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question

Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges, jeter l'ancre un seul jour ?

Auteur: Phicil

Info: Les Fantômes du Mont-Blanc. Citation empruntée à "Le Lac" de Lamartine

[ chronos ] [ roue du temps ] [ durée ] [ point fixe ]

 
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Ajouté à la BD par miguel

Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.

finalisme

Chaque fleur, même prisonnière d'un pot, est un été miniature. Je pourrais les contempler jusqu'à la nuit.

Lorsque je pousse la porte, ma respiration devient plus profonde et plus lente. L'espace est saturé par un arôme séducteur et mes yeux répondent à l'appel de la sève encapsulée, qui ne m'est pas destiné. Les hiéroglyphes peints par la nature sur les corolles des fleurs sont des panneaux indiquant aux insectes le chemin du restaurant. Ce sont les promesses des plaisirs à venir et du renouveau de la fleur, l'anticipation d'un nouvel été.

La beauté du monde, si cruelle et incroyable, a toujours un but, qui n'est jamais de distraire. C'est une beauté combattante, il s'agit toujours d'une nécessité. Comment cette contrainte peut-elle être une telle fête pour nos yeux.

Auteur: Krohn Leena

Info: in "Datura", éd. Zulma (2025), p.221-222 - traduit du finnois par Claire Saint-Germain

[ signifiant-signifié ] [ fascination ] [ message chimique ] [ synesthésie ] [ homme-végétal ]

 
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Ajouté à la BD par Benslama

Ψ ↔ B ↔ Φ · Le sol parle avant le langage.

modernité

À l’heure qu’il est, malgré les grands mouvements de cerveau qu’on se donne, il n’y a encore que du Cartésianisme en Europe. Les plus habiles d’entre les raisonneurs de métaphysique ont brodé sur un canevas plus fort que leur fil et qu’il a souvent rompu ; mais le canevas est toujours visible sous les arabesques dont il a été surchargé. Qu’on ne s’y trompe pas ! ils n’ont fait que cela. Pour qui est au courant de ce qu’on appelle les Idées ; pour qui leur a quelque peu fouillé les entrailles, curieux de connaître le travail interne et secret de ces pontes et de ces couvées monstrueuses d’Erreurs, écloses aujourd’hui parmi les peuples, il est aisé de reconnaître le germe du Cartésianisme au fond de tous les systèmes, quel que soit leur nom. Il circule, en effet, aussi bien dans l’idéalisme de Fichte que dans celui de Berkeley ; — dans le transcendantalisme de Kant que dans le panthéisme d’Hegel ou le mysticonaturalisme de Schelling. Depuis que la conception première de Dieu s’est retirée de la préoccupation humaine, dans les problèmes de la Philosophie, la méthode de Descartes (et toute philosophie n’est qu’une méthode) a donc dominé plus ou moins les esprits les plus divers, excepté Spinoza peut-être, ce vieux solitaire de la Pensée, horriblement original, lequel eut son erreur à lui seul. Je n’hésite donc pas à le dire, Descartes a fait, en définitive, plus de mal avec son principe de psychologie, que Bacon lui-même avec son expérimentalisme grossier. Ce dernier a produit, il est vrai, le matérialisme, c’est-à-dire la philosophie de la digestion et du fumier ; mais le premier a produit le panthéisme, qui réunit dans une seule doctrine toutes les erreurs, autrefois séparées, sur l’esprit et sur la matière : effroyable concentration, miroir ardent qui brûlera le monde ! Quand les philosophes des temps présents glorifient Descartes, ils savent bien ce qu’ils font et de quoi ils le remercient. Ne lui doivent-ils pas tout ce qu’ils sont et ce que les peuples qu’ils endoctrinent vont incessamment devenir ?

Car toute philosophie passe dans les faits. La spéculation la plus escarpée a les pieds dans la pratique de la vie et les principes mènent les hommes, et les plus brutes d’entre eux, la chaîne de la logique au cou. La notion de Dieu ôtée de la philosophie, elle était également ôtée de la Législation, de la Politique et des Mœurs. D’un autre côté, la notion de l’homme, introduite dans la philosophie générale, donnait pour résultante d’autres Codes, d’autres Institutions, une autre Morale, et la société était changée de fond en comble. Ceci n’a pas eu lieu, — on le sait bien, — brusquement, à tel jour et à telle heure, mais par transitions douces d’abord, puis par précipitations impétueuses. Nous sommes arrivés au plus raide de la pente, au temps des précipitations. Par un travail dont je n’ai pas à rendre compte, la société européenne s’est moulée, depuis trois siècles et demi, sur le seul concept de l’homme.

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025, pages 34-35

[ déclinaisons ] [ variations ] [ critique ] [ inversion ] [ institutions ] [ conséquences ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ ⇄ B ⇄ Φ · Le seuil n'est plus un nombre : c'est une dérivée.

philosophe

Assurément il n’est pas permis de douter de la foi catholique de Descartes ; l’histoire est sur ce point sans aucun nuage. Il croyait et il avait le prosélytisme de sa croyance. Il contribua puissamment à la conversion de Christine de Suède. Cependant Descartes introduisait dans la pensée philosophique de l’Europe ce que Luther avait introduit dans la pensée religieuse, et ni plus ni moins. Singulier raccourcissement dans un esprit de cette étendue, que de ne pas voir à l’avance ce que son principe portait en lui-même ! Sa conscience religieuse ne murmura pas du crime intellectuel qu’il allait commettre. Les maux que produit parfois l’abstraction sont incalculables. On coupe son âme par quartiers et l’on dit : Ceci est à Dieu ; ceci est à l’homme, cela est à la religion, cela à la philosophie ! et l’on ne se doute pas qu’on accomplit un meurtre : on oublie que l’homme est l’unité vivante, et que ce qu’il fait au nom d’une faculté, toutes les autres facultés en répondent ! Le protestantisme philosophique mêlé à l’orthodoxie, et toutes deux s’embrassant dans la vie et la pensée de Descartes avec la plus inaltérable sécurité, est un de ces spectacles qui épouvantent… Ce spectacle, Descartes ne l’a pas donné seul. Le Cartésianisme a été accepté tranquillement par les esprits de la plus haute orthodoxie ; par Bossuet aussi, l’illustre auteur des Variations, le foudroyant adversaire de Jurieu ! En vérité, pour expliquer de telles anomalies, j’imagine que s’accomplissait dans ces grands esprits (et à leur insu, lamentables ténèbres !) cette séparation de l’Église et de l’État, qui est devenue le droit public du dix-neuvième siècle. Abstraction vantée et placée dans la loi pour tuer l’Église, et qui tuera infailliblement l’État et même tuerait l’Église, si l’Église pouvait jamais périr.

Ainsi Descartes, plus que Luther encore, voilà le père de la Philosophie moderne !

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025, page 33

[ doute méthodique ] [ cogito ] [ critique ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ ⇄ B ⇄ Φ · L'hydrogène précède tout : non comme substance, mais comme capacité de passage.

modernité

Tel est le mal actuel, le mal suprême, tel le caractère distinctif et profond de la Philosophie moderne. C’est l’homme, au fond, se préférant à Dieu et se posant à sa place dans l’intelligence. C’est la notion de l’homme qui veut donner ce qu’elle ne contient pas, c’est-à-dire la notion de Dieu. Le mal n’est pas d’hier, il vient de plus loin. Il a été fait par les uns avec une préméditation criminelle, par les autres avec une affreuse innocence. La Renaissance avait gagné son nom à faire renaître le Paganisme, et son éclat avait été si beau que la séduction fut universelle. Les Sirènes antiques reprirent, dans leurs bras amollissants, le monde brisé par l’ascétisme chrétien. Sans doute, l’Église indéfectible ne chancela pas. Elle resta ce qu’elle était. Ce n’est pas la Colombe mystique dont les ailes s’étendent sur le monde qui pouvait prendre le vertige à cette vapeur parfumée, s’élevant de la terre comme d’une cuve où bouillait le vieil Éson du Paganisme dans l’or et l’airain de Corinthe retrouvés ! Mais le Médicis qui gouvernait l’Église, — il faut bien le dire, — s’enivra un instant du nectar de l’Antiquité ; Léon X oublia, en lisant Platon, de lever la main qui doit frapper, et cette distraction coûta cher au monde. Le plus obscur des moines de la chrétienté prit bien son temps pour jeter le tison du Protestantisme sur l’autel. Avant cette heure de somnolence, la Papauté avait atteint l’erreur jusque dans sa source humaine, en fermant par un châtiment exterminateur la bouche coupable qui l’avait vomie, et qui pouvait recommencer de la vomir, si l’on ne savait pas la fermer. Dans ce monde où l’esprit et le corps sont unis par un indissoluble mystère, le châtiment corporel a sa raison spirituelle d’exister ; car l’homme n’a pas charge, que je pense, de dédoubler la création. Eh bien, si, au lieu de brûler les écrits de Luther, dont les cendres retombèrent sur l’Europe comme une semence, on avait brûlé Luther lui-même, le monde était sauvé, au moins pour un siècle.

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025, page 31

[ critique ] [ historique ] [ pape ] [ décadence ] [ laxisme ] [ séduction ] [ religion ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ → B → Φ · Propagation par infection douce, jamais par imposition.

sciences de la connaissance humaine

Quelles que soient les prétentions de la Philosophie, et la force relative des systèmes qu’elle a produits par la tête de ses plus illustres penseurs, elle n’est au fond, quand on y regarde, qu’un grand essai de méthode, incessamment repris par l’intelligence humaine pour arriver à la Vérité. Pressez, en effet, et tordez cette notion de philosophie, et vous verrez s’il en sortira jamais rien de plus, sous une forme ou sous une autre, qu’une pensée de méthode, un moyen d’investigation supérieure, une tentative de haute stratégie intellectuelle. Seulement, il importe de le reconnaître, dans ce vaste remuement d’idées et d’aperçus qui, de génération en génération, cherchent à s’élever jusqu’au niveau d’un procédé rigoureux et scientifique, les méthodes diverses inventées, — et même celles que l’histoire de la philosophie tient pour des conquêtes, — ne conduisent pas plus à la connaissance de la Vérité absolue, que les expériences philosophiques les mieux faites et les plus triomphantes ne conduisent à la connaissance du principe vital. Arrivé à un certain moment de son effort, à un certain point de sa théorie, l’homme s’achoppe et se brise ; et par là, il est démontré qu’entre son intelligence et la Vérité, s’ouvre éternellement un abîme sur lequel son activité peut jeter des ponts plus ou moins hardis, mais dont la courbe, si bien lancée qu’elle soit par des mains puissantes, s’interrompt toujours à moitié de sa projection. Le sol de l’histoire n’est-il pas jonché de systèmes rompus au plus inextricable de leurs nœuds ?

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025, page 27

[ limites ] [ naturel-surnaturel ] [ révélation ] [ imperfection ] [ feu prométhéen ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson

exaltation

De même que la pluie entre dans une maison dont le chaume est disjoint, ainsi la passion pénètre un esprit non développé.


Auteur: Walpola Rahula

Info: L'Enseignement du Bouddha d'après les textes les plus anciens

[ analogie ] [ engouement ] [ déséquilibre ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

Ψ ⇒ B ⇒ Φ · La pensée n'est pas dans la tête. Elle passe à travers.

perdu

Et toi, tu hésiteras, tu t'indigneras de mourir ? Tu as beau vivre et jouir de la vue, ta vie n'est qu'une mort, toi qui en gaspilles la plus grande part dans le sommeil et dors tout éveillé, toi que hantent les songes, toi qui subis le tourment de mille maux sans parvenir jamais à en démêler la cause, et qui flotte et titube, dans l'ivresse des erreurs qui t'égarent.


Auteur: Lucrèce Titus Lucretius Carus

Info: La nature des choses : De rerum natura

[ inutile subjectivité ]

 
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Ajouté à la BD par miguel

Ψ → B → Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

exoplanète

Des chercheurs ont mis des tardigrades dans du sol martien, ils n'ont pas du tout apprécié

Même les micro-organismes les plus résistants au monde ralentissent puis s'immobilisent au contact du sol martien, soulignant les défis biologiques auxquels seraient confrontés de futurs explorateurs.

Des scientifiques analysent les possibilités de survie sur Mars en exposant des tardigrades à un environnement similaire simulé. | L'humanité pourra-t-elle un jour vivre sur Mars? Cette question taraude les scientifiques depuis des décennies. Une expérience récente rappelle cependant à quel point la planète rouge demeure hostile au vivant. Des chercheurs de l'Université d'État de Pennsylvanie ont exposé des tardigrades, ces fameuses créatures microscopiques extrêmement résistantes, à un échantillon de sol martien simulé. Verdict: les petites bêtes ont ralenti leurs mouvements avant de s'immobiliser totalement.

Tout n'est pourtant pas à jeter dans cette expérimentation aux résultats paradoxaux. Après que les astronomes ont ajouté un peu d'eau au sol artificiel, les tardigrades ont recommencé à se mouvoir, y compris ceux qui y avaient été exposés plusieurs jours. Cela indique qu'une substance encore non identifiée rendrait le terrain hostile à la vie biologique, mais perdrait ses effets après rinçage.

Depuis le début de l'exploration spatiale, les scientifiques multiplient les protocoles stricts pour éviter que les sondes et autres engins spatiaux ne contaminent leur environnement avec des organismes terrestres. " Lorsque l'on envisage d'envoyer des humains sur d'autres planètes, nous devons comprendre deux choses: comment l'environnement affectera les humains et comment les humains affecteront l'environnement ", souligne dans les colonnes de The Debrief Corien Bakermans, professeure de microbiologie à l'Université d'État de Pennsylvanie.

Selon elle, le sol martien possède probablement une propriété capable d'inhiber toute forme de vie. L'enjeu est désormais de comprendre comment neutraliser cet effet, afin de réduire les risques pour les futurs explorateurs.

Les tardigrades, des survivants de l'extrême

Le choix des tardigrades dans cette expérience a été mûrement réfléchi. Leur capacité à résister aux températures glaciales ou aux longues périodes sans nourriture en a fait des candidats idéaux pour l'évaluation des possibilités de survie sur Mars. Ce n'est pourtant pas la première fois que ces organismes se transforment en statues face à un environnement particulier. Lorsqu'ils sont déshydratés ou exposés à des conditions difficiles –vide spatial, pressions extrêmes des profondeurs océaniques– ils entrent dans un état dormant, proche de l'absence de vie. Réhydratés, ils retrouvent leur activité normale.

L'équipe de chercheurs estime que la substance " très dommageable " présente dans le sol pourrait être dissoute dans l'eau ou éliminée avec du sel. Une découverte qui pourrait peser lourd dans les futurs projets de colonisation martienne. " Le mécanisme de défense du régolithe pourrait stopper les contaminants, précise la professeure. En même temps, il peut être lavé pour favoriser la croissance des plantes ou éviter des dommages pour les personnes qui entreraient en contact avec lui. "

Reste un problème majeur: l'eau constitue une ressource rare lors des missions spatiales. Difficile, dans ces conditions, d'imaginer un nettoyage à grande échelle. Les scientifiques américains n'ont pourtant pas dit leur dernier mot: l'équipe s'intéresse désormais aux autres paramètres susceptibles d'inhiber l'activité biologique, notamment la température ou la pression atmosphérique, afin de mieux comprendre la planète rouge.

" Le régolithe* n'est évidemment pas le seul facteur, précise Corien Bakermans. Nous commençons à distinguer les différentes composantes de ce système, dans lequel chaque élément peut représenter soit un obstacle, soit un avantage. " Le chemin avant qu'un astronaute pose durablement le pied sur Mars demeure long et semé d'embûches, mais chaque expérience en éclaire un peu plus les contours.



Auteur: Internet

Info: https://www.slate.fr/ - Laura Perren – 3 mars 2026 à 7h55 *couche de matériaux meubles, débris rocheux et poussière, recouvrant la roche-mère solide sur la Terre (sol, alluvions) ou les corps célestes sans atmosphère comme la Lune

[ aqua simplex ]

 

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Ajouté à la BD par Le sous-projectionniste

Ψ ↔ B ↔ Φ · Le sol parle avant le langage.

géopolitique

Iran attaqué: " Nous ne comprenons pas l’emprise d’Israël sur la politique étrangère américaine "

Au moment où Israël et les États-Unis passent à l’attaque contre l’Iran, L’Impertinent a interrogé Jeffrey Sachs. L'économiste américain, professeur à Columbia University, juge que Washington mène une guerre d’hégémonie sans prétexte crédible, avec le risque d’un conflit généralisé et d’un choc économique mondial. Il va plus loin encore en questionnant l’alignement total États-Unis-Israël et en évoquant, à propos des Epstein Files, l’hypothèse de pression et de chantage qui pèseraient sur la politique étrangère américaine.

La première partie de cet entretien a été réalisée le 28 février, jour de l'attaque israélo-américaine sur l'Iran. La seconde partie a été réalisée deux jours avant.

(AB), pour L’Impertinent: - Que pensez-vous des récents événements avec cette attaque non provoquée contre l'Iran?

(JS) : - Les États-Unis ont lancé une guerre majeure, qui pourrait se transformer en guerre mondiale. Ce qu'ils ont fait, c'est une guerre pour l'hégémonie américaine au Moyen-Orient. Cela n'a rien à voir avec les négociations avec l'Iran. Cela n'a rien à voir avec la politique énergétique nucléaire de l'Iran, car ce dernier a toujours dit qu'il ne voulait pas d'armes nucléaires, mais qu'il souhaitait parvenir à un accord négocié.

Et en effet, l'Iran a signé un accord négocié il y a 11 ans, le JCPOA (accord de Vienne sur le nucléaire iranien, ndlr). Puis Donald Trump l'a déchiré en 2018. Il s'agit d'une guerre pour le contrôle du Moyen-Orient. L'idée est que le régime iranien sera renversé. Israël sera l'hégémon local. Les États-Unis seront la puissance hégémonique mondiale et le monde naviguera sous la domination américaine. Une vision tragique, destructrice, illégale et imprudente du monde, mais c'est ce à quoi nous assistons aujourd'hui.

(AB) - Pensez-vous que les États-Unis ont déclenché la Troisième Guerre mondiale, comme vous me l'avez dit au téléphone tout à l'heure?

(JS) - Oui. Et, cette fois-ci, ils ne cachent rien. Ils ne donnent aucune excuse valable. Ce n'est pas une opération secrète. Il n'y a pas de faux drapeaux. C'est juste un mépris flagrant pour le monde et une violence effrontée pour renverser un gouvernement que les États-Unis n'aiment pas parce qu'il ne s'inscrit pas dans l'empire américain.

(AB) - Nous voyons que l'Iran réplique en ciblant d'autres pays du Golfe où se trouvent des bases américaines. Qu'est-ce que cela signifie?

(JS) - Je pense que l'explication la plus probable, même si je n'en suis pas certain, est que l'Iran se prépare à fermer le détroit d'Ormuz. Les attaques contre les bases dans le golfe Persique sont donc essentiellement un prélude à cette fermeture. Je pense donc qu'il s'agit d'une opération militaire menée par l'Iran visant à interrompre les livraisons de pétrole qui représentent environ 20% de la consommation mondiale de pétrole, et non d'une simple riposte. Si cela se produit, les conséquences économiques seront bien sûr très directes, très graves et très désastreuses.

(AB) - Que penser de l'influence d'Israël dans ce cas précis?

(JS) - Israël et les États-Unis sont pareils. Il n'y a aucune différence. Le Mossad et la CIA sont totalement d'accord sur ce point. C'est un partenariat. C'est comme Batman et Robin. Les États-Unis sont Batman et Israël est Robin, ils forment un duo. Israël est censé être la puissance hégémonique régionale. Il a obtenu ses armes nucléaires pour cela, il a ses forces locales et les États-Unis sont la puissance hégémonique mondiale. Il s'agit donc d'un partenariat.

(AB) - Vous semblez vraiment inquiet.

(JS) - C'est l'attaque la plus effrontée de ma vie. Elle est encore plus effrontée que la guerre en Irak de 2003, car lors de cette guerre, ils ont eu la "décence" – si je peux mettre cela entre guillemets – de mentir sur la raison de la guerre. Ils ont en fait estimé qu'ils devaient donner une raison. Ils devaient dire qu'il y avait des armes de destruction massive.

(AB) - Il s'agit d'une guerre économique indirecte des États-Unis contre la Chine

(JS) - Chaque mot prononcé par Donald Trump est un mensonge. Et l'Europe suit tout cela. Elle est absolument incapable d'une expression honnête. La première chose que Kaja Kallas a tweetée aujourd'hui était une attaque contre l'Iran.

Est-elle folle? Est-elle payée par la CIA? Est-elle incroyablement incompétente, ou l'Europe aurait-elle pu dire que les États-Unis ne devraient pas lancer une guerre préméditée? Aurait-elle pu mentionner cela? La Commission européenne pourrait-elle être plutôt en faveur de la paix que de la guerre? Eh bien, c'est trop demander, semble-t-il.

(AB) - Mais qu'est-ce que les États-Unis ont à gagner là-dedans?

(JS) - Pour les États-Unis, c'est le contrôle de l'approvisionnement mondial en pétrole. Il s'agit du contrôle du Moyen-Orient. Les acheteurs de pétrole du Moyen-Orient sont la Chine et l'Inde. Cela donne aux États-Unis ce qu'ils considèrent comme un puissant levier sur l'Asie. Il s'agit donc d'une guerre économique indirecte des États-Unis contre la Chine, autant que d'une guerre contre l'Iran.

(AB)- Pensez-vous donc que l'idée de l'ambassadeur Huckabee (voir plus bas) selon laquelle Israël devrait prendre le contrôle de tout le Moyen-Orient va se concrétiser?

(JS) - C'est l'idée. Oui. Il nous a juste donné l'info en avance. Et quelqu'un l'a-t-il réprimandé pour cela? Non, ils se sont probablement félicités mutuellement. C'est donc cela, la vulgarité. J'aimerais que quelqu'un en Europe ait la décence de dire que ce n'est pas correct. Quelqu'un. Quelqu'un, s'il vous plaît!

(AB)- Et selon vous, que va-t-il se passer maintenant? Quelle est la prochaine étape?

(JS) - Bien sûr, je ne sais pas, mais le principe général lorsque vous allumez la mèche d'une grosse bombe est que vous ne contrôlez pas les circonstances et, en général – pas toujours, mais en général – une opération comme celle-ci entraîne des conséquences très graves et inattendues. En d'autres termes, davantage de guerres.

Nous avons une guerre qui se déroule en même temps entre le Pakistan et l'Afghanistan. Est-ce que cela pourrait être lié? C'est possible. Ce ne sont pas nécessairement des opérations distinctes. Il peut donc y avoir de nombreux liens que nous n'avons pas encore vus. L'attaque contre le Venezuela est-elle liée à cela? Absolument. Les États-Unis voulaient ouvrir le Venezuela et son pétrole à leur marché, en prélude à leur attaque contre l'Iran. Il s'agit donc d'un enjeu pétrolier, mais je ne sais pas comment cela va se dérouler, et personne ne peut le savoir. Mais c'est très imprudent, très dangereux, très inattendu. Et apparemment, la première action des États-Unis a été de tuer 100 écolières en Iran. C'est un meurtre. Souvenons-nous de ces écolières.

(Entretien réalisé le 26 février):

(AB) - Pensez-vous qu'il y ait un lien entre la publication des dossiers Epstein et la situation avec l'Iran? S'agit-il d'une diversion?

(JS) - Je ne pense pas que ce soit une diversion. Je pense que cela peut être une cause. Et par là, je veux dire que nous ne comprenons pas, en Amérique, pourquoi Israël a une telle emprise sur la politique étrangère américaine. Cela ne peut être expliqué que par les systèmes d'armement, le lobbying, les pots-de-vin et le chantage.

(AB) - Pourquoi entrerions-nous en guerre avec l'Iran?

(JS) - Il n'y a absolument aucune raison, car l'Iran a déjà négocié un accord nucléaire en 2015, notamment avec la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, la Chine, la Russie et l'Allemagne: le plan d'action global commun. Cela aurait empêché toute possibilité pour l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire, dont ils ont d'ailleurs déclaré ne pas vouloir. Cet accord était là. Il a été déchiré par Trump en 2018.

(AB) - Pourquoi a-t-il déchiré l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien?

(JS) - Parce qu'Israël lui a dit de le faire. Pourquoi les États-Unis écoutent-ils autant Israël sur une question comme celle-ci? C'est ce que nous ne comprenons pas. S'agit-il simplement du financement de la campagne électorale? Est-ce Miriam Adelson qui verse des dizaines de millions de dollars à Trump? Est-ce le lobby sioniste chrétien, comme l'a expliqué notre ambassadeur en Israël, Mike Huckabee? Celui-là même qui a déclaré, il y a quelques jours, qu'Israël pouvait parfaitement s'emparer de toutes les terres du Moyen-Orient, car c'est ce que dit le chapitre 15 de la Genèse. Ou est-ce parce que les politiciens américains sont victimes de chantage de la part d'Israël? Nous ne savons pas exactement ce qu'il en est. Mais ce n'est pas une diversion, c'est plus que ça.

(AB) - Vous avez probablement entendu parler de cette hypothèse selon laquelle Epstein aurait pu être un agent du Mossad... ?

(JS) - Oh, je pense qu'il n'y a aucun doute à ce sujet, ou presque aucun doute. Cela n'est pas vraiment contesté, sauf si vous êtes dans le monde de la propagande. Ce type opère depuis des années dans les services secrets, il se présente partout dans le monde comme l'un des plus hauts responsables de la politique israélienne. Et s'il avait simplement inventé tout cela, il aurait été arrêté, point final. Mais au contraire, il a été encouragé.

Il fréquentait les personnes les plus influentes du monde. Bien sûr qu'il était un agent israélien. Comment aurait-il pu faire ce qu'il a fait ne serait-ce qu'un seul jour, sinon? Je ne parle pas du sexe. Je parle du fait qu'il se présentait comme tel dans toutes ces transactions. Si c'était faux, il aurait été arrêté immédiatement. Alors bien sûr qu'il l'était. Avec Ehud Barak et les autres responsables des services de renseignement qui séjournaient chez lui, et avec toutes ses représentations, s'il avait simplement inventé tout cela dans son livre pour gagner de l'argent, quelqu'un l'aurait arrêté, croyez-moi.

(AB) - Cette hypothèse semble donc la plus probable?

(JS) - Oui et quelqu'un devrait se pencher dessus. Alors pourquoi le gouvernement américain ne pose-t-il même pas la question? Circulez, il n'y a rien à voir? Oh, oui, quel ennui! Aucun fait intéressant! Un type qui était en pleine négociation de peine qui se suicide, entre guillemets. Allons donc!

(AB) - Lors de notre dernier échange, je vous demandais qui ou quoi pouvait arrêter Donald Trump. Mais il semble que les Européens soient parvenus à stopper son fantasme de conquête du Groenland. Savez-vous ce qui s'est passé?

(JS) - Je l'espère. Il se berce tellement d'illusion qu'il ne peut heureusement pas vraiment réaliser ce qu'il veut. C'est bien sûr un homme méchant, mais qui bluffe et fanfaronne beaucoup aussi. J'espère que l'épisode du Groenland est terminé. On ne peut jamais être sûr avec Trump. Mais au moins, l'Europe a dit non. Même si des personnes comme Mark Rutte, dans le cadre de ses fonctions à l'OTAN, n'ont pas aidé. Il prend des raccourcis, essaie d'apaiser Trump d'une manière ou d'une autre. L'histoire n'est pas terminée. Sans parler du fait que l'Europe n'a toujours pas de politique étrangère cohérente.

(AB) - Est-ce que la dette américaine, dont l’Europe détient plus de 3000 milliards, peut faire une différence dans ce rapport de force?

(JS) - Il est difficile d'utiliser cela comme une arme de manière organisée alors que l'Europe en général est si désorganisée et manque de stratégie. Ce n'est donc pas comme si une Europe cohérente disait: " Si vous faites cela, nous ferons ceci. " Rien de tel.

Bien sûr, les États-Unis sont interdépendants avec le reste du monde. Le fantasme de Trump d'un pays omnipotent est factice. Les États-Unis sont un pays endetté. Donc, dans un certain sens, ils ne peuvent pas faire ce que Trump prétend, et des questions comme celle de la dette ont un certain rôle stratégique. Mais j'ai un peu de mal à imaginer une position européenne qui établirait un rapport de force par ce biais.

De toute façon, l'Europe ne sait pas négocier de cette manière, elle est trop dépendante. C'est encore un vassal des États-Unis. Les dirigeants sont trop confus. Et le plus gros problème de l’Europe est sa russophobie. Car les politiciens européens sont tellement concentrés sur la Russie, au lieu de se soucier des États-Unis. Ils ne peuvent pas vraiment traiter ce sujet efficacement.

(AB) - Pensez-vous que les Européens devraient compter uniquement sur l'UE pour se défendre contre les États-Unis? Ou peuvent-ils envisager une défense nationale?

(JS) - Non, au niveau national, pas vraiment, car les États-Unis s'efforcent de diviser les pays individuellement ou de les monter les uns contre les autres.

À mon avis, l'Europe a donc besoin d'une politique cohérente à l'échelle européenne. Elle en manque actuellement. Encore une fois, elle est obsédée par un risque qui, selon moi, n'existe pas, à savoir que la Russie envahisse l'Europe. Je trouve cette idée absurde.

Lorsque l'enjeu principal est là, tous les dirigeants européens se rangent derrière les États-Unis et abandonnent l'idée d'une politique indépendante. Face à la Russie, ils se disent que c'est la seule stratégie. Ce que je trouve tout à fait erroné.

(AB) - Cela semble changer de nos jours, non? À cause ou grâce à Trump, d'ailleurs.

(JS) - Cela devrait être le cas. Je ne pense pas que cela change vraiment, car l'Europe est toujours dans un mode belliciste avec la Russie. Si vous fermez les yeux n'importe quel jour et que vous demandez où se trouvent les dirigeants européens, ils sont probablement à Kiev en train d'embrasser chaleureusement Zelensky. N'ont-ils pas d'autres choses à faire? Franchement, quelle perte de temps, comparé à la tâche de faire la paix et de se concentrer réellement sur les questions européennes.

Donc, non, je ne pense pas que l'Europe ait vraiment réglé ses problèmes. Trump est reconnu comme une menace très désagréable pour l'Europe, et c'est ce qu'il est. Les États-Unis ne sont pas structurellement amis avec l'Europe depuis longtemps, malgré les discours. La politique européenne a besoin de sa propre politique industrielle et de sa propre stratégie économique. Au cours des 25 dernières années, les États-Unis ne s'y sont jamais intéressés. Ce qui leur importe est le statut de subordonné de l'Europe.

(AB) - Je suis récemment tombée sur une hypothèse assez intéressante, elle dit: «La stratégie américaine était brillante: couper l'Europe de la Russie, dont l'énergie proche et bon marché alimentait son industrie, envoyer toutes les armes de l'Europe en Ukraine pour qu'elles y soient détruites, puis dévorer l'Europe toute entière. Les dirigeants européens fanatiques qui ont suivi cette stratégie ont poignardé leur peuple dans le dos.» Qu'en pensez-vous?

(JS) - Il y a une part de vérité dans cela, mais beaucoup de choses ne sont pas exactes.

Ce qui est vrai, c'est que les États-Unis n'étaient pas intéressés par une relation économique forte entre la Russie et l'Allemagne. Et cela remonte bien sûr à au moins un quart de siècle. L'opposition au Nord Stream a été très intense au cours des 25 dernières années, même avant que le gazoduc ne soit détruit.

Les États-Unis ont dit non, car ils ne voulaient pas perdre leur emprise sur l'Europe. Et jusqu'à récemment, l'idée de Washington était de diviser et d'encercler la Russie. Les États-Unis ont donc été la force agressive pendant la majeure partie des 30 dernières années, dans ce qu'on a appelé la période de l'après-guerre froide, qui était en réalité une continuation de la guerre froide par d'autres moyens.

Ce sont les États-Unis qui ont poussé l'OTAN à s'étendre. Encore les États-Unis qui ont voulu bloquer les flux de gaz naturel de la Russie vers l'Europe. Toujours les États-Unis qui ont voulu renverser le gouvernement de Kiev en février 2014, car cela faisait partie d'une stratégie à long terme visant à empêcher la Russie de devenir une grande puissance.

(AB) - L'idée était de faire de la Russie une puissance de troisième ordre acculée dans la région de la mer Noire. C'était l'idée de Brzeziński dans les années 1990. L'Europe a joué le jeu. Puis, au cours des années 2010, l'Europe a cessé de ne faire que jouer le jeu et s'est vraiment entichée de cette idée: s'étendre, détester la Russie et intégrer l'Ukraine dans son giron.

(JS) - L'Europe a perdu tout sens des proportions, toute orientation et toute diplomatie, pour le plus grand plaisir des États-Unis, dont c'était l'idée depuis le début! Mais les mesures prises par l'Europe ont considérablement affaibli l'économie européenne sans aucun résultat utile. Et maintenant que les États-Unis, sous Trump, tentent de conclure des accords avec la Russie, ce sont les Européens qui s'accrochent à leurs paquets de sanctions en affirmant ne plus jamais vouloir faire affaire avec les Russes. C'est complètement fou! Il suffit de regarder une carte pour constater l'absurdité de cette posture.

(AB) - Ce sont donc les États-Unis qui ont commencé. L'idée était de s'assurer que ni l'Europe ni la Russie ne deviennent si puissantes qu'elles menacent la domination américaine. Et au final, l'Europe s'est causé beaucoup de tort sur le plan économique. C'est vraiment un peu le chaos en ce moment, car l'Europe n'est pas compétitive. Et les coûts énergétiques sont plusieurs fois supérieurs à ceux des États-Unis ou de la Chine.

(JS) - Les grandes technologies européennes ont été intégrées à l'écosystème industriel américain plutôt qu'à l'écosystème industriel européen. L'Europe a donc tout gâché et elle devrait être attaquée collectivement. La russophobie n'est pas une stratégie, c'est une mauvaise humeur. Ce dont nous avons vraiment besoin, c'est de paix. De régler cette guerre en Ukraine.

L'essence même du règlement de la guerre est que l'Ukraine devrait être neutre, pour l'amour du ciel! C'est l'idée de base. Regardez une carte et vous comprendrez pourquoi. Et puis, revenez aux affaires, revenez à l'économie, revenez à la technologie.

(AB) - Revenons pour le moment un instant à Trump: nous avons vu que la Cour suprême a invalidé ses droits de douane. Ma question, quand je regarde la façon dont il dirige, est la suivante: Trump est-il en permanence en train de bluffer?

(JS) - Il est clair que Trump est un baratineur, si vous me permettez d'utiliser ce terme technique. Je pense que personne n'aurait pu garantir que la Cour suprême s'y opposerait, mais j'ai répété des dizaines de fois l'année dernière que ces droits de douane étaient illégaux et inconstitutionnels. C'était donc clair. Ce qui l'était moins, c'était de savoir si la Cour suprême aurait le courage de s'y opposer.

L'Europe n'a pas eu ce courage. Elle s'est contentée de dire: " Oh, s'il vous plaît, ne nous frappez pas. Ne nous faites pas de mal. Nous vous donnerons tout ce que vous voulez." Et puis, à la suite de la conclusion d'un terrible accord, Ursula von der Leyen a dit: "Vous voyez, c'était le mieux que nous pouvions obtenir." Franchement, c'est triste. Trump est un baratineur. Et il faut lui dire non.

(AB) - C'est un joueur de poker?

(JS) - Pas très doué à mon avis, mais oui. En fait, je le vois plutôt comme un tyran. Un joueur de poker doit être assez intelligent. Ce type n'est pas très intelligent, c'est un tyran psychologiquement instable. Il ne peut donc pas accepter la réalité. Ni accepter de perdre.

Alors, quand la Cour suprême a rendu cette décision, il a dit qu'il avait gagné, qu'il avait encore plus de pouvoir. Ce sont des conneries, pour employer le terme technique. Excusez-moi, mais il n'a pas plus de pouvoir. Il en a moins.

Réveillez-vous! Comprenez qu'il ne peut pas mettre à exécution ses menaces. Elles sont illégales dans le système américain. Alors ne les écoutez pas!

(AB) - Si je comprends bien, c'est l'idée que l'on se fait de son pouvoir qui fait sa force.

(JS) - Exactement! Et non seulement il a moins de pouvoir, mais il n'est pas populaire aux États-Unis. Les gens devraient donc comprendre, lorsqu'ils voient ce monstre venir dévorer l'Europe, que ce type a un gros problème chez lui. Il est très impopulaire. Son taux d'approbation est de 37%. Son taux de désapprobation est de 60%.

(AB) - C'est toujours mieux que Macron...

(JS) - C'est mieux que Macron, absolument. Et la raison pour laquelle Macron, Merz et Starmer ont un taux d'approbation aussi nul, c'est qu'ils rebondissent au hasard, qu'ils disent à leur peuple de se préparer à la guerre. Les gens ne veulent pas de ça, ils trouvent cela absurde.

Ce que dit Macron est tout simplement faux. Ce que dit Merz est faux. Ce que dit Starmer est faux. C'est pourquoi leur taux d'approbation est pratiquement nul. S'ils disaient la vérité, ils diraient: "Travaillons sur nos propres problèmes. Appelons Poutine. Réglons cette guerre. Laissons l'Ukraine rester neutre. Traitons ces questions honnêtement. Ne nous laissons pas intimider par Trump. Faisons ce que l'Europe doit faire." Là, ils seraient populaires.

(AB) - Mais Trump dit n'importe quoi. Il n'a d'autre politique que d'enrichir sa famille et ses amis. Il a pris 140 milliards de dollars aux Américains en impôts qu'il a imposés par décret, ce qu'il n'a pas le pouvoir de faire. Il va donc faire face à des milliers de poursuites judiciaires dans les années à venir.

(JS) - Nous voulons récupérer notre argent, ce qui est tout à fait compréhensible, car 140 milliards de dollars, c'est beaucoup! Cela représente plus de 1000 dollars par foyer. Les gens veulent récupérer leur argent parce qu'ils ne se sentent pas très bien en ce moment. Et puis Trump a imposé de nouveaux droits de douane, qui sont d'ailleurs également illégaux. Ils relèvent de la section 122 de la loi sur le commerce, mais celle-ci ne s'applique qu'en cas de crise de la balance des paiements. Or, il n'y en a pas. Il invente, encore une fois.

(AB) - Pensez-vous que Trump dirige vraiment le pays?

(JS) - Nous n'avons pas de véritable politique aux États-Unis en ce moment. Il n'y a pas de stratégie à long terme. Il n'y a pas de véritable vision. Tout est improvisé. La politique de Trump consiste à effrayer les migrants et à penser que cela plaît au public.

Nous n'avons pas de stratégie. La Chine, elle, en a une. Elle a un plan industriel à long terme. Elle a une vision technologique. Elle comprend vraiment qu'il ne faut pas faire la guerre. D'ailleurs, la Chine n'a pas connu un seul jour de guerre au cours des 47 dernières années à part pendant un mois en 1979, c'est tout. La Chine est en paix, elle investit, elle construit, elle progresse dans le domaine technologique. Si vous voulez une stratégie, ne faites pas la guerre. La guerre, c'est uniquement la destruction.

(AB) - Que pensez-vous du concept des Young Leaders du Forum économique mondial? Il semble que nous les trouvions désormais à la tête de tous les pays d'Europe?

(JS) - Je ne vais plus à Davos depuis environ 25 ans, parce que c'est une scène un peu pathologique. Ce n'est pas une organisation qui œuvre pour le bien. C'est peut-être divertissant, c'est peut-être intéressant pour conclure des accords, mais ce n'est pas pour le bien commun. C'est certain. D'ailleurs, le PDG du Forum économique mondial a démissionné à cause de ses liens avec Epstein.

(AB) - Le déclin de l'industrie allemande évoqué tout à l'heure n'est-il pas également dû aux mesures durables prises pour lutter contre le réchauffement climatique?

(JS) - C'est tout le contraire! Ce qui ne va pas en Allemagne, c'est que Mercedes a déclaré être tellement bonne qu'elle n'a pas besoin de produire des véhicules électriques. C'est cela qui a fait défaut à l'Allemagne. Ce n'est pas l'écologie, c'est tout le contraire. L'Allemagne est restée sur l'énergie fossile, avec les anciennes technologies.

Quel est le plus gros problème de l'industrie allemande? Il y en a deux. Le premier est le coût élevé de l'énergie. Et le second est que l'industrie automobile allemande, qui était la plus importante au monde au XXᵉ siècle, n'a plus aucun sens au XXIᵉ siècle.

C'est BYD, et non Volkswagen ou Mercedes, qui domine actuellement la scène mondiale. Ce n'est pas à cause de la réglementation verte. C'est parce qu'ils n'y croyaient pas. Ils ont donc traîné les pieds. Ils ont dit: " Nous sommes si doués pour les moteurs à combustion interne. Pourquoi devrions-nous changer? " Mais l'avenir appartient aux véhicules électriques. Et qui va les produire dans les vingt prochaines années? La Chine.

Les États-Unis sont tellement stupides qu'ils abandonnent pratiquement toute idée des véhicules électriques. L'Europe, dans la mesure où elle produit des véhicules électriques, va les produire en Chine, semble-t-il. Tout cela a dégénéré, mais l'idée que cela soit dû à l'agenda écologique est fausse. Si l'Europe avait mis en œuvre l'agenda écologique, elle aurait un monde d'industries compétitives. Ce qui n'est pas le cas actuellement.

(AB) - Que pensez-vous de la situation à Cuba? On rapporte que les Américains et les Cubains sont en négociation pour un changement de cap, mais que le régime restera en place avec seulement une libéralisation économique?

(JS) - J'espère que les États-Unis cesseront d'affamer Cuba. Parce que la diplomatie sous la menace des armes, la diplomatie qui consiste à dire " tu es d'accord avec moi ou je te tue " n'est pas de la diplomatie. Trump fait la même chose avec l'Iran.

(AB) - Comment se fait-il que vous ne soyez plus autant invité dans les médias traditionnels qu'auparavant?

(JS) - Parce que nous avons cette conversation. Si vous voulez dire la vérité, c'est la seule façon de le faire. Si vous voulez raconter le discours du gouvernement, vous pouvez être présent tout le temps dans les médias traditionnels.

(AB) - Vous pensez vraiment que les médias traditionnels ne font plus de vrai journalisme?

(JS) - C'est tellement triste pour moi, car je lis le New York Times depuis 60 ans et, la plupart du temps, j'adorais ce journal. J'étais peut-être naïf quand j'étais jeune, mais je le trouvais agréable, intéressant, perspicace. Et maintenant, parce que je ne suis plus dans la position d'un enfant, je sais ce qu'ils ne disent pas. Et non seulement je sais ce qu'ils ne disent pas, mais je leur écris pour leur demander pourquoi ils taisent certaines informations. Ils me répondent rarement, si ce n'est parfois pour me dire que ce n'est pas intéressant. La plupart du temps, ils m'ignorent. Mais je continue à les suivre. Je ne devrais probablement pas. Mais je lis le New York Times tous les jours parce que c'est notre journal de référence, parce que c'est une habitude depuis 60 ans. Mais je sais, chaque jour, que des choses cruciales ne sont pas dites.

Je vais vous donner un exemple très simple. Notre secrétaire au Trésor, Scott Bessent, qui se présente comme une sorte de voyou, a déclaré à Davos que nous étions partis pour écraser l'économie iranienne. Il a accordé une interview le 20 janvier dernier dans laquelle il a déclaré que Trump avait exercé une pression maximale. L'objectif était de faire chuter la monnaie, de créer une pénurie de dollars, de créer une pénurie d'importations, de faire descendre les gens dans la rue. C'est lui qui le dit! C'est une info, soit dit en passant! Cela signifie que, lorsque vous voyez des troubles en Iran, il s'agit d'une provocation menée par les États-Unis. C'est une information, il me semble! Le New York Times n'en parle pas. N'est-ce pas étrange?

(AB) - Ils n'expliquent pas les choses les plus élémentaires à leurs lecteurs. Pourquoi?

(JS) - C'est une grande question. Les gens se la posent depuis des décennies. Est-ce une sorte d'emprise du gouvernement ou est-ce considéré comme prudent ou sûr de leur part d'agir ainsi? Est-ce la publicité des annonceurs liée aux lobbies? Est-ce que les journalistes sont intimidés ou mis en garde? Je ne sais pas.

Je vais vous donner un autre exemple. Rubio a déclaré: " Nous devons négocier un large éventail de sujets avec l'Iran. " Deux jours plus tard, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a prononcé un discours très important, qui couvrait de nombreux sujets à Doha, au forum d'Al Jazeera. Il montrait essentiellement comment parvenir à la paix au Moyen-Orient d'une manière avec laquelle je suis d'accord, à savoir sur la base d'une solution à deux États, avec un État palestinien mettant fin à l'occupation israélienne. Il a dit tout cela. Le New York Times a-t-il couvert son discours? Non.

AB) - De quel genre d'information s'agit-il quand nous sommes proches d'une guerre et que des choses importantes qui sont dites afin d'éviter cette guerre ne sont pas rapportées? S'agit-il uniquement d'informations qui ne sont pas traitées, ou aussi d'informations mal traitées? Donc de désinformation?

Si vous dites que les gens descendent dans la rue pour protester contre la corruption et la mauvaise gestion du régime, plutôt que de dire que Bessent a expliqué que les États-Unis ont utilisé leurs outils pour écraser l'économie, vous pourriez appeler cela de la désinformation. C'est une explication erronée des raisons pour lesquelles les gens sont dans la rue.

(JS) - Je ne pense donc pas qu'il s'agisse généralement de mensonges éhontés, où le blanc est noir et le noir est blanc. Ce n'est pas ainsi que ça se passe. Il s'agit simplement de ne pas dire ce qui se passe réellement. Rapporter la surface, mais pas le contexte.

Auteur: Sachs Jeffrey

Info: L'impertinent, début mars 2026, interview d' Amèle Debey

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Ψ → B → Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.