du phénomène de la conscience.

Notre sujet, par rapport à ce fonctionnement de la chaîne signifiante, a par contre, lui, une place tout à fait solide et je dirai presque repérable, je veux dire dans l’histoire. L’apparition, la fonction du sujet comme tel, nous en apportons une formule tout à fait nouvelle et susceptible d’un repérage objectif. La définition d’un sujet, du sujet originel, d’un sujet en tant qu’il fonctionne comme sujet, d’un sujet détectable dans la chaîne des phénomènes, n’est pas autre chose que celle-ci : c’est que ce qu’un sujet comme tel représente, à proprement parler, essentiellement, originellement, c’est cela, c’est qu’il peut oublier.

Supprimez ce "il", le sujet est littéralement, à son origine et comme tel, l’élision d’un signifiant, le signifiant sauté dans la chaîne. Telle est la première place, la première personne. Ici se manifeste comme telle l’apparition du sujet, faisant toucher du doigt pourquoi la notion de l’inconscient, pourquoi et en quoi la notion de l’inconscient est, dans notre expérience, centrale.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 11 mai 1960

[ définition ] [ frayages ]

 

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Ψ ↔ B ↔ Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

structure incorporée du langage

À aborder ce terme par la voie de ce qu’est la demande dans ce stade anal, vous avez tous, je pense, assez d’expérience pour que je n’aie pas besoin de plus illustrer ce que j’appellerai la demande de retenir l’excrément, fondant sans doute quelque chose, qui est un désir d’expulser.

Mais ici ce n’est pas si simple car aussi bien cette expulsion est exigée aussi par le parent éducateur à une certaine heure. Là il est demandé au sujet de donner quelque chose qui satisfasse l’attente de l’éducateur, maternel en l’occasion. L’élaboration qui résulte de la complexité de cette demande mérite que nous nous y arrêtions car elle est essentielle. Observez qu’ici il ne s’agit pas plus du rapport simple d’un besoin avec la liaison à sa forme demandée, que de l’excédent sexuel. C’est autre chose, c’est d’une discipline du besoin qu’il s’agit et la sexualisation ne se produit que dans le mouvement de retour au besoin qui si je puis dire - ce besoin - le légitime comme don à la mère qui attend que l’enfant satisfasse à ses fonctions qui font sortir, apparaître quelque chose de digne de l’approbation générale.

Aussi bien ce caractère de cadeau de l’excrément est-il bien connu de l’expérience et repéré depuis l’origine de l’expérience analytique. C’est tellement dans ce registre qu’ici un objet est vécu, que l’enfant, dans l’excès de ses débordements occasionnels, l’emploie, on peut dire naturellement, comme moyen d’expression. Le cadeau excrémentiel fait partie de la thématique la plus antique de l’analyse.

Je veux à ce propos mettre en quelque sorte son terme dernier à cette extermination, à quoi je m’efforce depuis toujours, de la mythique de "l’oblativité", en vous montrant ici à quoi réellement elle se rapporte. Car à partir du moment où vous l’aurez une fois aperçu, vous ne pourrez plus reconnaître autrement ce champ de la dialectique anale qui est le champ véritable de "l’oblativité".

Il y a longtemps que sous des formes diverses j’essaie de vous introduire à ce repérage et nommément en vous ayant fait remarquer depuis toujours que le terme même "d’oblativité" est un fantasme d’obsessionnel : "Tout pour l’Autre" dit l’obsessionnel et c’est bien ce qu’il fait. Car l’obsessionnel étant dans le perpétuel vertige de la destruction de l’Autre, il n’en fait jamais assez pour que l’autre se maintienne dans l’existence. Mais ici nous en voyons la racine. Le stade anal se caractérise en ceci que le sujet satisfait un besoin uniquement pour la satisfaction d’un autre.

Ce besoin, on lui a appris à le retenir uniquement pour qu’il se fonde, s’institue, comme l’occasion de la satisfaction de l’autre qui est l’éducateur. La satisfaction du pouponnage, dont le torchage fait partie, est d’abord celle de l’autre. Et c’est proprement pour autant que quelque chose - que le sujet a - lui est demandé comme don, qu’on peut dire que l’oblativité est liée à la sphère de relations du stade anal. Remarquez-en la conséquence, c’est qu’ici la marge de la place qui reste au sujet comme tel, autrement dit le désir, vient dans cette situation à être symbolisé par ce qui est emporté dans l’opération : le désir littéralement s’en va aux chiottes.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 15 mars 1961

[ définition ] [ caractéristique ] [ évacuation ] [ inconscient ]

 
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Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.

sexualité

Mais enfin, pourquoi est-ce que dans ce sadisme et dans ce masochisme le fait d’être battu - il y a d’autres moyens d’exercer le sadisme et le masochisme - le fait d’être battu très précisément avec une badine, ou quoi que ce soit d’analogue, joue un rôle essentiel ? Et minimiser l’importance dans la sexualité humaine de cet instrument là spécialement, qu’on appelle couramment le fouet, d’une façon plus ou moins élidée, symbolique, généralisée, c’est quand même quelque chose qui mérite quelque considération. 

Monsieur Aldous HUXLEY nous dépeint le monde futur où tout sera si bien organisé quant à l’instinct de reproduction [1984] qu’on mettra purement et simplement les petits fœtus en bouteille après avoir choisi ceux qui seront destinés à leur avoir fourni les meilleurs germes. Tout va très bien, et le monde devient quelque chose de si particulièrement satisfaisant que Monsieur Aldous HUXLEY, en raison de ses préférences personnelles, le déclare fondamentalement ennuyeux.

Nous ne prenons pas parti, mais ce qui est intéressant, c’est qu’un auteur qui se livre à ces sortes d’anticipations, auxquelles nous n’attachons aucune espèce d’importance quant à nous, fait renaître le monde que lui connaît, et nous aussi, par l’intermédiaire d’une fille qui manifeste son besoin d’être fouettée. Il lui semble sans aucun doute qu’il y a là quelque chose qui est étroitement lié au caractère d’humanité du monde.

C’est simplement ce que je veux vous signaler. Je veux vous signaler que ce qui est accessible à un romancier, et à quelqu’un qui sans aucun doute a l’expérience de la vie sexuelle, est tout de même aussi quelque chose qui pour nous, analystes, devrait nous arrêter, à savoir que si tout le tournant par exemple de l’histoire de la perversion dans l’analyse, à savoir le moment où on est sorti de la notion que la perversion est purement et simplement la pulsion qui émerge, c’est-à-dire le contraire de la névrose, on a attendu le signal du chef d’orchestre, c’est-à-dire le moment où FREUD a écrit "On bat un enfant". 

Et que c’est autour de cette étude absolument d’une sublimité totale - parce qu’évidemment tout ce qui a été dit après n’est que la petite monnaie de ce qu’il y a là-dedans - c’est autour de l’analyse de ce fantasme de fouet que FREUD a véritablement à ce moment-là fait entrer la perversion dans sa véritable dialectique analytique : là où elle apparaît être, non pas la manifestation d’une pulsion pure et simple, mais être attachée à un contexte dialectique aussi subtil, aussi composé, aussi riche en compromis, aussi ambigu qu’une névrose. 

C’est à partir précisément de quelque chose qui va, non pas classer la perversion dans une catégorie de l’instinct de nos tendances, mais dans quelque chose qui l’articule précisément dans son détail, dans son matériel et - disons le mot - dans son signifiant. Chaque fois d’ailleurs que vous avez affaire à une perversion, il y a quelque chose qui correspond à une sorte de méconnaissance de ce que vous avez devant vous si vous ne voyez pas combien la perversion est attachée d’une façon fondamentale à une espèce de trame d’affabulation qui d’ailleurs est essentiellement susceptible de se transformer, de se modifier, de se développer, de s’enrichir. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 5 février 1958

[ eugénisme ] [ parlêtres ] [ psychanalyse ] [ structure incorporée du langage ]

 
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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

symbolique

[…] le phallus, ai-je dit - en tant que l’expérience nous le révèle - n’est pas simplement l’organe de la copulation, mais est pris dans le mécanisme pervers comme tel.

Entendez bien ce que je veux dire. Ce qu’il s’agit maintenant d’accentuer c’est que : du point qui, comme structural, représente le défaut du signifiant, quelque chose - le phallus, Φ [grand phi] - peut fonctionner comme le signifiant. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce qui définit comme signifiant, quelque chose dont nous venons de dire que par hypothèse, définition et au départ, c’est "le signifiant exclu du signifiant", donc qui ne peut y rentrer que par artifice, contrebande et dégradation et c’est bien pourquoi nous ne le voyons jamais qu’en fonction du φ [petit phi] imaginaire.

Qu’est-ce qui nous permet alors d’en parler comme signifiant et d’isoler Φ ? C’est le mécanisme pervers. Si nous faisons du phallus le schéma suivant, naturel, qu’est-ce qu’est le phallus ? Le phallus, sous la forme organique du pénis, n’est pas dans le domaine animal un organe universel. Les insectes ont d’autres manières de s’accrocher entre eux, et sans aller si loin, les rapports entre les poissons ne sont pas des rapports phalliques. Le phallus se présente au niveau humain entre autres comme le signe du désir, c’en est aussi l’instrument, et aussi la présence. Mais je retiens ce signe pour vous arrêter à un élément d’articulation essentiel à retenir : est-ce par là simplement qu’il est un signifiant ? Ce serait franchir une limite un petit peu trop rapidement, de dire que tout se résume à cela, car il y a tout de même d’autres signes du désir.

[…] Un signifiant, est-ce que c’est simplement "représenter quelque chose pour quelqu’un", soit la définition du signe ? C’est cela, mais non pas simplement cela. Car j’ai ajouté autre chose la dernière fois quand j’ai pour vous rappelé la fonction du signifiant, c’est que ce signifiant n’est pas simplement, si je puis dire, "faire signe à quelqu’un", mais dans le même moment du ressort signifiant, de l’instance signifiante : "faire signe de quelqu’un", faire que le quelqu’un pour qui le signe désigne quelque chose, faire que le signe s’assimile ce quelqu’un, que le quelqu’un devienne lui aussi ce signifiant.

Et c’est dans ce moment que je désigne, comme tel, expressément comme pervers, que nous touchons du doigt l’instance du phallus. Car, si le phallus qui se montre a pour effet de produire chez le sujet à qui il est montré aussi l’érection du phallus, ce n’est pas là condition qui satisfasse en quoi que ce soit à quelque "exigence naturelle".

[…] C’est pour autant que le résultat c’est que le phallus comme signe du désir se manifeste en somme comme objet du désir, comme objet d’attrait pour le désir. C’est dans ce ressort que gît sa fonction signifiante comme quoi il est capable d’opérer à ce niveau, dans cette zone, dans ce secteur où nous devons à la fois l’identifier comme signifiant, et comprendre ce qu’il est ainsi amené à désigner.

Ce n’est rien qui soit signifiable directement, c’est ce qui est "au-delà de toute signification possible", et nommément cette "présence réelle" sur laquelle aujourd’hui j’ai voulu attirer vos pensées, pour en faire la suite de notre articulation.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 26 avril 1961

[ place vide ] [ définition ] [ parlêtre ] [ petit autre-grand autre ] [ indicible ]

 
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Ψ ⇄ B ⇄ Φ · L'hydrogène précède tout : non comme substance, mais comme capacité de passage.

difficulté de vivre

Un certain champ semble indispensable à la respiration mentale de l’homme moderne, celui où s’affirme son indépendance par rapport, non seulement à tout maître, mais aussi bien à tout dieu, celui de son autonomie irréductible comme individu, comme existence individuelle. C’est bien là quelque chose qui mérite en tous points d’être comparé à un discours délirant. C’en est un. Il n’est pas pour rien dans la présence de l’individu moderne au monde, et dans ses rapports avec ses semblables. [...]

Maintenant, comment ce discours peut-il être accordé non seulement avec le discours de l’autre, mais avec la conduite de l’autre, pour peu qu’il tende à la fonder abstraitement sur ce discours ? Il y a là un problème vraiment décourageant. Et les faits montrent qu’il y a à tout instant non pas seulement composition avec ce qu’effectivement chacun apporte, mais bien plutôt abandon résigné à la réalité. [...]

Assurément, nous avons, nous, beaucoup moins confiance dans le discours de la liberté, mais dès qu’il s’agit d’agir, et en particulier au nom de la liberté, notre attitude vis-à-vis de ce qu’il faut supporter de réalité, ou de l’impossibilité d’agir en commun dans le sens de cette liberté, a tout à fait le caractère d’un abandon résigné, d’une renonciation à ce qui est pourtant une partie essentielle de notre discours intérieur, à savoir que nous avons, non seulement certains droits imprescriptibles, mais que ces droits sont fondés sur certaines libertés premières, exigibles dans notre culture pour tout être humain. [...]

Chacun se pose à tout instant des problèmes qui ont d’étroits rapports avec ces notions de libération intérieure et de manifestation de quelque chose qui est inclus en soi. De ce point de vue, on arrive très vite à une impasse, étant donné que toute espèce de réalité vivante immergée dans l’esprit de l’aire culturelle du monde moderne tourne essentiellement en rond. C’est pourquoi on revient toujours sur le caractère borné, hésitant, de son action personnelle [...]. Chacun en reste au niveau d’une contradiction insoluble entre un discours, toujours nécessaire sur un certain plan, et une réalité, à laquelle, à la fois en principe et d’une façon prouvée par l’expérience, il ne se coapte pas. [...]

N'est-il pas manifeste que l’expérience analytique s’est engagée sur ce fait qu’en fin de compte, personne, dans l’état actuel des rapports interhumains dans notre culture, ne se sent à l’aise ? Personne ne se sent honnête à simplement avoir à faire face à la moindre demande de conseil, si élémentaire qu’elle soit, empiétant sur les principes. [...]

C’est précisément d’un renoncement de toute prise de parti sur le plan du discours commun, avec ses déchirements profonds, quant à l’essence des mœurs et au statut de l’individu dans notre société, c’est précisément de l’évitement de ce plan que l’analyse est partie. Elle s’en tient à un discours différent, inscrit dans la souffrance même de l’être que nous avons en face de nous, déjà articulé dans quelque chose qui lui échappe, ses symptômes et sa structure [...]. La psychanalyse ne se met jamais sur le plan du discours de la liberté, même si celui-ci est toujours présent, constant à l’intérieur de chacun, avec ses contradictions et ses discordances, personnel tout en étant commun, et toujours, imperceptiblement ou non, délirant. La psychanalyse vise ailleurs l’effet du discours à l’intérieur du sujet.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre III", "Les psychoses", éditions du Seuil, 1981, pages 212-215

[ objectif ] [ anti guide de conscience ] [ clivage ] [ décentrement ] [ moi-sujet ]

 

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Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.

concept psychanalytique

Et puis, il y a autre chose que nous apporte dès l’abord l’examen du complexe d’Œdipe, je veux dire la façon dont il est articulé, présenté par l’expérience, par la théorie, par FREUD. C’est la délicate question de l’œdipe inversé.

[…] Cet œdipe inversé n’est jamais absent de la fonction de l’œdipe, je veux dire que la composante d’amour pour le père ne peut pas être éludée, c’est que c’est elle qui donne la fin du complexe d’Œdipe, le déclin du complexe d’Œdipe. Que c’est dans une dialectique qui reste très ambiguë de l’amour et de l’identification, à savoir de l’identification comme prenant sa racine dans l’amour, tout en n’étant pas la même chose. Ce n’est pas la même chose, néanmoins les deux termes sont étroitement liés et absolument indissociables.

Lisez l’article que FREUD a écrit sur le déclin du complexe, dans l’explication qu’il donne de l’identification terminale qui en est la solution : c’est pour autant que le père est aimé que le sujet s’identifie à lui et qu’il trouve la solution, le terme de l’œdipe :

– d’une part dans cette composition du refoulement amnésique,

– et d’autre part, cette acquisition en lui de ce terme idéal grâce à quoi il devient père. Il peut devenir lui aussi quelqu’un qui - je ne dis pas d’ores et déjà et immédiatement - est un petit mâle, qui si je puis dire, a déjà ses titres en poche, l’affaire en réserve. Quand le temps viendra, si les choses vont bien - si les petits cochons ne le mangent pas - au moment de la puberté, il a son pénis tout prêt avec son certificat : "Papa est là pour me l’avoir, à la bonne date, conféré." Cela ne se passe pas comme ça si la névrose éclate parce qu’il y a quelque chose justement de pas régulier sur le titre en question.

Seulement l’œdipe inversé n’est pas non plus si simple : c’est par cette voie, et par cette voie de l’amour, que peut se produire la position à proprement parler d’inversion, c’est à savoir que le sujet se trouve aussi par la même voie, à l’occasion donnée non pas d’une identification bénéfique, mais d’une brave et bonne petite position passivée sur le plan inconscient, qui fera aussi sa réapparition à la bonne date, c’est-à-dire qui le mettra dans cette espèce de bissectrice d’angle, squeeze-panic, qui fera qu’il se trouvera pris dans une position qu’il a découverte tout seul et qui est bien avantageuse :

Ce père qui est redoutable, qui a interdit tellement de choses mais qui est bien gentil ailleurs, c’est de se mettre à la bonne place pour avoir ses faveurs, c’est-à-dire se faire aimer de lui. Mais comme se faire aimer de lui consiste bien apparemment, consiste à passer d’abord au rang de femme et qu’on garde toujours son petit amour-propre viril... c’est ce que FREUD nous explique : se faire aimer du père comporte le danger de la castration d’où cette forme d’homosexualité inconsciente qui met le sujet dans cette position essentiellement conflictuelle, aux retentissements multiples et qui est :

– d’une part, du retour toujours de la position homosexuelle à l’égard du père,

– et d’autre part, de sa suspension, c’est-à-dire son refoulement en raison de la menace de castration qu’elle comporte.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 15 janvier 1958

[ ambivalence ] [ curseur de positionnement ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

catharsis

C’est du côté de cet attrait que nous devons chercher le vrai sens, le vrai mystère, la vraie portée de la tragédie. C’est dans le côté d’émoi qu’il comporte, du côté des passions sans doute, mais d’une passion singulière où la crainte et la pitié sont bien "δι᾽ἐλέου καὶ ϕόβου"*. Par l’intermédiaire de la pitié et de la crainte, nous sommes purgés, purifiés de tout ce qui est de cet ordre, de cet ordre-là que nous pouvons d’emblée, d’ores et déjà, reconnaître : c’est la série de l’imaginaire à proprement parler.

Et si nous en sommes purgés par l’intermédiaire d’une image entre autres, c’est bien là où nous devons nous poser la question, quelle est alors la place occupée par cette image autour de laquelle toutes les autres semblent tout d’un coup s’évanouir, se déplier, se rabattre en quelque sorte ? N’est-ce pas parce que cette image centrale d’Antigone, de sa beauté... ceci je ne l’invente pas, car je vous montrerai le passage du chant du Chœur où elle est évoquée comme telle, et je vous montrerai que c’est le passage pivot ...ne nous éclaire pas, par l’articulation de l’action tragique, sur ce qui fait son pouvoir dissipant par rapport à toutes les autres images ?

À savoir la place qu’elle occupe, sa place dans l’entre-deux de deux champs symboliquement différenciés. C’est sans doute de tirer tout son éclat de cette place, cet éclat que tous ceux qui ont parlé dignement de la beauté n’ont jamais pu éliminer de leur définition. C’est cette place, vous le savez, que nous cherchons à définir et que nous avons déjà, dans nos leçons précédentes, approchée, tenté de saisir la première fois par la voie de "cette seconde mort" imaginée par les héros de SADE, la mort pour autant qu’elle est appelée comme le point où s’annihile le cycle même des transformations naturelles.

[…]

Et pour vous suggérer que cette dimension n’est pas une particularité d’Antigone, je peux facilement vous proposer de regarder dès lors de-ci, de-là, où vous pouvez en retrouver les correspondants. Vous n’aurez pas besoin de chercher bien loin pour vous apercevoir de la fonction singulière, dans l’effet de la tragédie, de la zone ainsi définie.

C’est ici, dans la traversée de cette zone, de ce milieu, que le rayon du désir se réfléchit et se réfracte à la fois, aboutissant en somme à nous donner l’idée de cet effet si singulier, et qui est l’effet le plus profond, que nous appelons l’effet du beau sur le désir, c’est à savoir ce quelque chose qui semble singulièrement le dédoubler là où il poursuit sa route. Car on ne peut dire que le désir soit complètement éteint par l’appréhension de la beauté, il continue sa course, mais il a là, plus qu’ailleurs, le sentiment du leurre, en quelque sorte, manifesté par la zone d’éclat et de splendeur où il se laisse entraîner. D’autre part, non réfracté mais réfléchi, repoussé, son émoi, il le sait bien le plus réel. Mais là il n’y a plus d’objet du tout.

D’où les deux faces de cette sorte d’extinction ou de tempérament du désir par l’effet de la beauté, sur lequel insistent certains penseurs, Saint THOMAS que je vous citai la dernière fois, et de l’autre côté, cette disruption de tout objet sur laquelle l’analyse de KANT, dans la Critique du Jugement, insiste.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 25 mai 1960 *"par la pitié et la crainte"., provient de la définition de la tragédie donnée par Aristote dans sa Poétique (chapitre 6). Dans ce contexte, Aristote décrit la manière dont la tragédie agit sur les spectateurs.

[ réel-symbolique-imaginaire ]

 

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Ψ ← B ← Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

construction psychologique

[...] si l’on généralise à l’excès la notion de libido, [...] ce faisant, on la neutralise. N’est-il pas évident, de plus, qu’elle n’apporte rien d’essentiel à l’élaboration des faits de la névrose si la libido fonctionne à peu près comme ce que M. Janet appelait la fonction du réel ? La libido prend son sens, au contraire, de se distinguer des rapports réels ou réalisants, de toutes les fonctions qui n’ont rien à faire avec la fonction de désir, de tout ce qui touche aux rapports du moi et du monde extérieur. Elle n’a rien à voir avec d’autres registres instinctuels que le registre sexuel, avec ce qui touche par exemple au domaine de la nutrition, de l’assimilation, de la faim pour autant qu’elle sert à la conservation de l’individu. Si la libido n’est pas isolée des fonctions de conservation de l’individu, elle perd tout sens.

Or, dans la schizophrénie, il se passe quelque chose qui perturbe complètement les relations du sujet au réel, et noie le fond avec la forme. Ce fait pose tout d’un coup la question de savoir si la libido ne va pas beaucoup plus loin que ce qui a été défini en prenant le registre sexuel comme noyau organisateur, central. C’est là que la théorie de la libido commence à faire problème.

[...]

Jung [...] introduit la notion d’introversion qui est pour lui – c’est la critique que lui fait Freud – une notion ohne Unterscheidung, sans aucune distinction. Et il aboutit à la notion vague d’intérêt psychique, qui confond en un seul registre ce qui est de l’ordre de la conservation de l’individu et ce qui est de l’ordre de la polarisation sexuelle de l’individu dans ses objets. Il ne reste plus qu’une certaine relation du sujet à lui-même que Jung dit d’être d’ordre libidinal. Il s’agit pour le sujet de se réaliser en tant qu’individu en possession des fonctions génitales.

La théorie psychanalytique a été depuis lors ouverte à une neutralisation de la libido qui consiste, d’un côté, à affirmer fortement qu’il s’agit de libido, et de l’autre, à dire qu’il s’agit simplement d’une propriété de l’âme, créatrice de son monde. Conception extrêmement difficile à distinguer de la théorie analytique, pour autant que l’idée freudienne d’un autoérotisme primordial à partir de quoi se constitueraient progressivement les objets est presque équivalente dans sa structure à la théorie de Jung.

Voilà pourquoi, dans l’article sur le narcissisme, Freud revient sur la nécessité de distinguer libido égoïste et libido sexuelle. [...]

Le problème est pour lui extrêmement ardu à résoudre. Tout en maintenant la distinction des deux libidos, il tourne [...] autour de la notion de leur équivalence. Comment ces deux termes peuvent-ils être rigoureusement distingués si on conserve la notion de leur équivalence énergétique, qui permet de dire que c’est pour autant que la libido est désinvestie de l’objet qu’elle revient se reporter dans l’ego ? [...] De ce fait, Freud est amené à concevoir le narcissisme comme un processus secondaire. Une unité comparable au moi n’existe pas à l’origine, nicht von Anfang, n’est pas présente depuis le début dans l’individu, et l’Inch a à se développer, entwickeln werden. Les pulsions autoérotiques, au contraire, sont là depuis le début. [...] Dans le développement du psychisme, quelque chose de nouveau apparaît dont la fonction est de donner forme au narcissisme. N’est-ce pas marquer l’origine imaginaire de la fonction du moi ?

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre I", "Les écrits techniques de Freud (1953-1954)", éditions du Seuil, 1975, pages 182 à 185

[ historique ] [ déviations ]

 

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Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.

philosophie antique

Je crois que pour comprendre ce texte de PLATON, pour le juger, on ne peut pas ne pas évoquer dans quel "contexte du discours" il est, au sens du discours universel concret.

Et là encore, que je me fasse bien entendre : il ne s’agit pas à proprement parler de le replacer dans l’histoire ! Vous savez bien que ce n’est point là notre méthode de commentaire, et que c’est toujours pour ce qu’il nous fait entendre à nous, qu’un discours - même prononcé à une époque très lointaine où les choses que nous avons à entendre n’étaient point en vue - nous l’interrogeons.

Mais il n’est pas possible, concernant le Banquet, de ne pas nous référer à quelque chose qui est le rapport du discours et de l’histoire, à savoir : non pas comment le discours se situe dans l’histoire, mais comment l’histoire elle-même surgit d’un certain mode d’entrée du discours dans le réel. Et aussi bien il faut que je vous rappelle ici, au moment du Banquet où nous sommes, au IIème siècle de la naissance du discours concret sur l’univers, je veux dire qu’il faut que nous n’oubliions pas cette efflorescence philosophique du VIème siècle, si étrange, si singulière d’ailleurs pour les échos ou les autres modes d’une sorte de chœur terrestre qui se font entendre à la même époque en d’autres civilisations, sans relation apparente. Mais laissons cela de côté.

[…] Ce que je veux vous faire sentir, c’est que c’est la première fois que dans cette tradition occidentale […], ce discours s’y forme comme visant expressément l’univers, pour la première fois comme visant à rendre l’univers discursif. C’est-à-dire qu’au départ de ce premier pas de la science comme étant la sagesse, l’univers apparaît comme univers de discours.

Et en un sens, il n’y aura jamais d’univers que de discours. Tout ce que nous trouvons à cette époque, jusqu’à la définition des éléments [terre, eau, air, feu] qu’ils soient quatre ou plus, a quelque chose qui porte la marque, la frappe, l’estampille, de cette requête, de ce postulat, que l’univers doit se livrer à l’ordre du signifiant. Sans doute, bien sûr, il ne s’agit point de trouver dans l’univers des éléments de discours mais des éléments s’agençant à la manière du discours. Et tous les pas qui s’articulent à cette époque entre les tenants, les inventeurs de ce vaste mouvement interrogatoire, montrent bien que si, sur l’un de ces univers qui se forgent, on ne peut discourir de façon cohérente aux lois du discours, l’objection est radicale.

[…] Donc à l’arrière-plan de ce Banquet, de ce discours de PLATON, et dans le reste de son œuvre nous avons cette tentative, grandiose dans son innocence, cet espoir qui habite les premiers philosophes dits "physiciens" de trouver, sous la garantie du discours - qui est en somme toute leur instrumentation d’expérience - la prise dernière sur le réel.

[…] Et c’est ainsi que je dois vous rappeler que ce réel, cette prise sur le réel n’a pas à être conçue à cette époque comme le corrélatif d’un sujet, fût-il universel, mais comme le terme que je vais emprunter à la Lettre VII de PLATON [324a-352a] où dans une courte digression, il est dit ce qui est cherché par toute l’opération de la dialectique : c’est tout simplement la même chose dont j’ai dû faire état l’année dernière dans notre propos sur L’Éthique et que j’ai appelé la Chose […].

Auteur: Lacan Jacques

Info: 21 décembre 1960

[ clé de lecture ] [ historique ] [ approche ] [ structure ] [ épistèmè ]

 

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Ψ → B → Φ · La transduction précède la computation.

psychanalyse-philosophie

C’est ici que nous voyons dans le discours de DIOTIME ce glissement s’opérer qui de ce "Beau" qui était là, non pas medium, mais transition, mais mode de passage, le fait devenir - ce "Beau" - le but même qui va être cherché.

À force, si l’on peut dire, de rester le guide, c’est le guide qui devient l’objet, ou plutôt qui se substitue aux objets qui peuvent en être le support, et non sans aussi que la transition n’en soit extrêmement marquée dans le discours même. La transition est faussée.

[…] Évoquant proprement la dimension des mystères, à ce point, elle reprend son discours sur cet autre registre - ce qui n’était que transition devient but - où, développant la thématique de ce que nous pourrions appeler une sorte de donjuanisme platonicien [211abcd], elle nous montre l’échelle qui se propose à cette nouvelle phase, qui se développe en tant qu’initiatrice, qui fait les objets se résoudre en une progressive montée sur ce qui est "le beau pur, le beau en soi, le beau sans mélange" [211e].

Et elle passe brusquement à ce quelque chose qui semble bien n’avoir plus rien à faire avec la thématique de la génération, c’est à savoir : ce qui va de l’amour - non pas seulement d’un beau jeune homme, mais de cette beauté qu’il y a dans tous les beaux jeunes gens - à l’essence de la beauté et de l’essence de la beauté à la beauté éternelle et, à prendre les choses de très haut, à saisir le jeu - dans l’ordre du monde - de cette réalité qui tourne sur le plan fixe des astres, qui - nous l’avons déjà indiqué - est ce par quoi la connaissance, dans la perspective platonicienne, rejoint à proprement parler celle des Immortels.

Je pense vous avoir suffisamment fait sentir cette sorte d’escamotage par quoi le "Beau", en tant qu’il se trouve d’abord défini, rencontré comme prime sur le chemin de l’être, devient le but du pèlerinage, et comment l’objet, qui nous était d’abord présenté comme le support du Beau, devient la transition vers le "Beau", comment vraiment - pour être ramenés à nos propres termes - on peut dire que cette définition dialectique de l’amour, telle qu’elle est développée par DIOTIME, rencontre ce que nous avons essayé de définir comme la fonction métonymique dans le désir.

[…]

L’ἐραστής [erastès], l’ἔρόν [erôn] l’amant, en quête d’un lointain ἐρώμενος [erômenos] est conduit par tous les ἐρώμενον [erômenon], par tout ce qui est aimable, digne d’être aimé, un lointain ἐρώμενος [erômenos] ou ἐρώμενον [erômenon] (c’est aussi bien un but neutre). Et le problème est de ce que signifie, de ce que peut continuer à signifier, au-delà de ce franchissement, de ce saut marqué, ce qui au départ de la dialectique se présentait comme κτήμα [ktèma], comme but de possession.

Sans doute le pas que nous avons fait marque assez que ce n’est plus au niveau de l’avoir comme terme de la visée que nous sommes, mais à celui de l’être et qu’aussi bien dans ce progrès, dans cette ascèse, c’est d’une transformation, d’un devenir du sujet qu’il s’agit, que c’est d’une identification dernière avec ce suprême aimable qu’il s’agit : l’ἐραστής [erastès] devient l’ἐρώμενος [erômenos]. Pour tout dire, plus le sujet porte loin sa visée, plus il est en droit de s’aimer dans son moi idéal comme nous dirions, plus il désire, plus il devient lui-même désirable.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 25 janvier 1961

[ autre-Autre ] [ métaphore amoureuse ] [ substitution ]

 

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Ψ ⇄ B ⇄ Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.