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fond-forme

Les jésuites, on le sait, ont beaucoup contribué à former l'idée que nous avons de la littérature. Héritiers et propagateurs de rhétorique latine à travers l'enseignement dont ils ont eu pour ainsi dire le monopole dans l'ancienne Europe, ils ont légué à la France bourgeoise l'idée du bien-écrire, dont la censure se confond encore souvent avec l'image que nous nous faisons de la création littéraire. Cependant, ce prestige de la littérature, qu'ils ont aidé à former, les jésuites le refusent facilement au livre de leur fondateur: l'exposition des Exercices est déclarée "déconcertante", "curieuse", "bizarre"; "tout y est laborieux, écrit un Père, littérairement pauvre. L'auteur ne visait qu'à fournir l'expression la plus juste, la transmission aussi exacte que possible à la Compagnie de Jésus et, par son entremise, à l’Église, du don que lui-même avait reçu de Dieu". On retrouve ici le vieux mythe moderne selon lequel le langage n'est que l'instrument docile et insignifiant des choses sérieuses qui se passent dans l'esprit, le coeur ou l'âme. Ce mythe n'est pas innocent; le discrédit de la forme sert à exalter l'importance du fond: dire: " j'écris mal" veut dire : "je pense bien". L'idéologie classique pratique dans l'ordre culturel la même économie que la démocratie bourgeoise dans l'ordre politique: une séparation et un équilibre des pouvoirs; un territoire confortable, mais surveillé, est concédé à la littérature, à condition que ce territoire soit isolé, opposé hiérarchiquement à d'autres domaines; c'est ainsi que la littérature, dont la fonction est mondaine, n'est pas compatible avec la spiritualité; l'une est détour, ornement, voile, l'autre est immédiation, nudité, : voilà pourquoi on ne peut pas être à la fois saint et écrivain. Purifié de tout contact avec les séductions et les illusions de la forme, le texte d'Ignace, suggère-t-on, est à peine du langage: c'est la simple voie neutre qui assure la transmission d'une expérience mentale. Ainsi se confirme une fois de plus la place que notre société assigne au langage; décoration ou instrument, on voit en lui une sorte de parasite du sujet humain, qui s'en sert ou s'en revêt, à distance, comme d'une parure ou d'un outil que l'on prend et dépose selon les besoins de la subjectivité ou les convenances de la socialité.

Auteur: Barthes Roland

Info: Sade, Fourier, Loyola

[ post sémiose ] [ idéal désambigué ] [ quête ]

   
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inséré par miguel

— Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.

littérature

Il vénérait le livre comme objet, comme symbole, parce que des livres, il n'y en avait pas chez ses parents. Il adorait visiter les maisons d'écrivains (...)

Quand il visitait une maison d'écrivain, de même qu'un grand musée ou une exposition rétrospective, il avait toujours besoin de s'identifier, comme un adolescent face à un film de super-héros. 

Auteur: Bailly Pierric

Info: L'Homme des bois, p. 98

[ prestigieuse ]

   

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inséré par miguel

— Ψ → B → Φ · Le collectif ne précède pas l'individu : il le rend possible.

thébaïde

Je me suis vite rendu compte que je préférais être seul, que ça ne me dérangeait pas, et même que j'aimais ça. C'était une authentique découverte, oui, je ne pensais pas être à ce point fait pour la solitude. Le plus dur a été de l'assumer, de le faire comprendre aux autres, aux amis et à la famille, qui me promettaient de revenir dès que possible, qui ne me laissaient même pas le choix, comme s'ils me rendaient service, comme s'ils me faisaient une fleur.Comme si j'en avais besoin, parce que c'était invraisemblable, pour eux, de ne voir personne pendant plusieurs jours d'affilée, c'était forcément un problème, c'était triste. L'idée de la solitude pour eux-mêmes les angoissait tellement qu'ils ne pouvaient pas imaginer que pour d'autres elle soit libératrice.


Auteur: Bailly Pierric

Info: La foudre, p.185

[ plaisir ] [ isolement ] [ bien-être ]

   

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inséré par miguel

— Ψ → B → Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

fin d'estive

Je sais que tout va bientôt s'arrêter, du jour au lendemain, tous les rituels, toutes les saveurs qui sont mon quotidien depuis quatre mois. Je sais que je vais devoir abandonner mes gros édredons en plume et la cuisinière à bois, que je vais devoir faire sans la fraîcheur et la brume du matin, sans l'odeur de l'herbe meurtrie par les onglons des brebis, sans l'odeur piquante de leurs crottes et sans l'odeur âpre de leur laine. sans leurs bêlements et leurs chevrotements, sans les blatèrements des béliers, sans le carillon des clochettes, sans le regard mystérieux des patous. Sans ces bon dieu d'orages que j'aime tant, ces orages tonitruants du Haut-Jura qui finiront par avoir ma peau à en croire certains. Sans le calme, sans la solitude, la tranquillité, la douceur de l'air, évidemment, sans ces moments de relâche à rêvasser face à la forêt du massacre et, plus au sud, le crêt de Chalam et sa calotte pelée et, plus loin encore, tout à l'ouest, les cinq éoliennes d'Apremont. Sans mes virées sur les crêtes en surplomb du Léman, face au Mont-Blanc qui fracture l'horizon, encompagnie des promeneurs du dimanche, mais ceux-là je ne les regretterai pas. Sans le silence à la tombée de la nuit quand je me pose devant le chalet avec ma soupe chaude au son des cris des rapaces nocturnes, des rongeurs qui pointent leur museau, des jeunes épicéas qui se balancent, des craquements lointains qui font redouter la présence du lynx ou du loup.


Auteur: Bailly Pierric

Info: La Foudre

[ hauteur ] [ panorama ] [ moyenne montagne ]

   

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— Ψ ⇄ B ⇄ Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

question

Est-il plus éthique de modifier génétiquement des embryons ou d'en examiner un grand nombre et de les éliminer ? Je n'en sais rien. 

Auteur: Doudna Jennifer A.

Info:

[ dualité ] [ bioéthique ]

   
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inséré par miguel

— Ψ → B → Φ · La pensée n'est pas dans la tête. Elle passe à travers.

santés publiques

L'Arme invisible et la Guerre du Temps

Pendant des millénaires, l’humanité a tremblé devant un ennemi invisible. Une simple écorchure, une coupure insignifiante ou l'air vicié d'une chambre d'hôpital pouvaient condamner un homme à la mort. Cet ennemi, c’était la bactérie.

Au début du XXe siècle, dans les laboratoires feutrés de l'Institut Pasteur, un savant franco-canadien nommé Félix d'Hérelle fit une découverte stupéfiante. En observant des cultures de bactéries, il s’aperçut que certaines zones guérissaient d’elles-mêmes, comme si les microbes y étaient dévorés par un prédateur encore plus petit qu'eux. Il venait de lever le voile sur les bactériophages — des virus microscopiques, nés de la nature elle-même, dont l’unique raison d’être est de traquer et de détruire les bactéries. D'Hérelle comprit immédiatement le miracle potentiel : nous pouvions utiliser ces virus comme des soldats pour nous guérir. La " phagothérapie " était née.

Mais le destin de la science est parfois dicté par la géopolitique et le confort des hommes.

Quelques années plus tard, à l’aube des années 1940, la science occidentale mit au point une arme d'une tout autre nature : la pénicilline, le premier antibiotique. Contrairement aux virus de d'Hérelle, qui demandaient de la patience et une sélection sur mesure pour chaque malade, l'antibiotique était une formule chimique universelle. C’était une bombe propre, facile à fabriquer en usine, capable de balayer d'un coup un immense spectre de maladies. Séduit par cette simplicité, le monde occidental abandonna les phages et couronna la chimie.

Seule l'Europe de l'Est, isolée derrière le rideau de fer de la guerre froide et privée des précieuses usines de pénicilline, continua de cultiver le savoir de d'Hérelle dans les laboratoires secrets de Géorgie. Pendant que l’Occident oubliait les virus guérisseurs, l’Orient continuait de soigner ses soldats et ses enfants grâce à eux.

Pendant un demi-siècle, les antibiotiques régnèrent en maîtres absolus, donnant à l'humanité l'illusion d'avoir définitivement vaincu la maladie. Mais la nature ne se laisse pas si facilement dompter.

À force de baigner le monde dans ces molécules chimiques — dans nos pilules, nos savons et l'alimentation de notre bétail —, les bactéries apprirent à se défendre. C’est le principe de la sélection naturelle. Les plus faibles moururent, mais les plus fortes survécurent, apprirent de leurs blessures, et mutèrent. Elles devinrent ce que les médecins appellent aujourd'hui des " super-bactéries ", insensibles aux traitements les plus puissants.

Le drame moderne se joue désormais là où l'on est censé guérir : à l'hôpital. C'est le fléau des maladies nosocomiales.

Imaginez ces grands couloirs blancs où l'on pulvérise des désinfectants à longueur de journée. En éliminant toutes les bactéries banales, la médecine a involontairement fait de la place pour les monstres. Libérées de toute concurrence, les bactéries résistantes s’installent sur les scalpels, les cathéters et les respirateurs. Elles s’y regroupent, s’entourent d’une armure visqueuse et impénétrable appelée biofilm, et attendent les patients les plus faibles pour les infecter. Pour ces malades, l'hôpital devient un piège, et les médecins se retrouvent les mains nues, face à des impasses thérapeutiques totales.

C’est alors que l’histoire bégaie, et que le souvenir de Félix d'Hérelle refait surface.

Acculée par la crise de l'antibiorésistance, la médecine occidentale tourne aujourd'hui son regard vers le passé, et vers ces fameux laboratoires de Géorgie qui ont maintenu la flamme de la phagothérapie. Les chercheurs redécouvrent la beauté de l'arme biologique : là où l'antibiotique est une bombe aveugle qui détruit tout sur son passage, le phage est un sniper. Il ignore le reste du corps humain, glisse sous l'armure des biofilms hospitaliers, trouve sa bactérie cible, s'y multiplie jusqu'à la faire exploser, puis disparaît une fois sa mission accomplie.

Mieux encore, la science moderne s'aperçoit que les deux anciens rivaux peuvent faire la paix. Lorsque l'on attaque une super-bactérie hospitalière avec un phage, celle-ci déploie une telle énergie pour lui échapper qu'elle en oublie ses défenses contre la chimie. Épuisée par le virus, elle redevient soudainement vulnérable à l'antibiotique qui la condamnait la veille.

La guerre contre l'invisible n'est pas terminée, mais l'histoire nous montre que la solution n'était pas dans une éprouvette de chimiste, mais dans le grand équilibre de la nature, qui avait inventé le remède bien avant que l'homme ne découvre la maladie.


Auteur: Internet

Info: Après discussions avec plusieurs IAs, sur fond des propos de Jennifer A. Doudna

[ nano-monde ]

   

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— Ψ ± B ± Φ · Le sol parle avant le langage.

père-fils

(…) il me regarde fixement et s’exclame : c’est fou comme il te ressemble, ton fils. Mais ce n’était pas si bête comme remarque. Jim avait beau ne pas être mon fils de sang, je lui avais forcément transmis des attitudes, des traits de caractère, le genre de choses qu’on donne sans s’en rendre compte et sans le vouloir, et puis qu’on finit par avoir du mal à tolérer chez eux, c’est ça le pire. Il y a toujours un moment où on leur en veut d’être ces miroirs miniatures sur pattes. Mais on leur en veut aussi de ne pas nous ressembler totalement, de ne pas être des clones parfaits, d’avoir en plus de ça leur putain de personnalité à eux.


Auteur: Bailly Pierric

Info: Le Roman de Jim, 2021

[ mimétisme ]

   

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— Ψ ⇄ B ⇄ Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

études universitaires

En psycho on devait être trois mecs pour deux cents filles. Je me souviens d’une soirée où j’ai dit à un type que je faisais psycho, il en est resté bouche bée pendant plus de dix secondes, estomaqué par ma réponse. Puis il a fini par s’exclamer : mais oui, t’as tout compris, toi, oh, le petit malin, en plus ça marche à ce que je vois, bien joué mon gars. Là, il regardait en direction de Jenny, et quand je lui ai annoncé qu’on se connaissait d’avant, qu’on ne s’était pas rencontrés sur les bancs de la fac mais au collège, il a repris sa tête de poisson crevé. Il venait de trouver la seule raison pour un mec d’aller en fac de psycho, et finalement non, ce n’était même pas pour ça que j’y étais.


Auteur: Bailly Pierric

Info: Le Roman de Jim, 2021

[ tropisme féminin ]

   

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inséré par miguel

— Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Chaque lecteur est un neurone d'un cerveau anthropo-Gaïen.

rapports humains

C’est toujours facile de s’emballer quand on est extérieur, on ne vit pas les choses, on n’est pas vraiment concerné, on ne souffre pas de la même manière, et puis on n’aura pas à assumer les conséquences de nos réactions et de nos actes, alors on adopte une position radicale, on joue les durs, et on ferait mieux de se taire, car on est souvent de mauvais conseil. (...)

On ne comprend pas toujours la vie des autres. On commente, on juge à l'emporte-pièce, on se dit qu'on ne ferait pas la même chose si on était à leur place, mais ça ne sert à rien, puisque justement on n'est pas à leur place.

Auteur: Bailly Pierric

Info: Le Roman de Jim

[ suggestions ] [ externes ] [ méconnaissance de cause ]

   

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inséré par miguel

— Ψ → B → Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

lecture

La nuit, je lis. Je lis pas avant de m'endormir, je lis à la place de dormir. Je lis pas pour me reposer, j'aimerais bien y arriver, j'aimerais bien lire pour me détendre, mais je sais pas faire ça. Je lis pas pour m'évader, je lis parce que je cherche. Je cherche un truc dans les livres, je cherche quelque chose depuis des années, dans les livres, dans les bois, ici, dans la forêt, je suis pas venue là pour méditer.




Auteur: Bailly Pierric

Info: Rouges-Truites

[ nocturne ] [ quête ]

   

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inséré par miguel

— Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Le sol parle avant le langage.