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comportement humain

La question du rire est loin d’être résolue. Bien entendu, tout un chacun s’accommode d’en faire une caractéristique essentielle de ce qui se passe dans le "spirituel", et aussi bien dans le "comique", mais quand il s’agit d’en faire en quelque sorte le ressort du caractère expressif si l’on peut dire à cette occasion, du rire, quand il s’agit même simplement de connoter à quelle émotion pourrait répondre ce phénomène dont il est possible de dire, encore que ce ne soit pas absolument certain, qu’il soit le propre de l’homme, on commence à entrer dans des choses qui, d’une façon générale, sont extrêmement fâcheuses.

Je veux dire que même ceux dont on sent bien qu’ils essayent d’approcher, qu’ils frôlent d’une certaine façon analogique, métaphorique, un certain rapport du rire avec ce dont il s’agit dans l’appréhension qui lui correspond, le mieux qu’on puisse dire, c’est que ceux qui là-dessus ont dit les choses qui paraissent les plus tenables, les plus prudentes, ne font guère que noter ce quelque chose qui serait analogue dans le phénomène lui-même du rire. À savoir ce qu’il peut laisser quelque part de traces oscillatoires, au sens que c’est un mouvement spasmodique avec une certaine oscillation mentale qui serait celle du passage, par exemple, dit KANT :

– de quelque chose qui est une tension, à sa réduction à un rien,

– l’oscillation entre une tension éveillée et sa brusque chute devant un rien, une absence de quelque chose qui serait censé, après son éveil de tension, devoir lui résister.

[…]

Bref. Le rire, bien entendu, dépasse lui-même très largement la question aussi bien du spirituel que du comique. Il n’est pas rare de voir rappelé qu’il y a dans le rire quelque chose qui est par exemple la simple communication du rire, le rire du rire, le rire de quelque chose qui est lié au fait qu’il ne faut pas rire. Le fou-rire des enfants dans certaines conditions est tout de même quelque chose qui mérite aussi de retenir l’attention.

Il y a aussi un rire de l’angoisse, et même de la menace imminente, le rire gêné de la victime qui se sent menacée soudain de quelque chose qui dépasse tout à fait, même les limites de son attente, le rire du désespoir. Il y a des rires même du deuil brusquement appris.

Allons-nous traiter de toutes ces formes du rire ? Ce n’est pas notre sujet. Je veux simplement ponctuer ici, puisque aussi bien ce n’est pas mon objet de vous faire une théorie du rire, qu’en tout cas rien n’est plus éloigné de devoir nous satisfaire que la théorie bergsonienne du mécanique surgissant au milieu de cette espèce de mythe de l’harmonie vitale, de ce quelque chose dont - pour les reprendre à cette occasion d’une façon particulièrement schématique - la prétendue éternelle nouveauté, création permanente de l’élan vital, pour être reprise là d’une façon particulièrement condensée.

[...] Formuler qu’une des caractéristiques du mécanique en tant qu’opposé au vital, c’est son caractère répétitif, comme si la vie ne nous présentait aucun phénomène de répétition, comme si nous ne pissions pas tous les jours de la même façon, comme si nous ne nous endormions pas tous les jours de la même façon, comme si on réinventait l’amour chaque fois qu’on baise ! Il y a là véritablement quelque chose d’incroyable dans cette espèce d’explication par la mécanique elle-même, une explication qui, tout au long du livre, se manifeste elle-même comme une explication mécanique. Je veux dire que c’est l’explication elle-même qui retombe dans une lamentable stéréotypie qui laisse absolument échapper ce qui est essentiel dans le phénomène. Si c’était véritablement la mécanique qui fut à l’origine du rire, où irions-nous ?

[…]

Laissons de côté la théorie bergsonienne, à cette occasion, pour simplement faire remarquer à quel point elle peut laisser complètement de côté ce qui est donné par les premières appréhensions les plus élémentaires du mécanisme du rire. Je veux dire avant même qu’il soit impliqué dans rien qui soit aussi élaboré que le rapport du spirituel ou le rapport du comique, je veux dire dans le fait que le rire touche à tout ce qui est imitation, doublage, phénomène de sosie, masque, et si nous regardons de plus près, non seulement au phénomène du masque mais à celui du démasquage, et ceci selon des moments qui méritent qu’on s’y arrête.

Vous vous approchez d’un enfant, avec la figure recouverte d’un masque : il rit d’une façon tendue, gênée. Vous vous approchez de lui un peu plus : quelque chose commence qui est une manifestation d’angoisse. Vous enlevez le masque : l’enfant rit. Mais si vous avez sous ce masque un autre masque, il ne rit pas du tout.

Je ne veux là qu’indiquer combien tout au moins ceci demande une étude qui ne peut être qu’une étude expérimentale, mais qui ne peut l’être que si nous commençons d’avoir une certaine idée du sens dans lequel elle doit être dirigée et dont tout - en tout cas dans ce phénomène comme dans d’autres que je pourrais ici mettre à l’appui de mon affirmation, ce n’est pas mon intention ici d’y mettre l’accent - dont tout nous montre qu’il y a en tout cas un rapport très intense, très serré, entre les phénomènes du rire et la fonction chez l’homme, de l’imaginaire, nommément le caractère captivant de l’image, captivant au-delà des mécanismes instinctuels qui en répondent, soit à la lutte, soit à la parade, à la parade sexuelle ou à la parade combative, et qui y ajoutent chez l’homme cet accent supplémentaire qui fait que l’image de l’autre est très profondément liée à cette tension dont je parlais tout à l’heure.

Cette tension toujours évoquée par l’objet auquel est porté attention, attention qui consiste

– à le mettre à une certaine distance du désir ou de l’hostilité,

– à ce quelque chose qui chez l’homme est au fondement et à la base même de la formation du moi,

– de cette ambiguïté qui fait que son unité est hors de lui-même, que c’est par rapport à son semblable qu’il s’érige et trouve cette unité de défense qui est celle de son être en tant qu’être narcissique.

C’est dans ce champ là que doit se situer le phénomène du rire. Et pour vous indiquer ce que je veux dire, je dirai que c’est dans ce champ là que se produisent ces chutes de tension auxquelles les auteurs qui se sont intéressés plus spécialement à ce phénomène attribuent le déclenchement occasionnel, instantané du rire.

Si quelqu’un nous fait rire quand il tombe simplement par terre, c’est en fonction :

– de l’image plus ou moins tendue, plus ou moins pompeuse à laquelle même nous ne faisions pas tellement attention auparavant,

– de ces phénomènes de stature et de prestige qui sont en quelque sorte la monnaie courante de notre expérience vécue, mais au point que nous n’en percevons même pas le relief.

C’est pour autant, pour tout dire, que le personnage imaginaire continue sa démarche plus ou moins apprêtée dans notre imagination, alors que ce qui le supporte de réel est là, planté et répandu par terre.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 18 décembre 1957

[ psychanalyse-philosophie ] [ cause ] [ renversement ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ → B → Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

witz

Il est tout à fait frappant que pour s’introduire à l’analyse du comique il [Freud] mette au premier plan, comme étant ce qui dans le comique est le plus proche du mot d’esprit, avec la sûreté de l’orientation et de touche qui est celle de FREUD, ce qui est le plus proche du mot d’esprit et qu’il nous présente comme tel, c’est très précisément ce qui au premier abord pourrait paraître le plus éloigné du spirituel, c’est justement le naïf.

Le naïf, nous dit-il, est réalisé par quelque chose qui est fondé sur l’ignorance, et tout naturellement il en donne des exemples empruntés aux enfants : la scène - que je vous ai, je crois, déjà évoqué ici - des enfants qui, à l’usage des adultes, ont monté toute une petite historiette fort jolie, et qui consiste en ce qu’un couple se sépare, le mari allant chercher fortune, et revenant au bout de quelques années, ayant réussi en effet à trouver la richesse, mais que la femme accueille en lui disant :

"Tu vois, je me suis conduite magnifiquement, moi non plus je n’ai pas perdu mon temps pendant ton absence."

Et elle ouvre le rideau sur une rangée de dix poupées. C’est toujours une petite scène de marionnettes. Mais naturellement les enfants sont étonnés, peut-être simplement surpris - ils en savent peut-être plus long qu’on ne croit dans l’occasion - mais en tout cas ils sont surpris par le rire qui éclate chez les adultes qui sont venus assister à cette petite scène.

Voilà le type de la drôlerie, ou de la bonne histoire, ou du mot d’esprit "naïf" tel que FREUD nous le présente. […]

À la vérité, encore que bien entendu cette référence à l’enfant ne soit pas hors de saison, le trait, nous ne dirons même pas de l’ignorance, de ce quelque chose que FREUD définit très spécialement en ceci, qui en fait le caractère facilement supplétif dans le mécanisme du mot d’esprit, qui tient à ce qu’en somme : "il y a quelque chose - dit-il - qui nous plaît là-dedans" et qui est précisément ce qui joue le même rôle que ce que j’ai appelé tout à l’heure "fascination" ou "captivation métonymique", c’est que nous sentons chez celui qui parle, et dont il s’agit, qu’il n’y a pas du tout d’inhibition.

Et c’est cela, cette absence d’inhibition chez l’autre, qui nous permet à nous de faire passer chez l’autre, chez celui à qui nous le racontons et qui est déjà lui-même fasciné par cette absence d’inhibition, de faire passer l’essentiel du mot d’esprit, à savoir cet au-delà qu’il évoque, et qui ici, chez l’enfant, dans les cas que nous venons d’évoquer, ne consiste pas essentiellement dans leur drôlerie, mais dans l’évocation de ce temps de l’enfance où le rapport au langage est quelque chose de si proche qu’il nous évoque par là directement ce rapport du langage au désir qui est ce qui, dans le mot d’esprit, en constitue la satisfaction propre.

Nous allons prendre un autre exemple emprunté à l’adulte, et je crois déjà l’avoir cité à un moment donné. Un de mes patients qui ne se distinguait pas par ce qu’on appelle d’ordinaire des circonvolutions très poussées et qui racontant une de ces histoires un peu tristes, comme il lui en arrivait assez souvent, expliquait qu’il avait donné rendez-vous à une petite femme rencontrée dans ses pérégrinations, et que ladite femme lui avait tout simplement, comme cela lui arrivait souvent, posé ce qu’on appelle "un lapin". Il concluait son histoire en disant :

"J’ai bien compris, une fois de plus, que c’était là une femme de non-recevoir."

Il ne faisait pas un mot d’esprit, il disait quelque chose de fort innocent, qui pourtant a bien son caractère piquant, et satisfait chez nous quelque chose qui va bien au-delà de l’appréhension comique du personnage dans sa déception, qui à l’occasion si elle évoque chez nous - et c’est tout à fait douteux - un sentiment de supériorité, assurément est bien inférieure dans cette note. Puisque dans cette note je fais allusion à un des mécanismes qu’on a souvent promu, mis en avant, prétendument du mécanisme du comique, c’est à savoir celui qui consiste à nous sentir supérieur à l’autre.

Ceci est tout à fait critiquable, rien n’étant - encore que ce soit un fort grand esprit qui ait essayé d’ébaucher le mécanisme comique dans ce sens, à savoir LIPPS - il est tout à fait réfutable que ce soit là le plaisir essentiel du comique. S’il y a quelqu’un dans l’occasion qui garde toute sa supériorité, c’est bien notre personnage, qui trouve dans cette occasion matière à motiver une déception qui est tout à fait bien loin d’entamer une confiance en lui-même, inébranlable. Si quelque supériorité donc, s’ébauche à propos de cette histoire, c’est bien plutôt une sorte de leurre, c’est-à-dire que pour un temps tout vous engageait un instant dans ce mirage que constitue la façon dont vous vous le posez lui-même, ou dont vous vous posez celui qui raconte l’histoire, par rapport au texte du désir ou de la déception, mais ce qui se passe va bien au-delà.

C’est que justement, derrière ce terme de "femme de non-recevoir", ce qui se dessine, c’est le caractère fondamentalement décevant en lui-même de toute approche, bien au-delà du fait que telle ou telle approche particulière soit satisfaite. En d’autres termes ce qui nous amuse aussi là, c’est la satisfaction que trouve le sujet qui a laissé échapper ce mot innocent dans sa déception, à savoir qu’il la trouve suffisamment expliquée par une locution qu’il croit être la locution reçue, la métonymie toute faite pour de pareilles occasions.

[…]

Ici donc, ce que vous voyez c’est qu’en somme le trait d’esprit de l’ignorant ou du naïf, de celui dans l’occasion, pour faire mon mot d’esprit, qui cette fois-ci est toujours entier, si l’on peut dire, au niveau de l’Autre. Je n’ai plus besoin de provoquer chez l’Autre rien qui constitue cette coupe solide, elle m’est déjà toute donnée par celui qu’en élevant à la dignité d’histoire drôle, celui de la bouche duquel je recueille le mot précieux dont la communication va constituer un mot d’esprit, celui que j’élève en quelque sorte à la dignité de maître-mot par mon histoire.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 18 décembre 1957

[ psychanalyse ] [ définition ] [ cas particulier ] [ harmonie ] [ inconscient ]

 
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Ajouté à la BD par Coli Masson

Ψ ↔ B ↔ Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

dépravation narrative

Tolkien vs Disney : Le Choc des Imaginaires

L’aversion de Tolkien pour Disney n’était pas un simple mépris académique, mais une opposition philosophique profonde sur la fonction du mythe. En 1937, alors que Tolkien publie Le Hobbit, Disney lance Blanche-Neige. Ce timing cristallise deux visions irréconciliables.

1. Le Mythe contre le Divertissement

Pour Tolkien, le conte de fées est un outil sérieux pour explorer la condition humaine, la perte et la morale. Il valorise l'eucatastrophe* : une joie miraculeuse qui n'a de sens que si l'obscurité et le danger qui la précèdent sont réels. À l'inverse, il percevait chez Disney une "simplification moralisatrice" où le danger est poli et le sentimentalisme remplace la profondeur spirituelle.

2. La "Disneyification" comme Corruption

Tolkien admirait le talent technique du studio, mais déplorait son intention. Il craignait que ses propres œuvres soient "aplaties" :

- Personnages : Des figures complexes (comme Gollum ou Boromir) réduites à des archétypes binaires ou des ressorts comiques.

- Commercialisation : La transformation de traditions anciennes en produits de consommation de masse.

3. Un Héritage Irrésolu

Cette tension entre préserver le mythe (Tolkien) et le populariser (Disney) définit encore aujourd'hui le débat sur l'adaptation culturelle. Pour l'auteur du Seigneur des Anneaux, simplifier une histoire pour la rendre accessible n'était pas un service rendu au public, mais une perte de la puissance intrinsèque du récit.



( B 1 : résumé au max = Tolkien s'opposait à Disney car la simplification mercantile des contes en corrompait la fonction morale et la vérité existentielle.

B 2 : poétisé court = Le vernis de la soie sur une plaie que l'on ignore. )



Auteur: Internet

Info: Synthèse de diverse sources sur la relation entre J.R.R. Tolkien et l'œuvre de Walt Disney. Appuyée fortement sur les Lettres de J.R.R. Tolkien (notamment la lettre n°210 de 1958 et la n°257 de 1964) et sur son essai séminal "Du conte de fées" (On Fairy-Stories). Ainsi que via certaines anecdotes célèbres rapportées par les biographes de C.S. Lewis, confirmant leur séance de cinéma commune pour voir Blanche-Neige en 1938. *victoire inespérée

[ standardisation ] [ consumérisme ] [ schématisation ] [ éducation ]

 
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Ψ → B → Φ · La transduction précède la computation.

exomondes

Et nombre de ces terres orbitent autour de ces soleils, ni pires ni meilleurs que notre globe.

Auteur: Bruno Giordano

Info: Ainsi remis en forme par Karen Traviss dans : Les Guerres Wess'har, Tome 2 : Transgression

[ visionnaire ] [ humains décentrés ]

 

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Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.

soldats conditionnés

Physiquement, les membres des commandos ne sont pas très différents du citoyen moyen, sauf qu'ils sont bien plus en forme lorsqu'on en a fini avec eux. Mentalement, par contre, il sont - ou ils deviennent - d'une autre espèce. Nous les entrainons pour qu'ils comprennent et croient qu'ils sont capables de tout faire. C'est l'état d'esprit, la confiance en soi absolue et la ténacité qui les rendent unique.

Auteur: Traviss Karen

Info: Gears of War, tome 1 : Aspho Fields

[ inébranlables ] [ combattants programmés ] [ solidité mentale ] [ volonté forgée ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

femmes-hommes

Tolérez vous les différences culturelles sur Terre ?

Oui.

Même s'il s'agit de tuer une femme par lapidation si elle a été violée ?

Où se situe la frontière entre la différence culturelle et l'intolérable ?


Auteur: Traviss Karen

Info: Les Guerres Wess'har, Tome 3 : Le Monde d'Avant

[ question ] [ injustice ] [ islam ]

 

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Ψ → B → Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

décider

Plus on a de choix, plus il faut se montrer mesuré dans la prise de décision.

Auteur: Traviss Karen

Info: Les Guerres Wess'har, Tome 3 : Le Monde d'Avant

[ choisir ] [ réfléchir ]

 

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Ψ → B → Φ · Coordination ≠ synchronisation.

législation

Il y a la justice, et il y a la vengeance. La justice est la vengeance administrée par un bureaucrate de manière impersonnelle, standardisée et prévisible, ainsi nous savons tous quelle punition attendre et quand nous la purgerons.






Auteur: Traviss Karen

Info: Gears of War, tome 2 : Les Vestiges de Jacinto

[ communautaire ] [ institutionnelle ] [ lois appliquées ]

 

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Ψ → B → Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

éducation

Les enfants savent quand on leur ment. Alors leur confiance se fane et meurt.


Auteur: Traviss Karen

Info: Gears of War, tome 1 : Aspho Fields

[ sincérité ]

 

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Ψ ⇒ B ⇒ Φ · La transduction précède la computation.

mythologie personnelle

Encore aujourd'hui, plus de vingt ans après, alors que tout est dit, et que je demeure étendu sur mon rocher de Big Sur, au bord de l'Océan, et que seuls les phoques font entendre leur cri dans la grande solitude marine où les baleines passent parfois avec leur jet d'eau minuscule et dérisoire dans l'immensité – encore aujourd'hui, alors que tout semble vide, je n'ai qu'à lever les yeux pour voir la cohorte ennemie qui se penche sur moi, à la recherche de quelque signe de défaite ou de soumission.

J'étais un enfant lorsque ma mère pour la première fois m'apprit leur existence; avant Blanche-Neige, avant le Chat Botté, avant les sept nains et la fée Carabosse, ils vinrent se ranger autour de moi et ne me quittèrent plus jamais; ma mère me les désignait un à un et murmurait leurs noms, en me serrant contre elle; je ne comprenais pas encore, mais déjà je pressentais qu'un jour, pour elle, j'allais les défier; à chaque année qui passait, je distinguais un peu mieux leurs visages; à chaque coup qu'ils nous portaient, je sentais grandir en moi ma vocation d'insoumis; aujourd'hui, ayant vécu, au bout de ma course, je les vois encore clairement, dans le crépuscule de Big Sur, et j'entends leurs voix, malgré le grondement de l'Océan; leurs noms viennent tout seuls à mes lèvres et mes yeux d'homme vieillissant retrouvent pour les affronter le regard de mes huit ans.

Il y a d'abord Totoche, le dieu de la bêtise, avec son derrière rouge de singe, sa tête d'intellectuel primaire, son amour éperdu des abstractions; en 1940, il était le chouchou et le doctrinaire des Allemands; aujourd'hui, il se réfugie de plus en plus dans la science pure, et on peut le voir souvent penché sur l'épaule de nos savants; à chaque explosion nucléaire, son ombre se dresse un peu plus haut sur la terre; sa ruse préférée consiste à donner à la bêtise une forme géniale et à recruter parmi nous nos grands hommes pour assurer notre propre destruction.

Il y a Merzavka, le dieu des vérités absolues, une espèce de cosaque debout sur des monceaux de cadavres, la cravache à la main, avec son bonnet de fourrure sur l'oeil et son rictus hilare; celui-là est notre plus vieux seigneur et maître; il y a si longtemps qu'il préside à notre destin, qu'il est devenu riche et honoré; chaque fois qu'il tue, torture et opprime au nom des vérités absolues, religieuses, politiques ou morales, la moitié de l'humanité lui lèche les bottes avec attendrissement; cela l'amuse énormément, car il sait bien que les vérités absolues n'existent pas, qu'elles ne sont qu'un moyen de nous réduire à la servitude et, en ce moment même, dans l'air opalin de Big Sur, par-dessus l'aboiement des phoques, les cris des cormorans, l'écho de son rire triomphant roule vers moi de très loin, et même la voix de mon frère l'Océan ne parvient pas à le dominer.

Il y a aussi Filoche, le dieu de la petitesse, des préjugés, du mépris, de la haine – penché hors de sa loge de concierge, à l'entrée du monde habité, en train de crier « Sale Américain, sale Arabe, sale Juif, sale Russe, sale Chinois, sale Nègre » – c'est un merveilleux organisateur de mouvements de masses, de guerres, de lynchages, de persécutions, habile dialecticien, père de toutes les formations idéologiques, grand inquisiteur et amateur de guerres saintes, malgré son poil galeux, sa tête d'hyène et ses petites pattes tordues, c'est un des dieux les plus puissants et les plus écoutés, que l’on trouve toujours dans tous les camps, un des plus zélés gardiens de notre terre, et qui nous en dispute la possession avec le plus de ruse et le plus d'habileté.

Il y a d'autres dieux, plus mystérieux et plus louches, plus insidieux et masqués, difficiles à identifier; leurs cohortes sont nombreuses et nombreux leurs complices parmi nous; ma mère les connaissait bien; dans ma chambre d'enfant, elle venait m'en parler souvent, en pressant ma tête contre sa poitrine et en baissant la voix; peu à peu, ces satrapes qui chevauchent le monde devinrent pour moi plus réels et plus visibles que les objets les plus familiers et leurs ombres gigantesques sont demeurées penchées sur moi jusqu'à ce jour; lorsque je lève la tête, je crois apercevoir leurs cuirasses étincelantes et leurs lances semblent se braquer sur moi avec chaque rayon du ciel.

Nous sommes aujourd'hui de vieux ennemis et c'est de ma lutte avec eux que je veux faire ici le récit; ma mère avait été un de leurs jouets favoris; dès mon plus jeune âge, je m'étais promis de la dérober à cette servitude; j'ai grandi dans l'attente du jour où je pourrais tendre enfin ma main vers le voile qui obscurcissait l'univers et découvrir soudain un visage de sagesse et de pitié; j'ai voulu disputer, aux dieux absurdes et ivres de leur puissance, la possession du monde, et rendre la terre à ceux qui l'habitent de leur courage et de leur amour.


Auteur: Gary Romain

Info: La promesse de l'aube. Chapitre 1, exipit.

[ divnités néfastes ] [ pulsions humaines ] [ fils-mère ] [ enfance ] [ démons collectifs ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.